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BULLE OGIER : J'ai oublié

avec Anne Diatkine
Prix médicis  - Essai 2019

Écrit avec l'aide de la journaliste et amie Anne Diatkine, J'ai oublié  est à l'image de la comédienne, doux et mélancolique. "J'ai oublié pourquoi je suis devenue actrice" . Sur scène, elle a joué sous la direction de Luc Bondy, Claude Régy, Jean-Louis Barrault, Patrice Chéreau... 

Actrice de cinéma et de théâtre, Bulle Ogier, qui a fêté ses 80 ans le 9 août, a choisi un titre presque énigmatique, J'ai oublié, pour relater ses souvenirs et les drames de sa vie. Peut-être un clin d'œil au livre Je me souviens, fameux exercice sur la mémoire des petits riens d'une vie, publié en 1978 par Georges Perec.

Bulle Ogier est née Marie-France Thielland le 9 août 1939 à Boulogne-Billancourt. Ce père absent a refusé "par courrier recommandé avec accusé de réception" que la jeune femme utilise son nom en tant qu'actrice. "J'ai repris le nom de ma mère avec beaucoup de plaisir. Je n'oublierai jamais que l'unique fois où mon père a été salvateur à mon égard, c'est lorsqu'il m'a retiré le droit de porter son nom", assène la comédienne. Quant au prénom Bulle, l'actrice raconte que c'est une idée de son oncle, le frère de sa mère. Quand elle était enceinte, il lui demandait : "Comment va ta bulle ?"... "Si bien que ma mère et à sa suite tous mes amis m'ont toujours appelée ainsi."

Ses films dans lesquels Bulle Ogier a joué un rôle important dans sa carrière : 

Elle a fait ses début dans : Les idoles de Marc' O (1967)



"Je n'ai pas oublié, car les débuts dans la vie sont seuls moments qui restent nets , que c'est à l'America Center que Marc'O avait créé son école que fréquentaient aussi Pierre Clémenti et Jean Pierre Kalfon, Elisabeth Wiener et tant d'autres, et qu'il disposait d'une salle de 11 heures à 17 heures, pour travailler ses propres textes et mises en scène avec sa trentaine d'élèves, mais on n'utilisait pas se terme"

Elle est  devenue célèbre au cinéma avec La Salamandre d'Alain Tanner (1971). Un film qui lui a collé à la peau. 





 L'Amour fou de Jacques Rivette (1969) avec qui elle a tourné dans de plusieurs films. 

Elle a tourné avec Luis Buñuel, Barbet Schroeder (son mari et "homme de sa vie" à qui le livre est dédié) ou encore Marguerite Duras dont elle était très proche et qu'elle a plusieurs fois servie, au théâtre.

Bulle Ogier est une actrice de Cinémathèque. Elle a joué dans des films undergrounds et confidentiels. 


 

. "J'ai oublié que j'ai eu une vie très amusante et joyeuse jusqu'à la disparition de Pascale", dit avec pudeur la comédienne, terrassée par un chagrin impossible à oublier.
" Barbet me disait tout le temps : " Tu ne penses qu'à t'amuser". J'ai d'abord été une adulte très joyeuse après avoir été une enfant mélancolique. Dès que je suis devenue une grande personne, je me suis mise à jouer. C'est à la Coupole que j'ai rencontré Barbet en d1970. A notre table, il y avait Jean-Jacque Schuhl, Jean-Noëm Pïcq et Jean Eustache, qui espionnait Sartre et surveillait sa consommation de vin. " ""Voilà Schroeder qui vient nous piquer les filles", a dit Jean d'une voix traînante."

La vie de Bulle Ogier est digne d'un roman de souvenir, fragment. Dans la rédaction de cet essai c'est le temps présent qui a compté, pas de mélancolie, ni de nostalgie, elle évoque même les Gillets Jaunes. 

Films vus avec Bulle Ogier :

1968 : Les Idoles de Marc'O avec Pierre Clémenti, Valérie Lagrange, Jean-Pierre Kalfon…
1988 : La Bande des quatre de Jacques Rivette : Constance
1994 : Regarde les hommes tomber de Jacques Audiard
1995 : Circuit Carole d'Emmanuelle Cuau : Jeanne
1996 : Irma Vep d'Olivier Assayas : Mireille
1999 : Vénus Beauté (Institut) de Tonie Marshall : Madame Nadine, la patronne


Théâtre :

1992 : Le Temps et la chambre de Patrice Chéreau : l'impatiente
2014 : Les Fausses Confidences de Marivaux, mise en scène Luc Bondy, Théâtre de l'Odéon

Françoise FRENKEL : Rien où poser sa tête

Un roman mystérieux qui se déroule pendant la seconde guerre mondiale. Un magnifique témoignage d'une femme courageuse. 
En 1921, Françoise Frenkel est une jeune juive polonaise. Elle est  passionnée par la langue et la culture françaises, fonde la première librairie française de Berlin "La Maison du Livre".
Rien où poser sa tête raconte son itinéraire, elle est obligée de fuir 'Allemagne en 1939 après la prise de pouvoir d'Hitler, elle gagne la France où elle espère trouver refuge. 
Elle va réussir à passer clandestinement la frontière suisse en 1943. Elle  dresse un portrait saisissant de la France du début années quarante. De Paris à Nice, elle est témoin de la violence des rafles et vit sans cesse menacée. Tantôt dénoncée, tantôt secourue, incarcérée puis libérée, elle découvre une population divisée par la guerre dont elle narre le quotidien avec objectivité.

Rien où poser sa tête, soixante-dix ans après sa publication en 1945 à Genève, conserve, miraculeusement intactes, la voix, le regard, l'émotion d'une femme, presque une inconnue, qui réussit à échapper à un destin tragique. J'ai aimé les première pages où elle évoque son goût pour les livres, sa passion pour ouvrir une librairie. 
Un roman bouleversant chargé d'émotion qui m'a beaucoup séduite dans la lignée des romans de Modiano. 

AGATHA CHRISTIE : AUTOBIOGRAPHIE

Traduction de Jean Michel Alamagny

"Je suis censée m'atteler à un roman policier mais, succombant à la tentation naturelle de l'écrivain d'écrire tout sauf ce dont il est convenu, me voilà prise du désir inattendu de rédiger mon autobiographie."

Au début de l'année, j'ai lu avec intérêt le livre de Brigitte Kernel : Agatha Christie le chapitre disparu. Ce roman m'a donné envie d'en savoir plus sur Agatha Christie par conséquent de lire son autobiographie. 

"La vie, me semble t-il, se divise en trois parties. Le présent, en général agréable, qui nous absorbe et qui fuit  de minute en minute à une vitesse effarante. Le futur, flou et incertain, pour lequel on peut toujours élaborer des plans aussi extravagants et irréalistes qu'on voudra puisque, rien ne se déroulant jamais comme prévu , autant se faire plaisir en imagination. Enfin le passé, avec son cortège de souvenir et de réalités qui sont le fondement même de notre vie actuelle et qu'un parfum, la forme d'une colline, une vieille chanson, n'importe quel détail banal peuvent suffire à vous remettre d'un coup en mémoire et vous faire vous écrier soudain : "Ça me rappelle ..." avec un ravissement inexplicable."

Publiée pour la première fois en 1977 en Angleterre, l'autobiographie d'Agatha Christie nous permet d'entrer dans l'intimité d'une femme au destin incroyable. C'est avec un certain humour qu'elle se raconte : ses souvenirs d'enfance, le naufrage de son premier mariage, sa relation particulière avec sa fille et, bien sûr, sa passion pour le suspense et la littérature... Cette autobiographie est formidable, ce gros pavé est tout simplement un délice. Une lecture incontournable pour tous les amoureux de cette grande plume de la littérature anglo-saxone !


MARTIN EDEN d'après le roman de Jack London




Signé Aude Samama  (pour les illustrations: Denis Lapière (pour l'adaptation)

Les éditions Futuropolis signent toujours des romans graphiques et BD remarquables, de grandes qualités. 
Ici, il est question d'une adaptation du grand roman de Jack London : Martin Eden. J'avais, il y a de cela pas mal d'années, lu le roman et quand j'ai vu cet adaptation à ma médiathèque je n'ai pas hésité un seul instant.

Martin Eden est une  autobiographique de Jack London Il est un jeune marin, il vit dans les bas-fonds d’Oakland. Un soir, il défend un jeune homme. Celui-ci est le fils d’une famille aisée, il  l’invite chez lui à dîner pour le remercier. À cette occasion, Martin rencontre sa soeur, Ruth Morse, jeune fille délicate, dont il tombe éperdument amoureux rapidement. Il décide de s’instruire pour la conquérir. Petit à petit,  il devient un homme cultivé et s’efforce à écrire jour et nuit jusqu'à l'épuisement. Mais,  tous ses manuscrits sont refusés. Puis, le succès arrive enfin. Cela ne l'empêche pas de partir
 pour s’établir sur une île du Pacifique.  

J'ai beaucoup apprécié de me plonger dans cette histoire, très romantique, les illustrations sont magnifiques, un très beau travail tout en subtilité. 

MIGUEL DE UNAMUNO : Comment se fait un roman

Traduit par Bénédicte Vauthier et Michel Garcia

C'est grâce à Enrique Vilas Matas " Paris ne finit jamais " que j'ai eu envie de lire ce texte d'Unamuno. 

" Mais ceci n'est qu'une folie ... L'auteur de ce roman se moque de moi ... Ou est-ce moi qui me moque de moi-même ? Pourquoi devrai-je mourir quand je finirai de lire ce livre et que le personnage autobiographique mourra ? Pourquoi ne pas me survivre à moi même ? Me survivre et examiner mon cadavre . "
Philosophe, poète et romancier, Miguel de Unamuno, né en 1864 et mort en 1936, est une figure de l’Espagne intellectuelle et littéraire. 
Comment se fait un roman fut écrit par Unamuno en exil à Paris durant l’hiver 1925. Ce texte est une mise en abyme de la littérature. Il relate l'élaboration d'un roman mettant en scène un personnage imaginaire, Jugo de la Reza, qui déambule le long de la Seine et des étals de bouquinistes. 
Il y trouve un roman qui ne le quitte plus.


Ce texte est sublime, de toute beauté, un ouvrage étonnant qui nous interroge sur le temps qui passe, sur la vie  lié à comment se fait un roman. Un livre jouissif, excellent, un véritable régal !



PIERRE PACHET : Autobiographie de mon père

Pierre Pachet a choisit d'écrire à la première personne une vie de son père le docteur Simkha Opatchevsky.
Il  a voulu lui donner la parole, racontant sa vie : 
son enfance dans la campagne russe, Odessa, l'exil en France, les études de médecine, la guerre, le mariage, les enfants, la fin de vie et la maladie.
" S'il y a un Dieu, je pense qu'il regarde en pleurant l'extrême distance à laquelle les hommes sont de lui, sans y rien pouvoir, un Dieu qui est notre tristesse concentrée. Il ne change rien, il faut simplement s'adresser à lui comme il faut est-ce une simple superstition, pourtant une langue sacrée, ça existe. "
Cet ouvrage est un questionnement sur l'Histoire et ses conséquences. Le mot de la fin concernant cette "Autobiographie de mon père" est signé J.B Pontalis. Un auteur que j'aime beaucoup c'est pour cette raison que j'ai lu ce livre. 
" Ce livre autait-il deux auteurs ou , ce que je crois plutôt, est-il un livre sans auteur ? ". Pierre Pachet se met à la place de son père pour écrire son autobiographie.
Un livre intéressant pour son exercice de style. 

DENIS PODALYDES : Voix off

Prix Femina Essais

Voix Off

"J’ai confié à ma voix le soin de me représenter tout entier. Pas même mes propres paroles. Les mots des autres me tiennent lieu de parfaite existence dans ce temps de la voix s’enregistrant, gravant, pour moi presque écrivant, où sans blesser quiconque, sans manquer à rien je n’y suis plus pour personne sinon pour ceux qui m’écoutent. Ils contribuent, par leur attention, leur protection silencieuse, à mieux me séparer des autres, et de moi. Je n’y suis plus pour personne. Je lis. La voix haute n’est pas si haute. Dans le medium. Je suis comme le bavard impénitent qui parle sauf que je lis, j’ai l’excuse de lire de merveilleuses pages de littérature, de la plus grande, je ne parle pas de moi, je ne bavarde pas, je transmets les beautés d’un style, je raconte une histoire, je fais vivre des personnages de papier, j’avance dans un récit, une forêt dans laquelle je taille ma route à coup d’accents, d’inflexions, de vitesses, de ralentissements, de changements de registre, de sons. Mais lisant, je sais que je parle, que c’est de moi dont il s’agit. "

 Denis Podalydès trace ici un magnifique autoportrait à la fois drôle, vif et grave, à la manière de son jeu d'acteur. Ce livre est pour lui l'occasion de revenir non seulement sur des voix aimées, l'importance des voix qui retracent l'histoire du théâtre mais aussi sur celle de sa famille. 
Le souvenir des voix des personnes qui ont compté dans notre vie. C'est véritablement une recherche du temps passé que cette "Voix off "de Denis Podalydès. 
Un excellent ouvrage, la forme est très original accompagnée de dessin et de photos personnelles. J'ai pris beaucoup de plaisir, un coup de cœur pour moi !!!




NUALA O'FAOLAIN : On s'est déjà vu quelque part ?

Les mémoires accidentels d'une femme de Dublin

Traduit par Julia Schmidt et Valérie Lermite

"J'étais l'Irlandaise type, dans un pays catholique conservateur qui avait peur de la sexualité et qui m'interdisait même d'avoir des informations sur mon corps. Mais au moins - c'est ce qu'on disait alors - je n'aurais pas la lourde tâche de gagner ma vie. Un homme finirait bien par m'épouser et par me garder. Mais les gens typiques n'existent pas."


La vie de Nuala O'Faolain est riche de  rencontres et expériences et de solitude. 
La première partie  est consacrée à son enfance et adolescence.  Son père est journaliste, intelligent et fantaisiste mais volage et inapte à assumer une vie familiale. Sa mère passe ses journées à lire, elle est alcoolique."J’ai dû voir déjà chez ma mère que lire est un refuge. Qu’ "On" ne peut pas vous atteindre quand vous avez un livre." Elle aussi, Nuala, va se réfugié dans l'alcool. " On ne peut jamais faire les choses comme il faut, quand on boit trop. On fait tout juste le minimum nécessaire. Mais boire a aussi ses bons côtés. Dans un pub, on trouve toujours la compagnie de quelques habitués. Les gens qui boivent l'après-midi on la compagnie d'autres buveur de l'après-midi." Comme ses soeurs et les femmes de sa génération elle aurait dû se marier et avoir une flopée d'enfants. L'Irlande, pays conservateur, la religion catholique joue un rôle très important, il est hors de question qu'une jeune femme tombe enceinte hors mariage, la contraception il en est absolument pas question.  Mais de tout façon elle n'aurait pas su éduquer des enfants à l'âge d'en avoir parce qu'elle manquait de stabilité, qu'elle voulait gagner sa vie et aspirait à une indépendance financière à une époque où c'était inconciliable avec une vie familiale.  Elle évoque aussi son parcours de femme travaillant dans les médias (la radio, la télévision à la BBC et journaliste à l'Irish Times. Avant cela elle a enseigné  la littérature anglaise. Pour moi ce roman n'est pas véritablement un coup de cœur mais plutôt une curiosité concernant le parcours d'une femme riche en événement entre l'Angleterre et l'Irlande. J'ai apprécié le début de ce récit puis petit à petit j'ai trouvé l'écriture de Nuala O'Faolain ronronnante et ennuyeuse. Voilà, se fut un rendez vous manqué alors que j'avais bien aimé " Best Love Rosie"

MARTIN WINCKLER : La vacation

Après avoir lu la maladie de Sachs Martin Winckler, j'ai eu envie de lire son premier roman pour retrouver Bruno Sachs.

Il est médecin généraliste. Il effectue des vacations à l'hôpital de Tourmens où il pratique des interruptions volontaires de grossesse. Chaque mardi, il quitte son cabinet de campagne, ses patients habituels pour consulter des femmes qui désire avorter. Il est à l'écoute de ses femmes de leur souffrance

La vacation est un roman particulier. Un texte clinique,  ce lire est le contrepoint sombre de La Maladie de Sachs.  Une lecture qui met mal à l'aise son lecteur qui le perturbe. Personnellement ce livre m'a dérangé je n'ai pas été conquise sous le charme comme je le fus pour la maladie de Sachs, l'emploi du tu donne un ton rapide au texte, mais aussi une distance et une froideur qui n'a pas su me toucher. C'est tout de même un texte intéressant à une époque où le droit l'avortement est remis en question.

MARGARET POWELL : Les tribulations d'une cuisinière anglaise

Traduit par Hélène Hinfray

 Ce témoignage date de  1968, quarante plus tard, il a inspiré le scénariste de Downton Abbey.
Dans l'Angleterre du début des années 1920, la jeune Margaret rêve d'être institutrice, mais elle est issue d'un milieu modeste. De fille de cuisine, elle devient rapidement cuisinière, un titre envié parmi les gens de maison. Confinée au sous-sol de l'aube à la nuit, elle n'en est pas moins au service de ceux qu'on appelle "Eux", des patrons qui ne supporteraient pas de se voir remettre une lettre par un domestique autrement que sur un plateau d'argent.

Un livre qui se lit très facilement mais un témoignage fort de toute une époque. Un récit sympathique 

MARTIN WINCKLER : La maladie de Sachs

Prix du livre inter en 1998

"Qu'est-ce qui ne va pas ?
J'ai mal au ventre.
Je perds mes cheveux.
J'ai une verrue.
Je vois plus d'un oeil.
J'ai la tête qui tourne, ça serait pas la tension ?
J'ai mal au dos.
J'ai toujours soif.
J'ai mal au pied.
ça me gêne de vous le dire mais j'ai une douleur mal placée.
Je peux plus bouger.
Je saigne.
Je n'en peux plus.
J'ai un truc là, dans la bouche. Ca me fait peur."


La maladie de Sachs est le quotidien d'un médecin de campagne en 1998. Dans la salle d’attente du docteur Bruno Sachs, les patients souffrent en silence. Bruno Sachs est médecin généraliste, d'une grande bonté il consulte, écoute, rassure, conseille. Il est très apprécié. Dans le cabinet du docteur Sachs, les plaintes se dévident, les douleurs se répandent. 
Sur des feuilles et des cahiers, Bruno Sachs déverse le trop-plaint de ceux qu’il soigne.  A travers les témoignages de patients, amis, familles, femme de ménage , petit à petit la personnalité du médecin se fait jour. 
Magnifique portrait d'un homme qui vit passionnément sa vocation, jusqu'à s'oublier lui même. 

"La vie est un enfer. On ne le sait pas tout de suite, on l'apprend dans son corps. Et lorsque le corps de l'autre vient s'en mêler, s'il n'y a pas ou plus d'amour, l'enfer est double.J'en ai vu, des femmes, les cuisses serrées et leur sac par dessus, crachant leur haine d'un mari qui, quand il ne couche pas avec des poules, s'assoupit pendant le film, puis monte au lit en traînant la savate et, lorsqu'elles le rejoignent enfin après avoir étendu la troisième lessive et mis un suppositoire à la petite qui ne voulait pas dormir, se retourne vers elles sans même ouvrir les yeux, leur colle le museau sur la figure, remonte la chemise de nuit - Et j'ai pas besoin d'en dire plus, n'est-ce pas Docteur ? Vous savez comment c'est, les hommes..."

La maladie de  de Sachs nous touche, nous émeut parce que Winckler en fait un héros anonyme, fier du serment passé. Winckler, médecin lui-même, montre une médecine qui tend à disparaître, celle de l'écoute et du respect.
Un véritable choc ce roman, une œuvre humaine, une lecture  magnifique poignante. Un gros coup de cœur, ce fut déjà le cas il y a déjà un moment avec "les trois médecins". 

MAURICE SACHS : LE SABBAT






De cette existence gâchée, Maurice Sachs a pourtant tiré avant sa mort un chef-d'œuvre autobiographique : Le Sabbat. 
Abbaye de Jumièges,
je m'y suis rendue l'été 2013
" Dans ces moments où tous les enfants se demandent : " Que feras tu plus tard ?" je répondais invariablement: " Je serai écrivain" Maurice Sachs a été une des figures les plus originales de l'entre-deux guerres. Il a été le témoin d'une époque. Maurice Sachs est né à Paris en 1906. Sachs est le nom de sa mère, Andrée. De son père, Herbert Ettinghausen, Sachs ne sait rien et ne voudra jamais rien se savoir. "Je suis né, voici trente-deux ans dans une famille aussi désordonnée que possible. On s'y mariait, on y divorçait avec une incroyable vivacité. On y avait le goût de l'aventure et quelques défauts capitaux qui m'ont été transmis." En 1912, Maurice a alors six ans, son père divorce d'avec sa mère et disparaît à tout jamais de leur vie.  Sa grand-mère avait épousé Jacques Bizet, fils du compositeur de Carmen. A dix-sept ans, Maurice Sachs est livré à lui-même. Sa mère, fuyant les créanciers, s'est réfugiée à Londres.
Au début du roman il est question de l'abbaye de Jumièges où se rend Maurice Sach : " De ce côté, Jumièges, Chartres et Rembrandt m'ont tout appris. Pourtant Jumièges  n'est plus que ruines, mais par ces ruines justement un cœur, qu'aucune notion d'art ne soutient encore, peut être facilement ému. Et pareille émotion peut rendre sensible tout art visuel. Je regardai avec surprise ces arcs-boutants qui ne soutenaient plus rien et dont la culée moussue tendait vers le ciel un arc inutile, ouvert comme une mâchoire, mâchant le vide. Un lierre vivace grimpait aux piliers, serpentait le long des chéneaux et broyant un pinacle dans une étreinte douce, pendait dans l'allée ouverte qui avait été une nef à la place où aurait pu pendre le chapeau de cardinal d'un père abbé."
Le Bœuf sur le Toit 
L'ambiance en 1922, " On s'amuse partout, on dîne, on sort on soupe, on fait l'amour. Les nègres installés à tous les orchestres, poussent des hurlements déchirants, terribles , des plaintes douces et des cris d'enfants ; le jazz secoue les corps les plus fous et les plus modérés et, dans quelque quartier qu'on se penche le soir à la fenêtre, on voit s'étendre au ciel la lueur rouge que jette Montmartre comme un grand lupanar."Il fait la connaissance de Jean Cocteau qu'il définit comme ceci : " Jean Cocteau fut avec Serge de Diaguilev le magicien le plus prestigieux de notre époque." Il  noue de solides amitiés  tout d'abord avec  Cocteau, Maurice a dix-sept ans lorsqu'il rencontre le poète. Il le retrouve souvent au Bœuf sur le toit. Cocteau, présente Jacques Maritain . Il le convainc de se converti au catholicisme en 1925. Il est baptisé à Meudon
Jacques et Raïssa Maritain
" Raïssa Maritain fut ma marraine, Jacques Maritain signa l'acte de 
baptême par procuration car il représentait mon parrain Jean Cocteau."
Max Jacob d'origine juive fut convertit au catholicisme en 1913. Un ans après son baptême, il rentre au séminaire, car il décide d'être prêtre.   Durant son séminaire, il va profiter d'un séjour de Cocteau à Villefranche. 
Ensuite il doit faire son service militaire. Il quitte le séminaire, et se jette dans les folies. Il fait la connaissance d'André Gide. Il désir d'être plus communiste que Gide (le Gide d'avant le voyage en URSS). " Le vrai, c'est qu'il est très mauvais d'aller voir des hommes illustres comme on irait à un directeur de conscience ; c'est leur jouer et se jouer un mauvais tour." Il part aux Etats Unis à New York. Il se convertit au protestantisme pour épouser Gwladys Matthews, la fille du Modérateur de l’Église presbytérienne. Trois ans plus tard, ses rêves enfuis, il rentre en France, accompagné d’un jeune Américain Henry Wibbels, qui sera son amant de 1933 à 1937. En rentrant à Paris Gide le soutient et lui trouve un poste à la N.R.F. En 1935, il publie de son premier roman, Alias, chez Gallimard. Il devient intime de Madeleine Castaing.
Madeleine Castaing

" Madeleine Castaing paraissait vingt-cinq à vingt-huit ans, bien qu'elle eût des fils de plus de quinze ans, petite, mince, vive, enjouée, l'œil noir, le teint clair, les cheveux sombres, elle avait plutôt l'air d'une Arlésienne que d'une Beaouceronne. Attrayante, fine, partiale, riante, coquette, désordonnée, opiniâtre, elle avait une sorte de génie créateur pour tout ce qui touchait aux maisons"






"Je ne tirerai aucune conclusion de ce fait que les trois hommes les plus honnêtes que j'ai connu étaient protestants : Jacques Maritain (par sa naissance et son éducation), André Gide et Pierre Fresnay (Pierr Laudenbach de son vrai nom) , Alsacien Protestant. Je croirais volontiers qu'en France les protestant s connaissent seuls le sens du mot rigueur."


Le Sabbat est un roman autobiographique intéressant pour son époque et ses portrait. Par cela j'ai trouvé la lecture ennuyeuse. Maurice Sachs n'a pas le talent de Violette Leduc qui a véritablement une plume et un ton.

Maurice Sachs et Violette se sont rencontrés en 1936. Malgré l'homosexualité de Maurice, Violette est tombée folle amoureuse de lui.


VIOLETTE LEDUC : La Folie en tête

Après "la Bâtarde", où elle évoquait son enfance à Valencienne entre sa mère et sa grand-mère, son adolescence pensionnaire puis le lycée à Paris son mariage avec Maurice Sachs, le marché noire. Là,Violette raconte dans "la folie en tête" sa vie, ses rencontres dans le Paris de l'après-guerre.
On y croise Simone de Beauvoir, Maurice Sachs, Nathalie Sarraute, Jean Genet, Jean Cocteau, Albert Camus, Clara Malraux, Sartre, Queneau, Colette Audry. Comme Violette Leduc avait un sens aigu de l’observation, ses portraits, même très courts, documentent et révèlent des personnalités que la légende a parfois caricaturées.Simone de Beauvoir la découvrit en 1945 au café de Flore. Elle va l'aider à être publié chez Gallimard, et l'aider aussi financièrement. C'est Albert Camus la publia l'année suivante avec L'Asphyxie. "Simone de Beauvoir m'a répondu. Elle peut me donner de l'amitié, elle me la donnera. Avenir consolidé. Un mot m'a fait pleurer. C'est le mot "mirage". Il me blesse. Elle n'a pas voulu me blesser. Elle m'explique que mon sentiment pour elle est un mirage. Je ne suis pas d'accord. Le mot mirage me déplaît. C'est un mot soldé, c'est de la pacotille. Dans le désert, il signifie la folie des grandeurs pour un demi de bière. Je ne le prends pas au sérieux. Je vois où je vais en m'attachant à elle : sur une route où je devrai me réchauffer après l'avoir quittée. Dis donc, elle ne t'a rien demandé. Elle pourrait te repousser, tu le redoutais. Sa vie est ailleurs. Elle te l'a écrit. "Ma vie est ailleurs." Franchise. Cruauté ? "Ma vie est ailleurs." Envoyé comme un boulet. Sartre est à l'intérieur du mot "ailleurs", ça me console, ça me consolera. Je les rencontrerai encore dans la rue, je m'effacerai, ensuite je chanterai. Sa réponse à ma lettre est une mise au point définitive. je n'aurais pas supposé autant d'honnêteté pour ma sentimentalité effrénée." Absence de Simone de Beauvoir quand elle part en Amérique. Pour Violette Leduc, c'est insoutenable, elle voue à Simone de Beauvoir un amour platonique lesbien. Elle lui doit tout, elle est sa raison de vivre.  Elle évoque très bien son rapport à l'écriture, elle est lu mais l'on ne voit pas se livres dans les librairies. Aucune publicité est faite autour de ses livres donc difficulté pour elle d'exister. 
Elle a très peur de l'avenir, elle est très seul et elle vit pauvrement. Elle se sent laide, elle manque de confiance, elle doute beaucoup d'elle. Elle va rencontrer  Jean Genet grâce à Simone de Beauvoir. Elle a une très grande admiration pour lui " Vous êtes le plus grand."  Jean Genet suit les répétitions des "Bonnes" mis en scène par Jean Jouvet. L'œuvre de Violette Leduc est également marquée du sceau de la folie.  Elle se sent  très solitaire, à Paris. Elle évoque son avortement . Grâce à l'amitié de Simone de Beauvoir qui lui donne la force d'écrire, elle reprend goût à la vie.  Elle se sent rejetée par le monde humain, elle se fait accepter d'eux. «Écrire,c'est indiquer», « Écrire, c'est se prostituer » dit-elle à la fin de « La folie en tête». Violette Leduc est une figure des plus singulières de la littérature française du XXe siècle. Beaucoup de vie, de poésie, de sensualité dans son écriture qui est à bout de souffle. Cet ouvrage est un bon complément du  film de Martin Provost :" Violette", que j'ai beaucoup apprécié.  
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Rajout du 19 Janvier 2014 -Violette Leduc a bien connu  Cocteau aussi comme Maurice Sachs
Elle le rencontre au Palais Royal dans une librairie en compagnie de Jean Genet.
"Le nez de Cocteau m'étonnait sur ses photos . C'est le nez d'un autre puisque c'est celui d'un solitaire, d'un silencieux, d'un moralisateur. Son nez me délivrait du mien, il me dictait une règle de vie, il m'aidait à comprendre la frivolité de mes chagrins désordonnés pour mon visage laid. Je le regardais longtemps sur chaque photo, ce long nez. Toujours dans le vent pour respirer le bouquet d'un talent, son nez. Son profil me donne un de  ces conforts ... celui de posséder un crayon bien taillé au début d'un cours de morale, celui d'affiner des maximes dans un taille-crayon..."

FRITZ ZORN : MARS

Traduit par Gilberte Lambrichs

Emmanuel Carrère dans " D'autres vies que la mienne" évoque ce grand livre. Le lien entre les deux livres est évident puisque tous les deux évoquent le cancer.  L'auteur est atteint du cancer, il évoque sa famille, son enfance, l'éducation qu'il a reçu.  Fritz Zorn s'est magnifiquement manié l'ironie admirablement le passage sur la critique sur la société :" Nous regardions la vie comme si c'eût été un film ; mais même au cinéma nous ne voulions pas admettre que dans le film il fût question de la vie."
Corps frustré, impuissant, malaise existentiel, l'extrême timidité l'a empêché de nouer des liens avec les autres, le rapport avec les femmes. A cause de son éducation, il n'a pas reçu une vie épanouissante, son milieu social l'a tué, l'a étouffé. 
Le regard qu'il porte sur la religion est très intéressant car elle est très juste en ce qui me concerne.  Un regard hypocrite"Il m'est plus facile de comprendre aujourd'hui la croyance de mes parents et je la définirais ainsi : Dieu est mal parce qu'on est obligé de s'en occuper ; mais l'Église est bien parce qu'elle est une chose respectable." Sa vision de la vie, sa dépression : " Le monde était là, devant moi, gris hostile, et il fallait à présent que je me mette en devoir d'entrer dans la joyeuse vie d'étudiant." Il évoque une très belle image à propos des prémices de sa maladie de "larmes rentrées", il dit la vérité : "toute la souffrance accumulée, que j'avais ravalée pendant des années, tout à coup ne se laissait plus comprimer au-dedans de moi  ; la pression excessive la fit exploser et cette explosion détruisit le corps."

Un récit où il est question de la maladie "le cancer", via cette souffrance terrible, il a ressenti qu'il était en vie. Ce n'est pas un livre de mort mais un livre de vie. Ce récit est dense, foisonnant idées et de réflexions.  Son écriture est magnifique, elle est tonique. Un auteur qui a séduit de nombreux écrivains que ce soit Arnaud Cathrine, Chantal Thomas ...  Pour ma part, j'ai apprécié cette lecture  dense assez sombre, elle a su me toucher.
La lecture de Guillaume Galliene est magnifique !

PATTI SMITH : Just Kids

Traduction Héloïse Esquié
" C'était notre premier vrai portrait new-yorkais . Qui nous étions." Patti Smith artiste complète chanteuse rock, écrivain amoureuse de Rimbaud poétesse entre autre, une femme très cultivée,  c'est assez rare pour une artiste américaine. Avec Just Kids, elle revient sur ses jeunes années, sur ses débuts d’artiste bohème. Elle évoque son histoire d’amitié pleine d'innocence et de fraîcheur avec Robert Mapplethorpe, photographe ." C'était l'été d'Elvira  Madigan l'été de l'amour. Et dans cette atmosphère instable inhospitalière, le hasard d'une rencontre a changé le cours de ma vie." 

Tous les deux enfants terribles de la scène artistique New-Yorkaise de la fin des années 60 et des années 70. C'était surtout à cette époque l'importance du paraître du look et d'en jouer, Pattie Smith avait un look androgyne . Patti et Robert ont vécu pendant une longue période sans le sou au Chesea Hotel et là ils ont  rencontré de nombreuses personnalité dont William Burrough, Warhol et tas d'autres personnes célèbres dont  : Allen Ginsberg, Janis Joplin, Lou Ree .  Nombreuses ici et là les référence à Peter Pan dans cette autobiographie.  Patti Smith a un véritable engouement pour Rimbaud, elle est allée tout de seul par ses propres moyen à Charleville Mezière. " Puisque mon excursion en Éthiopie avait été mise au rancart, je pensais que je pourrais au moins faire un pèlerinage à Charleville, en France, où Rimbaud était né et où il était enterré." Avant de ce rendre à Charleville, elle se trouve à Paris et elle va rue Campagne- Première, rue mythique de la scène finale dans À bout de souffle de Godard mais des artistes ont vécu dans cette rue Verlaine et Rimbaud, Duchamp et Man Ray. Patti a encouragé Robert Mapplethorpe a faire lui même des photos. " Tu devrais faire tes photos toi-même", je répétais. "Il fréquente la haute société new-yorkaise européenne Maxime de La Falaise et sa fille Loulou. Il faisait ses photos avec un polaroïd. " Le Polaroid 360 sans prétention de Robert ne nécessitait pas de posemètre et les réglage étaient rudimentaire : moins de lumière, plus de lumière." Robert Mapplethorpe a été le photographe de toutes ses pochettes de disque jusqu'à sa mort. 
©Robert Mapplethorpe  : photo pour la pochette
de son premier album Horse
Patti Smith raconte avec pudeur et émotion ces années où tout a commencé. Son écriture est touchante, au cour de ma lecture je me suis sentie très proche d'eux comme des amis que l'on a envie de protéger.
En 2008, j'avais vu l'exposition à la Fondation Cartier qui lui était consacrée.
Je trouve que sur les photos jeune prise par Robert Mapplethorpe elle me fait penser à Charlotte Gainsbourg. En complément voir la critique des Inrocks  puis aussi enthousiaste Carmadou

J.B PONTALIS : Le Dormeur éveillé

 Souvent quand je me lève le matin, la tête lourde - lourde de quoi ? des rêves venus dans mon sommeil et que je ne me résoudrais pas à quitter ?" Après la lecture du roman d'Aharon Appelfeld "Le garçon qui voulait dormir", j'ai eu envie de lire ce livre de J. B Pontalis dont le titre est un lien entre les deux livres . "L'homme qui dort se nomme Constantin. C'est un Empereur romain, un conquérant , un guerrier sans merci. Son sommeil paraît paisible, bien qu'il doive livrer bataille le lendemain ..." L'homme qui est assis est le dormeur éveillé. "Le livre dont j'écris ici les premières lignes, j'aimerai qu'il devienne quelque chose comme une mémoire - donc une fiction - rêveuse, qu'il soit soit une traversée d'images, de souvenirs , d'instants, qu'il ressemble à la rêverie à laquelle s'abandonne le dormeur éveillé, avant que l'excès de clarté n'y mettre fin."Un récit, un portrait de J. B Pontalis autour de la mémoire du souvenir de son enfance. Un magnifique portrait, dans la très belle et très soignée collection "Trait et Portrait" illustré de nombreux tableaux et de photographies qu'ils lui sont chers. Amour pour les tableaux d'Eugène Boudin, sensible aux aquarelles dont il a une préférence pour l'appellation anglaise "watercolours" en particulier celle de Turner. 
J. B Pontalis est un amoureux de Venise. J. B Pontalis est un écrivain proche de l'enfance me semble t-il tout comme Aharon Appelfeld, la rêverie est importante chez lui me semble t-il. J'aime bien cette phrase : "Il arrive que l'amitié, aussi, plus que l'amour, soit une demeure." et cela aussi " Un rêve ne serait-il jamais qu'un autoportrait, au-delà du miroir ?" Je suis sous le charme de J.B Pontalis s'est une très belle écriture poétique, très érudite aussi. " Le livre dont j'écris ici les premières lignes, j'aimerais qu'il devienne quelque chose comme une mémoire - dont une fiction- rêveuse, qu'il soit une traversée d'images, de souvenirs, d'instants, qu'il ressemble à la rêverie à laquelle s'abandonne le dormeur éveillé, avant que l'excès de clarté n'y mettre fin. Il sera bien temps alors d'affronter le jour."

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VICTORIA OCAMPO : En témoignage



Préface de Silvia Baron Supervielle
Traduit par Anne Picard

C'est grâce au dernier Masse Critique que je découvre cette grande intellectuelle argentine."Ma vie s'est écoulée, pleine de passion, dans ces terres argentines, et elle est si enracinée en elles que, bien que je me sente citoyenne du monde, je ne serais guère étonnée de devenir un jour l'un de ces auteurs posthumes qu'on consulte à propos d'un certain type de phénomènes locaux."
Victoria Ocampo est née dans une illustre famille argentine en 1890. Elle est l'aînée de six filles, et sa sœur Silvina a été poète et nouvelliste. Elle a quarante ans quand elle fonde la revue Sur, en 1931 et, peu après, les éditions du même nom. Pendant un demi-siècle, elle y publie les plus grands écrivains en Amérique du Sud.
De cette incessante activité, elle a porté « témoignage » durant cinquante ans sous la forme de chroniques, essais, études, comptes rendus, conférences et autres « exercices d’admiration». La première est Anna de Noailles, poétesse. Virginia Woolf était son amie, elle lui a consacrée plusieurs essais. Elle affectionne particulièrement la littérature anglaise. C'est à l'âge de six ans qu'elle effectue un voyage à Londres. Elle est fascinée par les soldats de la garde aux portes de Buckingham Palace. Paul Valéry connu surtout pour son livre "Monsieur Teste". Elle évoque sa relation avec Pierre Drieu la Rochelle. Il est question entre eux de la guerre d'Espagne, de la politique de leurs divergences, cela n'empêche nullement leur fidélité.
Gandhi et T. E. Lawrence sont deux grandes figures que Victoria Ocampo admire le plus. À quarante-neuf ans elle fait la connaissance de Roger Caillois chez Jules Supervielle à Paris. " Si j'avais annoncé à mes parents ma décision de me consacrer aux lettre, cela aurait été un motif d'inquiétude et de critiques."

Mais En témoignage rapporte aussi des souvenirs plus personnels des instants de vie sur son enfance, sa famille, sa maison, ou encore la nature qu’elle aimait tant…Comme le sont de nombreux écrivains elle est sensible à l'arbre. "À présent, cet arbre a son nom inscrit sur un petit écriteau, comme dans les jardins botaniques."
Victoria Ocampo fut aussi une femme engagée pour les droits des femmes. Passage émouvant concernant Albert Camus, Victoria Ocampo a traduit son œuvre pour sa maison d'édition Sur et il l'a rencontrée à de nombreuses reprises que cela soit à Paris où en Amérique du Sud et même à New York. C'est aussi à New York qu'elle rencontre Jean Cocteau. Autre passage émouvant, le chapitre intitulé : "Parce qu'ils sont juifs". Elle fut proche et à côtoyé à Paris Benjamin Fondane poète et essayiste roumain, avant que la guerre se déclare il lui remet son manuscrit " Rencontre avec Léon Chestov". 

Elle a habité à Paris, elle aimait la France elle lisait aussi bien en français qu'en anglais et dès son plus jeune âge. Un ouvrage superbe d'une grande érudition, très agréable à lire mais pas facile du tout à chroniquer car dense. La vie de Victoria Ocampo fut passionnante et riche en rencontres. Un très beau témoignage d'une grande intellectuelle argentine sur une époque riche culturellement.

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KIM THUY : RU

Rentrée Littéraire 2010

Kim Thuy est vietnamienne, mais elle vit à Montréal depuis une trentaine d'année. Ru est le récit, de son parcours de vie. Elle a quitté son pays avec d'autres boat people à l'âge de dix ans. " Je suis venue au monde pendant l'offensive du Têt, aux premiers jours de la nouvelle année du Singe, lorsque les longues chaînes de pétards accrochées devant les maisons explosaient en polyphonie avec le son des mitraillettes." L'arrivée du communisme dans le Sud-Vietnam, la fuite dans le ventre d'un bateau au large du golfe de Siam, l'internement dans un camp de réfugié en Malaisie, puis l'arrivé dans le froid du Québec. 
" Petite, je croyais que la guerre et la paix étaient deux antonymes."   Les deux cohabitent tout au long de son récit. Le choc des cultures, la découverte d'un monde nouveau, un travail d'observation du quotidien a été fait par Kim Thuy.  Un travail de mémoire s'est imposé à l'auteur pour ses enfants. Ce récit est composé de très courts textes, des bulles de mémoire  en quelque sorte : la première phrase du chapitre reprend le plus souvent l’idée qui terminait le chapitre précédent, permettant ainsi de faire le pont entre tous les événements que la narratrice a connus : sa naissance au Vietnam pendant la guerre, la fuite avec les boat people, son accueil dans une petite ville du Québec, ses études, ses liens familiaux, son enfant autiste, etc. Une belle composition, une écriture musicale accompagnée de saveurs exotiques et d'odeurs, des images fortes  viennent se greffer dans la mémoire du lecteur, sans description.  Ce premier ouvrage a reçu de nombreux prix largement mérité. Voir les nombreuses critiques sur Babelio.

ANNE WIAZEMSKY : Une année studieuse



 La suite d'"une jeune fille", "une année studieuse" commence par la venue de Godard sur le tournage de "Au Hasard Balthazar". "Jean-Luc Godard était venu sur le tournage de Balthazar invité par la productrice." 

" Une année studieuse" est un roman d'initiation, Anne  n'a qu'une envie de fuir son milieux social. " Adolescente après la mort de mon père et l'obligation de demeurer désormais chez mes grands-parents, j'avais détesté ce quartier. Maintenant, j'avais juste envie de le fuir tant il me semblait morne."
L'année studieuse, l' année scolaire 1966/1967. Anne Wiazemsy a été très touché par le film de Jean Luc Godard "Masculin Féminin",  ce film  a servi de détonateur pour le contacter. Elle se décide de lui écrire personnellement une lettre où elle lui voue son amour pour son cinéma. Parallèlement, elle doit réviser son baccalauréat de philosophie, grâce à son amie Antoine Gallimard, elle a le culot de demander si Francis Jeanson (l'avantage, il habitait tout à côté de chez elle rue Raynourard) pouvait l'aider à préparer son oral au mois d'août. Le mois de juillet, elle le passe chez son amie Nathalie pour la récolte des pêches. Un coup de fil de Godard, un coup de foudre a lieu entre eux deux c'est aussi simple que cela. Enfin, pas si simple,  Anne est  la petite fille de François Mauriac, Jean Luc Godard est plus âgé qu'elle. " Comment concilier ma vie avec celle d'un homme célèbre, un cinéaste qui tournait deux films en même temps, qui avait dix-sept ans de plus que moi ? "

Sa mère n'accepte pas du tout cette relation ainsi que l'adorable petite chienne Nadja n'arrange rien à l'affaire.
 Il faut reconnaître que les rapports mère/fille ne sont jamais simple et ressemble à une relation entre chien et chat. Anne est une rebelle, elle ose, elle a du culot. En même temps, elle est la petit fille sage du 16ième arrondissement de Paris. Godard, lui s'amuse de cette relation, il est possessif. Elle se rend sur le tournage de Deux ou trois chose que je sais d'elle. Elle apprécie de se retrouver l'ambiance qu'elle avait connu sur le tournage de "Au hasard Balthazard". Elle évoque  sa meilleur amie de Sainte-Marie Blandine . Godard la filme en tant figurante pour son film "Deux ou trois chose que je sais d'elle". Mais aussi il envisage  de la reprendre dans le film qu'il prépare la Chinoise.  Au côté, Anne, il souhaite engager une actrice débutante Juliet Berto  ainsi que  Jean Pierre Léaud (l'acteur de la Nouvelle Vague par excellence).
 Elle rencontre François Truffaut qu'elle apprécie beaucoup,  un lien affectueux se tisse, elle est photographe sur son film " La mariée était en noire. "Elle apprécie la compagnie de  Michel Cournot critique de cinéma.  

La chinoise : Le fameux Pull-over jaune
Daniel Cohne-Bendit
Dans le film "La Chinoise" Anne Wiazemsky porte un pull jaune. Et ce fameux pull a une histoire. "À la fin d'une morne journée à Nanterre, je revins à la maison en arborant un nouveau pull-over en shetland de couleur jaune." Sa mère avec qui elle est en froid n'apprécie pas ce pull-over .  " Depuis quelques jours je me demande s'il ne faudrait pas tourner en couleurs. Des couleurs primaires, des couleurs franches, comme le jaune du pull-over que tu portes là, ou le bleu à col roulé que tu mets souvent pour aller à Nanterre."Anecdote amusante aussi celle de la Fiat 850 verte que JL lui avait offert pour qu'elle puisse aller à Nanterre en voiture.  " Quelques mois plus tard, lors d'une projection de la Chinoise ma mère s'étrangla de rage en entendant Juliet Berto qui interprétait une fille de la campagne se prostituant dire : "Maintenant ça va beaucoup mieux et avec mon argent j'ai pu m'acheter une Fiat 850." Aussi d'autres scènes sont cocasses, amusantes la rencontre avec Daniel Cohne -Bendit, il est roux comme elle, Dany le rouquin."Je contemplai apeuré le jeune rouquin au visage rond parsemé de taches de rousseurs, aux yeux bleus, qui feuilletait le Journal de La Belle et la Bête en y allant de ses commentaires." Lui l'appelle camarade Machin Chose. Son mariage avec Jean Luc Godard est assez surréaliste aussi, tout comme le séjour chez Jeanne Morreau à La Garde-Freinet et en même tant tout cela est vrais et bien réel ce n'est pas le rêve d'une année.
" Il me lisait des passages du Petit Livre rouge dont il m'avait offert un exemplaire. Il  me reprochait de ne pas partager son enthousiasme pour les écrits de Mao Tsé-toung et moi de se désintéresser de Sartre et de Merleau -Ponty". Elle relate le tournage de la Chinoise, elle compare sa méthode de travail  avec  celle de Bresson. Je souris quand je lis que son oral de rattrapage , le 13 septembre (la date de mon anniversaire, cela fait drôle de voir cette date écrite noir sur blanc dans un livre). À l'oral, en histoire elle doit parler de la Chine. 


Le ton est frais, le style importe peu, c'est le contenu car il évoque tout une époque.  Elle décrit un Godard, malicieux, amoureux transi, parfois jaloux aussi .  François Mauriac est décrit comme un grand-père confident, bienveillant, sa petite fille Anne l'amuse, elle le divertit, il s'en réjouie. Même si il reçoit des lettres anonymes, insultantes sur le faite que sa petite fille pas encore majeur couche avec Jean Luc Gordard (célèbre réalisateur plus âgé qu'elle). Quand Anne lui confie son mariage, il lui dit : "- Devenir le grand père de Jean-Luc Godard, quelle consécration."

Anne Wiazemsky est pétrie de cette époque.  Elle évoque le souvenir de l'année 1966/1967, tout est vrais et tout est faux, fiction et réalité. Elle s'est servie de la mémoire de son entourage celle de son frère Pierre et celle de son amie d'enfance Nathalie, son grand copain Antoine Gallimard. Puis aussi de son journal mais elle a beaucoup inventé, idéalisé sûrement aussi d'où l'appellation roman . Tout comme les livres d'avant "une jeune fille", "Mon enfant de Berlin", et celui là, forment une trilogie sur le bonheur.

En tout cas ma période Godard favorite c'est la période Anna Karina et À bout de souffle. À cette époque j'appréciais beaucoup Godard, ces derniers films ne m'intéressent plus du tout. Et, dans ma bibliothèque, il est pas étonnant de trouver le livre suivant "Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard", où l'on retrouve tous les articles de Godard quand il était critique au Cahier du Cinéma en compagnie de Truffaut, d'Eric Rhomer, Rivette ... mais aussi des articles sur ses films.