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vendredi 17 novembre 2017

Claire Barré : Pourquoi je n'ai pas écrit de film sur Sitting Bull

Une belle surprise, un beau livre dépaysant avec beaucoup d'humanité ! Terriblement attachant !

"Soudain, je basculai dans un paysage inconnu. Comme si quelque chose, une énergie m'y absorbait. Le monde autour de moi paraissait très réel, très concret, si ce n'est qu'il y régnait un silence absolu, les seuls sons que je percevais étaient ceux du tambour, qui semblaient rythmer, sculpter l'espace-temps. " Claire voit soudainement une apparition devant elle alors qu'elle déjeune tranquillement en famille lors d'un weekend reposant. Cette vision représente le visage d'un indien, une image permanente devant les yeux qui va durer quatre jours et quatre nuits. Perturbée par cette "présence", elle finit par découvrir une photographie de ce personnage : il s'agit de Sitting Bull, un grand chef Lakota. Ses recherches vont la conduire en terre indienne sur les pistes du chamanisme.
" La photo était passionnante à déchiffrer : Buffalo Bill sur la droite, se tenait très droit, le menton haut conquérant, regard plongé vers un horizon lointain, la main droite  levée - comme indiquant la route  -, la main gauche posée sur un long fusil. Sa jambe, bottée jusqu'à la cuisse, était en avant, guerrière. Sur la gauche, légèrement en retrait, se tenait Sitting Bull. Le chef indien portait une longue coiffe de plumes et un costume traditionnel qui semblaient lui peser. Il était de profil, visage, épaules et regard baissés. Comme s'il n'assumait pas exactement de poser aux côtés de son célèbre employeur."

Claire Barré  sera bouleversée de constater que les indiens ont été victime d'un génocide. L'image de l'aigle et du corbeau joue un grand rôle dans la culture indienne. 
" Les adolescents qui grandissent dans les réserves manquent de rêves. De perspectives. Le taux de suicide des jeunes Amérindiens explose tous les records des Etats-Unis." "L'impossibilité de se projeter dans un avenir radieux. Alcoolisme, obésité, addiction, endettement violence."

Un livre très attachant et original. C' est un roman qui s'écrit sous nos yeux. Claire Barré écrit sa découverte du monde des esprits en même tant qu'elle le découvre. Une écriture sincère. 
Elle nous livre aussi  son quotidien de scénariste et ses questionnements sur son rôle en tant que romancière. C'est un livre que j'ai lu en deux fois. La première, il y a un petit moment, ma séduite ma transposée dans une autre dimension. Je ne pensais pas aimée ce roman. Son univers est très loin de moi. Mais l'écriture de Claire Barré ma touchée, j'ai été transporté dans son univers. D'elle, j'avais beaucoup apprécié Phrères (livre qu'elle évoque) et un gros coup de coeur pour Mme Wilde (lecture diffusée sur France Culture). 
 Après la lecture de ce roman, j'ai voulu en savoir plus sur les indiens. Il se trouve que dans le cadre  d'un atelier adressé à de jeunes enfants (CP-CE1) je me suis documentée sur les indiens et leurs traditions. Je leurs ai lu le conte de la femme bison, entre autre et des contes sur la création du monde.  Ensuite j'ai voulu reprendre le roman de Claire Barré, pour mieux apprécier les passages où il est question de la culture amérindienne justement. 

mercredi 15 novembre 2017

SYLVIA BEACH : SHAKESPEARE AND COMPANY

traduit de l'anglais par George Adam

Sylvia est une américaine francophile, ses parents lui ont transmis l'amour pour la France. C'est lors d'un voyage à Paris avec sa sœur Cyprian en 1917, qu'elle fit la connaissance d'Adrienne Monnier qui aimait l'Amérique. Elle tenait une librairie 7, rue de l'Odéon. Et, très rapidement le courant passe entre ses deux femmes, c'est la naissance d'une grande amitié.
"Nous nous sommes assises pour bavarder, de livre naturellement. Elle me raconta qu'elle s'intéressait depuis toujours à la littérature américaine."
" Je fus la seule Américaine, je crois, à découvrir la rue de l'Odéon à cette époque et à participer à la vie excitante de la librairie d'Adrienne" Sylvia rêve de possédé une librairie aussi. Son rêve sera exaucé.

Adrienne Monnier
"Shakespeare and Company "est un livre de souvenir.  Sylvia Beach transmet son expérience merveilleuse à diriger cette librairie. " Shakespeare and Company ouvrit ses portes. C'était le 19 novembre 1919. "
Comme la bibliothèque d'Adrienne Monnier Shakespeare and Company était une bibliothèque de prêt où l'on trouve des nouveautés américaines. Le premier client a été le compositeur américain George Antheil.  " C'était souvent par Robert (Bob) McAlmon qu'était amené un nouvel ami à Shakespeare and Company. J'avais vu arriver ce jeune poète du Middle West dans les premiers jours de ma librairie."
Bryher
Bryher est une romancière et éditrice de magazine, elle a été une figure importante du milieu littéraire anglophone dans le Paris des années 1920.  " Puis un beau jour, qui fut un grand jour pour Shakespeare and Compagny, Robert McAlmon l'amena chez moi - une jeune Anglaise timide, habillé d'un costume tailleur et coiffé d'un chapeau portant deux rubans flottant squi me faisaient penser à un béret de marin. Je ne pouvais détacher mon regard de ses yeux : tellement bleus, plus bleus que la mer ou le ciel ou même que la grotte bleue de Capri. Leur expression était plus belle encore et j'en suis toujours aussi émerveillée. "
Hemingway et McAlmon
James Joyce, sa femme Nora et ses enfants

Bien sûr entant que voisine Gertrude Stein et Alice Toklas se sont intéressée à Shakespeare et Compagny. " On ne s'ennuyait pas avec Gertrude Stein et Alice B. Toklas ! Ca que l'une racontait, l'autre le complétait." Sylvia Beach avait une passion pour Joyce, ce n'était pas le cas pour Gertrude Stein.  Elle avait aucune sympathie pour cet écrivain irlandais. Sylvia Beach a soutenu Joyce dans la création d'Ulysse avec la complicité de l'éditeur américain Robert McAlmon. "Robert McAlmon, lui, était infatigable . Il fit la tourne des boîtes de nuit et chaque matin, à l'aube, avant de rentrer chez lui . Il déposait chez moi une poignée de bulletins, certains portant des signatures assez zigzagantes. Il m'arriva ensuite de rencontrer des personnes un peu surprises de se trouver parmi les souscripteurs d'Ulysse."
Cette expérience ne fut pas de tout repos, car après avoir connu la pauvreté comme Ulysse connait un succès il aime dépensé son argent et il a des goût de luxe. Valérie Larbaud est le traducteur français et il s'entend à merveille avec Joyce. Ses souvenirs sont plein de vie et passionnant et de modestie. J'aime beaucoup toutes les étapes concernant Ulysse.
James Joyce, Ernest Hemingway, Valéry Larbaud, Scott Fitzgerald ces écrivains fréquentes avec un grand bonheur la librairie de Sylvia Beach appelée Shakespeare and Company rue de l'Odéon. 
Ernest Hemigway est un fervent lecteur et adore l'accueil chaleureux de Sylvia. Une très belle amitié s'installe entre eux.D'ailleurs il écrira un roman en hommage à Sylvia et Adrienne dans" Paris est une fête"


Elle évoque des personnages étonnants qui sont des acteurs cette époque comme Nathalie Barney, Remy de Gourmont. 

 Elle et Adrienne rencontrent Scott Fitzgerald un leurs grands copains . Grâce à lui, Sylvia fait la connaissance de King Vidor un des grands réalisateurs d'Hollywood et rentré dans la librairie le l'immense George Gershwin, aussi Serge Eisenstein le grand metteur en scène russe. "Ce fut certainement un des hommes les plus intéressants qu'il me fut donné de connaître . Très attentif au mouvement littéraire, Eisentein était fervent admirateur de Joyce." Elle fait une grande exposition pour faire connaître au français le grand poète américain Walt Whitman. En 1930, Gertrude Stein et Alice B. Toklas se lancent aussi dans l'édition à leur propre adresse au 27 rue de Fleurus. 

Un beau témoignage sur cette époque foisonnante durant l'entre deux guerre où 
Sylvia Beach mêle les grands moments littéraires et les anecdotes personnelles.



lundi 6 novembre 2017

ERIC VUILLARD : TRISTESSE DE LA TERRE

 Une histoire de Buffalo Bill Cody

" Et pour attirer le public, pour provoquer chez lui ce désir de venir voir toujours plus nombreux le Wild West Show, il fallait qu'on lui raconte une histoire celle que des millions d'Américains d'abord, puis d'Européens avaient envie d'entendre, la seule qu'ils voulaient entendre et qu'ils entendaient déjà dans le crépitement des ampoules électriques sans peut-être le savoir." 
Buffalo Bill 
Le Wild West Show est un spectacle hors norme avec ses deux représentations par jour attiraient près de quarante mille spectateurs, et plus de trois millions lors des représentations données à Paris pendant la tournée européenne en 1905. Buffalo Bill est à l'origine de cet immense spectacle, il a été le metteur en scène du fameux Wild West Show, un immense divertissement qui ressemble au cirque. " Oui, il fallait que les gens frémissent - le spectacle doit faire frissonner tout ce que nous savons, il nous propulse devant nous-mêmes, il nous dépouille de nos certitudes et nous brûle. Oui, le spectacle brûle n'en déplaise à ses détracteurs. Le spectacle nous dérobe et nous ment et nous grise et nous offre le monde sous toutes ses formes." Cette Histoire de carton pâte  est surtout irrésistible du fait de la présence dans le spectacle de véritables indiens, utilisés comme acteurs dans ce spectacle . Ce  grand spectacle  est  une parodie mensongère. L'histoire de la petite Marguerite Colby est très touchante, petite indienne achetée par Leonard Colby, de son vrais nom Zintkalo Nuni, pour les besoins du Wild West Show.

Marguerite Colby
"J'ai vu des images de cette petite fille, elle doit avoir quatre ou cinq ans. Sur l'une d'elles, elle s'enroule dans un rideau de dentelle ou de mousseline, près d'un sofa. Son visage est sombre. Ses yeux sont noirs. Elle est jolie. Elle porte une robe de petite princesse comme dans les bonnes familles. Elle sourit, d'un air timide, sa main attrape un bout du rideau et elle le tient entre ses doigts comme une énigme"


Sitting Bull, le grand chef indien, a fait partie de l'aventure au côté de Buffalo Bill.  Il tint quelques mois en 1885 avant de rendre son calumet et de rejoindre la réserve de Great River. C'est une attraction de foire, il rejoue les scènes qui avaient frappé les siens. Et les cowboys ont le beau rôle . 

«Sitting Bull n’a sans doute jamais été si seul qu’à cette minute, au milieu des drapeaux américains, dans la grande machine à divertir. Il n’était pas aussi seul lorsqu’il vivait en exil au Canada, parmi une poignée de proscrits ; l’obscurité première est impénétrable. Et certes, on était seul à cheval, sous la pluie glacée, errant entre les formes imprécises, dans la grande forêt. Oui, on était seul et triste, mais on était libre, on était plein d’une haine brûlante. Et maintenant Sitting Bull est seul dans l’arène ; la grande chose qu’il aimait est restée en arrière, très loin, Et, ici, dans les gradins, ils ne sont venus que pour ça, tout le monde est venu voir ça, simplement ça : la solitude.»

Tristesse de la terre, nous raconte cette histoire, la face tragique de l'histoire des indiens à la fin du XIXième siècle. Pour ma part ce livre est déconcertant c'est bien écrit, il y a de beaux passages mais tout glisse rien ne s'imprime en moi, pas d'émotions  ressenties. 

vendredi 27 octobre 2017

LAURE MURAT : PASSAGE DE L' ODEON


( Sylvis Beach, Adrienne Monnier et la vie littéraire à Paris dans l'entre-deux-guerres)
Laure Murat - C'est un essai d'une grande richesse concernant le monde de l'édition et la vie culturelle durant l'entre -deux-guerres et je ne pense pas en avoir fait le tour.

Adrienne Monnier ouvre la Maison des amis des Livres 7 rue de l'Odéon. Elle a vingt-trois ans en 1915 en pleine guerre c'est une idée complètement folle. Tant pis cela lui fait pas peur, elle est passionnée de littérature contemporaine qu'elle veut faire connaître au plus grand nombre, sa librairie est aussi une bibliothèque de prêt. Elle a choisit la rive gauche, le quartier des étudiants pour être accessible à la jeunesse.
Elle est une femme originaire de Savoie. Et, c'est une femme connue pour avoir un bon coup de fourchette.
Elle fait un rapprochement entre la nourriture et la littérature je suis entièrement d'accord. La mauvaise littérature est immangeable alors que la grande est divine. Elle est une femme d'influence dans le milieu littéraire de son temps au près de Gallimard surtout . Sa librairie sera toute sa vie. Adrienne Monnier et Sylvia Beach, tous les deux lesbiennes travaillent l'un en face de l'autre. Sylvia Beach s'installera en 1921.



Durant l'entre-deux guerres, Sylvia Beach et Adrienne Monnier, deux femmes l'une américaine et l'autre française feront énormément pour Joyce et son célèbre Ulysse.

C'est un évènement exceptionnel. L'Adrienne s'occupera de la traduction française sept ans après sa sortie.
Durant la période entre 1911 et 1931, elles deviennent des symboles pour les amis du livre

Deux maisons d'édition jouent un grand rôle : le Mercure de France et la NRF. Grâce à Adrienne Monnier et Sylvia Beach , Gallimard possède Joyce et Hemingway.

Deux absents de tailles durant cette époque, deux géants ignorés, méprisés Proust et Céline. Mais pour ma part, je pense que cela n'est pas étonnant Proust était un mondain de la rive droite et Céline fut totalement méprisé à cause de ses idées politiques. Laure Murat nous dit concernant Adrienne Monnier "Elle chérissait Romains et Fargue (entre parenthèse deux écrivains qui sont méconnus à l'heure actuelle, injustement d'ailleurs peut-être) détestait les surréalistes (Ah ! bon, il représentait tout de même la modernité il me semble à l'époque), ignorait superbement Proust et Céline, dont la prose la laissait froide. (étonnant car avec le temps ces deux auteurs sont passés à la prospérité)". Le mérite d' Adrienne est la franchise, elle est une passeuse, elle a su tenir ce rôle avec diplomatie. Ces deux dames, Adrienne et Sylvia était de véritable dénicheuse de talent.

C'est un essai sur la vie littéraire de l'entre deux-guerres intéressant et dense. Il s'adresse avant tout pour les amoureux de l'histoire littéraire. La vie littéraire à cette époque était d'une très grande richesse. Puis de voir aussi que certains auteurs de cette époque sont méconnus de nos jours l'œuvre de Ruysbroeck , Chennevière . Comme quoi quand on parle littérature le Temps est important, c'est lui qui à raison et qui fait le tri ! Cela reste un essai qui donne envie de revisiter nos classiques. 

MAUD SIMONNOT : LA NUIT POUR ADRESSE

Coup de coeur !

Ce roman est sortie durant le printemps 2017, il est passé complètement inaperçu me semble t-il. Heureusement, il vient de recevoir le Prix Tour Montparnasse 2017.

Robert McAlmon avait tout pour devenir une légende.

Sa vie a été mouvementé et incroyable.  C'est un personnage magnétique, très tôt il sut ce qu'il voulait : être écrivain et éditeur. Maud Simonnot nous entraîne dans l'envers du décor de la Génération Perdue


Robert McAlmon
"L'histoire de Robert Menzies Mc Almon commence le 9 mars 1895 à Clifton dans le Kansas. Pur produit du Middle West américain, il était le fils d'un pasteur irlandais, le révérend John McAlmon et de Bessie Urquhart, une mère à laquelle il devait des origines écossaises et canadiennes. "
Il est engagé dans l'armé où il s'occupe du journal, il lance un magazine sur l'aviation : The Ace. Parallèlement il écrit des poème qui sont publiés
Il n'a pas vingt quatre ans, il se trouve à New York et il rencontre Marcel Duchamp, Picabia et Mina Loy.  Il rencontre et devient ami du poète William Carlos Williams. 
Bryher
Il lance la revue " Contact" " Dans le manifeste du premier numéro, McAlmon prônait une littérature en prise directe avec la vie, qui rejetait le réalisme sans être coupé de la société."qui deviendra par la suite une maison d'édition : Contact Contact Publishing Company. Il est l'éditeur de cette maison d'édition américaine, la première en France. Les livres édités par McAlmon sont imprimés par Darantière à Dijon. 
 Il va se marie en 1921  à la fille de l’homme le plus riche d’Angleterre, Bryher à New York. 
Sylvia Beach
Il la rencontre par l'intermédiaire de William Carlos Williams et de Hilda Doolitte et aussi pouvoir échapper au carcan de la société victorienne. C'est un mariage blanc pour que Bryher puisse vivre son amour avec Hilda Doolitte. " Sir Ellerman (le père de Bryher) menaçait de ne plus donner d'argent à sa fille si elle continuait à parcourir le monde sans mari. Bryher, désespérée, avait alors eu l'idée de ce mariage blanc. "
 Par la suite, Robert débarque à Paris 
il fait la connaissance de Sylvia Beach qui admirait ce qu'il écrivait. " McAlmon s'inscrivit sur le registre de Sylvia Beach le 6 mai 192, quasiment à son arrivée à Paris. Plus qu'une librairie ou une poste - son adresse permanente était " aux bons soins de Shakespeare and Company"- la boutique de Sylvia un foyer et un point fixe pour le vagabond. Il y était chez lui."
Ezra Pound
Il rencontre Ezra Pound poète américain ,  aussi James Joyce. 
James Joyce
"A priori tout les opposait. McAlmon était un infatigable noceur quand Joyce semblait contenu dans sa vie de famille et son oeuvre de tâcheron. Joyce, héron calme aux lunettes rondes et épaisses, aux vêtements confortables, était aux antipodes du jeune homme affectionnant les costumes anglais et les bijoux. McAlmon, agnostique en dépit de l'éducation dispensée par son père, n'était pas du tout intéressé par la théologie, au contraire de Joyce encore empreint de ses années chez les jésuites." Malgré qu'ils soient très différent, McAlmon est un soutien financier de Joyce, ils s'appréciaient tout de même, ils aimaient faire la tournée des bars. Quand ils se rencontrent, Joyce écrit Ulysses. Il est d'un grand soutient financier et moral. " Sylvia mit en place un système D fondé sur la générosité inépuisable de l'entourage de Joyce. Il n' avait plus de dactylographe pour taper le manuscrit ? Qu'à cela ne tienne, les bonnes volontés effectueraient elles-mêmes cette tâche laborieuse." McAlmon tape à la machine à écrire très vite et donc il tapera le monologue sans ponctuation de Molly-Pénéloppe. En un mot, il a été son ange gardien. 
Nancy Cunard
Par la suite il devient le parrain des Américains expatriés à Paris, cet écrivain surdoué fut l’ami de Kiki, de Man Ray, d’Aragon. Il a été  l’amant de Nancy Cunard, une femme libre, photographié par Man Ray. 
" Elle lui ouvraient en souriant, les chandelles éclairant le hall accentuaient la pâleur théâtrale de son visage. Selon un rituel tacite, Mc Almond descendait se servir lui -même à la cave, puis il débouchait toutes les bouteilles à la fois pour lui tenir compagnie sans plus être obligé de bougé, de peur de perdre un mot d'elle, un instant d'abandon."Dans le tourbillon des années 1920, il était le centre des nuits de Montparnasse. Il connaissait tous les bars de Montparnasse et de Saint Germain. 
" Ces fins de nuit-là, McAlmon n'était plus en état de faire office de maître de maison et les bouteilles remontaient de la cave sans lui."
Hemingway 
McAlmon fut aussi le premier éditeur de Hemingway, à qui il fit découvrir l’Espagne. Leur amitié virile rapidement transformée en rivalité allait cristalliser la mélancolie de cet éternel vagabond. Hemingway n'apprécie pas sa bisexualité. Grâce à Mina Loy, il va rencontrer Gertrude Stein et il va l'aider à éditer "The Making of America", il sera imprimé chez Darantière à Dijon. 
Kay Boyle
Kay Boyle est une grande admiratrice de Robert MacAlmond en particulier de sa poésie. Elle sera aussi amoureuse de lui. "Même si Kay lui plaisait plus que toutes les autres filles qui lui tournaient autour, il n'aspirait plus qu'à un peu de légèreté." C'est par l'intermédiaire de Kay Boyle qu'il rencontre John Glassco un jeune écrivain. 
John Glassco et McAlmond


 





" Au début de l'été 1929, pour échapper aux touristes parisiens, McAlmon proposa à Glassco et Taylor une virée sur la Riviera. "

Robert MacAlmond finit dans la misère et la pauvreté.

En suivant les pas de son héros, Maud Simonnot nous entraîne dans l’envers du décor de la Génération Perdue. Maud Simonot est bourguignonne et elle découvre l'existence de MacAlmond via l'imprimeur Maurice Darantière. Ce dernier a imprimer entre autre Ulysse de Joyce.  "La nuit pour adresse" est un très beau livre, une belle biographie romanesque passionnante. Il permet de faire revivre la personnalité hors norme et méconnu de  Robert McAlmon ainsi que tout un bouillonnement d'une époque. En un mot, c'est un roman excellent, j'ai pris un grand plaisir de lecture !

https://www.lanuitpouradresse.fr/ un très joli site autour de l'ouvrage de Maud Simonnot. 





" Une photographie prise en Normandie en 1923 montre McAlmon en compagnie de Kiki, Aragon, Peggy Guggenheim et Clotilde Vail la soeur de Laurent. L'air heureux, allongés dans l'herbe. McAlmon et Aragon étaient amis"

vendredi 13 octobre 2017

MATHIEU TERENCE : Mina Loy, éperdument

Arthur Cravan

"Il y a ceux pour qui la vie est une folie et ceux pour qui elle est une sottise. Pour les créature de l'espèce de Mina, la vie est une aventure qui est ce que chacun y met."

Elle conçoit la vie comme un art de vivre. 
Mina a été l'héroïne de sa vie : une femme libre !


Mina Loy 


Mabel Dodge
Après avoir lu Gabriële, j'ai voulu m'intéresser à Mina Loy une femme moderne et éprise d'aventure. Elle est née dans une famille juive hongroise à Londres, à l'époque victorienne. Elle est  morte dans l'Amérique des sixties. Elle s'est mariée jeune à un mari qui lui convenait pas.  Elle n'a pas été une bonne mère, tout comme sa mère, elle n'a pas la fibre maternelle. Elle aura quatre enfants dont deux mourront sans qu'elle les ait vraiment connus.  Aussi,  elle a vécu avant la première guerre mondiale à Florence en 1907.  Elle fait connaissance de Mabel Dodge et de Gertrude Stein. " Après un court séjour à Paris, Mabel revient en compagnie de Gertrude Stein et de son frère Léo. Il leur parle de ses dernières découvertes : Picasso et Matisse. Gertrude, qui Mina écoute respectueusement, déclare que Picasso lui a fait voir le monde autrement."
HenriPierre Roché - Picadia et Beatrice Wood
William Carlos Williams



En 1916, la guerre est déclarée Mina débarque à New York. Où, elle se rendra aux soirées des Arensberg des collectionneurs. A ces soirées, Mina fait connaissance avec tout le milieu artistique de l'époque : Marcel Duchamp, Varèse, Picabia. "Duchamp est l'éminence grise des Arensberg. " Duchamp est très proche de Henri-Pierre Roché. Elle rencontre aussi William Carlos Williams. C'est le 19 avril 1917 que Mina fait la connaissance d'Arthur Cravan  de son vrais nom : Fabian Lloyd, il est "poète-boxeur" neveu d'Oscar Wilde. Ils vont  au Mexique où il disparaît en mer de façon mystérieuse en 1918 . "Le 19 avril 1917, la conférence que donne le "poète-boxeur" d'origine suisse Arthur Cravan tourne à la foire d'empoigne. Duchamp la qualifiera donc de "merveilleuse". Dans l'un des salons de Grand Central Palace, Cravan, après avoir copieusement insulté l'assistance, se met à se déshabiller tout en discourant doctement sur la situation de la poésie. Quatre policier se jettent sur lui et le menottent. " Elle a un enfant de lui, une fille Fabienne Jemina Lloyd. Ensuite, elle rentre en Europe, elle retourne à Florence entre autre. 
Djuna Barnes

Elle rencontre Freud. Après guerre elle se rend en 1922 à Berlin, ville en plein bouillonnement russe. Puis en 1923, elle est à Paris elle fait la connaissance de Robert McAlmon grâce à ceux dernier elle publie " Le Baedeker lunaire."Elle a une liaison avec Djuna Barnes. " Mina Loy s'était toujours sentie marginale. Les autres femmes, souvent, lui semblaient éloignées de ses préoccupations, de sa façon si décalée de vivre selon ses désirs, sans se soucier de la morale et de ce règles figées que la société faisait peser sur elle. Mais Djuna Barnes, d'emblée, lui avait paru une soeur. A elle, Mina pouvait tout dire sans craindre d'être jugée. Elle avait rencontré Djuna en même temps que McAlmon, dans un café enfumé de la Sixième Avenue à New York. Ils avaient été heureux de se retrouver en Europe. A Paris, Djuna Barnes et Mina Loy était devenues inséparables. "Maud Simonnot : La nuit pour adresse
Elle rend visite à Gertrude Stein, elle fréquente la librairie Shakespeare & Co. Lors d'une réunion chez Sylvia Beach elle fait la connaissance de Nathalie Barney. 
"Quand on allait voir Mina chez elle, on trébuchait partout dans les abat-jour qu'elle fabriquait pour nourrir ses enfants. Elle fait elle-même toutes ses robes et sans doute celles de ses filles. Ses chapeaux ressemblaient beaucoup à ses abat-jour - à moins que ce ne fût le contraire." Sylvia Beach Shakespeare and Company
La vie de Mina est un tourbillon de rencontres, d'aller et venue entre l'Amérique et l'Europe.  

La personnalité de Mina Loy est fascinante, tout comme le bouillonnement culturel de l'époque. Par contre, je n'ai pas été séduite ni sous le charme de l'écriture de Mathieu Terence. 

http://www.excentriques.com/cravan/amour-mina.html

mercredi 11 octobre 2017

ANNE ET CLAIRE BEREST : Gabriële



Un gros coup de coeur passionnant ! 
Prix grands destins du Parisien Week-end

Elles dressent un portrait de leur arrière grand mère au destin hors norme. Ce récit s’étale sur une courte période, de 1908 ( la rencontre entre Gabriële et Francis) à 1919, naissance de leur grand-père Vicente. L'histoire de Gabriële et Francis se déroule entre Paris, New York, Berlin, Zürich, Barcelone, Étival et Saint-Tropez.  Gabriële guide les précurseurs de l’art abstrait, des futuristes, des Dada, toujours à la pointe des avancées artistiques.
 Elle est avant son mariage une femme indépendante, compositrice. Elle ne rentre pas au Conservatoire de Paris car les femmes n'y ont pas accès. Mais, elle est admis à Schola Cantorum. 
Edgar Varése
Ensuite elle part à Berlin où elle rencontre Varése.
"Edgar est plus jeune que Gabriële, il n'a que 23 ans. Elle en a 25. Le jeune homme voit en elle un repère une balise dans le flot bouillonnant de sa création . Varèse est un artiste encore malmené par ses propres fulgurances."Elle retrouvera Varése à New York et grâce à lui elle découvre le jazz.
En septembre 1908, Gabriële Buffet est une femme indépendante et musicienne. Elle n'a aucune envie de se marier et d'avoir des enfants. Elle rencontre Francis Picabia, jeune peintre à succès et à la réputation sulfureuse, un amoureux pas que des belles femmes mais aussi des voitures. Il a aimé faire les fêtes, de brûler la vie par les deux bouts. "- Il faut que vous compreniez que la peinture est devenue pour moi un travail absurde ! lui dit-il. De quoi me payer suffisamment d'alcool la nuit, pour oublier que je dois peindre le jour. Tout cela me fait horreur. Si vous rentrez à Berlin aujourd'hui, je vais m'arrêter de peindre. Ce sera votre faute. J'ai besoin de vous. Mes pensées me disent où je me trouve ; mais elles ne m'indiquent pas où je vais . Vous ne pouvez pas partir. Vous êtes la seule personne qui puisse m'aider."
Ils se marient en 1909 à Versaille. Et le lendemain de leur mariage, ils partent à Saint Tropez, puis en Espagne. Francis Picabia comme Cocteau va se donner à l'opium.


Francis Picabia - Gabriële - Apollinaire


Caoutchouc


  Elle a été la maîtresse de Marcel Duchamp et l'amie de Guillaume Apollinaire.

Elle devient « la femme au cerveau érotique » qui met tous les hommes à genoux. 
Caoutchouc est une peinture musical.

Marcel Duchamp
"Avec Caoutchouc , fruit de la pensée musicienne de Gabriële, Francis Picabia peint l'une des premières "peintures abstraites de l'histoire de l'art". Sans le savoir, et surtout sans jamais le revendiquer, Gabriële s'affirme comme un "personnage de premier plan du mouvement des arts" et exerce sur Francis Picabia "une profonde influence libératrice."
La rencontre entre Marcel Duchamp et de Francis Picabia. 
Le nu descendant l'escalier
" Ils partagent le goût des icônes que l'on brise, de l'art de l'ironie et de l'ironie de l'art, des blagues en toutes circonstances et de la mort de Dieu. Certes, ils ont dix ans d'écart et tout les sépare. L'un débarque d'une famille douce et aimante de notables de province, l'autre descend de l'aristocratie fortunée et asphyxiée, qui méprise sa propre fortune. Le jeune Duchamp est secret, délicat, et empreint d'une modestie feutrée, Picabia est bruyant, impudique flambeur et flamboyant. "


Marcel Duchamp :  1911
jeune homme triste dans un train


Picabia : 1912 Figure triste


" Marcel et Francis, nourris l'un de l'autre, sont en pleine fureur créative. Leurs préoccupations artistiques sont déchaînées, radicales, électrisantes" Francis Picabia est un artiste de génie. Il est maniaco-dépressif. Il collectionne les femmes, il a une relation avec Isora Duncan. Quand ils vont à New York c'est sans leurs enfants car ils les empêchent, cela  nuit à la créativité du peintre. Picabia avait besoin d’un renouveau dans son œuvre, elle est prête à briser les carcans : insuffler, faire réfléchir, théoriser. Gabriel  prend en main la carrière de son mari, notamment à New York car elle parle très bien anglais et allemand. Il se trouve qu'elle est très à l'aise dans la   communicante. Gabriële et Francis fréquentent le tout-Paris et le tout-New York aussi.
Mabel Dodge
Alfred Stiegliz
A New York, ils rencontre Mabel Dodge.  " Mabel est une riche héritière, fille de Charles Ganson, un banquier prospère de Buffalo. Mariée à  21 ans, joyeusement veuve à l'âge de 23 ans , elle entame, durant son deuil, une liaison avec le plus célèbre gynécologue de Buffalo" Elle va monter un salon sur le modèle de Gertrude Stein. Elle accueille les Picabia. C'est chez Mabel qu'il rencontre Alfred Stiegliz un galeriste new-yorkais qui s'intéresse aussi à la photographie. "Stieglitz et Picabia ont tout pour se plaire. Encore une fois, Gabriële facilite les choses, car Alfred a vécu à Berlin pendant ses études, et les conversations peuvent ainsi passer d'une langue à une autre. Les sujets de discussion tournent naturellement autour de l'opposition entre peinture et photographie. "
Les Picabias se rendaient aussi chez les Arensberg, où Gabriële retrouve Varése, ils font la connaissance d' Arthur Cravan. Ce dernier donne des conférences avec Marcel Duchamp qui font scandales. En 1917, à New York pour le salon des indépendants, après avoir bien bu avec la complicité de Duchamp et Picadia il s'est mis tout nu.




De gauche à droite: Beatrice Wood , Joseph Stella (à la guitare), Edgard Varèse, Arthur Craven ( aupremier plan), Mina Loy, Elmer Ernst Southard (debout), Albert Gleizes, Juliette Roche, Louise Arensberg, Walter Arensberg, Marcel Duchamp , Francis Picabia (jouant aux échecs), John Covert (debout) Gabrielle Buffet Picabia, Man Ray (debout), Herni-Pierre Roché, la baronne Elsa von Freytag-Loringhoven .
Durant le printemps 1916, Gabriële part seule voir ses enfants en Suisse. Et sur le bateau qui la ramène en Amérique à New York, elle fait la connaissance d'Elsa Schiaparelli. "Arrivéees à New York, les deux femmes n'ont plus envie de se quitter."   
Gabriële a de l'affection pour Arthur Cravan.
Arthur Cravan
" Elle s'inquiéte pour lui. Sans argent, il erre dans la ville, dormant chez les uns, chez les autres. Quand le temps est doux , il lui arrive de dormir à l'entrée d'une station de méto qu'il a rebaptisé sa "villa" - parfois il dort à la belle étoile, dans Central Park. Gabriële lui donne de l'argent pour le sortir de l'embarras et lui propose de l'accueillir chez eux. Il lui répond avec une gentillesse désarmante qu'il préfère son jardin de Central Park : " Les écureuils sont devenus mes amis, ils couchent dans mes poches."
"Gabriële est une traversée de tous les courants artistiques du moment : futurisme, dadaïsme, cubisme, surréalisme…
Un portrait de femme, mais d'artiste hors norme. Gabriële. C’est une femme libre, intelligente, anticonformiste qui passera plus de temps à aider son mari qu’à s’occuper de ses quatre enfants. Son absence d’instinct maternel explique en grande partie pourquoi elle a laissé aucune trace dans l'histoire familiale d'Anne et Clair. Aussi,  elle a été injustement effacé par l'histoire de l'art. De sa musique, il ne reste rien"Pourtant, il ne nous reste rien aucune oeuvre, aucune partition, pas même le titre d'un musical. Or , il est certain que Gabriële Buffé a composé durant ses dix années d'étude."  

Ce livre écrit à quatre mains est une véritable réussite à mon goût. J’ai apprécié qu’en fin de certains chapitres, on assiste à leurs  propres interrogations  au fur et à mesure de leurs recherches.  il permet de découvrir des artistes méconnus de nos jours me semble t-il , tout d'abord la peinture de Picabia et celle de Marcel Duchamp. Les soeurs Berest ont su évoquer la mémoire de leur arrière grand-mère,  une femme exceptionnelle, majestueusement et avec pudeur. Aussi elles ont fait revivre toute une époque, et elles nous plongent  dans le bouillonnement artistique du début du XXe siècle. 

samedi 7 octobre 2017

HENRY JAMES : Le tour d'écrou

Traduction Nemer

J'avais déjà lu ce célèbre roman d'Henry James, il y a fort longtemps, bien avant la création de ce blog. 

C'est une histoire de fantôme ou bien une histoire de fantasme

Paru en 1898 comme un conte de Noël macabre, The Turn of the Screw a eu aussitôt un grand impact public, et c'est demeuré une des œuvres les plus célèbres et le plus commentées de son auteur.

Le narrateur assiste à la lecture du journal d'une gouvernante. La jeune femme a été engagée par un riche célibataire pour s'occuper de ses neveux , Flora et Miles. Orphelins. Ils demeure à Bly dans une vaste propriété isolée à la campagne.

Il ne veut en aucun cas être dérangé. La jeune femme arrive dans ce manoir, elle est sous le charme de cette demeure par sa grandeur. Elle fait la connaissance de MissGrosse et de Flora dans un premier temps et ensuite de Miles. Ce dernier a été renvoyé de son pensionnat pour une raison que la nouvelle gouvernante ignore. Elle est sous le charme de la délicatesse des enfants innocents, à la fois mi-ange, mi-démons. Un jour, alors qu'elle se trouve dans le jardin, elle remarque un homme inquiétant au haut d'une tour. Il s'agit du fantôme de Quint l'ancien valet, un personnage inquiétant. Puis, par la suite elle voit un deuxième fantôme qui se trouve être Miss Jessel l'ancienne gouvernante des enfants. Ces deux fantômes sont décédés avant l'arrivée de la gouvernante. Il pourrait toujours exercer sur les enfants une attirance maléfique. La nouvelle gouvernante essaye de les en détourner. Miss Grosse essaye de faire comprendre à la gouvernante que les enfants sont des innocents tout simplement, ceux ne sont pas de petit démons. La demeure serait elle hantée ???
La  force du roman tient à sa constante ambiguïté : les fantômes sont précisément décrits comme des apparitions réelles ne le sont qu'à travers le regard  de la gouvernante. Il se peut même certainement d'hallucinations  hystériques  ou réelles. 

J'ai adoré relire ce roman de James, qui est passionnant à tout point de vue. 


de Jack Clayion avec Deborah Kerr
scénario et de Truman Capote

Une adaptation fantastique, envoutante ! 
A la fin du XIXe siècle en Angleterre, Miss Giddens arrive en diligence elle rentre dans un autre monde où tout est grand et spacieux. La demeure est isolée, c'est un manoir, il ressemble à une maison hanté : néo gothique. Quand elle rentre dans la maison, elle est impressionnée par cette ambiance victorienne, elle est sous le charme le plus complet tout est magnifique ainsi que les enfants. 


Et puis très vite, elle s'aperçoit que l'a maison est hanté de fantômes. Elle apprend que la précédente préceptrice, Miss Jessel, a eu une relation avec le valet Quint, et que tous deux sont morts dans d'étranges circonstances. Peu après, elle commence à voir apparaître leurs fantômes dans le manoir et le jardin.
Ce film est en noir et blanc, l'atmosphère est mystérieuse joue sur le bien et le mal.
Les apparitions de Miss Jessel près du lac et celle du valet Quint sont digne des films d'horreur. Le film oscille entre le bien et le mal. Le personnage de la gouvernante va évoluer, elle passe à celui d'enjoué à celle de l'hystérie. 


  

Un très beau passage dans le film quand la gouvernante est  en chemise de nuit un chandelier à la main.  Elle  entend le bruit des étreintes auxquels se livraient Quint et Miss Jessel. 


Ce film est merveilleux dans son esthétisme, je le rapprocherai à Rebecca d'Hitchcock. 

mardi 26 septembre 2017

GERTRUDE STEIN : AUTOBIOGRAPHIE D'ALICE TOKLAS


 Traduction Bernard Faÿ

" Il y a six semaines environs Germain Stein m'a dit "On dirait que vous n'allez jamais vous décider à écrire cette autobiographie. Savez-vous ce que je vais faire ? Je vais l'écrire pour vous. Je vais l'écrire tout simplement comme Defoe écrivit l'autobiographie de Robinson Crusoé." C'est ce qu'elle a fait et que voici."
Toutes les deux sont américaines. Alice est originaire de la Californie San Francisco et Gertrude est originaire de Pensylvanie. Alice Toklas a très bien connu Gertrude Stein, elle a été sa confidente (c'est la narratrice) nous livre les mémoires de cette femme mécéne ami des artistes, mais aussi femme de lettres. 
Gertrude Stein naît  en 1874, au sein d’une famille juive aisée. Elle est la cadette. Lorsqu’elle a quatorze ans, son père est décédé  elle passe sous la tutelle de ses frères, Michael et Leo avec qui  elle a grandit à San Francisco. La famille Stein devient d'important collectionneur de l'art moderne et ils sont les mécénes de Matisse et Picasso surtout : deux grands artistes de l'époque.  
Michael l'ainé est marié avec Sarah, ils viendront s'installer à Paris : rue Madame, tout en étant pas loin de Leo et de Gertrude. Avant de venir à Paris, Sarah aimait les tableaux de Matisse elle en possédait trois. 
Vollard par Cézanne 
En 1903, Leo et la soeur louent un petit appartement au 27, rue de Fleurus (adresse destinée à devenir mythique) et fréquentent les cercles de peintres parisiens et notamment le milieu de l'avant-garde artistique. L’année suivante, Leo, qui manifeste un intérêt très vif pour Cézanne. Le marchand de tableau qui possédait des Cézanne était Vollard. "Les Stein demandèrent à voir des Cézanne. Vollard pris un air moins lugubre et devint fort poli. Comme ils le découvrir ensuite, Cézanne était la grande aventure de la vie de Vollard. "

Gertrude et Alice fréquentent le milieu artistique étaient amies des peintres et des écrivains entre autre de Picasso, Braque, Juan Gris, Marie Laurencin, Max Jacob, Le Douanier Rousseau.

"Matisse avait une
 grade virilité étonnante qui
 produisait toujours une impression délicieuse quand on ne l'avait pas vu depuis quelque temps. ""Gertrude Stein et son frère allaient souvent voir les Matisse et les Matisse venaient sans cesse voir les Stein." " Matisse et Picasso furent alors présentés l'un à l'autre par Gertrude Stein et ils devinrent amis, mais ils furent aussi ennemis. Maintenant ils ne sont plus ni amis ni ennemis. Alors ils étaient l'un et l'autre. Ils échangèrent des tableaux , comme on le faisait alors entre peintres. "

" Petit à petit les gens se mirent à venir rue de Fleurus pour voit Matisse et les Cézanne, Matisse amenait des gens et chacun amenait des gens, et il venait des gens tout le temps et ça finissait par être intolérable ; c'est aussi à ce moment-là que Gertrude Stein prit l'habitude d'écrire pendant la nuit . Avant onze heure du soir elle ne pouvait jamais être sûr que quelqu'un ne viendrait pas frapper à la porte de l'atelier"

" Dans l'atelier il y avait aussi un portrait de Gertrude Stein par Valloton, qui avait l'air d'un David mais n'était pas un David, il y avait un Maurice Denis, un petit Daumier beaucoup d'aquarelles de Cézanne ; en somme, il y avait de tout, il avait même un petit Delacroix et un Greco un peu plus grand". 

"Quand il peignait un portrait il faisait le haut, en descendant toujours. Gerrude Stein disait que ça donnait l'impression d'un rideau qui s'abaisse aussi doucement que se déplace un glacier suisse, ainsi Valloton enlevait graduellement le rideau et quand il arrivait au bas de la toile, il n'y avait plus de rideau, il y avait un portrait."



Claribel Cone Gertrude Stein Etta Cone

Claribel et Etta Cone étaient des cousines de Gertrude Stein. Elles l'ont aidé Gertrude pour taper à la machine son roman Three Lives.  "Etta Cone trouvait les Picasso ahurissants et romanesques. Gertrude l'emmenait chez eux chaque fois que Picasso avait épuisé toutes ses ressources et tous ses amis, et Etta Cone ne faisait alors nulle difficulté pour lui acheter une centaine de francs de dessins"



" Matisse et Picasso furent alors présentés l'un à l'autre par Gertrude Steinet ils devinrent amis, mais il furent aussi ennemis. Maintenant il ne sont plus ni amis ni ennemis. Alors ils étaient l'un et l'autre. Ils échangèrent des tableaux comme on le faisait alors entre peintres. Chacun des deux choisissait la toile de l'autre qui en principe l'intéressait le plus. Matisse et Picasso choisirent et l'un et l'autre la toile de l'autre qui, sans aucun doute, était la plus faible de toute leur production. "
Matisse était très apprécié par Sarah la femme de Michael Stein et Gertrude avait beaucoup d'affection pour Picasso.
Un autre peintre espagnol entra dans la vie de Gertrude Stein Juan Gris. 
" Picasso dans ses premières toiles cubistes, mettait des lettres d'imprimerie, et Jan Gris le faisait aussi, pour établir une relation fixe entre la surface peinte et un élément stable ; la lettre d'imprimerie fournissait l'élément stable. "

" Ce fut alors que Juan Gris, un jeune homme gaucheet expansif, arriva de Madrid pour s'installer à Paris, et se mit à appeler Picasso "cher maître" au grand dépit de Picasso . "
Mildred Aldrich

Mildred Aldrich a longtemps vécu en France . Elle a fait connaître aux américain Maeterlinck.  Elle était très amie avec Gertrude. Elle s'intéresse à son oeuvre littéraire. Elle appréciait la peinture de Picasso et de Matisse
Mildred Aldrich était au début de la cinquantaine une femme forte et vigoureuse , avec un visage à la George Washington des cheveux blancs, des vêtements et des gant d'une fraîcheur admirable ; une personnalité frappante et très attirante"

" A cette époque aussi Picabia et Gertrude Stein se rencontrèrent. Je me rappelle un dîner chez les Picabia, qui fut très agréable, Gabrielle Picabia était pleine de vie et de gaité, Picabia était sombre et animé, et Marcel Duchamp ressemblait à un jeune croisé normand"


Roger Fry
Roger Fry est passé aussi rue Fleurus en compagnie de Clive Bell. "Roger Fry était toujours charmant, charmant comme invité, charmant comme hôte."
Quand Gertrude et Alice séjournaient à Londres, elles allaient voir Roger Fry entre autre.  Elles se réfugient ensuite à Palma de Majorque pendant les deux premières années du conflit. Gertrude, apprend à conduire afin de pouvoir acheminer des médicaments dans les hôpitaux du sud, l’usage de l’automobile s’allie à un incroyable sentiment de liberté. Elle et Alice rentrent à Paris après la guerre. La vie a changé à Paris, la rue de Fleurus se tourne du côté de la personnalité de Gertrude  et des écrivais. Sylvia Beach, une américaine fait la connaissance de Gertrude Stein. Hemingway a été un grand admirateur de Gertrude Stein. 
"Je me rappelle très bien l'impression que me fit Hemingway ce premier jour. C'était alors un jeune homme d'une beauté extraordinaire, il avait vingt trois ans."
Les deux américaines découvrent le Bugey en se rendant dans le Midi pour rejoindre Picasso. Elles multiplient les séjours à Belley, où elles louent une maison à Billignin, puis à Culoz à partir de 1943. Elles passent ainsi six mois par an dans le Bugey jusqu’à la mort de Gertrude Stein en 1946." Nous découvrîmes aussi que Lamartine avait été à l'école de Belley, et Gertrude Stein prétend que partout où Lamartine a séjourné on mange bien. "
Le livre de Gertrude Stein The making of American (Américains d'Amérique) imprimé par Darantière à Dijon.Une belle lecture d'une époque d'un milieu artistique, d'une grande richesse intellectuellement, c'est aussi l'histoire d'une belle amitié entre deux femmes. Dans la vie de Gertrude Stein la nourriture des lettres tenait une grande place aussi bien que la cuisine les bon petit plat préparé par Hélène mais aussi par Alice. "Hélène passait les samedis soir chez elle avec son mari, c'est à dire qu'elle était toujours prête à venir si nous avions besoin d'elle, mais souvent lui disions de ne pas se déranger. J'aime faire la cuisine, je suis une très bonne cuisinière improvisée, et de plus Gertrude Stein aimait de temps en temps me voir faire des plats américains. Un dimanche soir, j'étais absorbée par la préparation d'un de ces plats, et quand ce fut fini, j'appelai Gertrude Stein et lui dis de quitter l'atelier et de venir dîner."

   Dans ce texte de souvenir, l'on retrouve l'esprit de Paris est une fête mais aussi un lien avec Passage de l'Odéon de Laure Murat