Dans Sherlock Junior, Buster Keaton, projectionniste et s'endort dans la cabine et rêve : il descend dans la salle et comme Alice à travers le miroir, il passe de l'autre côté de l'écran et entre dans le film, noir et blanc, muet, le monde des fantômes : mauvais garçons, beautés dangereuses, armes à feu ...
Un très grand livre comme l'était Ingrid Caven (Goncourt de l'année 2000). Une petite pépite d'une grande rareté dans la littérature française contemporaine. le personnage romanesque s'est lui Jean Jacques Schuhl. C'est un ouvrage collage, comme il le définit lui même, dans la ligné des surréalistes, un livre miroir, un hommage aux disparus, à la littérature, au cinéma en un mot à l'art accompagné d'une plume très élégante. Une première partie intitulé Manequin, là il y a un début de roman futuriste à la David Lynch, un voyage mental, une jeune mannequin nommé Marge file en limousine vers une mystérieuse soirée. Marge est le sosie de Kate Moss, l'Alice de Lewis Carroll . le stylo magique de la première partie sert à écrire la deuxième partie, il y a un lien évident entre les deux parties mais l'on s'en aperçoit qu'après avoir terminé le livre.Jean-Jacques Schuhl a une passion, une admiration pour le journaliste, il évoque l'interview qu'il avait faite avec Jim Jarmusch pour le journal Libération.
Car je voyais maintenant apparaître une démarche chaloupée, mains dans les poches d'un vieux Burberry un peu trop grand, zyeux bleus plissés, gauloise bleue au coin des lèvres. Je ne l'avais pas reconnu tout de suite ... Son apparition n'était pas tout à fait une surprise : depuis le coup de revolver dans le cœur, ça faisait maintenant près d'un quart de siècle, il avait toujours été un peu présent."" Jean sa blondeur cheveux de blé le bleu de France Douce France un p'tit clocher dans le lointain Fleur Bleu Jean de France ... l'accent chantant de Narbonne ponctué par des "t'sais.
Durant l'année 2020, j'ai adoré cette série québécoise c'est une belle découverte. Voici les trois que j'ai lu de la série
C'est l'adolescence de Paul. Il est mal dans sa peau comme souvent tous les adolescents : l'âge bête;
Paul a 16 ans : c'est le temps des sorties simples au hockey, au fast food, en camping...
Un jour, son meilleur ami Marc lui propose une sortie de fin de semaine au chalet d'une copine, à St Sauveur. Il faudra faire du pouce (de l'auto-stop) pour économiser le bus. C'est une nouveauté pour Paul et avant l'aventure ....
Paul rentre dans l'âge adulte.
Un grand plaisir de lecture très jouissif !!!!!
Michel Rabagliati nous livre son sixième opus d'autobiographie de la série des Paul. Cet opus jongle avec la nostalgie et l'humour, mais l'ambiance est franchement plus lourde car Paul assiste à la lente décrépitude de son beau-père terrassé par le cancer .
Le dessin noir et blanc est toujours superbe, très finement observé dans le détail.
Ce titre a été lauréat du prix Fnac d'Angoulême 2010 .
Durant le mois d'août 2012, Paul va rendre visite à sa mère Aline. Elle est une femme très coquette, mère de deux enfants, divorcée à deux reprises et qui vit désormais seule. Elle a subi une intervention chirurgicale pour traiter un cancer.
Paul Rifiorati a 51 ans, sa femme l'a quitté, sa fille de 19 ans souhaite partir s'installer à Londres. Il doit se faire poser un implant dentaire, il souffre d'apnée du sommeil et pour couronner le tout, le système de purification de l'eau de sa piscine est en rade.
C'est donc un album pas très joyeux, Paul connait la déprime, le deuil et la solitude !
L'auteur nous livre un album touchant et très attachant. Paul apparaît perdu et vit au jour le jour avec pour seul compagnon son chien Biscuit . Cela n'empêche pas, l'humour et la tendresse sont très présente dans cette BD qui est très proche d'un roman graphique.
Virginie Ledoyen dans le rôle de Lucie Baud : Le combat d'une femme au début du XXième siècle
une figure oubliée de la lutte ouvrière. À travers une fiction engagée et émouvante, Gérard Mordillat, s’appuyant sur le travail de l’historienne Michelle Perrot, retrace le destin d’une des premières femmes syndicalistes, féministe avant l’heure.
Lucie est née en 1870 d une famille de paysans pauvres de la région de Grenoble, d’une mère ouvrière de la soie et d’un père charron. Lucie Baud commence à travailler à 12 ans dans une filature de soie. Elle est apprentie chez MM Durand frères . Dans cette fabrique, où les journées de travail sont de douze heures, elle retrouve des compagnes qui sont pensionnaires dans l’internat de l’usine qui enferme les filles, dans des conditions de vie difficiles. Lucie, épouse à 20 ans, Pierre Baud, garde-champêtre de vingt ans son aîné, ils auront trois enfants et ils vivront à Vizille, jusqu’à la mort de Pierre. Ce décès signifie pour Lucie l’obligation de quitter l’appartement de fonction . De sa vie personnelle pendant son mariage, nous découvrons peu de choses. Une vie ordinaire, avec ses joies et ses peines, pour cette épouse puis mère et ouvrière de la soie qui n’est pas une rebelle.
Après son veuvage, en 1902 : Voici le temps venu de la révolte : quatre années, Lucie devient une “héroïne” . Lucie a beaucoup d’admiration pour Charles Auda.
De 1902 à 1906, donc de 32 à 36 ans, Lucie va s’investir dans le syndicalisme des ouvriers et ouvrières de la soie, alors que rien ne la destinait à la lutte syndicale. Elle le paiera par un parcours professionnel chaotique. Quel patron accepterait d’embaucher une « meneuse de grèves ? ».
En novembre 1902, quatre mois après la mort de Pierre, elle fonde le « Syndicat des ouvriers et ouvrières de la soie du canton de Vizille ». Puis elle participe au congrès de Reims, si les hommes ne lui donnent pas la parole, toutefois ils soulignent sa présence : « Lucie Baud venue d’aussi loin collaborer aux travaux du Congrès ». Dans les années 1905-1906, notre héroïne mène à Vizille, puis à Voiron deux grèves. "Leur condition a particulièrement révolté Lucie qui décrit leur mode de recrutement par le réseau clérical et leur enferment. "M. Permezel avait envoyé don directeur, accompagné de son aumônier, racoler dans le Piémontais des femmes et des enfants, en leur promettant 3 francs par jour, une indemnité de 25 francs pour leur apprentissage, le paiement des frais de voyage. Elle ne gagnaient même pas de quoi vivre"
Elle lutte contre la suppression de personnel pour accroître les rendements. Elle organise « des soupes communistes » pour nourrir les grévistes, là elle est dans son rôle traditionnel de femme. Puis, fait exceptionnel, elle devient la porte-parole et l’interlocutrice de la presse, du maire, du patronat qui menace de fermer l’usine, auquel elle tient tête. « Cent jours de grève, cent jours de lutte de deux cents femmes ». Finalement cette grève qui dure cent jours est un échec et Lucie se retrouve sans travail. Elle part pour Voiron avec ses deux filles. Dans cette ville industrielle règne une sourde exaspération contre les conditions de travail et Lucie avec le camarade Auda qu’elle admire, rassemble « les exilées » de Vizille lors d’une réunion en décembre 1905. En 1906 les grèves s’étendent dans la plupart des usines, qui vont fermer. Le patronat refuse de négocier, le préfet fait appel à la troupe et 3 000 chasseurs alpins arrivent en ville. Faire appel à l’armée est une solution déjà éprouvée à Carmaux chez Reille, au Creusot chez Schneider. Le 1er mai 1906 la peur gagne la France entière, elle conduit certains pères à envoyer femme et enfants à la campagne.
Lucie Baud
Une grève se termine souvent par l’intervention des femmes qui ont le souci « de faire bouillir la marmite ». Michelle Perrot relate l’histoire des mouvements syndicaux dans cette région du Dauphiné. Après ce nouvel échec et des divisions qui vont se créer entre les grévistes, « Il y a une mélancolie ouvrière des lendemains de grève, qui pèse d’autant plus qu’officiellement on n’avoue pas l’échec… Chacun retrouve ses problèmes et sa solitude ». Quelles que soient ses raisons, Lucie Baud, qui était seule pour élever ses deux filles, sans travail, tente de se suicider avec trois coups de revolver dans la bouche, elle aura la mâchoire fracassée. Avant son geste prémédité, relaté dans le Petit Dauphinois du 11-12 septembre 1906, Lucie a écrit plusieurs lettres à sa famille, elle y invoque des « chagrins de famille ». Finalement Lucie va déménager à Tullins. Elle meurt à 43 ans, le 7 mars 1913 à Fures et tombera dans l’oubli.
Lucie Baud, belle et tragique figure de la lutte ouvrière, serait totalement tombée dans l’oubli si l’historienne Michelle Perrot n’en avait pas retrouvé la trace. Pièce à conviction : un mémoire signé par Lucie Baud elle-même, faisant le récit circonstancié de son combat social. Qu’une femme ouvrière du début du XXe siècle écrive en son nom était déjà assez extraordinaire pour être remarqué…
Adapté et réalisé par Gérard Mordillat avec
Philippe Torreton (Charles Auda)
Virginie Ledoyen (Lucie Baud)
François Cluzet (Pierre Baud)
Marc Barbé (Duplan)
Un téléfilm magnifique et lunineux de toute beauté et de générosité, très touchant.
L’Amie prodigieuse, I (Prologue ; enfance et adolescence) ;
Le Nouveau Nom, II (Jeunesse) ;
Celle qui fuit et celle qui reste, III (Âge adulte) ;
L'Enfant perdue, IV (Maturité ; épilogue).
Une saga passionnante (lue en quinze jours) et une histoire foisonnante, intense des années 50 à 2005. Une amitié intense dès la l'enfance dans un quartier populaire de Naples, jusqu'à l'âge adulte sur plusieurs années. Lena, Elena Grco est la narratrice et Lila est l'amie prodigieuse. « Je ne suis pas nostalgique de notre enfance: elle était pleine de violence. C'était la vie, un point c'est tout: et nous grandissions avec l'obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile.»
Lena et Lila sont toutes les deux douées pour les études. Mais seule Elena continue ses études jusqu'à l'université, elle est une élève brillante. Malheureusement, Lila n'aura pas cette chance et son destin sera tout autre. Lena, la blonde est une personne douce, lente, lunaire. Lila est brune, solaire, elle possède une énergie destructrice, c'est un personnage complexe et d'un grand mystère. Lila, travaille avec son père et son frère dans leur échoppe de cordonnier. Avec la complicité de son frère Nino, ils créent des chaussures.
Durant cette période, les deux jeunes filles se transforment physiquement et psychologiquement, s'entraident ou s'en prennent l'une à l'autre. Leurs chemins parfois se croisent et d'autres fois s'écartent, avec pour toile de fond une Naples en ébullition, violente et dure. Des chemins qui les conduiront, non sans ruptures ni souffrances, à l'aube de l'âge adulte.
Les liens que Lena entretien avec sa mère depuis son enfance son passionnel et violente voir même terrifiant de cruauté. Un très beau passage quand Lena va connaître un moment de complicité avec son père en allant découvrir son collège, il va l'emmené dans un Naple lumineux où l'on voit la mer, c'est un contraste avec la banlieue grise où elle réside .
Elena Ferrante décrit bien aussi les différences de classe sociale : la bourgeoisie, le prolétariat mais aussi de la politique.
Naples, années soixante. Le soir de son mariage, Lila comprend que son mari Stefano Carracci l’a trahie en s’associant aux frères Solara, les camorristes qui règnent sur le quartier et qu’elle déteste depuis son plus jeune âge. Lila Cerullo est née pauvre et elle est devenue riche en épousant Stefano, elle déteste son époux. Leur rapport est d'une grande violence. Elle travaille désormais dans la nouvelle épicerie de sa belle-famille, tandis que Stefano inaugure un magasin de chaussures de la marque Cerullo en partenariat avec les Solara. Lila et Lena font un séjour à Ischia avec la belle soeur et la mère de Lila. L’air de la mer doit l’aider à prendre des forces afin de donner un fils à Stefano. La famille Sarratore est également en vacances à Ischia et bientôt Lila et Elena revoient Nino. Lena va retrouver Nino Sarratore qu'elle connait depuis l'enfance et qui fait aussi de brillante études universitaires. Lila va prendre Nino à Lena. Scandale car Lila est mariée mais elle s'est mariée trop jeune et avec son mari, les rapports sont tendus . Elle quitte son mari pour Nino, grâce à son amour pour Nino elle connaîtra une période enchantée mais qui sera de courte durée car elle va connaître une descente aux enfers. Après avoir connue l' opulence avec son mari Stefano voilà qu'elle connait la misère en travaillant dans une usine. Elle aura un enfant, elle pense qu'il est de Nino. Elle va pouvoir remonter la pente grâce à un ami d'enfance Enzo.
Parallèlement Elena suit ses études à Pise, elle est une élève brillante, douée. Elle publiera un roman qui aura du succès. "Nous vivons une époque décisive, tout est en train d'exploser. Participe, impose ta présence ! "
Nous sommes à la fin des années soixante, les événements de 1968 s’annoncent ainsi que les mouvements féministes. Même si les choix de vie de Lila et Elena sont radicalement différents, les deux jeunes femmes sont toujours aussi proches, une relation faite d’amour et de haine. Elle se met en couple avec Pietro qui sera le père de ses filles Dede et Elsa. Elle va vivre à Florence, elle est toujours en contact avec Lila et elle l'aidera a s'en sortir.
Le mariage entre Pietro et Lena bat de l'aile et Lena voudra à tout pris faire sa vie avec Nino. Il est père de nombreux enfants de femmes différente, c'est un homme superficiel mais Lena est très attachée à lui et elle aura un enfant de leur union Tina.
Lila monte son entreprise d’informatique avec Enzo, amie d'enfance. Elena se sépare de son mari quitte à mettre en danger sa carrière d’écrivain. Pour vivre une histoire passionnelle avec Nino qui devient son amant.
Elena , devenue auteure reconnue, vit au gré de ses escapades avec Nino entre Milan, Florence et Naples. Elle revient au quartier populaire de son enfance et elle retrouve Lila puisqu'elles sont voisine. Elles se retrouvent enceinte toutes les deux.
Cette saga est intense, brûlante, violente, époustouflante au s'accent shakespearin. Il se dégage une force hallucinante. J'ai été comme happé par cette histoire que l'on ne lâche pas. Il se dégage beaucoup de sensualité à la lecture de cette saga. Elle nous fait réfléchir sur les choix de vie.
De l'auteur l'on ne sait rien est ce homme, une femme, les deux : un couple, deux femmes c'est le mystère total.
En tout cas, c'est troublant car Lena est un écrivain renommé et dans le Tome 4 elle écrit un roman intitulé : L'amitié et ce roman n'est qu'autre que : l'amie prodigieuse le tome 1.
Pendant ma lecture, je me suis sentie très proche des deux jeunes filles tellement elles sont attachantes. Mais aussi j'ai été effrayé par la violence furieuse qui se dégage de ce quartier pauvre de Naple. Cette violence est due à la misère, la mafia est présente. Les frères Solara représente le pouvoir.
Pour grandir, pour s'échapper de la violence du quartier, Lenu aura recours à l'éducation, la lecture et pour Lila c'est le mariage. Dans le tome 4, Naple s'est Lila, elle s'occupe de tout le monde. Elle représente l'image d'une fée. La fée bleue, l'histoire qu'elle a écrit enfant pour son institutrice Mme Oliviero. Lila n'a pas connu la chance de Lena d'étudier mais elle a appris par elle même le latin, le grec, elle a beaucoup lu de livres grâce à la bibliothèque près de chez elle. Mais contrairement à Lena, elle sortira pratiquement jamais de son quartier de Naple. Un très beau passage dans le tome 4 concernant le tremblement de terre de Naple.
J'ai vu les deux saisons de la série : L'amie prodigieuse que je trouve assez fidèle de la saga d'Elena Ferrante, c'est un régal.
"Jeune femme éduquée et distinguée, obligée de gagner sa vie et ne trouvant pas d'autre emploi, cherche une des situations ci-dessus. Ne prétend pas être traité autrement qu'une servante. Accepte de porter bonnet et tablier, mais préférait ne pas partager son lit. Entièrement fiable et compétente. Références. Ville ou campagne. Salaire 14 livres. Adresse : ..."
En 1892, une jeune Américaine du nom d'Elizabeth L. Banks débarque à Londres avec l'espoir de percer dans le journalisme. Convaincue que les Anglaises doivent prendre modèle sur ses compatriotes pour obtenir plus de liberté, elle décide de dénoncer les conditions de travail des femmes les plus modestes, mais aussi de briser les préjugés de tous bords. Elle qui ne sait pas coudre un bouton se fait alors passer pour domestique, balayeuse de rue, bouquetière puis blanchisseuse.
Un ouvrage passionnant concernant les petits métiers dans cette Angleterre victorienne.
La vie méconnue de Claudette Colvin " Être noir, contrairement à ce que l'on imagine, ça n'est pas une question de peau, c'est une question de regard, de ressenti."
Noire est l'histoire de cette héroïne de quinze ans, toujours vivante, et presque méconnue. Noire est le portrait d'une ville légendaire, où se croisent Martin Luther King, pasteur de vingt-six ans et Rosa Parks, couturière de quarante ans, pas encore Mère du mouvement des droits civiques. Noire est le récit d'un combat qui dure encore contre la violence raciste et l'arbitraire."Claudette Colvin a été éjectée du mouvement des droits civiques parce qu'elle était enceinte d'un homme marié et blanc. "
Seulement, le 2 mars 1955, dans le bus de 14h30, Claudette Colvin refuse de céder son siège à un passager blanc. Malgré les menaces, elle reste assise. Jetée en prison, elle décide de plaider non coupable et d'attaquer la ville. Avant elle, personne n'avait osé et ce jour marque le début d'un itinéraire qui mènera Claudette Colvin de la lutte à l’oubli.
"Jim Crow n'est pas un homme, c'est une invention, le héros d'une chanson du début du XIX°siècle, une chanson d'avant la radio, d'avant le cinéma quand on allait au théâtre pour se divertir, quand les spectacles ambulants traversaient les villes. "Jump Jim Crow", une chanson écrite et popularisée par Thomas Darmouth Rice, comédien blanc qui eut l'idée lumineuse de faire d'un noir du Sud le personnage central de son spectacle." "Daddy Jim Crow est un noir qui saute, chante et danse car il est joyeux, comme tous les noirs, non ? Il faut aussi savoir manier l'humour, avoir des talents d'imitation, car Jim Crow est un noir à l'accent traînant, paresseux et stupide, comme tous les noirs, non ?"
"Joan Ann Gibson Robinson femme invisible dont la photographie la plus célèbre est prise dans le commissariat de Montgonery, une photo où elle porte le matricule 7042. Elle le tient d'une seule main, du bout des doigts, le visage légèrement tourné sur le côté, comme si tout ça n'avait pas grande chose à voir avec elle. Peau claire, cheveux au carré, sourire à la Mona Lisa, elle est élégante et, il n'y aurait cette mise en scène policière, tout prêterait à croire que Jo Ann Gibson Robinson est simplement de passage avant de partir jouer au bridge."
Ce roman a été adapté par Stephen Frears il y a quelques années. J'en garde un souvenir excellent avec Julia Roberts dans le rôle de Mary Reilly et John Malkovich.
« Mary Reilly » est, en plus d’une réinterprétation, un beau portrait de femme. Il n’y a pas de personnage féminin important dans le roman de Stevenson. La science, la médecine sont une affaire d’hommes. Ici, c’est la voix d’une femme du peuple, fragile, maltraitée par la vie que l’on entend. Une femme qui, grâce à l’attention que lui porte le docteur, réussit à s’épanouir, à écrire un journal, a créer un jardin. « Je me disais que la vie me deviendrait insupportable si je perdais ce sentiment de sécurité que j’avais toujours éprouvé dans cette maison, avec ce Maître, qui s’était occupé de moi et m’avait parlé, qui m’accordait une valeur que personne d’autre ne me reconnaissait. »
La jeune Mary Reilly dans son enfance a été maltraité par son père alcoolique. Elle a réussit à se faire embaucher Dr Jekyll.
Mary se plie à ses demandes malgré sa peur. Intriguée et fascinée par le docteur, elle espionne ses moindres faits et gestes et s’inquiète en raison des longues expériences qu’il pratique dans son laboratoire. Jekyll y passe de plus en plus de temps s’épuisant à la tâche. Et c’est pour cela qu’il engage un nouvel assistant : Mr Hyde. Ce dernier effraie Mary lorsqu’elle le croise. Il est répugnant et provocateur, il est tout l’opposé du Dr Jekyll et il semble totalement dominer ce dernier. Mary écrit dans son journal son quotidien de femme de chambre. Le roman décrit bien également les relations entre domestiques ainsi que le quotidien de ceux-ci. "Et comme nous étions à table elle déclara que nous avions bien de la chance d'être ainsi au chaud et à l'abri par un si mauvais temps dans cette belle maison avec ce bon maître, et Mr Poole fut d'accord, rapportant des histoires malheureuses, qu'il avait lues dans les journaux, de serviteurs maltraités, mal payés, mal logé et qui travaillaient jusqu'à leur complet épuisement, et il y en avait partout dans Londres, semblait-il, et il se demandait comment ils supportaient çà."
Un excellent roman victorien très agréable à lire, voir passionnant. Un grand plaisir de lecture même si le rythme en début de roman est un peu lent.
Il y a très longtemps j'avais lu ce roman, et l'actualité sanitaire m'a donné envie de relire ce roman.
Vers 1832, Angelo Pardi, jeune aristocrate italien, est un colonel de hussards, qui doit fuir son Piémont natal après avoir tué en duel un officier autrichien, le baron Schwartz, pour la cause de son camp. Il franchit la frontière française, et arrive en Provence alors en pleine épidémie de choléra.
Il va retrouver Giuseppe, son ami et frère de lait. Il arrive à Manosque, ravagée par l'épidémie. Accusé d'empoisonner les fontaines, il se réfugie sur les toits de la ville, où il vit de ses explorations dans les maisons désertées. Au hasard d'une de ces expéditions, il rencontre une jeune femme, Pauline de Théus, qui l'accueille sans crainte malgré la contagion.
En redescendant des toits, il est enrôlé par une religieuse qui nettoie les morts. Il côtoie alors l'horreur de la maladie mais accomplit sa tâche « parfaitement inutile » par orgueil, et en souvenir du « petit Français », un jeune médecin acharné à sauver les malades qui meurent tous entre ses bras, et qu'Angelo a tenté en vain d'arracher à la mort.
Pour contrer la contagion, les autorités font évacuer la ville en direction des collines avoisinantes. Angelo y retrouve Giuseppe, mais les ravages du choléra et les dangers de leur vie de conspirateurs les forcent à fuir et à se donner rendez-vous dans les montagnes proches de la Drôme à Sainte-Colombe. Or le pays est entièrement ceinturé par l'armée. À un barrage, Angelo retrouve Pauline de Théus. Ils voyagent quelques jours ensemble, se découvrent l'un l'autre, dormant à la belle étoile, Angelo protégeant Pauline, elle lui donnant le moyen de faire de l'esprit. " On en est à la mascarade, au corso carnavalesque. On se déguise en pierrot, en arlequin, colombine ou en grotesque pour échapper à la mort. On se masque, on se met un faux nez de carton, de trombines hilares, on joue à "après moi le déluge"par personnes interposées. "
Mais les soldats sont partout, et les deux voyageurs se font arrêter et mettre en quarantaine à Vaumeilh. Ils s'en échappent facilement, et reprennent leur périple. Ils tombent dans une embuscade dans un village, s'en sortent, et, harassés, passent encore une nuit à la belle étoile. Le lendemain, ils trouvent une grande demeure vide, en viennent, après avoir découvert la cave à vin, aux confidences. Angelo parle de sa mère, duchesse italienne très romantique et révolutionnaire, et Pauline de son enfance et de son mari, de quarante ans plus vieux qu'elle, mais qu'elle aime véritablement. Angelo dort à sa porte pour la protéger. " Les morts faisaient courir un grand danger aux vivants. C'était donc du bon sens pur et simple de s'en débarrasser le plus vite possible. Deux ou trois minutes de plus ne faisaient rien à l'affaire sur la question du sentiment ; par contre, elle faisaient beaucoup en ce qui con cernait la contagion. Au moment de la mort d'un être cher on se précipite sur lui, on l'embrasse, on le presse dans ses bras, on cherche à le retenir par tous les moyens."
Le lendemain doit marquer la fin de leur périple, et le choléra semble loin. Ils se laissent donc aller à oublier les règles très strictes qu'ils s'imposaient pour éviter la contagion, et partagent le repas d'un énigmatique lettré rencontré sur la route. Quelques heures plus tard, Pauline s'effondre, dégorge de ce riz au lait que Giono s'est plu à rajouter aux symptômes du choléra. Angelo la soigne toute la nuit durant, avec tendresse et acharnement, et la sauve miraculeusement. Le lendemain les retrouve transformés : cette nuit a été en quelque sorte l'accomplissement d'un amour hors du commun, impossible et inévitable.
Avec raison Jean Giono fait un rapprochement avec le conte de Perrault " La Belle au bois dormant". " Il descendit, traversa la salle où les trois personnages de la Belle au bois dormant n'avaient pas bougé et il sortit. C'est en sortant qu'il se rendit compte que la femme morte était brune, ce devait être celle qui riait quelques heures avant."
J'ai beaucoup aimé relire ce roman l'écriture est magnifique. C'est un très beau roman d'aventure mais aussi un roman d'amour avec la rencontre avec Pauline. Pour reprendre les mots de Giono, « le choléra est un révélateur, un réacteur chimique qui met à nu les tempéraments les plus vils ou les plus nobles. » L'adaptation sur France Culture est sublime, une grande réussite avec les voix de Gérard Philippe dans le rôle d'Angelo et celle de Jeanne Morreau dans le rôle de Pauline.
Dans son autobiographie Sarah Bernhardt évoque sa passion pour le ballon. En 1878, voilà ce qu'elle dit : "J'adorais et j'adore encore les ballons. J'allais chaque jour dans le ballon captif de M.Giffard. " Traduction de Jean-Pierre Aoustin "Quand tout est déjà arrivé "de Julian Barnes est composé de trois récits. Le premier s'intitule : Le péché d’élévation. Le premier nous raconte les différentes tentatives de l’homme pour voir le monde d’en haut. Et il s’attache plus particulièrement à celles de Nadar, qui, à bord d’un ballon, réalisa les premiers clichés aérostatiques en 1858." L'aéronautique et la photographie étaient des progrès scientifique ". Il photographie la terre de haut. Fred Burnaby tout comme Sarah Bernard et Nadar avait une passion pour le ballon. "L'aéronaute descendait du ciel, cherchait un terrain plat où atterrir, tirait sur le cordon de soupape, lançait le grappin, et souvent rebondissait jusqu'à quinze ou vingt mères avant que l'ancre ne s'accroche quelque part. "
Le deuxième récit : A hauteur d’homme. Il se penche sur les amours de Sarah Bernhardt – souvent photographiée par Nadar père et fils . Elle fit un tour en montgolfière ‑ avec un bel officier anglais dénommé Burnaby .
Le troisième : la perte des profondeurs nous parle – droit au cœur ‑ de ce qui se passe quand « tout est déjà arrivé », en l’occurrence, la mort de l’être qui vous était le plus proche et « qu’on est tombé de la plus grande hauteur ».
L'amour nous rend plus fort, nous grandit, nous permet d'envisager la vie différemment, sous un autre angle. Trois points de vue pour une interrogation universelle : quelle est notre place dans l'univers ? Très original cet ouvrage de Julian Barnes.
Pour retrouver sa femme disparue, Julian Barnes monte en ballon avec Nadar et Sarah Bernhardt. Un livre aérien et bouleversant
Un excellent premier roman !!! Il met à nu la condition féminine au XIXe siècle. "Geneviève sent Louise nerveuse. L'adolescente marche tête baissée, les bras tendus le long du corps, le souffle rapide. Les filles du service sont toujours anxieuses de rencontrer Charcot en personne – d'autant plus lorsqu'elles sont désignées pour participer à une séance. C'est une responsabilité qui les dépasse, une mise en lumière qui les trouble, un intérêt si peu familier pour ces femmes que la vie n'a jamais mises en avant qu'elles en perdent presque pied – à nouveau."Au XIXe siècle, à la Salpétrière, des femmes sont enfermées pour diverses raison d'hystérie ou de la folie. C'est le lieu où l’on enferme pèle-mêle toutes celles sur lesquelles on souhaite exercer un contrôle social. A sa tête, une sommité : le professeur Charcot, maître de l’hypnose .Geneviève voue toute sa vie à son métier, au bien-être des malade. Puis, un jour arrive Eugénie, fille de bourgeois qui communique avec les esprits. A peine arrivée qu' Eugénie évoque la soeur de Geneviève., Blandine. Parmi les internées il y a Louise qui a été abusée par son oncle, Thérèse qui a envoyé son compagnon violent se balader dans la Seine.
Elles sont toutes très humaines blessées à l'âme, soignées par Charcot qui leur applique des séances d'hypnose pour les apaiser. Chaque année, à la mi-carême, se tient un très étrange Bal des Folles. Le temps d’une soirée, le Tout-Paris s’encanaille sur des airs de valse et de polka en compagnie de femmes déguisées en colombines, gitanes, zouaves , sorcière , gitane... Pour les pensionnaires, les préparatifs sont synonymes d'une grande excitation, mais l'événement ne va pas se dérouler comme prévu pour tout le monde.
19 mars 1887, Le Petit Parisien raconte un événement particulier, survenu à l’hôpital de la Salpêtrière : « Très avenantes sous leur petit bonnet de tulle blanc, les infirmières affairées distribuent aux danseuses les verres de sirop et les petits gâteaux. Au milieu, on voit un fourmillement multicolore de quadrilles et de valses […]. Et tout ce monde joyeux, le rose aux joues et l’éclair de plaisir dans les yeux ; c’est la folie, pourtant ! » Une lecture intense et passionnante. Victoria Mas évoque Jane April qui a été pensionnaire à la Salpêtrière
À la veille de la Première Guerre mondiale, Louis Lambert, jeune professeur de Lettres à Janson Sailly, rencontre dans le sud de la France son auteur favori : Rudyard Kipling, le romancier adulé du Livre de la Jungle.Il lui propose une nouvelle traduction à ses élèves du poème « If » qui avait changé le cours de sa vie. poème qui est connu par André Maurois sous titre « Tu seras un homme, mon fils ». Il a la chance à plusieurs reprises de rencontrer l’auteur du Livre de la Jungle et de nouer avec lui des liens amicaux. Kipling est alors le plus célèbre écrivain de l'empire britannique, prix Nobel de littérature, mais surtout l'auteur du fameux poème « If... », que les Français connaîtront bientôt sous le titre « Tu seras un homme, mon fils ». " Je m'intéresse de près à l'un de vos poèmes : "If...". J'aimerais connaître mieux ce qui se cache derrière chacun de ses mots, vous poser quelques questions à ce sujet. Je souhaiterais le traduire en français mais je ne voudrais surtout pas déformer vos intentions. "
Louis Lambert est invité dans la propriété du Sussex de l'écrivain pour donner des cours de français à son fils John, dix-sept ans. Kipling est un grand francophile, il aime passionnément la France. Mais, il est un grand conservateur, haine des allemands, anti-sémite, hystérique. "Il tonnait moins qu'il ne maugréait contre les Juifs allemands étant les pires à ses yeux, je suppose. " Louis Lambert a l'opportunité de découvrir la personnalité puissante et écrasante de Kipling.
Son fils John part à la guerre sur les conseils de son père. En septembre 1915, à la bataille de Loos, il est tué d’une balle dans la tête, en sortant de sa tranchée. Son fils est porté disparut et Kipling pour la deuxième fois perd un enfant, et pour lui cette mort est insupportable. "Kipling a perdu son fils, celui-ci a été réformé car myope, son père le pistonne, il se retrouve au front et meurt dès le premier assaut de la guerre 14/18. Il est disparu, 'missing'. Kipling le pense vivant et le recherchera durant deux ans. Il a aussi perdu une de ses filles, durant un voyage en paquebot vers l’Amérique, d’une pneumonie."
Apès la guerre, Louis Lambert reverra Kipling à Paris. "J'étais là, à côté de lui devant la porte à tambour du café de la Paix et je me demandais ce que j'allais faire de tout ça durant tout un déjeuner dans un décor Napoléon III. "
Lorsqu'en 1941, Le propre fils de Louis Lambert s'apprête à s'engager dans les Forces Française Libres à Londres, soudain, les souvenirs affluent. Jusqu'où un père est-il responsable du destin de son fils ? Un poème peut-il être la clé de toute une vie ? Louis Lambert qui a eut Stéphane Mallarmé comme professeur de français est un perfectionniste et il mettra trente ans à traduire If. Et pour lui un poème est une partition musicale. Très bonne idée de Pierre Assouline de nous faire découvrir Kipling au français.
avec Anne Diatkine Prix médicis - Essai 2019 Écrit avec l'aide de la journaliste et amie Anne Diatkine, J'ai oublié est à l'image de la comédienne, doux et mélancolique. "J'ai oublié pourquoi je suis devenue actrice" . Sur scène, elle a joué sous la direction de Luc Bondy, Claude Régy, Jean-Louis Barrault, Patrice Chéreau... Actrice de cinéma et de théâtre, Bulle Ogier, qui a fêté ses 80 ans le 9 août, a choisi un titre presque énigmatique, J'ai oublié, pour relater ses souvenirs et les drames de sa vie. Peut-être un clin d'œil au livre Je me souviens, fameux exercice sur la mémoire des petits riens d'une vie, publié en 1978 par Georges Perec.
Bulle Ogier est née Marie-France Thielland le 9 août 1939 à Boulogne-Billancourt. Ce père absent a refusé "par courrier recommandé avec accusé de réception" que la jeune femme utilise son nom en tant qu'actrice. "J'ai repris le nom de ma mère avec beaucoup de plaisir. Je n'oublierai jamais que l'unique fois où mon père a été salvateur à mon égard, c'est lorsqu'il m'a retiré le droit de porter son nom", assène la comédienne. Quant au prénom Bulle, l'actrice raconte que c'est une idée de son oncle, le frère de sa mère. Quand elle était enceinte, il lui demandait : "Comment va ta bulle ?"... "Si bien que ma mère et à sa suite tous mes amis m'ont toujours appelée ainsi." Ses films dans lesquels Bulle Ogier a joué un rôle important dans sa carrière :
Elle a fait ses début dans : Les idoles de Marc' O (1967)
"Je n'ai pas oublié, car les débuts dans la vie sont seuls moments qui restent nets , que c'est à l'America Center que Marc'O avait créé son école que fréquentaient aussi Pierre Clémenti et Jean Pierre Kalfon, Elisabeth Wiener et tant d'autres, et qu'il disposait d'une salle de 11 heures à 17 heures, pour travailler ses propres textes et mises en scène avec sa trentaine d'élèves, mais on n'utilisait pas se terme" Elle est devenue célèbre au cinéma avec La Salamandre d'Alain Tanner (1971). Un film qui lui a collé à la peau.
L'Amour fou de Jacques Rivette (1969) avec qui elle a tourné dans de plusieurs films.
Elle a tourné avec Luis Buñuel, Barbet Schroeder (son mari et "homme de sa vie" à qui le livre est dédié) ou encore Marguerite Duras dont elle était très proche et qu'elle a plusieurs fois servie, au théâtre. Bulle Ogier est une actrice de Cinémathèque. Elle a joué dans des films undergrounds et confidentiels.
. "J'ai oublié que j'ai eu une vie très amusante et joyeuse jusqu'à la disparition de Pascale", dit avec pudeur la comédienne, terrassée par un chagrin impossible à oublier. " Barbet me disait tout le temps : " Tu ne penses qu'à t'amuser". J'ai d'abord été une adulte très joyeuse après avoir été une enfant mélancolique. Dès que je suis devenue une grande personne, je me suis mise à jouer. C'est à la Coupole que j'ai rencontré Barbet en d1970. A notre table, il y avait Jean-Jacque Schuhl, Jean-Noëm Pïcq et Jean Eustache, qui espionnait Sartre et surveillait sa consommation de vin. " ""Voilà Schroeder qui vient nous piquer les filles", a dit Jean d'une voix traînante." La vie de Bulle Ogier est digne d'un roman de souvenir, fragment. Dans la rédaction de cet essai c'est le temps présent qui a compté, pas de mélancolie, ni de nostalgie, elle évoque même les Gillets Jaunes. Films vus avec Bulle Ogier : 1968 : Les Idoles de Marc'O avec Pierre Clémenti, Valérie Lagrange, Jean-Pierre Kalfon… 1988 : La Bande des quatre de Jacques Rivette : Constance 1994 : Regarde les hommes tomber de Jacques Audiard 1995 : Circuit Carole d'Emmanuelle Cuau : Jeanne 1996 : Irma Vep d'Olivier Assayas : Mireille 1999 : Vénus Beauté (Institut) de Tonie Marshall : Madame Nadine, la patronne
Théâtre :
1992 : Le Temps et la chambre de Patrice Chéreau : l'impatiente 2014 : Les Fausses Confidences de Marivaux, mise en scène Luc Bondy, Théâtre de l'Odéon
Mon père a connu Jean Douchet via Jean Eustache. Il se trouve qu'à l'âge de dix huit ans, j'adorais le cinéma et mon père ma conseiller d'aller à la cinématique et d'assister au ciné club Jean Douchet. Ces séances se déroulait dans la petite salle de la cinémathèque de Chaillot. Les séances commençaient en général à vingt heure et finissait vers vingt trois heures, elles se déroulaient le jeudi soir. Pendant, au moins trois ans je m'y rendrais quotidiennement et j'ai pu voir de très grands films. J'ai le souvenir d'avoir vu des film de Rossellini, Mizoguchi, Eisentein, Douglas Sirk ... Par la suite, avant d'être à Bercy, la cinémathèque a déménagé sur les grand boulevard quelques temps. Là j'ai assisté à deux séances l'une avec un Pialat : A nos amours et une autre avec Truffaut : La femme d'à côté. Un bonheur, une parenthèse enchanté ces séances Douchet, une grande claque aussi par tant de merveille. Ces séances m'ont beaucoup marquée, j'en garde un souvenir inoubliable. Né le 19 janvier 1929 à Arras dans le Pas-de-Calais, Jean Douchet, critique, historien du cinéma et cinéaste, est décédé le 22 novembre à Paris. Il avait 90 ans. C’était sans nul doute avec André Bazin, Michel Mourlet, Eric Rohmer et Serge Daney, l’un des penseurs les plus pertinents et perspicaces du septième art. Il a collaboré à la Gazette du cinéma puis aux Cahiers du cinéma à partir de 1957. Très lié d’amitié avec les cinéastes de la Nouvelle Vague, Eric Rohmer, Jean-Luc Godard, Claude Chabrol ou encore François Truffaut, Il a lui-même réalisé plusieurs films dontSaint-Germain-des-Prés en 1965, l’un des courts-métrages du Paris vu par (long-métrage collectif de Jean Douchet, Jean Rouch, Jean-Daniel Pollet, Eric Rohmer, Jean-Luc Godard et Claude Chabrol) et le splendide La Servante aimante en 1996 d’après la pièce de Carlo Goldoni mise en scène par Jacques Lassalle à la Comédie-française. Il est l’auteur de plusieurs livres sur le cinéma dont Nouvelle Vague, un livre somme qui fait référence sur le sujet par son parti pris focalisé sur la mise en scène et un excellent ouvrage Alfred Hitchcock paru en 1967 aux Editions de L’Herne. En France, Jean Douchet fut dans les années cinquante et soixante, l’un des premiers à reconnaître avec Eric Rohmer et Claude Chabrol, la place importance d’Alfred Hitchcock dans l’art cinématographique. Dans cet essai, il démontre magistralement, pourquoi et comment Hitchcock est un auteur de cinéma incontournable. Pour Jean Douchet « Il s’agit de regarder le cinéma comme la mise en forme d’une pensée par la mise en scène de ceux qui font le film. Car ce n’est pas l’intrigue qui fait le film, qui énonce le film – même si elle le fait un peu –, mais la mise en scène, la façon de présenter les choses. » De lire cet ouvrage ma passionnée, ma intéressée de retrouvé son univers et sa passion pour le cinéma qu'il a su merveilleusement transmettre. Jean Douchet est avant tout un "passeur" et se n'est pas rien.
C'est l'histoire d'un film maudit qui n'a jamais vu le jour.
Menant l’enquête, le narrateur l'auteur lui même ressuscite le cinéma de l’âge d’or, depuis l’avant-guerre jusqu’aux huées de l’Epuration. En 1947, Carné et Prévert tournent un film à Belle-Île. Ce film a eu plusieurs noms : L’Île des enfants perdus, Les Vacances de Pâques et puis La Fleur de l’âge.
Marcel Carné est le réalisateur de "Quai des Brumes" et "les enfants du paradis" entre autre. Pour ce projet de film il a su convaincre : Arletty, Serge Regianni, Paul Meurisse et la toute jeune Anouk Aimé. Tous les ingrédients étaient réunis pour faire un grand film.
Son histoire a connu plusieurs temps : celui des faits à l’origine du film, une mutinerie d’enfants d’un bagne de Belle-Ile en 1934 ; celui du Front Populaire et des premiers succès du poète et du réalisateur, celui de la Libération et d’un tournage chaotique ou rien ne va. Les caprices du ciel, des disputes, des grèves, des accidents… le sort s’acharne. Comble de malédiction, les bobines du chef-d’œuvre inachevé disparaissent…
Nicolas Chaudun, l'auteur, se met en scène dans son roman avec l'aide de son ami Philippe Claudel, écrivain et cinéaste. Grâce à cet ami, il va rencontrer Anouk Aimée. Elle est la seule a lui donner des précisions sur ses fameuses bobines égarées...
Un roman intéressant par son sujet de parler de cinéma de ce film maudit, inachevé dont il reste que des photos, c'est à dire rien ou presque. Mais l'enquête de l'auteur ne m'a pas convaincu et séduite. Pour conclure, je trouve que c'est un roman original tout de même pour son sujet c'est déjà pas si mal.
Traduction Nicolas Richard J'ai adoré ce récit de cette enfant, adolescente puis adulte qui est Alysia ! L'ambiance est très cinématographique. C'est un livre terriblement attachant et émouvant, une poignante.
"Il n’était pas facile d’être un père célibataire homosexuel dans les années 1970 […], parce qu’il ne s’était pas senti libre d’être véritablement lui-même durant son enfance et son adolescence à Lincoln, dans notre Fairyland, notre féerie, il m’a élevée au moyen de frontières mouvantes. entre un père et sa fille. " Le père d'Alysia était un poète homosexuel, sa femme est décédée quand sa fille avait deux ans. En 1974, il déménage à San Francisco où il élève seul sa fille dans le quartier de Haight-Asbury, le centre névralgique de la culture hippie. Là où les représentants officiels de la Beat Generation – William Burroughs, Jack Kerouac, Allen Ginsberg, Lawrence Ferlinghetti, Neal Cassidy . San Francisco, c’est la ville à l’esprit indépendant et rebelle. Dans son récit Alysia évoque l’assassinat d’Harvey Milk en 1978. Abbott découvre une ville en pleine effervescence dans laquelle la communauté gay se bat pour ses droits, il rejoint la scène littéraire de l’époque et fréquente cette génération de jeunes gens bien décidés à tout vivre, tout expérimenter. Commence pour le duo père-fille une vie de bohème, ponctuée de déménagements, de fêtes et de lectures de poésie à l’arrière des librairies. Il est question de l’apparition du SIDA. Le désarroi face à la maladie dont ne sait presque rien à l’époque. En parallèle au portrait qu'Alysia fait de son père, elle évoque son enfance, son adolescence et ses crises et sa vie de jeune femme et ses choix de vie. Elle, découvre la musique New Wave, trouve de nombreuses amies, part étudier à New York puis à Paris.
J'ai adoré de me plongé dans ce livre car je me suis retrouvée en ce qui concerne l'époque les années 80/90. C'est un récit dense et passionnant .
Je me regardais dans la glace tout à l’heure, et j’ai vu clairement que je serai laide, banalement, irrémédiablement laide. Voici mon portrait : un vilain teint noir, foncé, un front assez large, des sourcils noirs, jolis, bien dessinés, des yeux moyennement grands, mais d’une jolie forme, longs, mes sourcils et mes yeux sont mes seules beautés. Mes yeux sont très noirs parfois, mais ils changent et sont verts ou gris souvent. La pupille est très large. Mon nez est mince et grand, droit, mais le milieu est orné d’une légère éminence, la "bosse" des Pozzi... à vrai dire, ça n’est pas une bosse, et on ne la remarque qu’avec beaucoup de bonne volonté..."
Catherine Pozzi est née à paris en 1882 et décédé en 1934 à Paris.
Quand elle a commencé à écrire son journal, elle avait dix ans.
Ce Journal de jeunesse, assez régulièrement tenu jusqu’à vingt-quatre ans, constitue son premier écrit ; en 1906 cependant, elle clôt le flot de ses confidences et réflexions sur soi, puis après un silence de quelques années correspondant aux premiers temps de son mariage, elle reprend sa vaste entreprise autobiographique éditée sous le titre Journal 1913 - 1934.
Au-delà de la vie mondaine et facile que la petite fille menait en apparence. Elle est fascinée par son père un chirurgien célèbre. Sa mère tient un salon littéraire ou est présent le Tout Paris de la Belle époque. Son journal est merveilleux de lucidité étonnamment précoce lui permet d’analyser les variations de ses sentiments à l’égard de son entourage, de dévoiler sa souffrance devant la mésentente de ses parents et d’exprimer sa profonde révolte quant à l’éducation des jeunes filles de son temps. Excellent ressenti sur l'enfance, le rapport entre mère et fille, sur sa personne. Elle se trouvait laide. Elle parle de la souffrance, de la solitude de l'adolescence.
Son parcours, plutôt sa vie, m’a profondément touchée. Son écriture est magnifique et d'une grande maturité.
"Mercredi 2 mars 1898 : en écrivant ces pages, je ne voudrais pour rien au monde qu’elles fussent profanées par un regard indifférent, mais je voudrais qu’elles restent. Qu’elles restent, non pas comme un exemple de style - oh loin de moi cette idée ! je ne travaille pas ces lignes ; j’écris sans chercher ce qui me vient du cœur - mais comme un intéressant document psychologique sur ce que pouvait être l’état d’âme d’une petite fille, qui écrirait sincèrement, par cela même qu’elle écrirait pour elle, et qui dirait simplement tout ce qu’elle ressent, tout ce qu’elle souffre ou tout ce qu’elle pense. Je voudrais que ces livres restent, parce que je veux qu’on connaisse mieux les enfants - on ne les connaît pas : la plupart voient en eux de petits êtres frivoles incapables de penser - je veux dire aux indifférents combien un enfant peut souffrir, combien une jeune fille peut être seule."
John Singer Sargent
Son père, Samuel Pozzi (1846/1918) médecin et chirurgien. Il est né à Bergerac (Dordogne) le 3 octobre 1846 et mort à Paris le 13 juin 1918. Membre de l'Académie de médecine et professeur à la Faculté, il fut l'un des pionniers de la gynécologie moderne.
Il s'engagea également dans une carrière politique,et il fut élu en 1898 sénateur de la Dordogne. Il fréquente les salons littéraires.
Familier du docteur Adrien Proust, il fut aussi le médecin de son fils Marcel, rencontré au cours d’un dîner donné par ses parents en 1886. Marié à Thérèse Loth-Cazalis, parente du docteur Cazalis, il eut une fille, Catherine (née le 13 juillet 1882), et deux fils, Jacques et Jean. Elle se marie le 17 novembre 1879 avec Samuel Pozzi. Pendant vingt ans elle a tenu un salon au 10 de la place Vendôme, puis ensuite à partir de 1900 au 47, avenue d'Iena. Les invités étaient issus de milieu littéraire, médical et artistique. Son mari volage n'hésite pas à séduire ses patientes. Sarah Bernhardt, la grande actrice Réjane et, Geneviève Straus, veuve de Bizet, fille d'Halévy, mère du grand ami de Marcel Proust . Le grand amour de Pozzi fut Emma Fischhof, fille d'un marchand de tableaux célèbre, qui partagea sa vie jusqu'à la fin.
"Mercredi 16 février 1898
Nous sommes des gens du monde, des gens chics. Le salon de Madame Pozzi est un des plus brillants de Paris. Nous habitons un appartement, Place Vendôme, qui a un loyer de 17. OOO francs, nous avons 7 domestiques : deux femmes de chambre, une bonne allemande, une nourrice (pour Jacques), une cuisinière, un valet de pied et un maître d’hôtel ; nous avons une voiture et trois chevaux que nous louons à l’année (cela revient au même prix que de les avoir à nous, mais beaucoup d’ennuis nous sont épargnés).
En entrant chez nous, on se trouve d’abord dans une grande antichambre, d’aspect assez sévère. Le salon y correspond. Le salon se compose de deux pièces réunies, une immense et une plus petite. Il est meublé avec assez de goût, tapissé d’étoffes précieuses ; sur les étagères, des bibelots rares et des statuettes ; dans une vitrine, une magnifique collection d’antiquités. Les meubles ont une grande valeur, les tableaux sont admirables, mais malgré la richesse de l’ameublement on n’y est pas plus heureux, et ce grand salon froid a vu bien des drames intimes.
C’est le jour de réception. Madame, dans une toilette exquise, fait les honneurs avec grâce (quoique ça l’ennuie terriblement). Les plus célèbres personnages viennent la voir, aussi bien que les moins connus, et il est amusant de voir une modeste femme de docteur à côté de l’écrivain à la mode, un jeune homme simplement vêtu faire la cour à la beauté de la "saison".
Parfois, au milieu de ces mondains, on voit une grande fille, à la taille trop mince, aux jambes trop longues, au corps trop plat, qui offre aimablement des tasses de thé ou de chocolat aux visiteurs de sa mère.
C’est moi. Elle s’ennuie beaucoup, cette grande fille, pourquoi a-t-elle un si charmant sourire sur les lèvres ? C’est qu’elle a déjà, hélas, ce vernis mondain, cette cuirasse d’hypocrisie polie."
Un roman mystérieux qui se déroule pendant la seconde guerre mondiale. Un magnifique témoignage d'une femme courageuse. En 1921, Françoise Frenkel est une jeune juive polonaise. Elle est passionnée par la langue et la culture françaises, fonde la première librairie française de Berlin "La Maison du Livre". Rien où poser sa tête raconte son itinéraire, elle est obligée de fuir 'Allemagne en 1939 après la prise de pouvoir d'Hitler, elle gagne la France où elle espère trouver refuge.
Elle va réussir à passer clandestinement la frontière suisse en 1943. Elle dresse un portrait saisissant de la France du début années quarante. De Paris à Nice, elle est témoin de la violence des rafles et vit sans cesse menacée. Tantôt dénoncée, tantôt secourue, incarcérée puis libérée, elle découvre une population divisée par la guerre dont elle narre le quotidien avec objectivité.
Rien où poser sa tête, soixante-dix ans après sa publication en 1945 à Genève, conserve, miraculeusement intactes, la voix, le regard, l'émotion d'une femme, presque une inconnue, qui réussit à échapper à un destin tragique. J'ai aimé les première pages où elle évoque son goût pour les livres, sa passion pour ouvrir une librairie.
Un roman bouleversant chargé d'émotion qui m'a beaucoup séduite dans la lignée des romans de Modiano.
Le cycle de romans champêtres qu’elle entame en 1846 avec la Mare au diable, bientôt suivi par François le Champi, La petite fadette et Les Maîtres sonneurs.
"La gravure représente un laboureur conduisant sa charrue au milieu d'un champ. Une vaste campagne s'étend au loin, on y voit de pauvres cabanes ; le soleil se couche derrière la colline. C'est la fin d'une rude journée de travail. "
" Non, nous n'avons plus affaire à la mort, mais à la vie."
Germain est veuf il a vingt huit ans, il se remarie, il a eut trois enfants de sa femme Catherine. Son beau père l'invite à se remarier mais pas avec n'importe qui. Son beau-père voit très bien avec qui Germain peut se remarier, mais elle habite à Fourche. " Germain avait toujours vécu sagement comme vivent les paysans laborieux." Il part avec la jeune Marie. Ella sera bergère au service d'un fermier à Ormeau. " Dans notre monde à nous pareille chose ne viendrait pas à la pensée d'une mère de confier une fille de seize ans à un homme de vingt-huit" Sur leur chemin se trouve petit Pierre l'aîné de Germain. Le soir, ils sont égarés dans les brumes de la mare au diable. Ils vont devoir passer la nuit dehors. Marie n'a pas peur, c'est une jeune adolescente courageuse. "- Maintenant, je vais m'assoir auprès du petit pour qu'il ne lui tombe pas d'étincelles sur le corps, dit la jeune fille. Vous mettez du bois et animez le feu, Germain ! nous n'attraperons ici ni fièvre ni rhume, je vous en réponds." Elle est maternelle avec Pierre et cela touche beaucoup Germain, mais elle est aussi un peu sorcière. Germain va chercher une épouse pour s'occuper de ses enfants orphelins . A quoi bon se marier, pense-t-il, quand l'amour n'y est pas. Il est sensible à la jeunesse de Marie mais celle ci le repousse à cause de la différence d'âge. La Mare au diable est un roman touchant, sensible proche d'un conte. Marie et Germain sont touchants et généreux. George Sand défend le monde paysan, monde pour lequel elle a une grande tendresse. Une très belle histoire au cœur de la campagne profonde. "La Mare au Diable" est Un très beau roman classique du XIXième siècle.