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ANTONIO ALTARRIBA/KIM : L'Aile brisée



Gros coup de cœur magnifique roman graphique 
Traduction Alexandra Carrasco

Lorsque sa mère meurt en 1998, Antonio découvre le secret qu'elle a caché toute sa vie : un bras blessé dont elle n'a jamais pu se servir normalement...
Quand Péta est venue au monde, sa mère décède, le père ne s'en remet pas. C'est un père brutal, dépressif, épicier, mauvais barbier, amoureux du théâtre dans une Espagne rurale.
Pétra est avant tout une femme de son époque sous l'Espagne de Franco. Une Espagne machiste où la femme est enfermée, cantonnée aux tâches ménagères. Pétra est gouvernante, chez un général franquiste qui retournera sa veste pour tenter de rétablir la monarchie...

L'Aile brisée est  un hymne aux souffrances, à l'émancipation et au courage des femmes espagnol.

Ce roman graphique est une passionnante une plongé dans la grande Histoire de l'Espagne sous Franco.

RENÉ CREVEL : La mort difficile

Il est partagé entre les surréaliste et le communiste. C'est un homme qui possède une sensibilité à fleur de peau.

La mère du jeune héros Pierre Dumont-Dufour et Mme Blok la mère de Diane sont toutes les deux issus d'un milieu bourgeois conservateur, très bavarde. Mme Dumont-Dufour a une haine envers son mari. Elle désire divorcer. Elle pense que son fils deviendra comme son mari le colonel, c'est à dire fou. " Ainsi Pierre, son fils , dont la nourrice était alcoolique (voilà pour la malchance ) a un caractère emporté. D'ailleurs, il a de qui tenir, son père (voilà pour l'hérédité) s'est toujours montré d'une telle violence. "M. Dumont est colonel, il écrit à la Marquise de Pompadour. Et M. Dimitri Block s'est suicidé, non loin de l'armoire à liqueur pendant qu'ils recevaient. Pierre Dumont, vingt ans homosexuel et toxicomane, aime Arthur Bruggle l'Américain, venu en Europe comme laveur de vaisselle, maintenant dandy capricieux et insolent. " À noter que cet Arthur Bruggle est un adolescent aux mains longues qui marche en dansant comme une panthère et a des yeux animal." Pierre est aussi aimé de Diane, « sa sœur d'ombre » tous les deux font de la peinture
Les rapports conflictuels avec sa mère et la décadence bourgeoise des pères est au cœur du roman. Surtout il y met en scène, de façon prémonitoire, sa propre mort "sa liberté", son propre suicide.

L'écriture est très agréable, beaucoup d'ironie surtout dans le premier chapitre j'ai bien aimé par contre par la suite je me suis assez ennuyée. Au final ce roman est une curiosité que j'ai lu grâce à l'essai de Klaus Man (aujourd'hui et demain éd. Phèbus) "Dans la Mort difficile, c'est dans la disposition à l'égard des mères, dont on ne parle qu'avec une sévérité et une méchanceté redoutables, qu'elle est la plus manifeste, la plus marquée et la plus inquiétante" C'est le point que j'ai trouvé le plus intéressant le regard sur les mères bourgeoises d'une certaine époque, c'est très juste.

Pierre est dans le salon."Bonjour, madame Blok, bonjour aimable madame d'un fil dégénéré. - Bonjour, Pierre, bonjour, mon enfant.- Êtes-vous anormal, madame Blok ? -Pierre je t'en prie . -Êtes-vous dégénérée, ma mère ? - Mon enfant, qu'elle mouche t'a donc piqué ? "Ce roman témoigne de l'obsession autobiographique et de la bisexualité de René Crevel et délivre un document essentiel sur une certaine jeunesse des années 1920. Son propre père s'est suicidé quand il était âgé de quatorze ans.

DERMOT BOLGER : Une seconde vie

Traduction par Marie-Hélène Dumas

L'histoire de Dermot Bolger se déroule en Irlande. Sean Blake échappe de justesse à un accident de voiture à la suite duquel il a été, pendant quelques secondes, déclaré cliniquement mort. À son réveil, bouleversé, Sean perçoit le monde tout à fait différemment, comme s'il débutait une nouvelle existence.
 Il part à la recherche de son enfance dans un premier temps et ensuite celle de sa mère biologique Sa mère   a intégré un couvent des Magdalenes. Car elle a mis au monde un enfant hors mariage. " Tu as deux mères et je ne peux pas te qui elle est ni où elle es, simplement qu'elle avait dix-neuf ans quand elle t'a eu, qu'elle venait du comté de Laois et que je ne devais même pas savoir cela. Mais je pris pour elle tous les soirs car elle t'a mis au monde pour nous."
" Tu es notre enfant. Elle a sa propre vie, maintenant, peut-être même une famille. Elle n'oserait jamais dire à son mari que tu existes."
Devenu adulte, il a tout fait pour l'oublier, il n'en a jamais parlé à Géraldine, sa femme. Au même moment, à Coventry, Elisabeth (Lizzy)  est mariée à Jack, elle est  mère de trois filles, elle vit depuis plus de trente ans avec un secret. A l'âge de dix-neuf ans, elle a eu un petit garçon. Il lui a été retiré à six semaines. Elisabeth souhaite  de le revoir .
"-Francis "Il prononça lentement, comme un mot inconnu d'une langue étrangère. " Je m'appelle Sean, maintenant. C'est le nom que mes parents ...les seuls que j'aie connus... m'ont donné. Je me suis demandé tout au long de ce voyage comment vous appeler ... Elisabeth, Lizzy, Mère ?"  Sean s’interroge sur le trouble qui l’envahi et qui l’empêche de vivre heureux avec sa femme et ses deux enfants. Il revient sur les souvenirs de son enfance et sur les images qu’il a vu durant son expérience de mort éminente. Sean  a été initié à la photographie par son père adoptif. "Mes photos sont des instants arrachés au hasard chaotique de la vie. "


Ce roman est une réflexion sur d'où venons nous ? sur nos origines, sur l'adoption. Ce roman évoque la quête de l'identité. Cela faisait un moment que j'avais envie de lire ce roman. 
Tout comme j'avais envie de connaître le destin de ces jeunes femmes. Elles sont obligées d'intégrer un couvent car ce sont des jeunes filles, considérées comme perdues par leurs familles, expier et racheter leurs péchés. Elles comptaient parmi elles des femmes violées, des jeunes filles mères, des orphelines et d'autres qui étaient un peu trop jolies, un peu trop coquettes.
"Mais des filles enceintes qui frottaient le sol agenouillées ou que l'on faisait travailler comme blanchisseuses "
J'ai trouvé le sujet de ce roman irlandais passionnant. Il explore toute la complexité d'un pays très fortement imprégné par la religion catholique.
" Les institutions religieuses gardaient sous clé tous les renseignements concernant les adoptions, et aucun parti politique n'avait eu le cran de les obliger à ouvrir leurs archives."

  J'ai vu aussi Philomena de Stefan Fears sur le même thème. 




Une histoire vraie : Philomena, une Irlandaise ayant accouché adolescente dans un couvent, n'a aucune nouvelle de son fils qu'elle a eu hors mariage. Il a été adopté malgré elle. En 2002, elle en parle pour la première fois à sa fille . Philomena souhaite retrouver la trace de son fils et le revoir, donc elle part en compagnie d'un journaliste, Martin Sixsmith, à la recherche de son fils.Le 18 décembre 1955, de force, les religieuses lui enlèvent son enfant et le confient à un couple de riches Américains de Saint Louis, dans le Missouri. Venus adopter une petite Mary, ils repartent en emmenant également Anthony, le fils de Philomena.


Le sujet de ce film est passionnant, j'avais adoré The Magdalene Sister, là j'ai été déçu par ce film que j'ai trouvé un peu mélo ! Un peu déçu.


PAUL LEAUTAUD : Le petit ami

Cet été j'ai écouté l'émission "Re-lecture" que Jean Lebrun a diffusé 5 entretiens de Paul Léautaud par Robert Mallet sur France Inter. 
"Souvenirs légers" est le titre de départ qui aurait plu à Paul Léautaud. Mais, ce titre ne plaisait pas à  Alfred Valette l'éditeur du Mercure.  " Je songe au petit garçon que je fus, voilà bien longtemps, et dont je suis aujourd'hui si peu différent." Ce petit livre est un récit plus ou moins autobiographique. Léautaud raconte son enfance. "Mon enfance s'est passée tout entière dans ce quartier de Paris qui va de la Butte Montmartre aux grands boulevards, et qui est bordé, d'un côté par la rue de Clichy et la Chaussée d'Antin, et, de l'autre, par la rue Rochechouart et le faubourg Montmartre. "

Il est élevé par son père qui gravite dans le monde du théâtre. Il est  abandonné par sa mère qu’il rencontrera une seule fois. Passage à la fois étrange et émouvant dans le récit de Paul Léautaud. Il a été abandonné par sa mère, peu de temps après sa naissance. Il ne sait rien de la figure maternelle, il est très perturbé par l'image de la femme. C'est l'une des raison pour laquelle il a des relations avec les prostituées qu'il rencontre rue des Martyrs ou bien dans le quartier. " Une mère ne change pas, me dit-elle ensuite en me regardant, debout devant elle, mes mains dans les siennes. On a beau n'avoir pas vu son enfant depuis longtemps, on l'aime toujours, on est toujours prête à l'aimer ... Et il faudra m'écrire tu sais, et me dire maman, et me tutoyer. Je te donnerai mon adresse, et je t'écrirai aussi. Pauvre Paul, va !"
 A l'âge adulte, il retrouve cette mère à l’occasion des funérailles d’une tante et commence à vivre une relation qu’il voudrait exclusive. Très vite la mère, qui a une autre vie, s’éloigne et abandonne à nouveau son fils.
J'ai trouvé ce récit très à la fois très étrange (sur tout concernant ses rapports oedipien avec sa mère) et très daté, le style me paraît vieillot aussi. Mon metteur en scène fétiche François Truffaut avait une grande admiration pour Paul Léautaud. Je le comprends car il y a une tendresse dans le cinéma de Truffaut qui se rapproche de l'univers de Paul Léautaud. Je pense à des films comme " Les quatre cent coups", "L'homme qui aimait les femmes". 



Maintenant, foutez-moi la paix ! de Philippe Delerm

" J'ai toujours aimé les êtres originaux, bizarres, chimériques, singulier. Ils sont pour moi le sel de la vie, autant qu'en sont l'horreur les gens qui ressemblent à tout le monde. J'aime leur fantaisie, leur folie. Je les suis quand je les rencontre dans la rue, je cherche à me renseigner sur eux, je voudrais les connaître et les fréquenter, je n'ai que dégoût pour ceux qui se retournent et rient sur leur passage."
Il appréciait évidement l'excentrique Max Jacob. Quand, il est question de sa mère Paul Léautaud est mal à l'aise, son rapport avec sa mère est comme une blessure. En 1902, il commencera une correspondance avec sa mère, mais sans réponse. Son rapport avec sa mère est une grande blessure pour Paul Léautaud. "Renversée, déconcertée, que je lui dise que je me moque de ce qui se passera après ma mort pour mes papiers, conservés ou non, publiés ou non ce qui est parfaitement vrai. Je n'ai pas de ces soucis posthumes. Je ne vois dans l'achat de mon Journal qu'un point intéressant : une certaine somme d'argent, qui me donnerai une certaine sécurité."

Philippe Delerm signe un très bel hommage à Paul Léautaud, par petites touches. Une belle entrée en matière pour faire connaissance avec cet auteur assez méconnu en quelque sorte. 

JOHN KENNEDY TOOLE : La conjuration des imbéciles

Traduit par Jean-Pierre Carasso.

Ce roman a été écrit au début des années soixante par un jeune inconnu à l'âge de trente-deux ans, parce qu'il se croyait un écrivain raté. Il se donna la mort le 26 mars 1969.
La Conjuration des imbéciles n'a été éditée qu'en 1980. Ce roman a été couronné en 1981 par le prestigieux prix Pulitzer. Un grand roman des années 60, un incontournable de la littérature américaine.

J'ai du me reprendre à plusieurs fois pour véritablement rentrer dans ce gros roman. La première fois j'ai été dérouté, la deuxième fois perplexe et la troisième fois, je suis arrivée enfin à apprécier ce roman à sa juste valeur. 
"Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d'une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et de fines soies qui croissaient à l'intérieur mêmes desdites oreilles, saillaient de part et d'autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s'avançaient sous la moustache noire et broussailleuse et, à leur commissure, s'enfonçaient en petits plis pleins de désapprobation et de miettes de pommes de terre chips. A l'ombre de la visière verte, les yeux dédaigneux d'Ignatius J.Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H.Holmes, scrutant la foule à la recherche des signes de mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatius, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l'absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l'existence de son âme."

Ignatius Reilly en est le héros. Il est trentenaire, obèse, sans emploi, réactionnaire et gauchiste. Il vit dans un quartier pauvre de la Nouvelle Orléans, chez sa maman. Il refuse toute forme de sociabilité. Son passe-temps favori : s'enfermer dans sa chambre et consigner sa vision du monde sur des dizaines de cahiers"Big Chief" dans lesquels il alterne maximes, pensées et journal.

"- C'est ma vision du monde que tu vois là. Il resta à l'organiser en tout cohérent , alors fais attention où tu mets les pieds."Ignatius a étudié longtemps à l'université où il s'est rendu célèbre par ses attitudes subversives et grotesques, il est érudit, intelligent à la sensibilité exacerbée par une tendance aiguë à être hypocondriaque. Il a un l'anneau pylorique qui se bloque dès qu'il y a contrariété (c'est assez surprenant). Mme Reilly sa mère est alcoolique et solitaire, elle veut absolument que son fils est un travail. Donc, Ignatius va devoir chercher un travail si il ne veut pas que la maison soit hypothéqué (passage cocasse)."La plupart des imbéciles ne comprennent pas le moins du monde la vision que j'en ai."
Ce roman est parsemé de personnages hauts en couleur. Le monde que nous décrit John Kennedy Toole est absurde, le burlesque à sa place aussi."La conjuration des imbéciles" est un roman comique, un roman qui pointe les contradictions du monde par la dérision la plus totale et la plus jubilatoire. C'est avant tout une réflexion sur la place de l'homme dans la société. L'univers de John Kennedy Toole avec "La conjuration des imbéciles" est proche de celui de Flannery O'Connor. 

MAEVE BRENNAN : La visiteuse


Traduit par Florence Lévy-Paoloni

Anastasia, vingt-deux ans, arrive à Dublin pour retrouver sa grand-mère paternelle." L'Irlande est mon domicile, je m'arrête à la gare de Dublin"Ses parents sont décédés, elle décide de renouer avec ce qui lui reste comme famille. Le père d'Anastasia s'est senti abandonné et la grand-mère ne l'accepte pas, c'est un immense chagrin pour elle, voir un drame. La mère d'Anastasia, Mary a pris la solution de la fuite à Paris car elle ne supportait plus son maris et sa belle-mère. Elle ne trouvait pas sa place dans ce foyer pesant et lourd, puis une grande différence d'âge entre elle et son mari.Anastasia veut se réconcilier avec sa grand-mère et essayer d'avoir sa place dans cette maison. Pas facile, donc elle fait tout pour être charmante, pour Noël elle offre des cadeau à sa grand- mère, à Katharine et à Melle Norah Kilbride, trois femmes importantes pour elle.Elle se sent terriblement seule, ses parents lui manquent terriblement, l'ambiance et glaciale voir sauvage. Elle se rend compte de l'importance que son père avait aux yeux de sa mère, sa mémoire est là vivante même sous la forme d'un fantôme.
"La froideur de sa grand-mère la rendait profondément honteuse et elle lutta pour l'oublier. Je ne suis qu'une visiteuse, ici, se dit-elle avec colère et désespoir et elle sombra dans un sommeil apeuré, empli de rêve."
Très beau passage magnifique, émouvant entre Melle Norah Kilbride, femme seule aussi et Anastassia. Cette femme a perdu sa mère aussi, donc cela les rapproches en quelque sorte. ""Vous savez, dit-elle d'une voix différente, j'ai l'impression que ça ne doit pas être facile avec votre grand-mère. J'espère que ça ne vous rend pas malheureuse. Ça passera, quand elle se sera de nouveau habituée à votre présence. Elle a eu le cœur brisé quand il est mort, vous savez. Elle est très amère et très seul.""
Ce court roman est un huit clos, les confidences entre femmes, les rapports entre mère/fils, rapport incestueux. Le poids de la religion catholique tient une place importante et lourde dans cette famille irlandaise. C'est un récit discret et bouleversant. Après avoir fermé ce livre, il reste comme un arrière goût amer, une boule dans la gorge. Il reste plus qu'une envie de lire d'autre textes nouvelles, romans de cette auteure.
Merci à lily pour le prêt, lou a lu aussi ce court roman ainsi qu'Yvon.
Un livre terriblement touchant.