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JEAN COCTEAU : Thomas l'imposteur

" Guillaume Thomas, malgré son nom d'incrédule, était un imposteur. Il n'était ni le neveu du général de Fontenoy, ni son parent d'aucune sorte." Il a seize ans, il est orphelin, et il vit chez sa tante qui l'élève. 
En août 1914, la princesse de Bormes se transforme en infirmière de luxe pour secourir les blessés durant cette abominable guerre.  Elle engage le jeune Guillaume Thomas se disant neveu du général de Fontenoy et sous-officier. Sa fille Henriette tombe amoureuse du beau jeune homme, mais voilà qu'il est affecté en Belgique. Il se trouve séparé de la belle Henriette ...
Ce roman est  fondé sur les souvenirs personnels de Jean Cocteau. Il  fut ambulancier durant la Grande Guerre. Il a pensé à Misia Sert  pour le personnage de la princesse de Bormes.  Thomas l'imposteur est un court roman de Cocteau agréable à lire mais qui ne m'a pas enthousiasmé plus que cela ! J'ai trouvé le ton très théâtral dut au fait que Thomas est un imposteur comme l'est un acteur jouer un rôle, endosser le costume de quelqu'un d'autre.


Cette autobiographie a été adapté au cinéma
par Georges Franju de 1965
Jean Cocteau participe au scénario du film. 
La voix off est de Jean Marais
Fabrice Rouleau : Thomas
Emmanuelle Riva : la princesse de Bormes
Jean Servais : Pesquel-Duport
Sophie Darès : Henriette
Michel Vitold : le docteur Vernes
Rosy Varte : Mme Valiche
Hélène Dieudonné : la tante de Thomas
Édith Scob : l'infirmière
Gabrielle Dorziat : la cartomancienne
Bernard Lavalette : le docteur Gentil
Jean-Roger Caussimon : l'évêque
Édouard Dermit : le capitaine Roy

Je ne connais pas le cinéma de Georges Franju, c'est le premier film que je vois de ce grand réalisateur. Emmanuelle Riva en princesse devenue infirmière. La guerre apparaissait à cette princesse comme le théâtre de la guerre! Théâtre réservé aux hommes! J'ai trouvé que le film était comme le roman de Cocteau, plutôt fade et ennuyeux avec un soupçon de poésie tout de même. Malgré tout il y a un passage qui m'a interpellé, durant cette guerre atroce, un spectacle est monté pour distraire les soldats. Une femme infirmière récite un très beau poème d'Edmond Rostand, moment poignant selon moi !

JEAN COCTEAU : La difficulté d'être

" Je n'ai jamais eu un beau visage. La jeunesse me tenait lieu de beauté. Mon ossature est bonne. Les chairs s'organisent mal dessus. En outre le squelette change à la longue et s'abîme. Mon nez que j'avais droit, se busque comme celui de mon grand-père. Et j'ai remarqué que celui de ma mère s'était busqué sur son lit de mort."
Le livre est commencé à Morzine (Haute-Savoie) en février 1946, continué à Paris, achevé début juillet à Verrières-le-Buisson, chez les Vilmorin. 
Comme Opium, La Difficulté d’être est un livre de cure, cure de repos après le calvaire enduré pendant le tournage de La Belle et la Bête, durant lequel Cocteau souffre notamment de plusieurs maladies de peau. Avec La Diffilculté d’être se découvre un homme qui, mieux que beaucoup de ses contemporains, a éprouvé le sens du tragique. Confessions, anecdotes, réflexions sur les choses de la vie ordinaire, confidences sur l’époque, témoignages : autant de tableaux superbes qui composent les variations, à la fois graves et légères, d’une âme vagabonde.
Il rend hommage à  ses amis  Raymond Radiguet, Marcel Proust, Guillaume Appolinaire, sous forme de portraits. Il évoque Jacque Maritain, il a joué un rôle dans sa conversion au catholisime. Il parle à plusieurs reprise de sa rencontre avec les ballets russe de Serge Diaghilev, Nijinsky. Jean Cocteau dresse un portrait de Satie  assez cocasse. " Pendant plusieurs années Erik Satie vient le matin , 10 rue d'Anjou, s'assoir dans ma chambre. Il conservait son manteau(où il n'eût pas toléré la moindre tache) ses gants, son chapeau, incliné jusqu'au binocle, son parapluie à la main. De sa main libre il abritait sa bouche sinueuse quand il parlait ou riait. Il venait d'Arcueil à pied. Il y habitait une petite chambre où après sa mort, sous une montagne de poussière, on retrouva toutes les lettres de ses amis. Il n'en avait ouvert aucune."

Jean Cocteau durant sa vie a été marqué par deux grandes figures imposantes qui sont celle de Picasso et de Stravinsky. La difficulté d'être est un très beau texte de Jean Cocteau. 
Il s'est magnifiquement parlé de sa personne son être, il emploie les mots justes qui sonnent à merveille. Mais aussi tout un monde, tout une époque évolue sous nos yeux. 



MAURICE SACHS : LE SABBAT






De cette existence gâchée, Maurice Sachs a pourtant tiré avant sa mort un chef-d'œuvre autobiographique : Le Sabbat. 
Abbaye de Jumièges,
je m'y suis rendue l'été 2013
" Dans ces moments où tous les enfants se demandent : " Que feras tu plus tard ?" je répondais invariablement: " Je serai écrivain" Maurice Sachs a été une des figures les plus originales de l'entre-deux guerres. Il a été le témoin d'une époque. Maurice Sachs est né à Paris en 1906. Sachs est le nom de sa mère, Andrée. De son père, Herbert Ettinghausen, Sachs ne sait rien et ne voudra jamais rien se savoir. "Je suis né, voici trente-deux ans dans une famille aussi désordonnée que possible. On s'y mariait, on y divorçait avec une incroyable vivacité. On y avait le goût de l'aventure et quelques défauts capitaux qui m'ont été transmis." En 1912, Maurice a alors six ans, son père divorce d'avec sa mère et disparaît à tout jamais de leur vie.  Sa grand-mère avait épousé Jacques Bizet, fils du compositeur de Carmen. A dix-sept ans, Maurice Sachs est livré à lui-même. Sa mère, fuyant les créanciers, s'est réfugiée à Londres.
Au début du roman il est question de l'abbaye de Jumièges où se rend Maurice Sach : " De ce côté, Jumièges, Chartres et Rembrandt m'ont tout appris. Pourtant Jumièges  n'est plus que ruines, mais par ces ruines justement un cœur, qu'aucune notion d'art ne soutient encore, peut être facilement ému. Et pareille émotion peut rendre sensible tout art visuel. Je regardai avec surprise ces arcs-boutants qui ne soutenaient plus rien et dont la culée moussue tendait vers le ciel un arc inutile, ouvert comme une mâchoire, mâchant le vide. Un lierre vivace grimpait aux piliers, serpentait le long des chéneaux et broyant un pinacle dans une étreinte douce, pendait dans l'allée ouverte qui avait été une nef à la place où aurait pu pendre le chapeau de cardinal d'un père abbé."
Le Bœuf sur le Toit 
L'ambiance en 1922, " On s'amuse partout, on dîne, on sort on soupe, on fait l'amour. Les nègres installés à tous les orchestres, poussent des hurlements déchirants, terribles , des plaintes douces et des cris d'enfants ; le jazz secoue les corps les plus fous et les plus modérés et, dans quelque quartier qu'on se penche le soir à la fenêtre, on voit s'étendre au ciel la lueur rouge que jette Montmartre comme un grand lupanar."Il fait la connaissance de Jean Cocteau qu'il définit comme ceci : " Jean Cocteau fut avec Serge de Diaguilev le magicien le plus prestigieux de notre époque." Il  noue de solides amitiés  tout d'abord avec  Cocteau, Maurice a dix-sept ans lorsqu'il rencontre le poète. Il le retrouve souvent au Bœuf sur le toit. Cocteau, présente Jacques Maritain . Il le convainc de se converti au catholicisme en 1925. Il est baptisé à Meudon
Jacques et Raïssa Maritain
" Raïssa Maritain fut ma marraine, Jacques Maritain signa l'acte de 
baptême par procuration car il représentait mon parrain Jean Cocteau."
Max Jacob d'origine juive fut convertit au catholicisme en 1913. Un ans après son baptême, il rentre au séminaire, car il décide d'être prêtre.   Durant son séminaire, il va profiter d'un séjour de Cocteau à Villefranche. 
Ensuite il doit faire son service militaire. Il quitte le séminaire, et se jette dans les folies. Il fait la connaissance d'André Gide. Il désir d'être plus communiste que Gide (le Gide d'avant le voyage en URSS). " Le vrai, c'est qu'il est très mauvais d'aller voir des hommes illustres comme on irait à un directeur de conscience ; c'est leur jouer et se jouer un mauvais tour." Il part aux Etats Unis à New York. Il se convertit au protestantisme pour épouser Gwladys Matthews, la fille du Modérateur de l’Église presbytérienne. Trois ans plus tard, ses rêves enfuis, il rentre en France, accompagné d’un jeune Américain Henry Wibbels, qui sera son amant de 1933 à 1937. En rentrant à Paris Gide le soutient et lui trouve un poste à la N.R.F. En 1935, il publie de son premier roman, Alias, chez Gallimard. Il devient intime de Madeleine Castaing.
Madeleine Castaing

" Madeleine Castaing paraissait vingt-cinq à vingt-huit ans, bien qu'elle eût des fils de plus de quinze ans, petite, mince, vive, enjouée, l'œil noir, le teint clair, les cheveux sombres, elle avait plutôt l'air d'une Arlésienne que d'une Beaouceronne. Attrayante, fine, partiale, riante, coquette, désordonnée, opiniâtre, elle avait une sorte de génie créateur pour tout ce qui touchait aux maisons"






"Je ne tirerai aucune conclusion de ce fait que les trois hommes les plus honnêtes que j'ai connu étaient protestants : Jacques Maritain (par sa naissance et son éducation), André Gide et Pierre Fresnay (Pierr Laudenbach de son vrai nom) , Alsacien Protestant. Je croirais volontiers qu'en France les protestant s connaissent seuls le sens du mot rigueur."


Le Sabbat est un roman autobiographique intéressant pour son époque et ses portrait. Par cela j'ai trouvé la lecture ennuyeuse. Maurice Sachs n'a pas le talent de Violette Leduc qui a véritablement une plume et un ton.

Maurice Sachs et Violette se sont rencontrés en 1936. Malgré l'homosexualité de Maurice, Violette est tombée folle amoureuse de lui.


JEAN COCTEAU : OPIUM

 Cette année 2013, 
cinquantenaire de sa mort (1963)

Opium est un journal sur l'une de ses désintoxications  d'opium.
En décembre  du 16 décembre1928 jusqu'au mois d'avril 1929, Jean Cocteau entre à la clinique de Saint-Cloud où il doit subir une cure. Il l'entame cinq ans après la mort de Raymond Radiguet.  Il en profite pour écrire les Les Enfants terribles . " Écrire pour moi, c'est dessiner, nouer les lignes de telle sorte qu'elles fassent écriture, ou les dénouer de telle sorte que l'écriture devienne dessin." Ce journal est aussi une réflexion sur la littérature et ses écrivains Proust, Raymond Roussel entre autre. " Proust, grâce à sa fortune, vivait enfermé avec son univers, il pouvait se payer le luxe d'être malade, il était en fait, malade par possibilité de l'être ; asthme nerveux, éthique sous forme d'hygiène fantaisiste, amenant la maladie véritable et la mort. La fortune de Roussel lui permet de vivre seul, malade, sans la moindre prostitutions. Sa richesse le protège. Il peuple du vide. Son œuvre n'a pas une tache de graisse. Il est un monde suspendu d'élégance, de féerie, de peur." Il évoque aussi le cinéma : Buster Keaton, Chaplin, Eisenstein, Buñuel, la poésie,  la création, l'art.
"Tout ce qu'on fait dans la vie, même l'amour, on le fait dans le train express qui roule vers la mort. Fumer l'opium, c'est quitter le train en marche ; c'est s'occuper d'autre chose que de la vie, de la mort." 

Ainsi Jean Cocteau retrouve-t-il la grande tradition des poètes visionnaires, de Quincey, Baudelaire, et surtout Rimbaud.
Il évoque Alain- Fournier, il le met en parallèle avec Raymond Radiguet. " Le grand Meaulnes. Le Diable au corps. Le bon élève Fournier ; le mauvais élève Radiguet. Ces deux myopes qui sortaient à peine de la mort et y rentrèrent bien vite, ne se ressemblaient pas, mais leurs livres communiquent le mystère du règne enfantin, plus inconnu que le règne végétal ou animal. Franz en classe, Franz cavalier blessé, Franz en maillot d'acrobate, le somnambule Augustin Meaulnes, la folle sur le toit, Yvonne et Marthe détruite par l'enfance terrible;" " Opium est un journal  de lucidité, il répond  à la maxime d' Oscar Wilde : " le seul crime est d'être superficiel, tout ce qui est compris est bien." 
Un journal, intime, saisissant et  émouvant de simplicité. Cocteau a été très marqué par le suicide de son père quand il avait six ans, il est question de son père dans Opium . Il évoque sa mémoire à sa manière si poétique.  Nombreux sont dans ce journal les dessins de Cocteau autour de sa désintoxication. Ce journal est une réflexion sur la drogue. L'on retrouve tout son univers aussi, et c'est magnifique !!!!

J'ai vu le film d'Arielle Domsballe, il est audacieux, original musical et chantant. Les passages en N&b sont un bel hommage à Cocteau. Mais, ce film ne m'a pas enthousiasmé et n'a pas su me convaincre, dommage !

JEAN COCTEAU : Tour du monde en 80 jours- Mon premier voyage

J'ai toujours eu une grande tendresse pour Jean Cocteau. 
Cette année 2013, 
cinquantenaire de sa mort (1963)

Pour fêter le centenaire de Jules Verne, Jean Cocteau et Marcel Khill, surnommé pour l'occasion Passepartout, projettent de partir sur les traces des héros de Jules Verne. Le journal Paris-Soir ayant accepté le projet, nos deux voyageurs constatent que ce périple, que Jules Verne fait faire à Philéas Fogg en 1873, n'a rien perdu de sa difficulté soixante-trois ans plus tard, en 1936... Il a pu tout juste faire le tour de monde
Beaucoup de poésie dans ce récit de voyages, mais l'on sent doute chez Cocteau dans la description des pays visités. Beau passage est la rencontre avec Charlie Chaplin. " Ma rencontre avec Charlie Chaplin reste le miracle charmant et d'en être les organisatrices."" Je ne parle pas l'anglais. Chaplin ne parle pas le français. Et nous parlons sans le moindre effort. " J'aime beaucoup comment il parle du Japon, un Japon d'un autre temps. 
llustration de Marodon et V. Guillet.
Ce carnet de voyage est très agréable à lire et l'écriture est au combien attachante, un véritable enchantement. 
Le théâtre tient une place importante dans ce carnet de voyage. 
Enfant Cocteau a vu " le tour du monde en 80 jour"de Jules Verne en 1921 au théâtre du Châtelet et il en garde un souvenir ébloui. "Le Châtelet avait raison. Il nous promettait un  avenir féerique et il a tenu ses promesses. Notre voyage, j'y assiste de ce fauteuil de balcon où j'ai vu la pièce de Jules Verne. Le rêve dont elle enivrait notre jeune âge, la réalité nous apporte la preuve qu'il existe et que les rampes et les soleils éclairent le même monde, pourvu qu'on l'aborde avec des yeux et des oreilles d'enfant. "