Affichage des articles dont le libellé est BOUSQUET JOË. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est BOUSQUET JOË. Afficher tous les articles

JOË BOUSQUET : MYSTIQUE






























Œuvre posthume dédiée à Germaine Lettres à Poisson d'or
Xavier Bordes dit dans sa préface : " L'homme, poète, philosophe, écrivain, chroniqueur, critique d'art, essayiste, on ne sait ... l'homme inquiétait. Il était accueillant vis-à-vis du monde entier, ouvert aux idées les plus diverses et les plus opposées. Des femme l'ont passionnément aimé."J'aime son écriture, elle me fait penser à un parfum capiteux et entêtant.

" Mystique est donc un livre contemplatif où le poète blessé cherche la racine de la connaissance sensible - la racine de notre vision du monde - afin de modifier le monde dans la mesure où le changement voudra bien accompagner un changement de celui qui voit, qui connaît."" Ce livre est pensé comme une mystique et vu comme une féerie"
Joë Bousquet, écrivain qu'il faut lire tellement son écriture est une merveille. Elle m'éblouit de lumière. Voilà ce que dit le poète, car Bousquet est un poète avant tout. " Tu inventes ta vie autant que tu la subis. Si elle n'étais pas tu ne serais pas. Mais si tu n'étais pas, elle ne serait pas."À vingt ans, il reçu un balle allemande durant la guerre de 14/18, le 27 mai 1918. À partir de cette date, il s'est trouvé handicapé, il n'a pas pu se resservir de ses jambes, il est devenu immobile, cloué à son lit. Cette blessure est liée à sa création et Xavier Bordes nous présente dans sa préface l'étrange blessé de Carcassonne.
" J'avais été le blessé, je devenais déjà la blessure." "Ce qui me fait aimer la vie, c'est que la mort ne peut atteindre."
" La poésie ne naît pas : elle engendre. Il y a les livres sources et les livres lacs."
" La belle lumière qui dans les toiles de Botticelli n'y est pas ajouté par le peintre : elle est réfléchie. La lumière du couchant, dans une voix de femme, plus douce qu'au fond de tes yeux, lève ton regard vers le ciel."
" L'art d'écrire est l'art de penser pour les autres. On n'apprend pas les gens à vivre et c'est un art excessivement difficile que l'on ne possède qu'au moment où il est grand temps d'apprendre à mourir."
" Je suis le spectre de ce que je suis. Sans doute, mon être de chair est-il mon propre cercueil."

" Toute pensée a des ailes de songe." - " Les mots volent dans un ciel de cendre."

" Le langage est une machine à produire des étincelles électriques."
" Je me suis demandé si Dieu n'était pas femme. "

" Ne t'adresse pas à Dieu tant que tu ne sais pas entrer tout entier dans tes paroles. Dieu est le Verbe quand le Verbe est tout l'homme."

" J'ai acquis quelques certitudes : l'homme n'est pas l'enfant de sa mère, mais de sa vie : et il doit s'attacher à en déchiffrer le langage : faisant parler les faits ; et les traduisant dans sa propre langue, ou bien , conservant à ces événements leur caractère admirable ; et choisissant celui qui doit être, par le poète dégagé de son humanité. Tout cela est plus ou moins esquissé dans mes livres, il n'y a plus qu'à en retirer la leçon".


JOË BOUSQUET : Lettres à Poisson d'or



© Alice Théaudière

Tout ce qu'on dit des fées, des magiciens est vrais, vous le savez, vrais pour le cœur, et vrais pour toujours au regard de ceux qui veulent de leur être de chair qu'il soit le rayon intérieur de leur cœur."
Cette correspondance amoureuse débute en 1937 jusqu'en 1949 c'est à dire durant douze ans. Il rencontre Germaine dans un salon, elle est jeune, elle a vingt-un ans lui quarante. Il l'a nomme " Golden Fish" : Poisson d'or. Elle éclaire sa vie d'écrivain replié sur lui même à cause de son handicap mais pas sur la vie et les autres bien au contraire.

"Il faut que le soleil se montre à nous comme le miroir des roses pour demeurer le soleil ; l'ancolie, comme un rideau de sable ..." 

Joë Bousquet est un écrivain mystique, il a une philosophie de la vie admirable. " Je ne sais pas si les mythes religieux ont un contenu vrai. Mais il est certain que les plus universellement admis se retrouvent dans nos intuitions les plus bouleversantes. Comme si les jugements passés dont la Bible témoigne, recommençaient d'instant en instant, on ne peut aller au fond de sa conscience sans y trouver l'accent tragique dont se revêt pour un homme l'horreur d'avoir été chassé ..."
27 mai 1918, il était jeune, une balle le touche, il en sort vivant mais handicapé il ne peut plus marcher et se servir de ses jambes. L'opium le soulage de sa douleur, douleur qui ne montre pas et encore moins qu'il exhibe. " Germaine chérie, une blessure comme la mienne a ruiné en moi les sources mêmes de la vie. " Il est paralysé cloué à son lit. C'est vraiment le coup de foudre entre deux. " La vie qui nous et faite a commencé dans notre cœur"."Pour la première fois, mon cœur et ma pensée parlent la même langue." Joë Bousquet avait beaucoup de succès auprès des jeunes femmes. Le ton est grave, l'amour est la passion est là aussi. L'écriture est à tomber, elle est poétique évidement puisque Joë Bousquet est un poète avant tout. C'est une écriture juste qui sait à merveille à mes yeux parler de l'âme. C'est une écriture une délicatesse à fleur de peau qu'il n'est pas étonnant d'avoir les larmes aux yeux tellement cette plume est un petit joyaux tout en finesse, douceur et tendresse. " Ma petite enfant chérie, il y avait une grande lumière autour de nous." Il parle de son amitié pour Paul Eluard de son admiration pour ce grand poète. Il évoque cette photo :

 © Lee Miller : Nusch,  Paul Eluard, Roland Penrose, Man Ray et Fidelin lors d'un pique-nique.
Carcassonne.
Décembre 1938, samedi *.
Ma chérie,

J’ai reçu de ton amie une lettre exquise ; et j’ai été frappé de retrouver dans la façon appliquée dont elle manie le français quelque chose qui rappelle la manière de Rilke quand il écrivait dans notre langue. Si les poèmes de Rilke nous ont révélé tant de choses, c’est qu’il en a pris les mots hors de lui, dans ce monde distinct de la langue étrangère qui les lui montrait comme des objets ; et j’ai été vraiment heureux de trouver sous la plume de ton amie un jugement poétique chargé, lui aussi, de cette vertu précieuse qui est dans les mots quand ils nous parviennent dans leur fleur ; et tels qu’on les avait inventés.
Cette lettre m’a redonné du courage : il m’en faut beaucoup en ce moment parce que le point où j’en suis de mon livre est littéralement d’une grande difficulté. Ensuite, parce que ces pages expriment directement les fatalités morales d’un état comme le mien ; et que je me sens seul jusqu’à l’angoisse dans l’effort de les rendre vivantes et, pour cela, de les prendre au vif de ma douleur. Car il y a en moi, il y a toujours en moi, celui qui ne veut pas de sa blessure, qui ignore peut-être toujours le choc qui l’a frappé, et c’est de son contact avec ma vie présente que naissent mes accents les plus vrais…
Je voudrais t’expliquer cela : il me semble qu’en partageant avec toi mes impressions les plus secrètes, en les mettant en toi, je peux arriver à emplir ton être avec mes propres pensées et que c’est une façon, non de résoudre certains problèmes, mais de t’éveiller dans un monde où ces questions ne se posent plus. Le moment est sans doute bien choisi, car je te sens vibrante, émue par quelque chose que tu ne m’as pas dit. À travers tes lettres on te sent lourde d’un secret qui te pèse. Mon amour te sent soudain comme chargée de larmes intérieures, balancée avec un fardeau dans tes pensées que tu crains d'abandonner bien qu'il te pèse... Je ne te demande pas de confidences ; mais je tiens à avoir, à chaque instant, une tendresse prête pour une de tes peines. C’est facile, ma vie semble le berceau de la tienne ; et rien que de te parler de moi, il semble que j’agrandis ton cœur.
Dans l’endroit difficile où je te disais que j’avais actuellement conduit mon récit, je fais revivre un instant récent qui m’a révélé tout le rayonnement de mon amour pour toi. Une confirmation poétique de la vérité entrevue dans nos paroles et la joie à intervenir dans les surprises du sens qui redit la chanson. Ma chérie, je ne savais pas que ce serait si doux. J’ai voulu l’écrire. Si j’avais le don de communiquer mes impressions nul aspect de mon amour ne t’échapperait plus. Tu verrais nos sentiments réciproques sous l’angle du sentiment et non sous l’angle de notre intérêt humain.
Si l’amour est oubli de soi, l’idée de l’amour doit effacer plus encore ce qui concerne l’homme, ce qui concerne la femme et inaugurer le règne de la vie intérieure où les buts disparaissent devant le progrès de la conscience.
Revenons sur nos pas : je voudrais, aussi simplement qu’un artisan exposant sa technique, te montrer un des effets de mon amour et l’incidence sur mes pensées du bonheur qu’il devait m’apporter. Écoute, c’est là ce qui me tient éveillé dans mes nuits d’étude. [...]
 et ici enregistrement de France Culture et l'on voit la fameuse Chambre à Carcassonne.

JOË BOUSQUET : Lettres à une jeune fille


La préface écrite par Nicolas Brimo : " Pour ma sœur, pour moi, Joë Bousquet, ce fut d'abord, et avant toute connaissance de son œuvre, une gouache de René Magritte Schérézade." Et bien moi, je peux paraphraser Nicolas Brimo en disant ceci : Pour mon frère, pour moi, Joë Bousquet se fut d'abord et avant tout une approche via un merveilleux téléfilm " La Tisane de Sarments" réalisé par Jean-Claude Morin ( tiré de son roman autobiographique paru chez Denoël et Steele en 1936). J'avais dix ans et j'allais sur mes onze ans , je suis restée quinze jours sur le tournage avant la rentrée des classes. Je fus sur ce tournage car mon père signait l'image de ce téléfilm superbe comme malheureusement on en fait plus. Je garde un souvenir ébloui de ce tournage. Philippe Léotard fut un magnifique Joë Bousquet en compagnie d' Henri Serre, Françoise Bertin, Jean Pierre Kalfon, Anne-Laure Meury dans le rôle de Paule Duval. Je me souviens d'avoir visité la fameuse chambre 53 rue de Verdun à Carcassonne et la propriété à Villadier. Voir ici billet et photos concernant le film.
Là, Joë Bousquet dans " Lettres à une jeune fille" correspond avec Linette alias Jacqueline Gourbeyre pendant quatre ans, correspondance amoureuse. Joë Bousquet était un grand Don Juan, le prince de la ville, l'âme de Carcassonne sa ville . Il savait magnifiquement séduire les jeunes femmes avec des mots. Il possède un style séduisant. C'est grâce à Christian Durand, ami le plus fidèle et à sa femme qu'à dix-huit ans après guerre, que le poète fait connaissance du poète qui signe ses lettres : Joe. Là, l'échange épistolaire débute en 1946 jusqu'à 1949, elle, Linette, la jeune fille est étudiante à Toulouse. Joë Bousquet "le poète immobile" a 50 ans, dans sa chambre, les volets clos. Il est atteint à la colonne vertébrale par une balle allemande. Paralysé à hauteur des pectoraux, il perd l'usage de ses membres inférieurs et reste alité toute sa vie à Carcassonne, au 53 rue de Verdun, dans une chambre dont les volets sont fermés en permanence. Sa chambre à Carcassonne se transforme en véritable salon littéraire, où se retrouve tous les intellectuels de gauche. Il y reçoit, entre autres, Marx Ernst, Louis Aragon et Paul Eluard, André Breton. Durant, la seconde guerre mondiale il fut un grand Résistant depuis son lit d'infime. Il fut lié au surréalisme André Breton dont il a été l'ami et camarade de combat, Louis Aragon, Philippe Soupault, Robert Desnos, Tristan Tzara, Gala, Paul Eluard, il a signé dès 1925 le tract " La révolution d'abord et toujours !". Durant sa correspondance avec Linette , il lui transmet les œuvres de ses écrivains préférés, car elle est étudiante en licence de lettre. Le poète est son pygmalion. Elle fut projetée dans la littérature et le monde artistique grâce à Bousquet parce qu'à Tarbes, elle est originaire de cette ville, il n'y avait rien. Il se drogue pour soulager son mal, sa pipe d'opium est présente, il faisait de nombreux rêves érotiques. le rapport amoureux, entre eux, est ambiguë, et je pense que c'est très bien comme cela ! Ils se voyaient en cachette la nuit quand elle venait à Carcassonne. Joe était très attentif, bienveillant aux autres. Sa vie tournait autour de la lecture, l'écriture et la transmission. Pour lui mais oh ! combien je partage avec lui cette notion qui part petit à petit.

" La littérature est la vie même, sous la sa forme la plus pure, la plus attirante, la plus voisine du chant, qui est sur les lèvres avant le mot". Le rôle important que la littérature peut apportée à notre vie. Malheureusement cette notion de transmission de la beauté des mots des textes s'en va petit à petit .... Beaucoup d'émotion se dégage dans ses lettres, de faire entendre la voix de Bousquet, qui me transporte seulement aujourd'hui car auparavant je n'avais pas franchis le pas. J'ai pas fini de faire connaissance de sa magnifique prose superbe et malheureusement méconnue !
Concernant les études de Linette: " Vos études sont utiles, très utile mais elle ne sont pas, elles-mêmes, un but. Ce que vous cherchez c'est vous."
"Travaillez, mais travaillez en poète. Ne vous dites jamais : la poésie est un don, qui me sera peut-être refusé."Quand un texte vous émeut, souvenez-vous de cette révélation, faites-en un sens pour adhérer à tout ce qui vous touche. "

Hans Bellmer (1902-1975) peintre, sculpteur et graveur surréaliste. Il est connu pour les fameuses poupées. Il est allemand, il quitte Allemagne nazie en 1934. Durant l'occupation, il se réfugie en France dans le Sud-Ouest, c'est comme cela qu'il fit la connaissance de Joë Bousquet et il fit son célèbre portrait. " Vous avez bien vu ma chambre. Hans Bellmer, le Sauvage le terrible, plein d'un vrai génie, mais très limité par un matérialisme forcené. Condamné à n'illustrer que des livres défendus (à cause de leur obscénité qui dépasse l'imagination et touche à la folie parce que l'amour en est absent), menant une vie très étrange et dangereuse, surréaliste cent pour cent, " À travers cette correspondance ouverte car ne nous avons pas les réponse de la jeune Linette. Nous avons un portrait de Joë Bousquet donc le faite d'être handicapé, il ne peut plus avoir de rapports sexuels l'évasion érotique il le doit à l'opium (soulagement et rêverie). Donc, il se sent à la fois homme, femme ambiguïté. "L'être est androgyne à l'origine. Chacun de nous n'existe qu'en image, je ne suis qu'une apparence, revêtant une nuit pourpre où bat mon cœur". "je sens souvent comme une femme." Il écrivait surtout la nuit, importance de la nuit dans son œuvre : " Cela , en toute réalité, je le découvre. Sûr, sûr, sûr que nous sommes l'œuvre d'une nuit dont la nuit extérieur n'est que l'image, d'une nuit vivante." La nuit est le moment propice pour les rencontres improbables avec Linette. " Toute la nuit, de dix heures trente à l'aube, ma chambre flotte, comme une péniche, sur des eaux libres ; sauf passage de quelque auteur ou peintre, mais toujours annoncé à l'avance. "
Il écrit ses lettres poétiques sont divines.  Joë Bousquet est un écrivain, un poète à lire à découvrir tellement son style est délicat !!!!
Merci à la générosité de son fils d'avoir transmis ces lettres de toutes beautés, c'est magnifique. J'aime beaucoup cette réflexion autour de l'image : "Tout n'est qu'images et nous sommes des images et mourons quand nous ne sommes que des images de nous-mêmes." 
Voir ce magnifique site consacré à Joë Bousquet