Pages

vendredi 14 août 2009

JOË BOUSQUET : Lettres à une jeune fille


La préface écrite par Nicolas Brimo : " Pour ma sœur, pour moi, Joë Bousquet, ce fut d'abord, et avant toute connaissance de son œuvre, une gouache de René Magritte Schérézade." Et bien moi, je peux paraphraser Nicolas Brimo en disant ceci : Pour mon frère, pour moi, Joë Bousquet ce fut d'abord et avant tout une approche via un merveilleux téléfilm " La Tisane de Sarments" réalisé par Jean-Claude Morin ( tiré de son roman autobiographique paru chez Denoël et Steele en 1936). J'avais dix ans et j'allais sur mes onze ans , je suis restée quinze jours sur le tournage avant la rentrée des classes. Je fus sur ce tournage car mon père signait l'image de ce téléfilm superbe comme malheureusement on en fait plus. Je garde un souvenir ébloui de ce tournage. Philippe Léotard fut un magnifique Joë Bousquet en compagnie d' Henri Serre, Françoise Bertin, Jean Pierre Kalfon, Anne-Laure Meury dans le rôle de Paule Duval. Je me souviens d'avoir visité la fameuse chambre 53 rue de Verdun à Carcassonne et la propriété à Villadier. Voir ici billet et photos concernant le film.

Là, Joë Bousquet dans " Lettres à une jeune fille" correspond avec Linette alias Jacqueline Gourbeyre pendant quatre ans, correspondance amoureuse. Joë Bousquet était un grand Don Juan, le prince de la ville, l'âme de Carcassonne sa ville . Il savait magnifiquement séduire les jeunes femmes avec des mots. Il possède un style séduisant. C'est grâce à Christian Durand, ami le plus fidèle et à sa femme qu'à dix-huit ans après guerre, que le poète fait connaissance du poète qui signe ses lettres : Joe. Là, l'échange épistolaire débute en 1946 jusqu'à 1949, elle, Linette, la jeune fille est étudiante à Toulouse. Joë Bousquet "le poète immobile" a 50 ans, dans sa chambre, les volets clos. Il est atteint à la colonne vertébrale par une balle allemande. Paralysé à hauteur des pectoraux, il perd l'usage de ses membres inférieurs et reste alité toute sa vie à Carcassonne, au 53 rue de Verdun, dans une chambre dont les volets sont fermés en permanence. Sa chambre à Carcassonne se transforme en véritable salon littéraire, où se retrouve tous les intellectuels de gauche. Il y reçoit, entre autres, Marx Ernst, Louis Aragon et Paul Eluard, André Breton. Durant, la seconde guerre mondiale il fut un grand Résistant depuis son lit d'infime. Il fut lié au surréalisme André Breton dont il a été l'ami et camarade de combat, Louis Aragon, Philippe Soupault, Robert Desnos, Tristan Tzara, Gala, Paul Eluard, il a signé dès 1925 le tract " La révolution d'abord et toujours !". Durant sa correspondance avec Linette , il lui transmet les œuvres de ses écrivains préférés, car elle est étudiante en licence de lettre. Le poète est son pygmalion. Elle fut projetée dans la littérature et le monde artistique grâce à Bousquet parce qu'à Tarbes, elle est originaire de cette ville, il n'y avait rien. Il se drogue pour soulager son mal, sa pipe d'opium est présente, il faisait de nombreux rêves érotiques. le rapport amoureux, entre eux, est ambiguë, et je pense que c'est très bien comme cela ! Ils se voyaient en cachette la nuit quand elle venait à Carcassonne. Joe était très attentif, bienveillant aux autres. Sa vie tournait autour de la lecture, l'écriture et la transmission. Pour lui mais oh ! combien je partage avec lui cette notion qui part petit à petit.

" La littérature est la vie même, sous la sa forme la plus pure, la plus attirante, la plus voisine du chant, qui est sur les lèvres avant le mot". Le rôle important que la littérature peut apportée à notre vie. Malheureusement cette notion de transmission de la beauté des mots des textes s'en va petit à petit .... Beaucoup d'émotion se dégage dans ses lettres, de faire entendre la voix de Bousquet, qui me transporte seulement aujourd'hui car auparavant je n'avais pas franchis le pas. J'ai pas fini de faire connaissance de sa magnifique prose superbe et malheureusement méconnue !
Concernant les études de Linette: " Vos études sont utiles, très utile mais elle ne sont pas, elles-mêmes, un but. Ce que vous cherchez c'est vous."
"Travaillez, mais travaillez en poète. Ne vous dites jamais : la poésie est un don, qui me sera peut-être refusé."Quand un texte vous émeut, souvenez-vous de cette révélation, faites-en un sens pour adhérer à tout ce qui vous touche. "


Hans Bellmer (1902-1975) peintre, sculpteur et graveur surréaliste. Il est connu pour les fameuses poupées. Il est allemand, il quitte Allemagne nazie en 1934. Durant l'occupation, il se réfugie en France dans le Sud-Ouest, c'est comme cela qu'il fit la connaissance de Joë Bousquet et il fit son célèbre portrait. " Vous avez bien vu ma chambre. Hans Bellmer, le Sauvage le terrible, plein d'un vrai génie, mais très limité par un matérialisme forcené. Condamné à n'illustrer que des livres défendus (à cause de leur obscénité qui dépasse l'imagination et touche à la folie parce que l'amour en est absent), menant une vie très étrange et dangereuse, surréaliste cent pour cent, " À travers cette correspondance ouverte car ne nous avons pas les réponse de la jeune Linette. Nous avons un portrait de Joë Bousquet donc le faite d'être handicapé, il ne peut plus avoir de rapports sexuels l'évasion érotique il le doit à l'opium (soulagement et rêverie). Donc, il se sent à la fois homme, femme ambiguïté. "L'être est androgyne à l'origine. Chacun de nous n'existe qu'en image, je ne suis qu'une apparence, revêtant une nuit pourpre où bat mon cœur". "je sens souvent comme une femme." Il écrivait surtout la nuit, importance de la nuit dans son œuvre : " Cela , en toute réalité, je le découvre. Sûr, sûr, sûr que nous sommes l'œuvre d'une nuit dont la nuit extérieur n'est que l'image, d'une nuit vivante." La nuit est le moment propice pour les rencontres improbables avec Linette. " Toute la nuit, de dix heures trente à l'aube, ma chambre flotte, comme une péniche, sur des eaux libres ; sauf passage de quelque auteur ou peintre, mais toujours annoncé à l'avance. "
Il écrit ses lettres poétiques sont divines.  Joë Bousquet est un écrivain, un poète à lire à découvrir tellement son style est délicat !!!!
Merci à la générosité de son fils d'avoir transmis ces lettres de toutes beautés, c'est magnifique. J'aime beaucoup cette réflexion autour de l'image : "Tout n'est qu'images et nous sommes des images et mourons quand nous ne sommes que des images de nous-mêmes." 
Voir ce magnifique site consacré à Joë Bousquet

6 commentaires:

Dominique a dit…

Superbe billet, j'ai lu beaucoup de critiques très officielles mais votre billet respire la sincérité et l'enthousiasme pour ce livre qui me persuade de le lire
Je ne connais hélas pas ce téléfilm et c'est dommage

Malice a dit…

@Merci Dominique !!!! Un auteur qui me tient à cœur, il y a aucun doute la dessus !
Concernant le téléfilm oui c'est triste car il doit moisir dans les caves d' FR3 Marseille je suppose et c'est bien dommage, car il était d'une très grande qualité par rapport à ce que l'on peut voir actuellement !

Wictoria a dit…

tu es parles merveilleursement bien, tous les poètes méritent une lectrice aussi bienveillante que toi !

Wictoria a dit…

on ne peut commenter sur ton billet d'aujourd'hui

Malice a dit…

OUI ma chère Wictoria je ne sais pas pourquoi d'ailleurs j'ai un problème, voir un gros problème de mise en page donc j'ai mis de côté pour le reprendre plus tard !
C'est légèrement pénible ;-) Merci en tout cas pour ta bienveillance et ta gentillesse légendaire.
Comme tu l'as pu le lire et le comprendre Joë Bousquet est un poète qui me tient à cœur beaucoup.
J'étais très jeune quand j'ai découvert son univers.
Il était un ami de Gaston Bonheur (il écrivait des billets dans le Télé7 jour dans les années 70).

Rajah a dit…

J'avais entendu parler de Joe Bousquet à l'occasion de la réédition du cahier noir: d'une beauté vénéneuse. Le poète saisi dans l'immobilité de son corps m'a beaucoup touché.