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LAURENT SEKSIK : L'Exercice de la médecine

Ce roman est une traversée du siècle  sur les traces d'une lignée de médecins juifs. "L'histoire des Thérapeutes était devenu e comme une seconde légende familiale. Depuis son plus jeune âge, Léna avait entendu son père la raconter - et depuis, d'un coup d'œil dans le dictionnaire, elle avait pu vérifier que cette histoire n'était pas un conte pour enfant sorti de l'imaginaire paternel."
Léna Kotev est cancérologue à Paris. Dans sa famille, on est médecin de génération en génération : Pavel Alexandrovitch exerçait dans la Russie tsariste, Mendel fut professeur dans le Berlin des années 1920 " une terre accueillante pour les juifs", Natalia fut victime, sous Staline, de l’affaire du Complot des Blouses blanches. Loin des combats de ses glorieux aïeux, Léna rêve de se soustraire à la légende familiale. Mais peut-on échapper à son destin ? Inscrits dans une mythologie qui les dépasse, les Kotev ont vocation à donner un sens à l’Histoire autant qu’à toute vie sauvée. " l'univers médical était un monde en soi".

 C'est le premier roman de cet auteur que je découvre. Une merveille !  Beaucoup d'émotion, des personnages forts et très émouvant. Lena est un personnage romanesque, qui porte le poids du passé sur ses épaules et c'est une femme plein d'espoir. 
Un roman magnifique qui confronte destins individuels et Grande Histoire ! Un film se présente à la lecture de ce roman.

MARTIN WINCKLER : La vacation

Après avoir lu la maladie de Sachs Martin Winckler, j'ai eu envie de lire son premier roman pour retrouver Bruno Sachs.

Il est médecin généraliste. Il effectue des vacations à l'hôpital de Tourmens où il pratique des interruptions volontaires de grossesse. Chaque mardi, il quitte son cabinet de campagne, ses patients habituels pour consulter des femmes qui désire avorter. Il est à l'écoute de ses femmes de leur souffrance

La vacation est un roman particulier. Un texte clinique,  ce lire est le contrepoint sombre de La Maladie de Sachs.  Une lecture qui met mal à l'aise son lecteur qui le perturbe. Personnellement ce livre m'a dérangé je n'ai pas été conquise sous le charme comme je le fus pour la maladie de Sachs, l'emploi du tu donne un ton rapide au texte, mais aussi une distance et une froideur qui n'a pas su me toucher. C'est tout de même un texte intéressant à une époque où le droit l'avortement est remis en question.

MARTIN WINCKLER : La maladie de Sachs

Prix du livre inter en 1998

"Qu'est-ce qui ne va pas ?
J'ai mal au ventre.
Je perds mes cheveux.
J'ai une verrue.
Je vois plus d'un oeil.
J'ai la tête qui tourne, ça serait pas la tension ?
J'ai mal au dos.
J'ai toujours soif.
J'ai mal au pied.
ça me gêne de vous le dire mais j'ai une douleur mal placée.
Je peux plus bouger.
Je saigne.
Je n'en peux plus.
J'ai un truc là, dans la bouche. Ca me fait peur."


La maladie de Sachs est le quotidien d'un médecin de campagne en 1998. Dans la salle d’attente du docteur Bruno Sachs, les patients souffrent en silence. Bruno Sachs est médecin généraliste, d'une grande bonté il consulte, écoute, rassure, conseille. Il est très apprécié. Dans le cabinet du docteur Sachs, les plaintes se dévident, les douleurs se répandent. 
Sur des feuilles et des cahiers, Bruno Sachs déverse le trop-plaint de ceux qu’il soigne.  A travers les témoignages de patients, amis, familles, femme de ménage , petit à petit la personnalité du médecin se fait jour. 
Magnifique portrait d'un homme qui vit passionnément sa vocation, jusqu'à s'oublier lui même. 

"La vie est un enfer. On ne le sait pas tout de suite, on l'apprend dans son corps. Et lorsque le corps de l'autre vient s'en mêler, s'il n'y a pas ou plus d'amour, l'enfer est double.J'en ai vu, des femmes, les cuisses serrées et leur sac par dessus, crachant leur haine d'un mari qui, quand il ne couche pas avec des poules, s'assoupit pendant le film, puis monte au lit en traînant la savate et, lorsqu'elles le rejoignent enfin après avoir étendu la troisième lessive et mis un suppositoire à la petite qui ne voulait pas dormir, se retourne vers elles sans même ouvrir les yeux, leur colle le museau sur la figure, remonte la chemise de nuit - Et j'ai pas besoin d'en dire plus, n'est-ce pas Docteur ? Vous savez comment c'est, les hommes..."

La maladie de  de Sachs nous touche, nous émeut parce que Winckler en fait un héros anonyme, fier du serment passé. Winckler, médecin lui-même, montre une médecine qui tend à disparaître, celle de l'écoute et du respect.
Un véritable choc ce roman, une œuvre humaine, une lecture  magnifique poignante. Un gros coup de cœur, ce fut déjà le cas il y a déjà un moment avec "les trois médecins".