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RUDYARD KIPLING : Mes petits chéris




Ce recueil de lettres d'un père à ses enfants et un délice !  Une belle entrée pour découvrir ce papa anglais hors norme !

PIERRE ASSOULINE : TU SERAS UN HOMME, MON FILS



À la veille de la Première Guerre mondiale, Louis Lambert, jeune professeur de Lettres à Janson Sailly, rencontre dans le sud de la France son auteur favori : Rudyard Kipling, le romancier adulé du Livre de la Jungle. Il lui propose une nouvelle traduction à ses élèves du poème « If » qui avait changé le cours de sa vie. poème qui est connu par André Maurois sous titre « Tu seras un homme, mon fils ». Il a la chance à plusieurs reprises de rencontrer  l’auteur du Livre de la Jungle et de nouer avec lui des liens amicaux. Kipling est alors le plus célèbre écrivain de l'empire britannique, prix Nobel de littérature, mais surtout l'auteur du fameux poème « If... », que les Français connaîtront bientôt sous le titre « Tu seras un homme, mon fils ». " Je m'intéresse de près à l'un de vos poèmes : "If...".
 J'aimerais connaître mieux ce qui se cache derrière chacun de ses mots, vous poser quelques questions à ce sujet. Je souhaiterais le traduire en français mais je ne voudrais surtout pas déformer vos intentions. "
Louis Lambert est invité dans la propriété du Sussex de l'écrivain pour donner des cours de français à son fils John, dix-sept ans.  Kipling est un grand francophile, il aime passionnément la France.  Mais, il est un grand conservateur, haine des allemands, anti-sémite, hystérique. "Il tonnait moins qu'il ne maugréait contre les Juifs allemands étant les pires à ses yeux, je suppose. "
Louis Lambert a l'opportunité de  découvrir la personnalité puissante et écrasante de Kipling. 
Son fils John part à la guerre sur les conseils de son père.  En septembre 1915, à la bataille de Loos, il est tué d’une balle dans la tête, en sortant de sa tranchée.  Son fils est porté disparut et Kipling pour la deuxième fois perd un enfant, et pour lui cette mort est insupportable. 
"Kipling a perdu son fils, celui-ci a été réformé car myope, son père le pistonne, il se retrouve au front et meurt dès le premier assaut de la guerre 14/18. Il est disparu, 'missing'. Kipling le pense vivant et le recherchera durant deux ans. Il a aussi perdu une de ses filles, durant un voyage en paquebot vers l’Amérique, d’une pneumonie."
Apès la guerre, Louis Lambert reverra Kipling à Paris. "J'étais là, à côté de lui devant la porte à tambour du café de la Paix et je me demandais ce que j'allais faire de tout ça durant tout un déjeuner dans un décor Napoléon III. "
 Lorsqu'en 1941, Le  propre fils de Louis Lambert s'apprête à s'engager dans les Forces Française Libres à Londres, soudain, les souvenirs affluent. Jusqu'où un père est-il responsable du destin de son fils ? Un poème peut-il être la clé de toute une vie ? 
Louis Lambert qui a eut Stéphane Mallarmé comme professeur de français est un perfectionniste et il mettra trente ans à traduire If. Et pour lui un poème est une partition musicale.

Très bonne idée de Pierre Assouline de nous faire découvrir Kipling au français. 

TRUMAN CAPOTE : Les domaines hantés

Traduction M.E Coindreau

Les domaines hantés est son premier roman publié en 1948. Et, il fait référence à sa propre enfance. 

Joël, un petit garçon de douze ans qui n'a jamais connu son père parti pour on ne sait quelles mystérieuses aventures, est un jour rappelé auprès de lui.  " Il était trop joli, trop délicat, la peau trop blanche, tous ses traits nettement dessinés, respiraient la sensibilité, et une tendresse féminine adoucissait ses yeux qui étaient bruns et très grands. Ses cheveux châtains, coupés courts, étaient striés de mèches d'un blond pur." Ce père, qu'il a le plus grand désir de voir enfin, habite maintenant le Landing, une vieille maison perdue au fond d'une contrée lointaine... Joël est un enfant abandonné, livré à lui même. Une fois arrivée à destination, il est accueillit par Miss Amy, le cousin Randolph et la jeune servante noire, mais pas son père, hélas ! Ce cousin Randolph perdu dans ses souvenirs. Joël va se lier d'amitié avec   Ibabel et Florabel, deux soeurs de son âge, l'une est un véritable garçon manqué . 
Le mystère de son père le hante, Joël va enfin le rencontré paralysé au fond d'un lit. 

Une ambiance très mystérieuse plane jusqu'au bout, elle est vue à travers les yeux d'un enfant. Les personnages sont attachants et Capote sait parfaitement rendre compte des sentiments humains.

MICHEL HOUELLEBECQ : La carte et le territoire

Prix Goncourt en 2010

Autant j'ai été déçu par les Particules élémentaires, là avec ce roman j'ai été très séduite.  Voilà que cet auteur se trouve sur ma route de lectrice et j'aime beaucoup ce roman là,  il a une grande richesse dans ses thématiques.  
Il est question de l'art  (plus particulièrement l'art contemporain Jeff Koons, Pollock ...) et de la création est au cœur du roman, tout comme les relations entre un père et son, le bilan d'une vie.  

"La carte et le territoire" raconte la vie du peintre Jed Martin. Le début ressemble assez a celui des "Particules élémentaires" avec le décès de la grand-mère. Avec Olga, Jed va avec Olga travailler au service communication du guide Michelin. 
Jed va exposer dans une galerie, et il sollicite  l'écrivain Michel Houellebecq pour l'écriture du catalogue de son exposition.  Il va même lui rendre visite en Irlande. Cette mise en abîme m'a bien amusée, je l'ai trouvé plein de dérision. "De notoriété publique Houellebecq était un solitaire à fortes tendances misanthropiques, c'est à peine s'il adressait la parole à son chien. "
Tout comme l'auteur du roman s'amusera à faire du name dropping en accumulant les noms de personnalités des médias. Michel Houellebecq s'amuse beaucoup a mélanger la réalité et la fiction . Il évoque à Jed sa façon d'écrire comment il conçoit son métier d'écrivain. "On peut toujours, lui avait dit Houellebecq lorsqu'il avait évoqué sa carrière romanesque, prendre des notes, essayer d'aligner des phrases ; mais pour se lancer dans l'écriture d'un roman il faut attendre que tout cela devienne compact, irréfutable, il faut attendre l'apparition d'un authentique noyau de nécessité. "Pour ma part cela permet de rendre le roman attachant et intéressant. 
Les pages consacrées à William Morris ont attiré mon attention, personnalité mal  connu en France. J'ai trouvé que c'était intéressant d'insérer la personnalité de cet artiste très anglais dans un roman qui est très français. 
  

PAUL AUSTER : L'Invention de la solitude


Traduction par Christine Le Bœuf

"L'Invention de la solitude" comporte deux parties. 

"L'invention de la solitude. Histoire de vie et de mort. L'histoire commence par la fin. Parle ou meurs. Et aussi longtemps que tu parleras, tu ne mourras pas. L'histoire commence par la mort. "

Dans la première, "L'homme invisible", la mort soudaine  et étrange du père conduit Paul Aster à fouiller la mémoire familiale en même temps qu'il explore ses propres sentiments et mobiles.
"Mais qu'un homme meure sans cause apparente, qu'un homme meure simplement parce qu'il est un homme, nous voilà si près de l'invisible frontière entre la vie et la mort que nous ne savons plus de quel côté nous trouvons. La vie devient la mort, et semble en avoir fait partie depuis le début. La mort sans préavis. Autant dire : la vie s'arrête. "

Dans la seconde, "Le livre de la mémoire", il s'efforce à une véritable reconstruction de la vie par ses particules les plus secrètes. "La mémoire : espace dans lequel un événement se produit pour la seconde fois. "Et de l'une à l'autre, avec une érudition éblouissante, il éclaire ce que, vers la fin, il résume d'un mot: 
"Le langage n'est pas la vérité, il est notre manière d'exister dans l'univers".

La seconde partie est déstabilisante, elle se détache de la première tout en faisant un effet de miroir. Car il est toujours question de la mémoire de l'auteur mais aussi celle d'autres artistes ou écrivains. Cette mémoire est défaillante, décousue. 
Personnellement j'ai une nette préférence pour la première partie, mais si la deuxième est tout de même passionnante car elle questionne le lecteur. 

IVAN TOURGUENIEV : Premier Amour





Franz Xaver WINTERHALTER,
 portrait de Pauline Viardot


Ce court roman ou longue nouvelle :


Premier Amour 

est une oeuvre d'inspiration tristement autobiographique, sur la rivalité amoureuse entre un père et son fils. Un texte déchirant et sublime. "Dans Premier amour j'ai représenté mon père. Beaucoup me l'ont reproché, et m'ont reproché en particulier de n'avoir jamais songé à le cacher."

Traduit par Edith Scherrer


"A quelques pas devant moi, sur une pelouse bordée de framboisiers verts, se tenait une jeune fille, grande et élancée, vêtue d'une robe rose à raies et coiffée d'un petit fichu blanc ; quatre jeunes gens faisaient cercle autour d'elle"

Seize ans! le bel âge pour Vladimir Pétrovitch. Zinaïda en a vingt et un. Elle prend plaisir à l'appeler monsieur Voldémar. Il porte encore veste courte col rabattu: un enfant amoureux de la jeune princesse pour l'avoir vue par-dessus la palissade de son domaine. Premier amour, premiers tourments. Tour à tour, il connaît la tristesse, l'exaltation subite, l'allégresse trouble, l'espoir et la crainte selon l'humeur de Zinaïda. D'abord insouciante, coquette, la jeune fille devient froide, mystérieuse. Vladimir songe à un rival secret. Il s'étonne de la voir caracoler à cheval avec son père et d'étranges soupçons l'envahissent. Mais comment s'y arrêter.. L'amour est aveugle et Vladimir inconscient du drame qui se joue à ses côtés.

L'auteur décrit a merveille les sentiments qu'éprouve le jeune homme, d'abord la rencontre et puis le désir de la voir tout le temps, l'envie que la jeune fille vous remarque et surtout la jalousie que vous éprouvez de la voir entouré d'autres hommes...
La belle Zenéaïde est un très beau hommage à la cantatrice Pauline Viardot-Garcia, le grand amour de Tourguéniev
C'est une très belle découverte et un vrai dépaysement, ce livre est une petite merveille. Un parcours initiatique qui va faire de l'adolescent un homme. J'ai passé un très beau moment de lecture, coup de cœur !

FOTTORINO ÉRIC : Question à mon père

"Longtemps je me suis interdit d’aimer deux pères à la fois. Michel, celui qui m’adopta à l’âge de dix ans, me donna son nom de Méditerranée, son temps infini, une affection aussi discrète que démesurée. En aimer un autre eût été à mes yeux une trahison. Pourtant j’avais bien sûr un père naturel, un père biologique : Maurice Maman, médecin accoucheur. Juif du Maroc, dont j’ai cru pouvoir nier l’existence après l’avoir vu à ma demande, l’année de mes dix-sept ans. Michel et Maurice se sont rencontrés une fois, le jour de mon mariage. "

Éric Fottorino après avoir évoqué son père adoptif dans " L'homme qui m'aimait tout bas" (pas lu). Il honore la mémoire de son père biologique Maurice Maman. C'est pas banal d'avoir un père dont le patronyme est Maman, cela est étrange et peut-porter confusion et incompréhension. Éric Fottorino aurait très bien pu porter le nom de son père biologique Maman mais ces grands-parents n'ont pas apprécié l'union de leur fille avec ce juif marocain. 
   Le grand thème de cet ouvrage est la quête des origines, d'où vient il ? L'importance de l'identité, il remonte le chemin de ses origines. À travers ce portrait de son père, il rend hommage à Albert Cohen le grand romancier, grand fierté de Gaston Gallimard d'avoir été son éditeur. Gallimard est l'éditeur d'Éric Fottorino et tout ses romans tournent autour de l'identité.   
Mon avis est le suivant, au départ j'ai trouvé que cet ouvrage était intéressant car il est certain que c'est important et voir primordiale de savoir d'où l'on vient. L'intérêt pour Éric Fotorino est de remonté dans le temps pour pouvoir connaître son histoire personnelle. Elle est fascinante pour lui et non pour le lecteur, en tout cas moi. J'ai été séduite, intriguée puis l'ennui est apparu, je ne me suis pas du tout attachée à sa propre histoire qui la enrichie en tant qu'individu. La raison de l'ennui est peut-être que j'ai trop lu de récit qui tourne autour cette question l'identité, peut-être aussi parce que tout simplement cet lecture est mal venu en cette fin d'année et elle ne colle pas à mon avis de lecture du moment, tout simplement. Je rapprocherai ce récit avec celui de Leïla Sebbar " Je ne parle pas la langue de mon père".  

" Le père, le grand absent, voilà un thème en or qui fait marcher nombre d'écrivains" écrit Pierre Michon. C'est assez dur comme remarque mais en même temps c'est tellement vrais que cela a retenu mon attention !!!! Voir l'excellent billet ici. Les Taiseux de Jean Louis Ezine livre lu aussi, un récit assez proche avec le Fottorino.