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DAPHNÉ DU MAURIER : L' AUBERGE DE LA JAMAÏQUE

Traduction Léo Lack

Ce roman a été publié en 1936, il a été son premier succès populaire à trente ans  à peine. 

Le vent, lui aussi, était tombé. Les hautes tiges d'herbe sur les talus qui bordaient le chemin étaient immobiles et le silence enveloppait la côte. Il y avait dans l'air une odeur de terre mouillée et de navets, mêlée à l'odeur du brouillard de la nuit. Les nuages ne firent plus qu'un avec le ciel gris. Une fois de plus, la bruine tomba sur le visage de Mary et sur ses mains ouvertes."  Mary Yellan, une jeune fille de vingt-trois ans,  orpheline et pauvre va aller vivre auprès de sa tante marié à un aubergiste sur une côte désolée de l'Atlantique. Dès son arrivée à l'Auberge de la Jamaïque, Mary soupçonne de terrifiants mystères.  Elle est désolée de voir sa tante Patience triste et malheureuse, car elle l'avait  connue jeune et gaie. Son oncle  Joss est un ivrogne menaçant. 
"Il y a des choses qui se passent à la Jamaïque, Mary, que je n'ai jamais osé dire. Des choses affreuses. Des choses sinistres. Je ne pourrai jamais te les raconter. Je ne peux même pas les admettre à mes propres yeux. Tu en viendras à en apprendre quelques-unes. Ce sera inévitable, puisque tu demeures ici. Ton oncle Joss a des relations avec des hommes étranges qui se livrent à un étrange commerce. Ils viennent parfois la nuit et, de ta fenêtre, au-dessus du porche, tu entendras des bruits de voix et de pas, tu entendras frapper à la porte. Ton oncle fait entrer ces gens, puis les emmène le long de ce couloir jusqu'à la chambre condamnée."   Mary découvre que son oncle a des activités illégales. Elle se sent prisonnière et ne sait de quoi sera fait son avenir, elle se fait du soucie pour sa tante Patience. Elle va faire la connaissance de Jem Merlyn, le jeune frère de Joss qui ne la laisse pas totalement indifférente.
Mary est une femme courageuse et qui en veut. " Si Mary était un homme, on la traiterait avec rudesse, tout au moins avec indifférence ; on l'obligerait peut-être à se rendre tout de suite à Bodim ou à Launceston pour servir de témoin ; elle devrait s'occuper elle-même son logement et disparaître au bout du monde si elle le voulait après avoir répondu à l'interrogatoire." 
L'atmosphère du roman est celui  des sœurs Brontë, Daphné du Maurier nous entraîne avec un sens prodigieux de l'ambiance et de l'intrigue au cœur d'un pays de landes et de marais battu par les tempêtes, où subsiste la sauvagerie ancestrale des pirates et des naufrageurs.
L'auberge de la Jamaïque est essentiellement un roman d'ambiance qui décoiffe, mais aussi un roman sur la psychologie des personnages qui est loin d'être sans intérêt.  Daphné du Maurier dresse le portrait d'une jeune femme qui essaye de s'en sortir. Roman pour lequel j'ai ressenti de la tendresse. Mary est une jeune femme qui de comprend pas dans quel monde elle vit, la folie des hommes.



Film d'Alfred Hithcock (Jamaica Inn, Grande-Bretagne, 1939). Scénario : Sidney Gilliat et Joan Harrison, d'après Daphné Du Maurier. Image : H. Stradling et B. Knowles. Musique : Eric Fenby. 100 mn. NB. VO. Avec Charles Laughton : sir Humphrey Pengallan. Maureen O'Hara : Mary.
Genre : Piraterie.


L'auberge de la Jamaïque est est un film de transition. Hithcock a réalisé ce film après Jeune et innocent et Une femme disparaît, deux film de sa période anglaise.  Après, ce film Hithcock s'envolera pour Hollywood. Ce  film est une adaptation  très libre d’un roman de Daphné du Maurier. 

Contrairement au roman, où l'héroïne découvre peu à peu les raisons de l'état fébrile de sa tante, Patience.  Puis Charles Laughton ne sera pas un pasteur mais un juge de paix. 

Hitchcock, dévoile dès la première séquence le rôle de chef de bande de Joss, son mari. De la même manière, le rôle du commanditaire, Sir Humprey Pengallan, interprété par Charles Laughton comédien-producteur du film. Il a  le rôle du commanditaire des naufrages.  Charles Laughton fait un numéro de cabotinage et des mimiques appuyées excessif. C'est un habile manipulateur complexe il dérange et joue de la dérision aussi parfois. 
Ce film est intéressant pour son esthétique, le maître fait référence au cinéma allemand en particulier à Murnau.
Hitchcook a adapté d'autres films de Daphné du Maurier : Rebecca et les Oiseaux.  

" Le film adapté de l'Auberge de la Jamaïque par Hichcock est une déception. Le scénario n'a presque plus rien à voir avec le livre, la noirceur originale tire vers une comédie sans finesse, et ce qu'elle redoutait est arrivé, elle ne reconnaît ni son intrigue ni  ses personnages"(Tatiana de Rosnay : Manderley for ever)

DAPHNÉ DU MAURIER : Ma cousine Rachel

Traduit par Denise Van Moppès

"" Pour l'amour de Dieu, viens vite. Elle a enfin raison de moi, Rachel mon tourment. Si tu tardes, il sera trop tard. Ambroise.""
Philip y a été élevé par son cousin Ambroise depuis la mort de ses parents.Lors d'un séjour à Florence, Ambroise rencontre Rachel, une lointaine cousine. Tombé fou amoureux, il l'épouse dans la foulée et s'installe en Italie. Quelques temps plus tard, Philip reçoit une lettre d'Ambroise lui indiquant qu'il soupçonne sa femme de vouloir l'empoisonner.  il se rend à Florence et découvre que son parent est décédé, étrangement Rachel est absente .Il va faire connaissance de Rachel au manoir en Angleterre…

Ce roman est un huis clos entre un richissime rentier, naïf, et une femme manipulatrice. Roman qui me déçoit, aucun des deux n'est attachant. Philip, le narrateur est assez agaçant par moment. J'ai trouvé que le roman se traîne en longueur. Malgré tout c'est un roman qui est bien construit, les personnages sont bien campés mais je n'ai pas été séduite par cette histoire. 
Ce roman est très en dessous de Rebecca selon moi !

DAPHNÉ DU MAURIER : La maison sur le rivage


ou l'élixir de double vie

Traduit par Maurice Bernard Endrèbe



"Dans le Domesday le manoir est mentionné sous le nom de Tiwardrai – la Maison sur le Rivage – et il appartenait à la grande famille des Cardinham jusqu'à ce que, au XIIIe siècle, Isolda, qui venait d'en hériter, le vendît aux Champernoune, puis, lorsque ceux-ci s'éteignirent, il passa en d'autres mains."

Après avoir lu la biographie de Daphné du Maurier par Tatiana de Rosnay, j'ai eu envie de me plongé dans un roman de cet auteur. Et dans ma bibliothèque, j'avais ce roman là. 
L'histoire se déroule en  Cornouailles, dans une très ancienne demeure, Dick Young  passe ses vacances à Kilmarth, une maison  que lui a prêtée son ami Magnus Lane professeur de biophysique. Il a accepté de faire office de cobaye en expérimentant une nouvelle drogue découverte par Magnus. 

 C'est le début d'un long voyage, au cours duquel il va se retrouver plongé dans un passé vieux de plus de six siècles dans la Cornouaille du 14ème siècle. Il se trouve que son couple bas de l'aile, cette occasion d'échapper au réel l'enchante. Son épouse Vita  le pousse à quitter la maison d'édition où il travaille pour aller vivre aux États-Unis.  Dans ce roman fantastique sont présent les thèmes chers à Du Maurier :  les Cornouailles, avec la présence de ses paysages et de la mer  et l'importance d'une maison  remplit de mystère. 

Mon avis est mitigé, j'ai trouvé ce roman original et assez agréable à lire, dans son ensemble. Par contre je n'ai absolument pas accroché à ce voyage  dans le temps au Moyen Age, à cette dimension fantastique. Quoiqu'il en soit j'ai apprécié aussi dans ma lecture cette impression  d'être avec Dick de partager ses sensations, le suivre pas à pas, à la fois haletant, inquiets, frustrés etc ...



DAPHNÉ DU MAURIER : Le Monde infernal de Branwell Brontë


Traduit par Jane Fillion

Pour ma part, je connais l'existence de Branwell de puis fort longtemps grâce au très beau film de Téchiné les Sœurs Brontë.
Ses sœurs sont ses complices de jeux, il ne peut pas exister sans elles. Pour ses neuf ans il reçut une boîte de douze soldats de bois, Branwell invente le "Jeu des Jeunes Hommes".
" Si l'enfant représentait pour sa tante un peu de sa Cornouailles, si, lui parlant de la mer, des naufrages, de ce fameux géant qui avait pour sépulcre le Mont-Saint-Michel, elle revivait un peu de sa jeunesse, pour son père, au contraire, il incarnait toute l'Irlande. Roux, vif, nerveux, plus espiègle qu'un feu follet, prompt à passer du rire aux larmes..." " Habile à singer les gens, le petit garçon s'exprimait le lundi en dialecte irlandais, le mardi dans le rocailleux patois du Yorkshire, pour revenir le mercredi au dialecte irlandais."
Branwell admire son père : " Papa, se disait l'enfant, papa était d'abord le père, bon, indulgent, irrité parfois ; le chef de famille, le professeur, et, les leçons terminées, le conteur d'histoire. Mais il était aussi le représentant de Dieu sur terre, du moins à Haworth, "
Son père s'occupait de son éducation, il voit son fils comme étant un enfant prodige.Enfant, il possède une grande sensibilité, il a été très marqué à l'âge de huit ans de la mort de ses deux sœur Maria et Elisabeth. Ce fils trop intelligent, brillant, victime d'une "fièvre cérébrale". "L'enfant était nerveux à l'excès et terriblement impressionnable." Il a une passion pour le dessin, il sera portraitiste et son tableau le plus connue se trouve à la National Portrait Gallery.
" Quelques portraits ont été sauvés pour la postérité et figurent maintenant dans la chambre de Branwell, au presbytère transformé en musée. "
Cet homme sensible se détruit avec l'alcool et divers drogues. La mort hante la famille Brontë, toute d'abord la mère des enfants, puis des deux sœurs aînées ensuite. "La sourde angoisse de Branwell endormi que hantait la peur de la maladie et la mort prématurée, peuplait le presbytère de fantômes, appelait l'ombre de la petite Maria condamné à errer pour l'éternité et dont le souvenir obséda son frère pendant toute sa vie." Branwell, le frère maudit va inspirer ses sœurs pour leur roman, Heathcliff, c'est lui dans les Hauts du Hurlevent d'Emily. Les quatre enfants Brontë doués écrivent des Juvenilia, pour différentes revues. " Cependant, le soldat de bois Sneaky, alias Naughty, alias Alexander Rogue, révolutionnaire et pirate, était devenu Alexander Percy vicomte Ellrington, puis comte de Northangerland, homme sombre et amer auquel cet adolescent de seize ans prêtait d'innombrables aventures amoureuses et des tribulations qu'il n'avait certes jamais connues, et ne connaîtrait sans doute jamais. En réalité, ce personnage n'est autre que l'incarnation du héros idéal que Branwell rêvait d'être".
Concernant l'écriture, ils collaboraient aussi ensemble. Branwell a collaboré avec sa sœur Charlotte pour les chroniques angrianes, avec Émily pour les Hurlevent. Tous les quatre se lisaient à haute voix au presbytère leurs écrits, et ils y prenaient un grand plaisir.
C'est avec un immense talent que Daphné Du Maurier saisie avec une grande justesse ce portrait de Branwell. Elle montre très bien l'amour jaloux que ses sœurs ont pour leur frère maudit. Heathcliff c'est lui Branwell. C'est un homme de l'ombre de cette famille. et se sont ses sœurs qui sont dans la lumière.
Un ouvrage passionnant sur une époque phare de la littérature anglo-saxone à l'aube de l'industrialisation. Un réel régal pour moi qui a une passion dévorante pour les sœurs Brontë.