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mercredi 15 septembre 2010

DAPHNÉ DU MAURIER : Le Monde infernal de Branwell Brontë


Traduit par Jane Fillion

Pour ma part, je connais l'existence de Branwell de puis fort longtemps grâce au très beau film de Téchiné les Sœurs Brontë.
Ses sœurs sont ses complices de jeux, il ne peut pas exister sans elles. Pour ses neuf ans il reçut une boîte de douze soldats de bois, Branwell invente le "Jeu des Jeunes Hommes".
" Si l'enfant représentait pour sa tante un peu de sa Cornouailles, si, lui parlant de la mer, des naufrages, de ce fameux géant qui avait pour sépulcre le Mont-Saint-Michel, elle revivait un peu de sa jeunesse, pour son père, au contraire, il incarnait toute l'Irlande. Roux, vif, nerveux, plus espiègle qu'un feu follet, prompt à passer du rire aux larmes..." " Habile à singer les gens, le petit garçon s'exprimait le lundi en dialecte irlandais, le mardi dans le rocailleux patois du Yorkshire, pour revenir le mercredi au dialecte irlandais."
Branwell admire son père : " Papa, se disait l'enfant, papa était d'abord le père, bon, indulgent, irrité parfois ; le chef de famille, le professeur, et, les leçons terminées, le conteur d'histoire. Mais il était aussi le représentant de Dieu sur terre, du moins à Haworth, "
Son père s'occupait de son éducation, il voit son fils comme étant un enfant prodige.Enfant, il possède une grande sensibilité, il a été très marqué à l'âge de huit ans de la mort de ses deux sœur Maria et Elisabeth. Ce fils trop intelligent, brillant, victime d'une "fièvre cérébrale". "L'enfant était nerveux à l'excès et terriblement impressionnable." Il a une passion pour le dessin, il sera portraitiste et son tableau le plus connue se trouve à la National Portrait Gallery.
" Quelques portraits ont été sauvés pour la postérité et figurent maintenant dans la chambre de Branwell, au presbytère transformé en musée. "
Cet homme sensible se détruit avec l'alcool et divers drogues. La mort hante la famille Brontë, toute d'abord la mère des enfants, puis des deux sœurs aînées ensuite. "La sourde angoisse de Branwell endormi que hantait la peur de la maladie et la mort prématurée, peuplait le presbytère de fantômes, appelait l'ombre de la petite Maria condamné à errer pour l'éternité et dont le souvenir obséda son frère pendant toute sa vie." Branwell, le frère maudit va inspirer ses sœurs pour leur roman, Heathcliff, c'est lui dans les Hauts du Hurlevent d'Emily. Les quatre enfants Brontë doués écrivent des Juvenilia, pour différentes revues. " Cependant, le soldat de bois Sneaky, alias Naughty, alias Alexander Rogue, révolutionnaire et pirate, était devenu Alexander Percy vicomte Ellrington, puis comte de Northangerland, homme sombre et amer auquel cet adolescent de seize ans prêtait d'innombrables aventures amoureuses et des tribulations qu'il n'avait certes jamais connues, et ne connaîtrait sans doute jamais. En réalité, ce personnage n'est autre que l'incarnation du héros idéal que Branwell rêvait d'être".
Concernant l'écriture, ils collaboraient aussi ensemble. Branwell a collaboré avec sa sœur Charlotte pour les chroniques angrianes, avec Émily pour les Hurlevent. Tous les quatre se lisaient à haute voix au presbytère leurs écrits, et ils y prenaient un grand plaisir.
C'est avec un immense talent que Daphné Du Maurier saisie avec une grande justesse ce portrait de Branwell. Elle montre très bien l'amour jaloux que ses sœurs ont pour leur frère maudit. Heathcliff c'est lui Branwell. C'est un homme de l'ombre de cette famille. et se sont ses sœurs qui sont dans la lumière.
Un ouvrage passionnant sur une époque phare de la littérature anglo-saxone à l'aube de l'industrialisation. Un réel régal pour moi qui a une passion dévorante pour les sœurs Brontë.
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