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mardi 28 septembre 2010

CLAUDE PUJADE-RENAUD : Les femmes du braconnier


L'année 1956 à Cambridge Sylvia Plath fait connaissance de Ted Hughes. Un coup de foudre torride à lieu entre eux deux, ces futurs grands poètes.
Ted est un homme animal, le braconnier c'est lui, et Sylvia, elle est une femme sensible, à fleur de peau.
" Le natif du Yorkshire - une terre de lande et de moutons, la contrée des Hauts de Hurlevent - repassait souvent le film tressautant, incohérent de cette soirée à Cambridge et songeait qu'avait soufflé sur eux un vent étrange, porteur de désir, de folie et de mort. Comme dans le roman de ce nom. Il aurait voulu faire renaître ce vent, rejoindre cette fille et cette folie."
Sylvia a été bercé dès son plus jeune âge par les poèmes d'Emily Dickinson, et par sa passion pour Racine. Leurs noces ont lieu un 16 juin sous les hospices de Joyce le fameux Bloomsday.
Je suis une amoureuse de l'écriture de Sylvia Plath, j'ai lu, il y a quelques années la Cloche de détresse. Sa sensibilité me parle et me touche beaucoup. Et, je trouve que Claude Pujade-Renaud nous fait connaitre Sylvia Plath et Ted Hughes deux poètes mythique, à la personnalité différente mais très forte, avec beaucoup de respect, solidement documenté. L'image du père, se construire sur l'absence de la figure paternelle obsède Sylvia voir le poème qu'elle lui a dédié Daddy, ce père aimé et haï.
Le thème de la maternité tient une grande place aussi Et bien sûr dans ce roman, il est question de poésie et de la création "La mère aimante et généreuse, la mère qu'on avait le droit de haïr (sans y parvenir), voulut bien garder la chatte et prêter sa voiture au jeune couple.""Je me réveillais en sueur, j'avais peur pour le bébé, et s'il allait se faire dévorer ?"" J'ai cependant tiré parti de mes angoisses, et de ma grossesse puisque j'ai rédigé une bonne douzaine de poèmes. "Son premier enfant se nomme Frieda (comme la femme de D.H Lawrence mais aussi la Tante de Sylvia). Ce premier enfant née un 1er avril. De cet accouchement va naître un poème intitulé "Tu es" (recueil Ariel p72) " Notre Atlas au dos courbé, notre crevette voyageuse" Poème remplit de métaphores marines." Des vers de neuf pieds et neuf vers pour chaque strophe : ainsi convient-il de scander les neuf mois d'une grossesse." Son unique roman est "La cloche de détresse", son célèbre recueil de poésie "Ariel"sont publiés après sa mort par son mari Ted Hugues.

La structure de ce roman est originale, chaque chapitre est une voix celle de Sylvia et Ted, de leurs proches mais aussi un autre couple Assia et David. Ce deuxième couple rentrent en contact avec Ted et Sylvia en 1957 à Cambridge. Six ans après la mort de Sylvia, le 25 mars 1969, Assia Wevill, fille d'un père Russe-Juif et une mère luthérienne allemande est la maîtresse de Ted Hughes. Elle se suicide elle aussi, emportant dans la mort leur fille commune, Alexandra Tatiana Eloise Wevill, surnommée Shura, née le 3 mars 1965.
Sylvia est un ange blond et Assia une femme venimeuse, poète, aussi et femme meurtrie, hantée par l’Holocauste. Elle se donne la mort avec sa fille au gaz écho à la mort de Sylvia Plath.

"Dans l'auberge pour couples clandestins, enfouie sous les saules au bord de la Cam, Assia caressait la peau si blanche de David : J'entends evil - le mal- dans ce nom de Wevill et pourtant tu es pétri de clarté et de blondeur cendrée et c'est moi la noiraude, la métèque, qui suis du côté du mal. David protesta, tendrement. Elle nuança : Je me sens juive même si ma mère ne l'est pas, j'ai tout pris du côté de mon père, rien du côté de ma mère, la Germanique aux yeux bleus et aux principes luthériens, Allemagne mère blafarde, murmura t-elle, blottie contre le corps pâle et délié de David." Sa dernière demeure à Sylvia Plath est la maison où le grand poète Yeats a vécu. J'ai beaucoup d'affection pour Sylvia Plath dont la personnalité me touche, beaucoup moins pour Assia. Concernant cet ouvrage romancé je suis mitigée, à la fois séduite par la documentation utilisé par l'auteur mais agacé par une certaine répétition qui donne le sentiment que le roman tourne en rond.
Même si la structure est originale celle des voix multiples des témoins (parents et amis).Concernant un ouvrage fort documenté et respectueux j'aime beaucoup " Un galop infatigable " de Valérie Rouzeau édition Jean Michel Place. Valérie Rouzeau est une grande amoureuse et aussi attentionnée envers l'œuvre de Sylvia Plath.
Honnêtement, après avoir lu le livre de Claude Pujade-Renaud je ferai un rapprochement avec le livre de Cécile Ladjali lu l'année dernière Ordalie. Ces deux livres parlent de la même chose de poésie, de la création d'un coupe de poètes Paul Célan et Ingeborg Bachmann.
Ma déception vient du faite que son livre n'était pas aussi bien structuré que celui de Pujade-Renaud.
C'est une certaine humilité que j'essaye de présenté ces deux monstres, l'un anglais, l'autre américaine. Couple qui fascine ! Pas très évident de parler de poésie et pour tant elle est nécessaire et utile si l'on s'intéresse un tant soi peu à la Littérature !



TED HUGHES : POÈMES

1957/1994

Traduit par Valérie Rouzeau et Jacques Darras.

Jacques Darras est le spécialiste de la poésie de Ted Hugues.
Il est justement l'auteur de la préface de ce recueil de poèmes.
Sa poésie est rural rapprochement avec la terre. La poésie de Ted Hugues est celle des moors de la lande anglaise. Il est né dans le West Yorkshire à quelques kilomètres de Haworth. C'est un écrivain proche des Brontë et d'ailleurs Jacques Darras l'associe à Heathcliff, personnage mythique des Hauts de Hurlevent d'Emily Brontë. Sa poésie est très animalière, a son image, c'est aussi un poète sombre et romantique . Claude Pujade-Renaud dans son roman " Les femmes du braconnier" le décrit comme étant un fauve, qui aime aller au zoo. " Ted pénètre dans le zoo, s'assoit sur un banc face à l'enclos des ours. Braves et bourrus. Là-bas, aux États-Unis, il avait réussi à faire déguerpir le cinquante-neuvième ours : le colosse amateur de miel ? Le tueur carnassier ? Mais n'avait pu, chaman novice délivrer la fille du père tout-puissant, Otto-Prospero, présent dans Ariel sous le nom de Daddy, grotesque et terrifiant à la fois."
Il a écrit un poème intitulé "le grand poète"(p23), c'est lui, il fut Poet Laureate (c'est-à-dire poète officiel de la Reine) de 1984 jusqu'à sa mort en 1998. C'est à dire qu'il a été le très grand poète anglais.
" L'aspect général D'un apprenti - un apprenti peintre en bâtiment Au milieu d'une assemblée de grands Architectes : timide comme une souris et pourtant Monstre fatal."
Mais il était aussi un "Vampire"(p33), cette image de vampire qui susse le sang lui va bien lui colle à la peau surtout en ce qui concerne son amour animal pour les femmes. "Corbeaux" p306/307/308, c'est lui aussi, oiseau prédateur des campagnes sauvages anglaises. ( je reviendrais me pencher sur la poésie de Ted Hugues)



Sylvia Plath : Ariel Stasis in darkness.
Then the substanceless blue
Pour of tor and distances.

God's lioness,
How one we grow,
Pivot of heels and knees! -- The furrow

Splits and passes, sister to
The brown arc
Of the neck I cannot catch,

Nigger-eye
Berries cast dark
Hooks --

Un moment de stase dans l'obscurité.
Puis l'irréel écoulement bleu
Des rochers, des horizons.

Lionne de Dieu
Nous ne faisons plus qu'un ,
Pivot de talons, de genoux ! - Le sillon

S'ouvre et va, frère
De l'arc brun de cette nuque
Que je ne peux saisir,

Yeux nègres
Les mûres jettent leurs obscurs
Hameçons -

Gorgées de doux sang noir -
Leurs ombres.
C'est autre chose

Ce recueil de poésie est sortie, a été publié après sa mort en 1965.
Le titre de ce recueil est une référence à la Tempête de Shakespeare que Sylvia aimait tout particulièrement. Ces poèmes ont été écrit après la séparation avec Ted Hugues entre octobre 1962 et février 1963. Elle désirait plus que tout d'être une épouse et une mère irréprochable, une fée du logis en quelque sorte.
Dame Lazare : fait parti de ses poèmes les plus connus,
est un poème qui fait écho à sa vie !
"Mourir
Est un art, comme tout le reste.
Je m'y révèle exceptionnellement douée."

L'assemblée aux abeilles : la traductrice Valérie Rouzeau dit que c'est le premier des cinq poèmes du cycle des des abeilles de l'automne 1962. Sylvia Plath avait fait l'acquisition d'une ruche dans sa maison dans le Devon comme le raconte Claude Pujade-Renaud, et elle faisait elle-même le miel. Elle était fasciné par les abeilles qui la rapprochaient de son père. Il a soutenu à Havard une thèse sur les abeilles.



8 commentaires:

Anonyme a dit…

Noté il y a un bon moment chez Aifelle, ce livre me tente toujours, mais au train où ça va, je peux attendre qu'il sorte en poche ! ;-)

Kathel a dit…

Non je ne suis pas anonyme, juste un peu emberlificotée dans les touches de l'ordi... la fatigue de la journée se sent !

Kenza a dit…

Je ne connais aucun des auteurs cités! Je vais me faire toute petite et te souhaiter une très agréable soirée.
Bisous, bisous

antigone a dit…

J'ai vraiment beaucoup aimé ce titre aussi, il m'a permis de mieux connaître Sylvia Plath... Claude Pujade-Renaud y fait preuve de grand talent, je trouve !!

Malice a dit…

@ Kathel : Oui tu as raison je suis bien d'accord avec toi cela peut attendre une sortie en poche :-)
@ Kenza : Je suis ravie si j'ai pu te faire découvrir des auteurs !
@ Antigone : Oui !

Stéphanie/Léthée a dit…

J'ai déjà entendu parler de Sylvia Plath.. bravo pour ce billet. Il donne encore plus envie. Un jour, je vais vraiment me plonger dans son oeuvre.

Malice a dit…

Merci, cela me fait très plaisir que tu sois sensible à mon billet ;-)

Lily a dit…

J'aime aussi beaucoup Sylvia Plath, il y a chez elle, quelque chose d'envoûtant, dont le destin tragique n'est évidemment pas étranger...
J'ai trouvé le livre de Claude Pujade-Renaud, pour ma part très abouti et je l'ai à vrai dire aimé sans réserve. C'est une belle réussite. J'aime bien l'idée d'aborder la vie et l'oeuvre d'un poète par le biais d'un roman...
Regard d'un écrivain sur un autre...