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mercredi 29 février 2012

A.S BYATT : Le livre des enfants


Traduit par Laurence Petit et Pascal Bataillard

Ce roman s'ouvre sur la fin de l'époque victorienne, le 19 juin 1895. À l'aube du XXième siècle, une époque de changement de renouveaux, d'avenir. A. S Byatt nous présente une génération perdue confronté à un monde nouveau.
Olive Wellwood, issue d'un milieu simple ouvrier.tElle écrit des livres pour enfants et les victoriens vouent un culte à l'enfance. À chaque fois qu'un enfant naît elle lui dédie un conte, un livre relié d'une couleur différente. " Chacune était écrite dans un livre séparé, décorée à la main avec des papiers collés et des motifs de couleur." Le monde des conte des contes de fée, le Pays des Elfes tient sa place avec une préférence pour le mystère de la forêt dans les contes de Grimm. Olive écrit pour fuir la réalité, en quelque sorte pour oublier d'où elle vient . Elle vit dans un monde imaginaire comme ses propres enfants : Tom, Dorothy, Phyllis, Hedda, Florian. Sa sœur Violet se charge de les élever mais elle est aussi la maîtresse de Humphry. C'est un roman qui pose la question d'où venons nous ? Qui sont réellement nos mères ? " Violet répétait souvent qu'elle était leur "vraie mère". "
Philip Warren est l'enfant trouvé dans les réserves du musée de South Kensington par Tom Wellood et Julian Cain. C'est un personnage à la Dickens orphelin de père, il va être recueillit par la famille Wellwood. Il retrouve sa sœur Elsie. Ceux sont deux adolescents orphelins; ils sont accueillis chez le potier Benedict Fludd. Ils font connaissance de Séraphita et de leurs enfants Gerain, Imogen et Pomona. Prosper Cain est le conservateur en chef des métaux précieux du musée de South Kensington(Victoria and Albert Museum). Les allusions à l’or et l’argent sont nombreuses. Prosper Cain élève seul ses enfants Julian et Florence.
Chandelier de Gloucester tient une place importante dans ce roman. : "Imogen incita son père à regarder les dessins de Philip ceux qu'il avait effectués dans le musée de South Kensington. Il fallut les apporter, avec son bloc de feuillets, et tout le monde admira la fluidité des dragons, ainsi que les gnomes casqués du Chandelier de Gloucester." William Morris est le chef de fil du mouvement Arts and Crafts (l'Art nouveau en France) créé en 1887. Mais, il est aussi un homme engagé politiquement à gauche et écrivain aussi . La Grande Exposition universelle à Paris est un passage admirable sur l'art de l'époque . Prosper Cain s'intéresse aux bijoux de René Lalique (l'art Nouveau). Ce roman évoque le désir de quitter l'enfance, prendre son destin en main, les choix de vie. Est ce que nos enfants doivent reproduire le même schéma que leurs parents. " Mais enfin, Hé'isson, ce n'est pas possible que tu ne veuilles pas te marier, dit Phyllis, recourant à un surnom que Dorothy abhorrait. Moi si. Je veux un beau mariage et une maison comme celle-ci, avec une roseraie, et je veux faire mon pain et porter d'adorables robes et avoir sept enfants..."



John Singer Sargent
Une habitude chez les Wellwood de fêter le solstice d'été dans leur maison de campagne Todefright une ancienne ferme du kent, dans le style Arts and Crafts. Petits et grands préparent cette fête ainsi qu'une représentation du "Songe d'une nuit d'été" de Shakespeare. Tous les personnes présentes adhèrent aux idées nouvelles du socialisme, du fabianisme, certains sont l’anarchistes, d’autres ont des idées religieuses. Comme dans une pièce de théâtre c'est dans cette première partie intitulée le commencement que les personnages du roman nous sont présentés. Les destins des enfants sont inquiétants celui de Tom en particulier, enfant solitaire, sauvage, Il aime errer dans les bois. . Tom ne veut pas devenir adulte. Il est le petit garçon qui comme Peter Pan a perdu son ombre en quelque sorte l'on peut le penser en tout cas . La création de ce conte est évoquée dans le roman à plusieurs reprise en toile de fond. Dorothy (tout comme Alice de Lewis Carroll) veut grandir. Dorothy apprend qui est son vrais père est le marionnettiste allemand Anselm Stern. Alice et Peter Pan sont les grands contes anglais, avec lesquels les enfants grandissent et font partie de leur culture propre.



" Les hommes et les femmes de l'Âge d'or, écrit Hésiode, vécurent dans un printemps éternel, durant des centaines d'années ; ils avaient le don de jouvence, et se nourrissaient de baies sauvages et de miel ainsi que des glands tombés d'un chêne majestueux. À l'âge d'argent sur lequel on a moins écrit, on restait enfant pendant cent ans, sans grandir avant de subitement vieillir et mourir."



Mais comment ils peuvent grandir si leurs parents se comportent comme des enfants. Les adultes de ce romans sont la plupart des intellectuels bohèmes, aux idées socialistes utopique. Durant l'âge d'argent que les enfants qui deviennent les personnages principaux du roman d'A.S Byatt. Ce sont eux que l’on suit, dans l’affirmation de leur caractère et leurs décisions. Les parents sont statiques, ils restent dans leur cottage. Les enfants, eux grandissant, partent pour l’université, ou l’Allemagne, ils décide de leur avenir. Ils sont en mouvement, ils quittent le nid douillet de la maison familiale le "home" chez aux anglais.




Voir ici
Les femmes s'interrogent à leur place dans la société. Elles désirent être indépendante et d'avoir la possibilité d'avoir accès à des postes important comme par exemple être médecin. " Dorothy, Grielsda et Florence souhaitaient ardemment que les femmes puissent étudier et travailler à leur guise, mais, pour elles, le droit de vote était insuffisant pour accéder à la liberté intellectuelle et financière." Réflexion de l'origine d'où venons nous ? Question qu'elle est la part d'enfance en nous ? "Les parents, et les Wellwood n'échappaient pas à la règle, avaient le plus grand mal à mettre en pratique les belles théories auxquelles ils croyaient : en clair, aimer tous leurs enfants d'un même et unique amour". "- Je n'ai pas d'enfant et, parfois, aujourd'hui, il m'arrive de ne plus savoir quel enfant j'étais. Croyez-vous qu'il y ait un âge à partir duquel nous soyons complètement adulte, Mrs Wellwood, où rien de l'enfant ne subsiste plus en nous ?" L’Histoire de l'Angleterre tient sa place avec Les suffragettes défilent, la reine Victoria meurt, Orwell prend la tête du mouvement fabien, le début de la psychanalyse. L’âge de plomb clôt ce roman sur les horreurs et le chaos de la guerre de 14-18.
Voilà un roman, d'une grande richesse, très intéressant car A.S Byatt fait un parallèle avec notre époque. C'est un roman très documenté et magnifiquement bien construit aussi. Je me suis vraiment régalée à la lecture de ce gros pavée, un véritable bouillon de culture concernant l'art mais aussi pour les réflexions sur la vie et nos mœurs de notre époque.
En même temps c'est un roman longuet pas loin de 700 pages, il manque d'un souffle , pour être véritablement emporté dans l'histoire de ce roman à travers les générations. Mais l'écriture est d'une très grande générosité.

" La pièce la plus remarquable, ornementale, avait la forme d'un butse féminin en turquoise émergeant de la bouche d'une lib ellule allongée, très allongée, au corps effilé en or, incrusté de pierre précieuses bleues et vertes à intervalles réguliers, se terminant par une minuscule pointe dorée, bifide et menaçante. La tête de cette femme était couronnée d'un casque, oui était-ce un scarabée fendu par le milieu, ou encore les yeux d'insecte de cette créature en pleine métamorphose ?"
William Morris



"Au XIX ième siècle, dans lequel je me trouve à présent, l'enfant attire particulièrement les écrivains . Je relève une foule d'immenses petits personnages : Oliver Twist, Alice, Jane Eyre enfant, Cathy et Heatcliff dans leurs tendres années, Mary Lennox, Dickon et Colin, Cedric Erroll Little Nell ... Certains parviennent à grandir mais n'oublient jamais que leur histoire a commencé il y a des années." "Les victoriens vouent un culte à l'enfance."
(Source Rodrigo Fresan : Les Jardins de Kensington traduit par Isabelle Gugnon

10 commentaires:

Wictoria a dit…

tu étais très inspirée pour ce résumé là ! bravo, je retiens que ce roman laisse une belle part à l'art, j'aurais aimé vivre à cette époque ! ou du moins y faire un saut

melodie a dit…

Très beau billet! L'an passé, j'ai entendu l'auteure dans une entrevue d'une heure qui parlait de ce livre et je l'ai tout de suite lu. J'ai été vraiment emballée. Comme toi, j'ai trouvé que ça s’essoufflait un peu à un moment donné, mais c'est reparti ensuite. Je me suis promis de continuer à lire cette auteure.

Karine:) a dit…

J'étais bien tentée à la sortie du livre en anglais mais on m'a tellement dit que c'Était ardu que j'ai pris peur... Tu me donnes envie d'essayer, par contre.

Titine a dit…

Comme tu t'en doutes, j'ai très envie de lire ce livre. J'ai juste un peu peur de l'épaisseur et tu as trouvé qu'il manquait un peu de rythme...j'hésite du coup !

Aymeline a dit…

très beau billet :) tu ne veux pas l'ajouter au challenge victorien ?

Malice a dit…

@ Wic : Comment ne pas l'être c'est un roman très dense où effectivement l'art (nouveau ou Art Craft) tient une place importante. Moi en ce qui concerne l'époque qui est décrite y faire un saut je ne sais pas trop car elle est guère mieux que celle d'aujourd'hui. C'est tout l'art du romancier de rendre une époque passionnante, de l'embellir pour la rendre romanesque ;-)
@Mélodie : Merci oui nous avons le même point de vue concernant ce roman où il manque un petit quelque chose pour qu'il soit parfait et donne un très grand roman .
Karine :) : Ce n'est pas un livre ardu (qu'est ce que l'on entend par là d'ailleur), il est certain qu'il ne se passe pas grand chose, c'est plutôt un livre qui tourne autours des idées sur l'art, la littérature les contes en particulier, l'écriture, les idées nouvelles, les rapports entre parents et enfants. Oui je trouve que c'est un livre qui devrait te plaire, il est certain que le côté pavé peut faire peur.
@ Titine : Oui, j'ai pensé à toi en lisant ce roman car il parle de l'art entre autre. Il est certain que ce roman manque un peu de rythme mais en même tant cela ne gâche absolument pas le plaisir de lecture.
@Aymeline : Merci l'ajouter au challenge oui pourquoi pas si cela te fait plaisir !

Céline a dit…

Je n'ai rien lu de cette auteur, mais ton billet me donne bien envie de partir à sa rencontre...

éléa a dit…

J'ai très envie de découvrir cette auteure avec ce roman qui t'a enthousiasmé, de plus j'aime beaucoup le bijou de la couverture.

Lou a dit…

Effectivement c'est un très bel article qui donne fort envie de découvrir ce roman aux multiples facettes, riche en thèmes et sources d'inspiration... J'ai noté précieusement ton conseil, nul doute que je le lirai ! J'aime beaucoup l'illustration représentant des enfants et des lanternes magiques, de qui est-ce ?

Malice a dit…

@ Céline : C'est une belle rencontre !
@ éléa : Oui le bijou de la couverture est superbe !
@ Lou : Ah ! Oui un roman d'une grande richesse, j'apprécie énormément ce genre de roman.
Alors, oui j'ai cru avoir mis une légende, merci j'ai rectifier et je viens de mettre le nom du peintre ;-)