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Claire Barré : Phères



"Pas le temps de trier. Laisser venir, laisser couler les mots, les doutes, les pensées. Témoigner. Imprimer une trace. Se concentrer jusqu'au jaillissement de l'âme. 
Plus tard, il aura le temps de couper, ciseler. Aura-t-il le temps ? Ne pas se laisser parasiter. Ecrire, réfléchir, pondre. Accoucher, avec ou sans douleur, ne rien garder dans le ventre. Vomir du verbe signifiant."

C'est un roman qui se déroule sur onze jours, durant l'année 1925. Roger Gilbert Lecomte René Daumal, Roger Vailland et Robert Meyrat dit la Stryge , à l'âge de 17 ans, ils ont créé une communauté baptisée les Phrères Simplistes." Mais un pacte est sacré. Surtout à dix sept an. Ses dix-sept ans sont frais. Datant de quelques jours. Il y a trois jours seulement, il fêtait son anniversaire en famille" Ils sont tourmenté par la mort, ils sont très fragiles. Leur amitié entre eux est inconditionnelle. Ils désirent  quitter Reims pour se rendre à Paris afin d'y créer leur propre revue poétique  intitulée" le Grand Jeu." Lecomte est une personne sulfureuse alors que son grand ami Daumal est plutôt un spirituel et humaniste, ceux sont tous de véritable dandy, ils sont tous fous amoureux de la belle Pulchinella. ""Nous! Les Phrère Simplistes au grand complet. La quadrature du cercle à l'assaut de la capitale, les anges armés de vers sur le front littéraire."" Ils sont de grands admirateurs de Rimbaud, c'est leur héros littéraire. Il y a un immense appétit de vivre chez ses jeunes gens, ils cherchent avant tout à donner un sens à leur vie.
Phrères est un roman très agréable à lire, l'on sent à la lecture le plaisir, la musicalité des mots et une aussi une grande énergie dans l'écriture qui traduit bien leur amour en la vie.  

Roger Gilbert Lecomte et René Daumal
Ce fut une lecture très intéressante, Phrères est vraiment un livre à découvrir. 


Je connais le nom de Claire Barré pour avoir écouté son magnifique scénario "Madame Wilde" sur France Culture. Cette lecture fut un grand bonheur surtout et le petit plus a été qu'elle a été diffusé à la radio le jour de mon anniversaire ! 

MERVYN PEAKE & OSCAR WILDE

Le Jardin d'Eros et autre poèmes d'Oscar Wilde
Illustration son de Mervyn Peake
Traduit par Patrick Reumaux

Les poèmes d'Oscar Wilde ne sont pas très connus, hélas ! Pourtant, ils sont magnifique. C'est en 1881 qu'Oscar Wilde publie son premier volume de poèmes. Il écrit sous l'influence de Baudelaire et de Théophile Gautier.
Dans ce recueil, ils sont magnifiquement illustrés par Mervyn Peake (auteur de la trilogie Gormenghast). Il est très jeune un excellent dessinateur. Il a illustré "Alice au pays des merveilles ", "La Chasse au snark" Et André Dhôtel dit de lui : "Ecrire, suggère André Dhôtel, était le prolongement même de son travail de peintre, la recherche d'une expression que ses images lui faisaient pressentir mais ne pouvaient lui donner."


Pour Maggie et pour tous ceux qui veulent connaître la poésie de Wilde. Requiescat: Poème dédié à sa petite sœur Isola décédé à l'âge de dix ans. 






PERCY SHELLEY : CASANAVE - VANDERMEULEN

" Venez vivons notre vie comme un roman". 

Il y a peu j'ai lu il y a peu des mêmes auteur Mary Shelley.  Et cette BD, là évoque la vie de Percy le futur époux de Mary.
En  année 1811, Percy Bysshe Shelley, jeune poète anglais égocentrique, est mis à la porte de l' université d'Oxford après avoir nié être l'auteur d'un ouvrage intitulé "de la nécessité de l'athéisme". Revenu dans la maison familiale du Sussex, il se fait déshériter par son père, qui rejette son ouvrage. Percy Shelley est un grand séducteur,  il fait la connaissance de la jeune Harriet Westbrook,  elle n'a que seize ans. Elle est fille d'un hôtelier enrichi, ils se marient en cachette. Ils auront un enfant ensemble. Il correspond avec le philosophe Godwin. Là, il fait connaissance de Mary au printemps 1814, elle n'a que dix-sept ans. Et l'on connait la suite ...

Shelley est un homme soif de vie, il est s'en arrêts en mouvement. Percy Shelley fut l'un des poètes romantiques les plus connus du XIXème siècle à la santé fébrile, avec Lord Byron. 

APOLLINAIRE : PORTRAIT



L'Apolinaire est illustré par Aurélia Grandin (diplômée des Métiers d'art, illustratrice)
Guillaume Apollinaire est né en 1880 à Rome.  sa mère est d'origine polonaise, noble et son père est d'origine inconnu. Il arrive à Pars en 1900. Il va être engagé comme précepteur en Rhéanie chez la vicomtesse de Milhau. Il va tomber amoureux de la gouvernante anglaise qui ne l'aimait pas. Il écrit des contes pour la Revue Blanche. 



Guillaume et Marie Laurencin
Il va connaître le grand amour avec Marie Laurencin et grâce à cette histoire d'amour il devient critique d'art. Il fréquente les cafés littéraires du Quartier Latin, devient ami des peintres du Bateau-Lavoir, Picasso, Derain, Braque.Il s'intéresse à la peinture et entre autre des peintres cubiste.  Il a de l'admiration pour le Douanier Rousseau. 
En 1909 : "La chanson du Mal Aimé" est  publié au Mercure de France grâce à Paul Léautaud. Son amour pour Marie Laurin prend fin en 1912. Publication d'Alcools au Mercure de France. En 1914, déclaration de guerre, il rencontre à Nice Louise de Coligny-Châtignon, il rompt avec elle durant la guerre en 1915. Blessé à la guerre le 17 mars  d'un éclat d'obus. 1918, il a congestion pulmonaire, son édité toujours au Mercure de France : Calligramme. Il épouse Jacqueline Kolb son témoin est  Picasso et le peintre Ambroise Vollard. Il est victime de la grippe espagnole, il est décédé à l'âge de 38 ans. 
Guillaume et Lou


 Il a révolutionné la poésie de son époque dans son ton, sa forme et ses ruptures, il pourrait sans doute s'inscrire en fin de vie dans le courant dadaïste, ayant forgé le mot "calligramme" en 1918. Il anime le monde artistique et littéraire. Il est un amoureux fougueux " Pont de Mirabeau", lyrique,mélancolique et éconduit de Lou (poèmes à Lou), il s'épanche. Émotif, créatif, ses Calligrammes, signent son originalité (La cravate et la montre,La mandoline l'oeillet et le bambou), personnellement j'adore. Il supprime toute ponctuation. "Le rythme même et la coupe des vers, voilà la véritable ponctuation " dit-il
Certain de ses poèmes sont autobiographiques.
Ses poèmes le plus connus sont "Le pont Mirabeau", "La chanson du Mal-Aimé" tiré d'Alcools,  son recueil "Poèmes à Lou" et bien sûr Guillaume Apollinaire est connu pour ses Calligrammes.
L'on retrouve  bien dans les illustration d'Aurélia Grandin l'ambiance dadaïste  via les collages se mélangent aux illustrations.

Dans : Autobiographie d'Alice Toklas de Gertrude Stein 
"La mort de Guillaume Apollinaire, survenant à ce moment-là, changea profondément la vie de tous ses amis, sans parler même du chagrin qu'elle leur causa. C'était juste après la guerre quand tout étéait sens dessus dessous, et que chacun s'en allait de son côté. Guillaume aurait servi de trait d'union  ; il avait le don de grouper les gens ; mais maintenant il était mort et les amitiés se relâchèrent. "

MARINA TSVETAEVA : Le cahier Rouge

Traduit et annoté par Caroline Bérenger et Véronique Lossky

Marina Tsvetaïeva,est un des poètes les plus originaux de langue russe du xxe siècle, pour elle écrire c'est vivre. Le Cahier Rouge est un livre objet édité par les éditions des Syrtes magnifique.
C'est un simple cahier d’écolier sauvegardé par miracle qui accompagna Marina Tsvetaeva dans un moment décisif de sa vie à Paris, en 1932-1933.
Il aurait dû disparaître étant donné les circonstances mouvementées de son existence et de l’époque, mais elle le confia à un ami avant de quitter la France et de repartir en URSS en 1939. C'est son ami Maximilian a qui possède ce cahier d'écolier, avant son retour en 1939 en Russie. C'est un poète et peintre qui la initiée à la littérature française. En 1925, elle s'installe à Paris pour quatorze années. Un essais célébrant deux géants de la poésie russe, (j'avais déjà évoqué la poésie russe ici ) Pasternak et Maïakovski. Ils ont tous les deux le même âge, ils sont moscovites. Leur œuvre indissociable de l’histoire de la Russie, c'est un hommage enflammé qu'elle leurs rend. Maïakovski est venu à la poésie via la peinture et Pasternak par la musique. Marina Tsvetaïeva est un témoin direct de la Révolution russe. Son mari Serguei se bat du côté des Blancs contre les Rouges. Pasternak est devenu poète à part entière grâce à son recueil « Ma sœur, ma vie » en 1922. Marina Tsvetaïeva a beaucoup aimé ce recueil. Il sera l'intermédiaire entre entre Marina et Rilke voir la fameuse correspondance à trois. " Pasternak, lui filtre le monde (le colore) avec son œil."" Il est temps enfin de dire : il n'existe pas de nature poétique plus opposée que celles de Pasternak et de Maïakovski."
Dans une deuxième partie Marina voue son admiration pour Natalie Clifford-Barney " La lettre à Amazone". " J'ai lu Votre livre. Vous m'êtes proche comme toutes les femmes qui écrivent ." En 1932, elle écrit Mon frère féminin, recopié et corrigé en 1934. Ce texte est une réponse au livre de Natalie Clifford Barney. Marina Tsvetaeva reprend un de ses thèmes de prédilection, le saphisme. Elle évoque aussi son amour pour d'autres femme.
Le Gars : C'est un long poème inspirée d'un conte d'Alexandre Afanassief "Le Vampire", il est illustré par Natalia Gontcharova. Un conte qu'elle a traduit elle même en français et qu'elle a adapté à l'esprit français.
Pour elle "la poésie n'est pas une affaire de mots mais d'expérience du monde, et c'est celle-ci qui doit être approfondie et éclaircie si l'on veut que le poème atteigne son but."

Pour ma part ce Cahier Rouge est un magnifique document sur la littérature Russe vu par une immense poétesse.C' est un ouvrage chargé d'émotion sur la poésie Russe contemporaine de l'époque de Maria Tsvetaeva, l'on trouve de nombreux documents iconographiques passionnants, émouvant manuscrit autographe. J'ai trouvé ce cahier déroutant car dense et touffu, j'ai ressenti un sentiment de noyade au pays des mots. Donc difficile à lire pour ce faire une idée, j'avoue avoir peiné pour rentrer dans cet univers. Tout de même ce Cahier Rouge est un document précieux, j'y reviendrai pour le relire ici et là .









LES POÈTES RUSSES DU XXième SIÈCLE

Présentation et choix de Jean-Baptiste Para

Je vous présente aujourd'hui un petit tour d'horizon de la poésie russe avec
Blok, Akhmatova, Mandelstam, Tsvétaïéva, Brodsky...
Ces cinq poètes représentent à eux seuls la moitié de la poésie russe du XXe siècle. Cet intitulé, emprunté à un vers d’Alexandre Blok

« L’horizon est en feu »


Ce recueil, qui se présente comme un parcours foudroyant , capte en effet l’énergie désespérée, mais portée à sa plus haute intensité, de poètes jetés dans une tourmente historique d’une ampleur jusque-là inconnue. Cinq créateurs singuliers risquent ainsi leur parole et leur vie : la poésie n’étant pas ici un jeu formel, un ornement ou une coquetterie, mais un choix existentiel, à bien des égards cruel, voire fatal. La plume est pour ces poètes une arme de combat, le seul choix qui leur est proposé.

Alexandre Blok né à à Saint-Pétersbourg le 28 novembre 1880 et mort le 7 août 1921 dans la même ville. Il est issu d'un milieu très cultivé, il rédige ses premiers poèmes dès l’âge de 5 ans. En 1903, Blok épouse Lyuba Mendeleeva,au physique de gitane rousse.
Alexandre Blok d'Italie au printemps 1909, il dit de son pays : " Ma malheureuse et misérable Russie, avec son gouvernement grotesque, son intelligentsia puérile, comme je la mépriserai si je n'étais par russe .. Je ne cesse de penser avec angoisse à ce qui se passe en Russie que l'on voit à l'œil nu n'est pas la Russie. Derrière le spectacle de ce monde terrible " il entrevoir un autre visage de son pays. Il en rassemble les traits épars et se forge une image de sa terre natale comme "entité lyrique". Mais aussi, il pressent l'approche de la tempête et l'appelle de ses vœux."
La révolte est intérieur chez Blok, c'est un visionnaire. Mais face aux errances du pouvoir, il préfère s’écarter des nouveaux hommes forts de Russie. Ce dénigrement lui vaudra de ne jamais voir aboutir sa demande de passeport pour se rendre à l’étranger afin de se soigner. Blok meurt prématurément le 7 août 1921, terrassé par la maladie. Considéré par beaucoup comme l’égal de Pouchkine, il est le chef de file de l’école symboliste, il cherche à faire sentir l’invisible et l’abstrait accessible à travers l’intonation et le son des mots. L’Amour et l’Eternel féminin sont les deux thèmes majeurs qui dominent toute l’œuvre du poète avant que celui-ci n’offre à la révolution son plus beau poème : Les Douze.

Anna Akhmatova : 23 juin 1889 – 5 mars 1966 est une des plus importantes poétesses russes du XXe siècle. Elle était née Anna Gorenko, son père a absolument voulu qu'elle prenne un pseudonyme, elle pris son nom de poète sur celui d'un ancêtre maternel, le dernier khan de la Horde d'or, descendant de Gengis Khan. Son œuvre se compose aussi bien de petits poèmes lyriques (limpide, légèreté, sa retenue), Requiem est son chef-d'œuvre sur la terreur stalinienne. Les thèmes récurrents de son œuvre sont le temps qui passe, les souvenirs, le destin de la femme créatrice et les difficultés pour vivre et pour écrire dans l'ombre du stalinisme. La poésie était pour elle une question de précision " Il faut, disait-elle, que dans le vers chaque mot soit à la place, comme comme s'il y était déjà depuis mille ans, mais que le lecteur l'entende pour la première fois. C'est très difficile, mais quand on y parvient, les gens disent : " C'est de moi, qu'il s'agit .C'est comme si c'était moi qui l'avais écrit."
Ossip Mandelstam est un poète et essayiste russe du XXe siècle (Varsovie, 15 janvier 1891 – Vladivostok, 27 décembre 1938).
Il est issu d'une famille de commerçants juifs.Il fait ses études dans le meilleurs établissement de Saint Pétersbourg. Il fait un séjour à Paris et à son retour ilest l'un des principaux représentants de l'acméisme. Pour lui la principale capacité d'émerveillement du est la principale vertu du poète. " La logique est le royaume de l'inattendu. Penser logiquement signifie s'étonner sans cesse.'" Sa poésie s'inscrit à la fois dans le temps et hors du temps. Il ne met pas seulement l'accent sur la matière sonore du poème, mais aussi sur son architecture et sur le sens qui est chez lui extraordinaire densité et dans lequel se superposent de multiples strates de la mémoire : mémoire personnelle , mais plus encore la mémoire de l'humanité. " Le grand thème de sa poésie est l'exil.
 Marina Tsvétaïéva née à Moscou le 26 septembre 1892 et morte à Ielabouga le 31 août 1941. Son œuvre ne fut pas appréciée par le régime soviétique. La poésie de Tsvetaïeva vient du plus profond de sa personnalité, de son excentricité, et de son usage très précis de la langue. Elle a eu une enfance troublée. Son père, Ivan Vladimirovitch Tsvetaïev, fonde le musée Alexandre III( Musée des beaux-arts Pouchkine). Sa mère est une pianiste qui a dû renoncer à une carrière de concertiste. Marina Tsvetaïeva rencontre Sergueï Efron, un élève officier à l'Académie militaire. Elle a 19 ans, et lui 18. L'amour de Marina Tsvetaïeva pour Efron ne l'empêche pas d'avoir des relations avec d'autres comme Ossip Mandelstam. Séparation de cinq ans pour Marina et Sergueï, elle le rejoint en exil à Prague puis en France dans la région parisienne cela pendant dix-sept ans.
" Existence précaire, on n'a pas non plus de quoi acheter de la viande, si ce n'est du cheval, et encore, seulement des bas morceaux, du cœur, du foie, des rognons." Ils ont deux enfants en tout cas Alia et Mour. Elle est distance en France avec les autres expatriés comme elle, elle se retrouve assez seul. " Ces émigrés dit-elle, vivent dans le passé ranci du samovar et de blinis, non pas un passé historique, mais le leur viscéral, gustatif, possessif, petit-bourgeois, dont je donnerai pas un sou..." Il vive de rien Sergueï essaye de gagner sa vie dans les studios de cinématographie comme figurant. Mais pour elle retourner en Russie c'est impossible ; " Tout me refoule vers la Russie, où je ne peux pas aller. Ici je suis inutile, là-bas, impossible." Elle a écrit un poésie ardente qui traverse la ligne de feu de son temps , tout en fixant du regard qui prend nom d'absolu.
En 1932, elle écrit Mon frère féminin, recopié et corrigé en 1934. Ce texte est une réponse au livre de Natalie Clifford Barney, Pensées d'une Amazone (1918). Elle y parle de l'amour des femmes entre elles et du désir d'avoir un enfant. Mon frère féminin se veut dit la quatrième de couverture comme l'un des plus beaux textes lesbiens à ce jour et elle a écrit directement en français. Mon ressenti après avoir refermé ce court texte. Est ce que j'ai tout saisi ou non de la substance de ce texte magnifique. "- Les amants n'ont pas d'enfants." Oui, mais ils meurent. Tous. Roméo et Juliette, Tristan et Yseult, l'Amazone et Achille, Siegfried et Brunhild (ces amants en puissance, ces désunis-unis, dont la désunion amoureuse l'emporte sur l'union la plus complète ...). Et d'autres ... Et d'autres ... De tous chants, de tous temps, de tous lieux ...Ils n'ont pas le temps pour l'avenir qu'est l'enfant, ils n'ont pas d'enfant parce qu'ils n'ont pas d'avenir, ils n'ont que le présent qu'est leur amour et leur mort toujours présente."" L'amour de par lui-même est l'enfance. Les amants sont des enfants. Les enfants n'ont point d'enfants."
Joseph Brodsky est issu d'une famille juive russe démunie de Léningrad né en mai 1940. Il intègre les cercles littéraires d'Union des républiques socialistes soviétiques et fréquente entre autres Chostakovitch,et Anna Akhmatova. Impressionnée par la force de ses premiers textes, cette dernière le pousse à continuer dans cette voie. Bien que populaire, il est arrêté en 1964 et condamné pour « parasitisme social » à cinq ans de travaux forcés dans la région d'Arkhangelsk. Libéré un an plus tard, il est constamment surveillé, il est expulsé d'URSS en juin 1972. Après un bref séjour à Vienne où il est accueilli par W. H. Auden, il s'établit aux États-Unis. Dans son discours de réception du Nobel en 1987, l'auteur mentionne 4 noms comme influences déterminantes pour ses travaux : Akhmatova, Auden, Marina Tsvetaïeva.

"Brodsky n'a jamais voulu céder la moindre place à la nostalgie. Ce n'était pas seulement une question d'orgueil ou de force d'âme. C'était peut-être une question d'éducation, la leçon jamais oubliée du Nord et du froid : " Le froid m'a élevé, il a glissé la plume / entre mes doigts, pour que serrés ils se réchauffent." C'était aussi la conviction que de toute manière, " un grand poète vous fait toujours parler une autre langue
"...

Semaine Russe Organisée par Cryssilda et Emma

CLAUDE PUJADE-RENAUD : Les femmes du braconnier


L'année 1956 à Cambridge Sylvia Plath fait connaissance de Ted Hughes. Un coup de foudre torride à lieu entre eux deux, ces futurs grands poètes.
Ted est un homme animal, le braconnier c'est lui, et Sylvia, elle est une femme sensible, à fleur de peau.
" Le natif du Yorkshire - une terre de lande et de moutons, la contrée des Hauts de Hurlevent - repassait souvent le film tressautant, incohérent de cette soirée à Cambridge et songeait qu'avait soufflé sur eux un vent étrange, porteur de désir, de folie et de mort. Comme dans le roman de ce nom. Il aurait voulu faire renaître ce vent, rejoindre cette fille et cette folie."
Sylvia a été bercé dès son plus jeune âge par les poèmes d'Emily Dickinson, et par sa passion pour Racine. Leurs noces ont lieu un 16 juin sous les hospices de Joyce le fameux Bloomsday.
Je suis une amoureuse de l'écriture de Sylvia Plath, j'ai lu, il y a quelques années la Cloche de détresse. Sa sensibilité me parle et me touche beaucoup. Et, je trouve que Claude Pujade-Renaud nous fait connaitre Sylvia Plath et Ted Hughes deux poètes mythique, à la personnalité différente mais très forte, avec beaucoup de respect, solidement documenté. L'image du père, se construire sur l'absence de la figure paternelle obsède Sylvia voir le poème qu'elle lui a dédié Daddy, ce père aimé et haï.
Le thème de la maternité tient une grande place aussi Et bien sûr dans ce roman, il est question de poésie et de la création "La mère aimante et généreuse, la mère qu'on avait le droit de haïr (sans y parvenir), voulut bien garder la chatte et prêter sa voiture au jeune couple.""Je me réveillais en sueur, j'avais peur pour le bébé, et s'il allait se faire dévorer ?"" J'ai cependant tiré parti de mes angoisses, et de ma grossesse puisque j'ai rédigé une bonne douzaine de poèmes. "Son premier enfant se nomme Frieda (comme la femme de D.H Lawrence mais aussi la Tante de Sylvia). Ce premier enfant née un 1er avril. De cet accouchement va naître un poème intitulé "Tu es" (recueil Ariel p72) " Notre Atlas au dos courbé, notre crevette voyageuse" Poème remplit de métaphores marines." Des vers de neuf pieds et neuf vers pour chaque strophe : ainsi convient-il de scander les neuf mois d'une grossesse." Son unique roman est "La cloche de détresse", son célèbre recueil de poésie "Ariel"sont publiés après sa mort par son mari Ted Hugues.

La structure de ce roman est originale, chaque chapitre est une voix celle de Sylvia et Ted, de leurs proches mais aussi un autre couple Assia et David. Ce deuxième couple rentrent en contact avec Ted et Sylvia en 1957 à Cambridge. Six ans après la mort de Sylvia, le 25 mars 1969, Assia Wevill, fille d'un père Russe-Juif et une mère luthérienne allemande est la maîtresse de Ted Hughes. Elle se suicide elle aussi, emportant dans la mort leur fille commune, Alexandra Tatiana Eloise Wevill, surnommée Shura, née le 3 mars 1965.
Sylvia est un ange blond et Assia une femme venimeuse, poète, aussi et femme meurtrie, hantée par l’Holocauste. Elle se donne la mort avec sa fille au gaz écho à la mort de Sylvia Plath.

"Dans l'auberge pour couples clandestins, enfouie sous les saules au bord de la Cam, Assia caressait la peau si blanche de David : J'entends evil - le mal- dans ce nom de Wevill et pourtant tu es pétri de clarté et de blondeur cendrée et c'est moi la noiraude, la métèque, qui suis du côté du mal. David protesta, tendrement. Elle nuança : Je me sens juive même si ma mère ne l'est pas, j'ai tout pris du côté de mon père, rien du côté de ma mère, la Germanique aux yeux bleus et aux principes luthériens, Allemagne mère blafarde, murmura t-elle, blottie contre le corps pâle et délié de David." Sa dernière demeure à Sylvia Plath est la maison où le grand poète Yeats a vécu. J'ai beaucoup d'affection pour Sylvia Plath dont la personnalité me touche, beaucoup moins pour Assia. Concernant cet ouvrage romancé je suis mitigée, à la fois séduite par la documentation utilisé par l'auteur mais agacé par une certaine répétition qui donne le sentiment que le roman tourne en rond.
Même si la structure est originale celle des voix multiples des témoins (parents et amis).Concernant un ouvrage fort documenté et respectueux j'aime beaucoup " Un galop infatigable " de Valérie Rouzeau édition Jean Michel Place. Valérie Rouzeau est une grande amoureuse et aussi attentionnée envers l'œuvre de Sylvia Plath.
Honnêtement, après avoir lu le livre de Claude Pujade-Renaud je ferai un rapprochement avec le livre de Cécile Ladjali lu l'année dernière Ordalie. Ces deux livres parlent de la même chose de poésie, de la création d'un coupe de poètes Paul Célan et Ingeborg Bachmann.
Ma déception vient du faite que son livre n'était pas aussi bien structuré que celui de Pujade-Renaud.
C'est une certaine humilité que j'essaye de présenté ces deux monstres, l'un anglais, l'autre américaine. Couple qui fascine ! Pas très évident de parler de poésie et pour tant elle est nécessaire et utile si l'on s'intéresse un tant soi peu à la Littérature !



TED HUGHES : POÈMES

1957/1994

Traduit par Valérie Rouzeau et Jacques Darras.

Jacques Darras est le spécialiste de la poésie de Ted Hugues.
Il est justement l'auteur de la préface de ce recueil de poèmes.
Sa poésie est rural rapprochement avec la terre. La poésie de Ted Hugues est celle des moors de la lande anglaise. Il est né dans le West Yorkshire à quelques kilomètres de Haworth. C'est un écrivain proche des Brontë et d'ailleurs Jacques Darras l'associe à Heathcliff, personnage mythique des Hauts de Hurlevent d'Emily Brontë. Sa poésie est très animalière, a son image, c'est aussi un poète sombre et romantique . Claude Pujade-Renaud dans son roman " Les femmes du braconnier" le décrit comme étant un fauve, qui aime aller au zoo. " Ted pénètre dans le zoo, s'assoit sur un banc face à l'enclos des ours. Braves et bourrus. Là-bas, aux États-Unis, il avait réussi à faire déguerpir le cinquante-neuvième ours : le colosse amateur de miel ? Le tueur carnassier ? Mais n'avait pu, chaman novice délivrer la fille du père tout-puissant, Otto-Prospero, présent dans Ariel sous le nom de Daddy, grotesque et terrifiant à la fois."
Il a écrit un poème intitulé "le grand poète"(p23), c'est lui, il fut Poet Laureate (c'est-à-dire poète officiel de la Reine) de 1984 jusqu'à sa mort en 1998. C'est à dire qu'il a été le très grand poète anglais.
" L'aspect général D'un apprenti - un apprenti peintre en bâtiment Au milieu d'une assemblée de grands Architectes : timide comme une souris et pourtant Monstre fatal."
Mais il était aussi un "Vampire"(p33), cette image de vampire qui susse le sang lui va bien lui colle à la peau surtout en ce qui concerne son amour animal pour les femmes. "Corbeaux" p306/307/308, c'est lui aussi, oiseau prédateur des campagnes sauvages anglaises. ( je reviendrais me pencher sur la poésie de Ted Hugues)



Sylvia Plath : Ariel Stasis in darkness.
Then the substanceless blue
Pour of tor and distances.

God's lioness,
How one we grow,
Pivot of heels and knees! -- The furrow

Splits and passes, sister to
The brown arc
Of the neck I cannot catch,

Nigger-eye
Berries cast dark
Hooks --

Un moment de stase dans l'obscurité.
Puis l'irréel écoulement bleu
Des rochers, des horizons.

Lionne de Dieu
Nous ne faisons plus qu'un ,
Pivot de talons, de genoux ! - Le sillon

S'ouvre et va, frère
De l'arc brun de cette nuque
Que je ne peux saisir,

Yeux nègres
Les mûres jettent leurs obscurs
Hameçons -

Gorgées de doux sang noir -
Leurs ombres.
C'est autre chose

Ce recueil de poésie est sortie, a été publié après sa mort en 1965.
Le titre de ce recueil est une référence à la Tempête de Shakespeare que Sylvia aimait tout particulièrement. Ces poèmes ont été écrit après la séparation avec Ted Hugues entre octobre 1962 et février 1963. Elle désirait plus que tout d'être une épouse et une mère irréprochable, une fée du logis en quelque sorte.
Dame Lazare : fait parti de ses poèmes les plus connus,
est un poème qui fait écho à sa vie !
"Mourir
Est un art, comme tout le reste.
Je m'y révèle exceptionnellement douée."

L'assemblée aux abeilles : la traductrice Valérie Rouzeau dit que c'est le premier des cinq poèmes du cycle des des abeilles de l'automne 1962. Sylvia Plath avait fait l'acquisition d'une ruche dans sa maison dans le Devon comme le raconte Claude Pujade-Renaud, et elle faisait elle-même le miel. Elle était fasciné par les abeilles qui la rapprochaient de son père. Il a soutenu à Havard une thèse sur les abeilles.



Christian Bobin : Une bibliothèque de nuages

lu cet été La Dame Blanche
Ce magnifique petit livre je le dois à Holly G, elle me la offert.
Voici 2 extraits qui évoque l'hiver :

" Décembre. Il fait froid et sec. J'entends les morts qui se rapprochent de nous, j'entends les os des feuilles mortes craquer sous leurs pieds de lumière."

"Chaque fois que j'entends quelqu'un maudire la neige ou la pluie, cela me fait de la peine, comme si on disait du mal d'un de mes proches, mais entendre un moine médire de la neige me déchire l'âme"

Merci Holly ce livre est un très beau cadeau pour la beauté des mots, un livre précieux à lire et relire.

" La mort et la vie sont si nouées l'un à l'autre que je ne comprends pas pourquoi on a inventé deux mots pour dire un seul éblouissement".

" La mort est une brave fille : on a beau médire d'elle, elle ne nous en veut pas et vient quand même nous débarrasser de notre corps, comme une maîtresse de maison qui, à notre entrée, prend notre manteau et le jette sur un lit dans la chambre d'ami."

EMILY DICKINSON (1830/1886)




Elle a vécu toute sa vie dans la maison familiale dans le secret de sa chambre pendant cinquante six ans. Elle vit à Amherst dans le Massachusetts. C'est là qu'elle a écrit de magnifique poème.
Issue d'une famille austère et protestante.
Ses lectures sont celles de Shakespeare " Antoine et Cléopatre", Brontë, Dickens et les poètes anglais contemporains.
Elle a une grande admiration pour Emily Brontë en particulier.
Elle a laissé 1 775 poèmes traduit par Claire Malroux en Français édition José Corti.
Sortie en France en juin 2001, de la correspondance " Avec amour, Emily". Reconnaissance littéraire après sa mort




Poème :

Je suis Personne ; et vous ?
I'm nobody ! Who are you
Je suis Personne ; et vous ? I'm Nobody ! Who are you ?
Êtes-vous Personne aussi ? Are - you -Nobody - Too ?
Dans ce cas, nous faisons la paire ? Then there's a pair of us ?
Chut ! On pourrait nous trahir - qui sait ! Don't tell ! They'd advertise - you know !
Être Quelqu'un , que c'est morne ! Howdreary - to be - Somebody
Que c'est commun de coasser son nom How public - like a Frog -
Tout au long de juin To tell one's name - the livelong June
Au marais béat ! To an admiring Bog

(version bilingue de ce poème car je trouve qu'il est plus beau, voir merveilleux en anglais, économie dans le choix des mots aucune fioriture.)

YITSKHOK KATZENELSON -Le Chant du peuple juif assassiné

peuple
C'est un livre original puisque c'est un long poème- récit, il se lit assez vite mais on est obligé de se replonger dedans pour essayer de comprendre cette sombre page de l'histoire dans le ghetto de Varsovie. C'est un petit livre à lire pour ne pas oublier, et une pure merveille!!!
En 1943,
l'auteur a écrit son poème en yiddish (la langue des juifs de l'est),dans le camp de Vittel. C'est l'histoire du peuple juif du ghetto de Varsovie, un témoignage sur une sombre page de l'histoire . À la lecture, je repense au très beau film de Polanski : Le pianiste, mais aussi au très belles photos de Roman Vishniac (médecin juif d'origine russe est parti sur les routes d'Europe orientale photographier les habitants des ghettos pour témoignage), les trois ensemble sont chargés d'émotion.
"Il est une rue à Varsovie, la rue Mila ... Ô arrrachez-vous le cœur de la poitrine,
Et à la place du cœur mettez une pierre, arrachez vos yeux mouillés de pleurs
Et posez sur vos orbits des tessons de verre, comme si vous n'aviez rien vu ni rien su,
Bouchez vos oreilles, faites-vous sourds - je vais vous conter la rue Mila !"
En lisant ce livre j'ai ressenti la même émotion que en lisant le livre de Cynthia Ozick : Le Châle.