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ELENA FERRANTE : L'AMIE PRODIGIEUSE


Traduit par Elisa Damien

 La saga comporte quatre volumes :
L’Amie prodigieuse, I (Prologue ; enfance et adolescence) ;
Le Nouveau Nom, II (Jeunesse) ;
Celle qui fuit et celle qui reste, III (Âge adulte) ;
L'Enfant perdue, IV (Maturité ; épilogue).

Une saga passionnante (lue en quinze jours)  et une histoire foisonnante, intense des années 50 à 2005. Une amitié intense dès la l'enfance dans un quartier populaire de Naples,  jusqu'à l'âge adulte sur plusieurs années. Lena, Elena  Grco est la narratrice et Lila est l'amie prodigieuse.
« Je ne suis pas nostalgique de notre enfance: elle était pleine de violence. C'était la vie, un point c'est tout: et nous grandissions avec l'obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile.»

Lena et Lila sont toutes  les deux douées pour les études.  Mais seule Elena continue ses études jusqu'à l'université, elle est une élève brillante.  Malheureusement, Lila n'aura pas cette chance et son destin sera tout autre.  Lena, la blonde  est une personne douce, lente, lunaire. Lila est brune, solaire, elle possède une énergie destructrice, c'est un personnage complexe et d'un grand mystère. Lila, travaille avec son père et son frère dans leur échoppe de cordonnier. Avec la complicité de son frère Nino, ils créent des chaussures.



Durant cette période, les deux jeunes filles se transforment physiquement et psychologiquement, s'entraident ou s'en prennent l'une à l'autre. Leurs chemins parfois se croisent et d'autres fois s'écartent, avec pour toile de fond une Naples en ébullition, violente et dure. Des chemins qui les conduiront, non sans ruptures ni souffrances, à l'aube de l'âge adulte.
Les liens que Lena entretien avec sa mère depuis son enfance son passionnel et violente voir même terrifiant de cruauté. Un très beau passage quand Lena va connaître un moment de complicité avec son père en allant découvrir son collège, il va l'emmené dans un Naple lumineux où l'on voit la mer, c'est un contraste avec la banlieue grise où elle réside .
Elena Ferrante décrit bien aussi les différences de classe sociale : la bourgeoisie, le prolétariat mais aussi de la politique.


Naples, années soixante. Le soir de son mariage, Lila comprend que son mari Stefano Carracci l’a trahie en s’associant aux frères Solara, les camorristes qui règnent sur le quartier et qu’elle déteste depuis son plus jeune âge. Lila Cerullo est née pauvre et elle est devenue riche en épousant Stefano, elle déteste son époux. Leur rapport est d'une grande violence. Elle travaille désormais dans la nouvelle épicerie de sa belle-famille, tandis que Stefano inaugure un magasin de chaussures de la marque Cerullo en partenariat avec les Solara.
Lila et Lena font un séjour à Ischia avec la belle soeur et la mère de Lila. L’air de la mer doit l’aider à prendre des forces afin de donner un fils à Stefano. La famille Sarratore est également en vacances à Ischia et bientôt Lila et Elena revoient Nino. Lena va retrouver Nino Sarratore qu'elle connait depuis l'enfance et qui fait aussi de brillante études universitaires.
Lila va prendre Nino à Lena. Scandale car Lila est mariée mais elle s'est mariée trop jeune et avec son mari, les rapports sont tendus . Elle quitte son mari pour Nino, grâce à son amour pour Nino elle connaîtra une période enchantée mais qui sera de courte durée car elle va connaître une descente aux enfers. Après avoir connue l' opulence avec son mari Stefano voilà qu'elle connait la misère en travaillant dans une usine. Elle aura un enfant, elle pense qu'il est de Nino. Elle va pouvoir remonter la pente grâce à un ami d'enfance Enzo.


Parallèlement Elena suit ses études à Pise, elle est une élève brillante, douée. Elle publiera un roman qui aura du succès. "Nous vivons une époque décisive, tout est en train d'exploser. Participe, impose ta présence ! "
Nous sommes à la fin des années soixante,  les événements de 1968 s’annoncent ainsi que les mouvements féministes.  Même si les choix de  vie de Lila et Elena sont radicalement différents, les deux jeunes femmes sont toujours aussi proches, une relation faite d’amour et de haine. Elle se met en couple avec Pietro qui sera le père de ses filles Dede et Elsa. Elle va vivre à Florence, elle est toujours en contact avec Lila et elle l'aidera a s'en sortir.
Le mariage entre Pietro et Lena bat de l'aile et Lena voudra à tout pris faire sa vie avec Nino. Il est père de nombreux enfants de femmes différente, c'est un homme superficiel mais Lena est très attachée à lui et elle aura un enfant de leur union Tina.

Lila monte son entreprise d’informatique avec Enzo, amie d'enfance.  Elena  se sépare de son mari quitte  à mettre en danger sa carrière d’écrivain. Pour vivre une histoire passionnelle avec Nino qui devient son amant.
Elena , devenue auteure reconnue, vit au gré de ses escapades avec Nino entre Milan, Florence et Naples. Elle revient au quartier populaire  de son enfance et elle retrouve Lila puisqu'elles sont voisine. Elles se retrouvent enceinte toutes les deux.

Cette saga est intense, brûlante, violente, époustouflante au s'accent shakespearin. Il se dégage une force hallucinante. J'ai été comme happé par cette histoire que l'on ne lâche pas. Il se dégage beaucoup de sensualité à la lecture de cette saga. Elle nous fait réfléchir sur les choix de vie.
De l'auteur l'on ne sait rien est ce homme, une femme, les deux : un couple, deux femmes c'est le mystère total.
En tout cas, c'est troublant car Lena est un écrivain renommé et dans le Tome 4 elle écrit un roman intitulé : L'amitié et ce roman n'est qu'autre que : l'amie prodigieuse le tome 1.




Pendant ma lecture, je me suis sentie très proche des deux jeunes filles tellement elles sont attachantes. Mais aussi j'ai été effrayé par la violence furieuse qui se dégage de ce quartier pauvre de Naple. Cette violence est due à la misère, la mafia est présente. Les frères Solara représente le pouvoir.
Pour grandir, pour s'échapper de la violence du quartier, Lenu aura recours à l'éducation, la lecture et pour Lila c'est le mariage. Dans le tome 4, Naple s'est Lila, elle s'occupe de tout le monde. Elle représente l'image d'une fée. La fée bleue, l'histoire qu'elle a écrit enfant pour son institutrice Mme Oliviero. Lila n'a pas connu la chance de Lena d'étudier mais elle a appris par elle même le latin, le grec, elle a beaucoup lu de livres grâce à la bibliothèque près de chez elle. Mais contrairement à Lena, elle sortira pratiquement jamais de son quartier de Naple. Un très beau passage dans le tome 4 concernant le tremblement de terre de Naple.


J'ai vu les deux saisons de la série : L'amie prodigieuse que je trouve assez fidèle de la saga d'Elena Ferrante, c'est un régal.


ALYSIA ABBOTT : FAIRYLAND

Traduction Nicolas Richard

J'ai adoré ce récit de cette enfant, adolescente puis adulte qui est Alysia ! L'ambiance est très cinématographique. C'est un livre terriblement attachant et émouvant, une poignante.
"Il n’était pas facile d’être un père célibataire homosexuel dans les années 1970 […], parce qu’il ne s’était pas senti libre d’être véritablement lui-même durant son enfance et son adolescence à Lincoln, dans notre Fairyland, notre féerie, il m’a élevée au moyen de frontières mouvantes. entre un père et sa fille. "
Le père d'Alysia était un poète homosexuel, sa femme est décédée quand sa fille avait deux ans. En 1974, il déménage à San Francisco où il élève seul sa fille dans le quartier de Haight-Asbury, le centre névralgique de la culture hippie. Là où les représentants officiels de la Beat Generation – William Burroughs, Jack Kerouac, Allen Ginsberg, Lawrence Ferlinghetti, Neal Cassidy . San Francisco, c’est la ville à l’esprit indépendant et rebelle.  Dans son récit Alysia évoque l’assassinat d’Harvey Milk en 1978.  Abbott découvre une ville en pleine effervescence dans laquelle la communauté gay se bat pour ses droits, il rejoint la scène littéraire de l’époque et fréquente cette génération de jeunes gens bien décidés à tout vivre, tout expérimenter. Commence pour le duo père-fille une vie de bohème, ponctuée de déménagements, de fêtes et de lectures de poésie à l’arrière des librairies. 
Il est question de  l’apparition du SIDA. Le désarroi face à la maladie dont ne sait presque rien à l’époque. En parallèle au portrait qu'Alysia fait de son père, elle évoque son enfance, son adolescence et ses crises et sa vie de jeune femme et ses choix de vie. 
Elle, découvre la musique New Wave, trouve de nombreuses amies, part étudier à New York puis à Paris.
J'ai adoré de me plongé dans ce livre car je me suis retrouvée en ce qui concerne l'époque les années 80/90. C'est un récit dense et passionnant .

CATHERINE POZZI : JOURNAL DE JEUNESSE DE 1893 - 1906




"31 décembre 1897

Je me regardais dans la glace tout à l’heure, et j’ai vu clairement que je serai laide, banalement, irrémédiablement laide. Voici mon portrait : un vilain teint noir, foncé, un front assez large, des sourcils noirs, jolis, bien dessinés, des yeux moyennement grands, mais d’une jolie forme, longs, mes sourcils et mes yeux sont mes seules beautés. Mes yeux sont très noirs parfois, mais ils changent et sont verts ou gris souvent. La pupille est très large. Mon nez est mince et grand, droit, mais le milieu est orné d’une légère éminence, la "bosse" des Pozzi... à vrai dire, ça n’est pas une bosse, et on ne la remarque qu’avec beaucoup de bonne volonté..."


Catherine Pozzi est née à paris en 1882 et décédé en 1934 à Paris. 
Quand elle a commencé à écrire son journal, elle avait dix ans.

Ce Journal de jeunesse, assez régulièrement tenu jusqu’à vingt-quatre ans, constitue son premier écrit ; en 1906 cependant, elle clôt le flot de ses confidences et réflexions sur soi, puis après un silence de quelques années correspondant aux premiers temps de son mariage, elle reprend sa vaste entreprise autobiographique éditée sous le titre Journal 1913 - 1934.
Au-delà de la vie mondaine et facile que la petite fille menait en apparence.  Elle est fascinée par son père un chirurgien célèbre. Sa mère tient un salon littéraire ou est présent le Tout Paris de la Belle époque. Son journal est merveilleux de lucidité étonnamment précoce lui permet d’analyser les variations de ses sentiments à l’égard de son entourage, de dévoiler sa souffrance devant la mésentente de ses parents et d’exprimer sa profonde révolte quant à l’éducation des jeunes filles de son temps. Excellent ressenti sur l'enfance, le rapport entre mère et fille, sur sa personne. Elle se trouvait laide. Elle parle de la souffrance, de la solitude de l'adolescence.

Son parcours, plutôt sa vie, m’a profondément touchée. Son écriture est magnifique et d'une grande maturité. 



"Mercredi 2 mars 1898 : en écrivant ces pages, je ne voudrais pour rien au monde qu’elles fussent profanées par un regard indifférent, mais je voudrais qu’elles restent. Qu’elles restent, non pas comme un exemple de style - oh loin de moi cette idée ! je ne travaille pas ces lignes ; j’écris sans chercher ce qui me vient du cœur - mais comme un intéressant document psychologique sur ce que pouvait être l’état d’âme d’une petite fille, qui écrirait sincèrement, par cela même qu’elle écrirait pour elle, et qui dirait simplement tout ce qu’elle ressent, tout ce qu’elle souffre ou tout ce qu’elle pense. Je voudrais que ces livres restent, parce que je veux qu’on connaisse mieux les enfants - on ne les connaît pas : la plupart voient en eux de petits êtres frivoles incapables de penser - je veux dire aux indifférents combien un enfant peut souffrir, combien une jeune fille peut être seule."

John Singer Sargent
Son père,  Samuel Pozzi (1846/1918) médecin et chirurgien.  
Il est né à Bergerac (Dordogne) le 3 octobre 1846 et mort à Paris le 13 juin 1918. Membre de l'Académie de médecine et professeur à la Faculté, il fut l'un des pionniers de la gynécologie moderne.

Il s'engagea également dans une carrière politique,et il fut élu en 1898 sénateur de la Dordogne. Il fréquente les salons littéraires.

Familier du docteur Adrien Proust, il fut aussi le médecin de son fils Marcel, rencontré au cours d’un dîner donné par ses parents en 1886.

Marié à Thérèse Loth-Cazalis, parente du docteur Cazalis, il eut une fille, Catherine (née le 13 juillet 1882), et deux fils, Jacques et Jean. Elle se marie le 17 novembre 1879 avec Samuel Pozzi. Pendant vingt ans elle a tenu un salon au 10 de la place Vendôme, puis ensuite à partir de 1900 au 47, avenue d'Iena. Les invités étaient issus de milieu littéraire, médical et artistique. Son m
ari volage n'hésite pas à séduire ses patientes.
Sarah Bernhardt,  la grande actrice Réjane et, Geneviève Straus, veuve de Bizet, fille d'Halévy, mère du grand ami de Marcel Proust . Le grand amour de Pozzi fut Emma Fischhof, fille d'un marchand de tableaux célèbre, qui partagea sa vie jusqu'à la fin.

"Mercredi 16 février 1898

Nous sommes des gens du monde, des gens chics. Le salon de Madame Pozzi est un des plus brillants de Paris. Nous habitons un appartement, Place Vendôme, qui a un loyer de 17. OOO francs, nous avons 7 domestiques : deux femmes de chambre, une bonne allemande, une nourrice (pour Jacques), une cuisinière, un valet de pied et un maître d’hôtel ; nous avons une voiture et trois chevaux que nous louons à l’année (cela revient au même prix que de les avoir à nous, mais beaucoup d’ennuis nous sont épargnés).

En entrant chez nous, on se trouve d’abord dans une grande antichambre, d’aspect assez sévère. Le salon y correspond. Le salon se compose de deux pièces réunies, une immense et une plus petite. Il est meublé avec assez de goût, tapissé d’étoffes précieuses ; sur les étagères, des bibelots rares et des statuettes ; dans une vitrine, une magnifique collection d’antiquités. Les meubles ont une grande valeur, les tableaux sont admirables, mais malgré la richesse de l’ameublement on n’y est pas plus heureux, et ce grand salon froid a vu bien des drames intimes.

C’est le jour de réception. Madame, dans une toilette exquise, fait les honneurs avec grâce (quoique ça l’ennuie terriblement). Les plus célèbres personnages viennent la voir, aussi bien que les moins connus, et il est amusant de voir une modeste femme de docteur à côté de l’écrivain à la mode, un jeune homme simplement vêtu faire la cour à la beauté de la "saison".

Parfois, au milieu de ces mondains, on voit une grande fille, à la taille trop mince, aux jambes trop longues, au corps trop plat, qui offre aimablement des tasses de thé ou de chocolat aux visiteurs de sa mère.

C’est moi. Elle s’ennuie beaucoup, cette grande fille, pourquoi a-t-elle un si charmant sourire sur les lèvres ? C’est qu’elle a déjà, hélas, ce vernis mondain, cette cuirasse d’hypocrisie polie.
"

LE GRAND MEAULNES : le film de J G ABILCOCCO

Ce film est très fidèlement adapté du roman d'Alain-Fournier Le Grand Meaulnes.


Alain Libolt : François Seurel
Jean Blaise (pseudonyme de Miroslav Brozek) : Augustin Meaulnes
Brigitte Fossey : Yvonne de Galais
Alain Noury : Frantz de Galais
Juliette Villard : Valentine Blondeau
Marcel Cuvelier : M. Seurel
Christian de Tillière : Ganache
Thérèse Quentin : Millie Seurel

 Le château de la Chapelle d'Angillon
Une nuit, lors d'une fête étrange dans un domaine perdu dans les bois de Sologne, Augustin Meaulnes est ébloui par la beauté d'Yvonne de Galais dont il tombe éperdument amoureux. Mais elle parait avoir disparu avec son château et ceux qui l'entouraient : il ne lui reste plus qu'un souvenir émerveillé d'un rêve fantastique. Le temps passe. Quand Meaulnes croit Yvonne de Galais mariée, son univers s'écroule, c'est la fin de son adolescence. Il tente d'oublier, avec l'aide de son ami François Seurel et la rencontre de Valentine...
L'univers est poétique, la féerie est au rendez vous.



Une très belle adaptation d'un de mes romans préférés tout en poésie (l'emploi d'un flou multicolore pendant la fête nocturne). La première partie est plein de féerie et de légèreté et la deuxième partie plus sombre et torturée. 
Pendant mes vacances d'été, j'ai visité le château de la Chapelle d'Angillon et j'ai fait un tour à Nancay.






CLAUDE MILLER : La petite voleuse


Adaptation d'un scénario posthume de François Truffaut. 
 L'ombre du réalisateur des400 Coups est sensible, elle est palpable. L'on retrouve son univers, Claude Miller fait un clin d'œil avec le petit chat  du petit déjeuner de la Nuit Américaine 

Charlotte Gainsbourg : Janine Castang (le même nom de famille que dans l'effrontée)
Didier Bezace : Michel Davenne
Simon de La Brosse : Raoul
Clotilde de Bayser : Séverine Longuet

Janine vit chez son oncle et sa tante qui lui manifestent peu d'amour. Elle rêve de luxe et d'amour et, n'ayant pas les moyens de se payer cette vie. Elle  se met à voler de l'argent et des objets luxueux. Un jour, elle quitte l'école et trouve un emploi de bonne chez 
une famille bourgeoise les Longuet. Rapidement elle va  nouer une liaison avec un homme marié plus âgé qu'elle, Michel, un intellectuel qui tente de l'aider socialement en l'inscrivant à une école de dactylographie. 

Elle  rencontre Raoul, un jeune homme de son âge, lui aussi voleur, lui aussi ayant eu une enfance malheureuse et qui rêve de devenir champion de moto. La ressemblance entre leurs vies respectives fait qu'elle s'attache à lui. Michel s'en aperçoit et la quitte. Arrêtée sur une plage où elle et Raoul faisaient du camping sauvage, Janine est envoyée chez les bonnes soeurs. Elle s'évade mais découvre qu'elle est enceinte de Raoul.....


Charlotte Gainsbourg après le succès de l'effronté est toujours aussi touchante. Elle  est fragile, gauche, lumineuse, bouleversante. Elle crève l'écran. La petite voleuse est un film magnifique sur l'adolescence,  plus précisément le moment où il faut grandir et devenir adulte. J'avais vu le film à sa sortie, le revoir est un immense plaisir de fraicheur et d'insouciance. 

ANNIE MILLER : Une femme à la redresse et L' effrontée de CLAUDE MILLER

Ce récit c’est d’abord le destin d’une femme, elle  a traversé le vingtième siècle. Elle est née dans le Nord dans un coron, son père était un verrier. Elle a connu la pauvreté.  À onze ans, elle chante dans les cafés pour rapporter du pain à la maison, à quatorze ans, elle devient la maîtresse d’un soldat allemand. Après la guerre, en 1920, elle se met en ménage avec un trompettiste de jazz noir américain. Elle aura deux enfants de lui, une fille et un garçon Lucille et Louis. Sa fille Lucille Perkins a un destin étonnant aussi. Elle sera première d’atelier chez Chanel, où elle dirigera cinquante ouvrières. Pas facile pour elle d'être métisse dans les années 50, heureusement qu'elle est soutenue par Chanel qui l'apprécie beaucoup. 

Durant, les dernières années de sa vie. Elle deviendra actrice. Annie sa petite fille se marie avec Claude Miller. Il a habitél’immeuble mitoyen de son pavillon, à Montreuil-sous-Bois.  Grâce à lui elle va jouer dans ses films et il la présentera à François Truffaut et à Robert Bresson. 


Quatre générations sont présentes dans  ce récit familial. Le livre d’Annie Miller est  illustré par des photographies. Il nous fait revivre époque où l'on savait vivre ensemble. Ce portrait d’une femme courageuse  attachante et hors norme.  Je l'ai trouvé très réussit, j'ai passé un agréable moment en compagnie de Jeanne. 

l'effrontée 

de Claude Miller 

une comédie dramatique française réalisée en 1985
Ce film remplit de fraîcheur, marque les débuts au cinéma de Charlotte Gainsbourg ( Charlotte Castang)
Bernadette Lafont : Léone
Jean-Claude Brialy : Sam, l'impresario de Clara
Julie Glenn : Lulu


L'été est là, Charlotte, adolescente ne se réjouit guère de passer ces longs mois entre sa petite voisine malade, Lulu, et ses jeux enfantins, et Léone, l'amie de la famille. Le hasard fait qu'elle rencontre Clara Bauman, la célèbre pianiste prodige  à son hôtel . Là, Charlotte  est immédiatement séduite et fascinée par l'univers de Clara. 

Claude Miller a su à la perfection saisir cette époque de l'ennuie et de mal être qu'est l'adolescence. 

Annie Miller a participé au scénario qui est une libre interprétation de Frankie Addams de Carson McCullers. Le personnage de l’artisan  (le père de Charlotte)tient beaucoup du Père Paul, le troisième mari de ma grand-mère. Julie Glenn est la fille Pierre-William, la nièce d'Annie Miller. 



HAFID AGGOUNE : ANNE F

Rentrée Littéraire 2015

C'est grâce à l'émission littéraire au Fil de la nuit que j'ai eu envie de lire ce livre dédié à Anne Frank. 
"Quelle aurait été ta vie, sinon celle d'une femme au caractère bien trempé, à la plume acérée comme ce regard interrogateur, fouillant derrière les apparences, scrutant les simulacres, creusant les êtres et le temps, cherchant les nuances plus que les évidences et ce serait moi ton petit frère, le jeune écrivain face à la grande Anne Franck, survivante des camps, distinguée par les prix Nobel de littérature et de la paix la même année, à quatre-vingt-six ans, événement inédit. Tu aurais traversé cent pays rencontré les chefs d'Etat, défendu l'éducation, les droits de la femme, de l'homme et des enfants, dénoncé la pauvreté, combattu les inégalités. Tu aurais été une voix qui compte de celles, rares, que l'on écoute avec humilité, attentifs, l'âme heureuse et consolée par ta seule présence à une tribune. " Après un attentat commis par l'un de ses élèves, qui réveille les plus sombres heures de la vieille Europe, un professeur est au bord de l'effondrement.
Rongé par la culpabilité, décidé à en finir, il redécouvre un soir le Journal d'Anne Frank ; bouleversé par son actualité et sa vivacité, il se met à écrire à sa « petite soeur juive » disparue à quinze ans à Bergen-Belsen.
Entre ses lignes, la jeune fille vive et courageuse renaît, avec son désir d'écrire, sa volonté de devenir une femme indépendante et forte, et sa vision d'un monde meilleur.
L'auteur se questionne concernant le monde qui l'entoure sa colère, ses déceptions des autres, et de lui-mêmes. Pour l'auteur les rapports entrent lui et son père était complexe tous comme  ceux d'Anne Frank et sa mère. La personnalité d'Anne Frank symbolise les victimes de toutes les tyrannies.
Un joli hommage fait à Anne Frank, une écriture lumineuse et très émouvante, j'ai souligné de nombreux passages. Et je trouve très touchant que la personnalité d'Anne Frank fasse écho à notre vie  en particulier à celle de l'auteur. Personnellement, bien sûr j'ai lu le journal d'Anne Frank aussi mais je me souviens pas exactement dans quelle circonstance. Puis moi aussi, adulte je me suis replongée dans le Journal d'Anne Frank.
 Cet ouvrage de Hadifd Aggoune est un beau complément au Journal d'Anne Frank,  il est à  découvrir  de tout urgence en tout cas ! 

DAVID LODGE : Hors de l'abri

Traduit par Maurice et Yvonne Couturier

Après avoir connu le Blitz de Londres en 1940,  des années d'austérité, Timothy, 16 ans, part en vacances chez sa sœur Kath  dans l’Allemagne d’après-guerre en 1951. Kath, est partie en Allemagne à Heidelberg pour travailler au compte des Américains, mais surtout pour fuir un environnement et une famille qui l’étouffent.  Heidelberg est une cité nichée au cœur des montagnes allemandes et c'est aussi un refuge de jeunes Américains en quête d’argent et de liberté. Pour Timothy ces semaines avec sa sœur, sont  un rite de passage entre l'enfance et la vie adulte. 
Hors de l'abri est considéré comme le plus autobiographique des roman de David Lodge. Ce roman je l'ai lu après "Une Vie en sourdine" qui est aussi en partie autobiographique. J'ai apprécié ma lecture  mais sans plus, je n'ai pas pris beaucoup de plaisir à la lecture et  j' ai trouvé des longueur tout de  même. 

DAI SIJIE : Balzac et la Petite Tailleuse chinoise

"Deux mots sur le rééducation : dans la Chine rouge, à la fin de l'année 68, le Grand Timonier de la Révolution le président Mao, lança un jour une campagne qui allait changer profondément le pays : les universités furent fermées et "les jeunes intellectuels" c'est-à-dire les lycéens qui avaient fini leurs études secondaires, furent envoyés à la campagne pour être "rééduqués par les paysans pauvres. "
Dans la Chine de Mao dans les années 70,  La Révolution culturelle a exilé dans la montagne deux adolescents Luo et le narrateur. La vie est rude et laborieuse. 
Pour ne pas sombrer, ils ont heureusement encore quelques histoires, quelques films à se raconter, mais cela fait bien peu. Jusqu'à ce que, par miracle, ils tombent sur un roman de Balzac : petit livre à lire en cachette, tellement dangereux, mais tellement magique, qui changera le cours de leur vie en leur ouvrant la porte de la fille du tailleur, en rendant possible ce qui ne l'aurait jamais été... Il fallait oser confronter le monde de Balzac et la Chine de Mao. 

"Nous nous approchâmes de la valise. Elle était ficelée par une grosse corde de paille tressée, nouée en croix. Nous la débarrassâmes de ses liens, et l'ouvrîmes silencieusement . A l'intérieur, des piles de livres s'illuminèrent sous notre torche électrique ; les grands écrivains occidentaux nous accueillirent à bras ouverts : à leur tête, se tenait notre vieil ami Balzac, avec cinq ou six romans suivi de Victor Hugo, Stendhal, Dumas, Flaubert, Baudelaire, Romain Rolland, Rousseau, Tolstoï, Gogol, Dostoïevski, et quelques Anglais : Dickens, Kipling, Emily Brontë ... Quel éblouissement ! Il referma la valise et, posant une main dessus comme un chrétien prêtant serment, il me déclara :
- Avec ces livres, je vais transformer la Petite Tailleuse. Elle ne sera plus jamais une simple montagnarde."

Ce roman est un hymne à la liberté et à la puissance des mots. Le passage où Luo et son ami essaye de voler la valise de livres  au Binoclare ne  manque pas d'humour. C'est un roman initiatique, très sensuel, la sensation de liberté est très bien décrite, dans un contexte historique précis: celui de la révolution culturelle de Mao en 1971.   Tout simplement un petit livre  qui se lit agréablement. 

JEFFREY EUGENIDES : Virgin Suicides



Traduit par Marc Cholodenko

A sa sortie, j'ai vu le film de Sophia Coppola en 1999 qui m'avait beaucoup touchée et émue.


"Vierge suicidée
Qu'est-ce qu'elle criait ? 
Pas de raison de rester
Dans le train du malheur
Elle m'a donné sa fleur
C'est ma vierge suicidée" 

Tout débute dans une petite ville du Michigan dans les années 70, un quartier  tranquille. 
Pourtant un malaise plane, sourd et insidieux brutalement forme quand
" Cécilia, la plus jeune , treize ans seulement, avait été la première. Elle s'était ouvert les poignets dans son bain comme un stoïcien, et quand ils la trouvèrent flottant dans sa mare rose, les yeux jaunes comme une possédée et son petit corps exhalant l'odeur d'une femme mûre, les infirmiers furent tellement effrayés par sa tranquillité qu'ils restèrent hypnotisés."
Les garçons du quartier, tous adolescents et  sont tous passionnément amoureux des troublantes filles Lisbon, si blondes, si belles, si insaisissables et si désespérées.
Les adolescents tentent de comprendre pourquoi ils étaient si amoureux des cinq filles Lisbon. Une fois adulte,  ils se replongent dans leurs souvenirs et font revivre pour nous les fantômes de Thérèse, Bonnie, Lux, Mary et Cécilia. 
Les garçons emmènent les filles au bal, c'est une première pour les filles, l'excitation est à son rendez-vous

Un très très beau roman, à l'écriture débordante d'audace et de pudeur. Virgin suicide est un magnifique roman sur l'adolescence et la magie mystérieuse des premiers amours.
Le tout sur un fond musical pop rock des années 70 (Ten CC, Todd Rundgren, Heart, ... sans compter la bande son du film de Sophia Coppola signée par  Air).
L'interaction entre le film et le livre est telle que lorsque je parcours la lecture de ce roman, cette musique trotte, en même temps, dans ma tête, et vient se glisser entre les lignes de chaque paragraphe.
Un roman aussi bouleversant que l'adaptation signée Sophia Coppola.




James Woods : Ronald Lisbon, le père des filles Lisbon
Kathleen Turner  : Sara Lisbon, la mère des filles Lisbon
Kirsten Dunst : Lux Lisbon
Andrea Joy Cook  : Mary Lisbon
Josh Hartnett : rip Fontaine
Leslie Hayman : Therese Lisbon
Michael Paré : Trip Fontaine adulte
Scott Glenn : le père Moody
Danny DeVito: Dr Horniker
Hanna R. Hall : Cecilia Lisbon
Chelse Swain  : Bonnie Lisbon



Film envoutant à l'image du roman de Jeffrey Eugenies.
L'on retrouve dans ce film l'ambiance du film de Peter Weir : Pinic at Hanging Rock. 

SCHOLASTIQUE MUKASONGA : Notre-Dame du Nil

Prix Renaudot 2012 

" Le lycée, c'est pour les filles. Les garçons, eux, restent en bas, dans la capitale. C'est pour les filles qu'on a construit le lycée, bien haut, bien loin, pour les éloigner, les protéger du mal, des tentations de la grande ville. C'est que les demoiselles du lycée sont promises à un beau mariage."

Au Rwanda, Le lycée Notre-Dame du Nil est internat catholique pour jeunes filles, il forme la nouvelle élite féminine du Rwanda. Beaucoup sont d’origines Hutues, quelques-unes Tutsie dans les années 1970. Le lycée est strict, mais ce sont les élèves qui font la loi, soutenues par leurs puissants parents. 
Ces jeunes filles sont élevées dans la rigueur,  les jeunes Rwandaises n’hésitent pas à rendre quelques visites secrètes à la sorcière ou à l’empoisonneur.
Sur le même sommet montagneux, dans une plantation à demi abandonnée, un « vieux Blanc », peintre et anthropologue excentrique, assure que les Tutsi descendent des pharaons noirs de Méroé. Avec passion, il peint  les lycéennes dont les traits rappellent ceux de la déesse Isis et d'insoumises reines Candace sculptées sur les stèles, au bord du Nil, il y a trois millénaires. Non sans risques pour sa jeune vie, et pour bien d'autres filles du lycée, la déesse est intronisée dans le temple qu'il a bâti pour elle.
 " Eh bien moi, je vous le dis, les Tutsi c'est comme les juifs, il y a même des missionnaires, comme le vieux père Pintard, qui disent que ce sont vraiment des Juifs, que c'est dans la Bible. Ils ne veulent peut-être pas conquérir le monde mais ils veulent s'emparer de toute la région. Je sais qu'ils ont le projet d'un grand empire hamite, que leurs chefs se réunissent en secret, comme les juifs. Leurs réfugiés sont partout, en Europe, en Amérique. Ils ourdissent tous les complots possibles contre notre révolution sociale. Bien sûr, nous les avons chassés du Rwanda et ceux qui sont restés, leurs complices, nous les avons à l'œil, mais un jour il faudra peut-être aussi s'en débarrasser, à commencer par ceux qui parasitent nos écoles et notre université. Notre pauvre Rwanda est encerclé par tous ses ennemis : Burundi, les Tutsi sont au pouvoir, ils massacrent nos frères en Tanzanie ce sont des communistes, en Ouganda les Bahima sont leurs cousins."
L’autorité de Dieu comme celle des hommes de bonne volonté ne peut rien contre le déchaînement de la violence ... Scholastique Mukasonga écrit un premier roman sur les prémices du génocide rwandais. Ce roman 
 pose donc pour la première fois  la question de l'expression de cette mémoire et de la réflexion sur l'horreur du génocide, à travers un récit fictionnel... Qu'est-ce que la fiction peut apporter à l'Histoire? 
Un roman sublime, poignant, déchirant un gros coup de cœur pour moi ! Trop avis sur Babelio en complément. 

DEEP END de JERZY SKOLIMOWSKI

John Moulder-Brown : Mike
Jane Asher : Susan

"Deep end" est un film magnifique sur les émois amoureux d'un jeune adolescence. Un film que j'avais vu une première fois au cinéma  dans un cinéma  ou à la télévision, je ne sais plus. Mais depuis quelque temps il est ressorti en DVD.


Nous sommes au début des années 1970,  Mike, un jeune adolescent de quinze ans travail dans un établissement de bains publics de l'East End Londonien. Là, il fait la connaissance de Susan, une femme plus âgée, et il est immédiatement attiré par elle. Il est complètement sous le charme. Mike est un garçon candide, Susan joue avec l'inexpérience du garçon. Elle va faire son éducation sentimentale. Mike va se trouver dans une dangereuse spirale de fantasme et d'obsession que Jerzy Skolimowski a très bien su filmer. Mais Susan a une vie sentimentale à côté, un amant, et un fiancé. Mike est très jaloux car il est attiré par Susan mais aussi par le monde des adultes. Il se sent coincé entre deux mondes. Le réalisateur a bien su saisir la sensibilité de l'adolescence, la cruauté de la vie à cet âge là.

Ce film est superbe plastiquement visuellement , le traitement de la couleur, mais aussi les très gros plans, la musique de Cat Stevens et le rock expérimental du groupe Can, apporte une touche de sensualité. C'est un film tout simple et il est terriblement attachant et très touchant. 

Complément voir ici





CARSON McCULLERS : FRANKIE ADDAMS

Traduit par Jacques Tournier


Coup de Cœur

Depuis très longtemps, j'ai une grande admiration et tendresse pour Carson McCullers. Plus jeune j'avais lu avec un très grand plaisir la biographie de Josyane Savigeau : "Carson McCullers un cœur de jeune fille."
Après "Le cœur est un chasseur solitaire", qui l'a rendue célèbre, Carson McCullers (1917-1967) écrit Frankie Addams, son deuxième chefs-d'œuvre, avec toujours cette question lancinante chez la grande romancière américaine du sud des Etats-Unis : pourquoi est-il si difficile de passer de l'enfance à l'âge adulte, si compliqué aussi de conclure la paix avec soi-même ?
Durant un été brûlant dans les années 40, la guerre gronde en Europe, "On dit que Paris vient d'être libéré. A mon avis la guerre sera terminée le mois prochain."dans une petite ville de Géorgie vit Frankie ou F. Jasmine (envie de changé d'identité) âgée de douze ans.  Frankie  étouffe dans la cuisine, orpheline de mère,  elle n'a pour amie et confidente que Berenice, la vieille cuisinière noire, et son petit cousin John Henry. Elle vit avec son père horloger. Elle n'a qu'une envie c'est d'aller vivre en Alaska avec son frère, Jarvis,  qui va se marier avec Janice. L'envie de partir est très fort chez la petite Frankie son existence est nourris de rêves. Frankie livre à Bérénice, sa gouvernante noire, son désir de fuite et aussi sa conception du monde. Pour Carson McCullers, nous sommes d'abord prisonniers de nous-mêmes: identité définie, métier, ancrage dans un endroit précis. Bérénice expose sa condition de femme noire dans un pays inégalitaire. Il reste les rêves de chacun pour s'évader....
" Cher papa, C'est une lettre d'adieu, en attendant que je t'écrive d'un autre endroit. Je t'avais prévenu que je quitterais cette ville parce que je ne pouvais pas faire autrement. Je ne peux pas supporter plus longtemps cette existence, parce que la vie est devenue pour moi un fardeau. "


 C'est un roman autobiographique, enfin en partie en ce qui concerne le ressenti de Carson au même âge que Frankie.  Frankie  ressemble à Mick Kelly dans le Cœur d'un chasseur solitaire, elles sont comme sœur. Frankie est une jeune fille attachante, elle se sent très seul et mal dans sa peau comme le sont bien souvent les  adolescents, elle a l'impression d'être un animal de foire. La musique tenait une grande place dans la vie de Carson McCullers, et dans Frankie, un très beau passage autour d'un piano qu'on accordait. "C'était une gamme au piano, qui traversait cet après-midi du moi d'août. Un note frappée, puis une autre et, comme dans un rêve, une suite de notes qui prenaient lentement leur vol, comme s'envole l'escalier d'un château ; mais tout à fait à la fin, au moment où le huitième accord aurait dû résonner à son tour pour que la gamme s'achève, tout s'arrêta." Carson comme Frankie rêve de la neige tout au long du roman. " Elle souhaitait également changer les saisons, supprimer complètement l'été, et ajouter beaucoup de neige."

Un magnifique livre sur l'adolescence !

    NABOKOV : LOLITA




    La première lecture de Lolita fut dans la traduction d' E.H Kahane, et ma deuxième lecture aussi. Ma première lecture est lointaine, je me souviens plus trop de mes impressions de lecture. En tout cas, je crois que je fus à la fois séduite et troublée. Lolita à sa sortie fit scandale, et c'est Raymond Quenaud qui a fait découvrir Lolita en France.
    Humbert Humbert (un poète raté de quarante ans) fait sa confession qui l'a amené jusqu'à la folie. Il attend le procès de son meurtre, il a tué Clare Quilty (le génial Peter Seller dans le film de Kubrick).

    Il a loué une chambre pour l'été à une veuve excentrique Charlotte Haze. Il tombe assez rapidement sous le charme de Lolita, un jeu de séduction s'installe entre eux. . Il épouse la mère (la grosse Haze comme il la nomme) uniquement pour être proche de Lolita, une fille sensuelle et provocatrice sous le regard d'Humbert Humbert.
    Après le décès de Charlotte Haze, il va être le tuteur de Dolores et elle devra l'appeler "Papa". "Oh, oui, je devais la surveiller de près, ma lolita, cette petite Lo languide. En dépit de son physique encore enfantin, elle irradiait un éclat étrangement sensuel (en raison, peut- être, de ses exercices amoureux journaliers) qui plongeait garagistes et garçons d'hôtels, estivants, ruffians en voiture de luxe et marlous marrons au bord des piscines azurines, dans des transes libidineuses qui eussent chatouillé ma vanité si ma jalousie n'avait été tellement exacerbé." Leur relation doit rester secrète. Il voue un amour exclusif à Lolita il est envoûté par son charme et sa jeunesse.




    Les rapports sont tendus entre eux, et pour calmer le jeux Humbert fait du chantage en lui disant ceci : " Ma Chère Dolorès, je veux te préserver de toutes les horreurs qui guettent les petites filles dans les impasses et les caves à charbon - et comme tu le sais hélas trop bien, ma gentille, au fond des bois de myrtilles dans le bleu de l'été. Je resterai ton tuteur malgré vents et marées, et si tu es sage, j'espère que le tribunal légitimera bientôt cet état de fait."

    Mais, voilà Lolita grandit et les garçons commence à tourner autour ! Humbert en est jaloux, il est très possessif. Pour la scolarité de Lolita, ils vont emménagé à Beardsley, Lolita va s'épanouir et grandir en faisant du théâtre. Humbert Humbert est un personnage à la fois attachant et odieux, un véritable pervers. Il décrit le monde qui l'entoure, ces nymphettes désirées si tendrement. C'est à travers son regard que Lolita est une perverse, alors que c'est une adolescente tout à fait normal. La deuxième partie ressemble à un road movie, ils vont dans de motels en motels sordides. . Lolita se retrouve seule, elle est orpheline sa mère est décédée dans un accident pendant son camp d'été. Lolita (Dolorès, la douleur) est une charmante enfant adolescente qui petit à petit devient un petit animal en cage. Il est certain que la fin du voyage que se soit pour Lolita ou Humbert se terminent très mal. Lolita est une épopée tragico-amoureuse.


    C'est un roman troublant, le style est très fin et sensuel, il ne manque pas d'humour non plus. J'ai adoré cette relecture, il faut reconnaître que c'est magnifiquement écrit. C'est tout simplement véritablement un très grand roman, l'on peut dire que c'est un chef d'œuvre. Un grand plaisir de lecture même si la deuxième partie (il faut bien le reconnaître) fut un peu laborieuse à lire.

    Lolita est un roman qui me fait penser à un conte d'ailleurs Nabokov dit lui même : : 

    « tous les grands romans sont d’abord des contes de fées. » Concernant la moral Nabokov dit ceci : « (…) Lolita ne contient aucune leçon morale. À mes yeux, un roman n'existe que dans la mesure où il suscite en moi ce que j'appellerai crûment une volupté esthétique, à savoir un état d'esprit qui rejoint (…) d'autres états d'esprit dans lesquels l'art – c'est-à-dire la curiosité, la tendresse, la charité, l'extase – constitue la norme. de tels livres sont rares. Tous les autres ne sont que des fadaises de circonstance. » 

    Après ma relecture s'est avec un très grand plaisir que j'ai revu le film de Kubrick, et Nabokov lui même a signé le scénario.

    © Les photos sont tiré du film de Kubrick, un film magnifique à voir absolument !!!!!

    LAURA KASISCHKE : Rêves de garçons

    Traduit par Céline Leroy

    Il y a quelques années j'avais lu " À moi pour toujours" et j'avais été happé par l'écriture de  Laura Kasischke. Et depuis longtemps j'ai eu envie de lire ce roman .
    "Il faut reconnaître qu'à dix-sept ans, je n'avais déjà presque plus d'imagination. Parmi toutes les choses que je considérais comme allant de soi, je croyais être la première adolescente ou plus tôt la seule adolescente à être ..."À la fin des années 1970, l'été, trois belles   pom-pom girls, Kisty dix sept ans, Desirée et une autre Kisti,  quittent leur camp de vacances à bord d'une Mustang décapotable dans l'espoir de se baigner dans le mystérieux Lac des Amants. "La marche. Les tongs. L'odeur de pin et de chair. Le bourdonnement des cigales plus haut. Personne ne parlait. Nous n'étions qu'un troupeau d'adolescentes qu'on conduisait à un trou d'eau perdu dans la forêt de Blanc Cœur." Le début du roman est léger, plein de fraîcheur, c'est l'été, il fait très chaud et petit à petit la vers la fin cela tourne au cauchemar. 
    Dans leur insouciance, elles sourient à deux garçons croisés en chemin. Mauvais choix au mauvais moment. Soudain, cette journée idyllique tourne au cauchemar. Rêves de garçons est une plongée au cœur d'un univers adolescent innocent. Il est certain à la lecture le lecteur est dans la tête de ses filles de leurs pensées de leurs angoisses. L'ambiance de ce roman fait penser à un polar psychologique, ce roman on ne le lâche pas, et nous sommes pas loin non plus de l'univers cruelle des contes de fée. 

    ANNE PERCIN : Le premier été

    Rentrée littéraire 2012 -
    Prix Biblioblog 2012

    Deux soeurs, Catherine et Angélique se retrouvent une fin d’été en Haute-Saône afin de vider la maison de leurs grands-parents décédés. Catherine est une grande lectrice depuis qu'elle est adolescente et elle est devenue libraire à l'âge adulte. Angélique sa sœur a fondé une famille et elle totalement l'opposé de Catherine. "Le premier été" se déroule durant les années 80, Anne Percin a su à merveille d'écrire le mal être de l'adolescence, les tourments de l'âme humaine.  La force de ce roman est qu'il nous renvoi à nos souvenirs d'adolescent, les vacances chez les grands-parents, le grenier est  le refuge idéal pour lire et s'isoler. Au début, à ma lecture j'ai ressenti comme un malaise étouffant comme peut l'être parfois les étés très chaud.Une tension monte progressivement, une tension qui peut-être dérangeante parfois. Pour ma part j'ai apprécié au cours de ma lecture la richesse des sentiments à fleur de peau qui se dégage à la lecture. La douleur, la cruauté de la vie, les blessures sont nombreuses à l'adolescence. Il est normal aussi que les souvenirs de Catherine et ceux d'Angélique soient différents car ceux sont deux sœurs très différente. J'ai beaucoup apprécié le rapprochement avec le Grand Meaulnes qui fait partie de mes livres préférés. 
    "J'ai attrapé Le Grand Meaulnes abandonné sur le coffre à bois à côté du poêle et je suis montée au grenier. Il y faisait encore horriblement chaud. J'ai cherché un coin sombre, près du foin, et je me suis assise par terre, les bras autour des genoux. Sans aucune intention de lire. D'où est ce que je revenais ? De quel pays lointain, hors du monde  ? De quelle planète sauvage ? Qu'est ce que j'avais vu ? Était-ce quelque chose que je n'aurais pas dû voir ou au contraire, une scène innocente et naturelle que j'étais simplement trop naïve pour comprendre ? Qui avais-je vu ?"

    RICHARD FORD : Une saison ardente

     Traduit par Marie-Odile Fortier Masek

    "A l'automne de 1960, alors que j'avais seize ans et que mon père était momentanément sans emploi, ma mère rencontra un homme du nom de Warren Miller et tomba amoureuse de lui. C'était à Great Falls, Montana..."

    Depuis que son père un professionnel de club de golf, a perdu son emploi et il s'est engagé volontairement comme pompier pour combattre les feux de forêt qui ravagent la région. Son fils,  Joe, seize ans, assiste à la séparation de ses parents. Sa mère a une relation avec un homme, Warren Miller, il va l'employer comme comptable à son silo
     L’incendie  gronde c'est aussi celui qui va détruire un équilibre fragile. Joe, voit ce monde terrible des adultes, un monde fait de mensonges,  de conflits. C'est un roman vraiment brûlant d'émotion que l'on ne lâche pas.

     " Qui trop embrasse mal étreint"

    JONATHAN COE : Bienvenue au club

    Traduction Jamila et Serge Chauvin

    "On a tendance à oublier à quoi ressemblaient vraiment les années soixante dix. On se souvient des cols pelle à tarte et du glam rock, on évoque, avec des larmes dans la voix, les Monty Python et les émissions pour enfants, mais on refoule toute la sinistre étrangeté de cette période, et tous ces trucs bizarres qui se passaient tout le temps. "
    Ce roman nous plonge dans l'Angleterre industrielle des années soixante-dix, à Birmingham. C'est une ville industriel, qui possède une usine automobile, la lutte des classes est au centre de ce roman, les tensions sociales, le chômage, la fièvre anti-irlandaise, la haine très forte pour l'étranger est incroyable accompagné des propos les plus racistes qu'ils soient. 
    " Regardez autour de vous, dans votre travail : vous constaterez que le nombre de Noirs dans les entreprises a été multiplié par dix. On vous demande de travailler avec eux, mais vous remarquerez qu'on ne vous le propose pas,on vous l'ordonne."
    Benjamin Trotter est grand lecteur de Sounds, une revue de rock, il a une vraie passion pour la musique et la littérature. Il est amoureux de Cicely, mais c'est un amour difficile surtout quand on a dix sept ans.
    Sa sœur Lois vit une grande histoire d'amour avec Malcom. Ils se sont rencontrés via les petites annonces. C'est l'amour fou entre eux malheureusement il est mort dans un attentat de l'IRA. La pauvre Lois se trouve complètement sonnée abasourdi, son jeune frère Patrick, très antipathique. C'est le portrait de jeunes anglais qui fréquente une école pour gosse de riche" King Williams", qui s'intègre aux clubs de leur lycée, ose parler aux filles, monte un groupe de rock.Leur père Colin est cadre supérieur à l'usine British Leyland.
    Bill Anderton, délégués syndicaux les plus puissants de l'usine, sa femme est Iréne et sa maîtresse Miriam, travaille à l'usine British Leyland de Longbridge. Elle est mystérieusement partie, plus de nouvelles d'elle du jour au lendemain où presque.

    C'est un roman avec beaucoup de  retenue, la religion rime avec rébellion. Un livre sur l'adolescence, un livre fascinant foisonnant sur une ville, une époque, sur les premiers émois amoureux. J'ai vraiment apprécié ce roman, mais j'ai surtout apprécié l'ambiance de certains passages plutôt, par exemple je trouve que l'entrée dans ce roman est un peu curieux. Il faut avancer un peu dans le roman , pour le trouver vraiment passionnant. Par exemple j'ai apprécié l'ambiance de la première partie qui est dans son ensemble bien construite : intitulée " Le chevelu et la Minette". La deuxième partie intitulée : " La gueule du chaos" partie début vacances au Danemark je n'ai pas trop accroché. Mais certains passages sont intéressants et assez captivants par exemple quand Doug va à Londres voyage tout seul sans ses parents car il avait envoyé un article du magazine de son collège à une revue de rock NME. La fin de ce roman est magnifiquement forte et romantique à souhait. C'est vraiment une belle découverte (même si j'ai trouvé ce livre inégal par moment ) ce livre et Jonathan Coe est un auteur que je relirai c'est sûr !

    PETER WEIR : Picnic at Hanging Rock




    L'histoire : En 1900, en Australie. Les élèves d'une école privée pour jeunes filles partent en pique-nique au pied d'un immense rocher ayant été un lieu de culte aborigène. Alors que le soleil est à son zénith et que les filles s'abandonnent à la torpeur de l'après-midi, quatre d'entre elles s'aventurent dans un étroit défilé rocailleux, comme appelées irrésistiblement par le rocher. Hormis une ingénue qui s'enfuit, prise de panique, les trois autres pénètrent dans une cavité et disparaissent corps et bien en même temps qu'une de leurs enseignantes. Des recherches et des battues sont organisées pour les retrouver, en vain. 




    Une seule des trois sera retrouvée vivante mais amnésique, en voyant le film j'ai pensé à Virgin Suicide de Sofia Coppola et en découvrant la page Wikipédia je vois que j'ai raison. Sofia Coppola a bien été inspiré par ce film ! Les références sont nombreuses : la musique, l'image aussi très diffuse mais dans les tons doux plutôt pastels (si ma mémoire est bonne) entre autre ... 




    SYLVAIN TRUDEL : Du mercure sous la langue


    J'ai découvert ce livre en 2005 après la lecture du Jour des Corneils de Jean François Beauchemin. Et je n'avais pas accroché réellement avec ce court texte assez dur ! Mais Sylvain Trudel est l'un des écrivain québécois les plus doués de sa génération.
    En 2007, il a remporté le prix le plus prestigieux, le plus honorifique du Canada (me semble t-il) : Le Prix du Gouverneur général, catégorie romans et nouvelles, pour La mer de la Tranquillité.
    Du mercure sous la langue en 2002 a reçu le Prix des libraires.
    En 2004, il a reçu le prix Saint-Exupéry (prix a son image me semble t-il ?) catégorie francophonie, à Paris, pour l'ensemble de son œuvre.
    J'ai lu de cet auteur : Le souffle de l'Harmattan (une merveille) et la mer de la tranquillité.
    C'est grâce à TS de Fabrice Vigne que je suis entrain de lire que j'ai eu envie de me replonger dans ce court texte poignant et d'une écriture magnifique. C'est un long monologue de Frédéric est un adolescent de seize ans. Il est atteint d'un cancer à la hanche. Il sait qu'il en a plus pour longtemps. À l'hôpital, il est entouré d'autres adolescents comme lui , Louis, Marie-Lou . La fin est proche pour Frédéric, mais c'est un garçon courageux .
    Il est question de la religion qu'il rejette, violemment par déception.
    " Pour moi, grand maman, ton bon Dieu est un pauvre malade mental qui s'est inventé un fils condamné à moisir dans l'impuissance de l'enfance, à renaître éternellement dans la paille dorée qu'on prend pour des rayons d'espoir" p59 et aussi "Mais c'est rien, c'est rien, ça doit être moi qui comprends rien comme à l'accoutumée, et puis c'est toi que j'aime par-dessus tout, grand-maman Emilia, je t'aime par dessus Dieu qui n'a aucune importance, et je te remercie d'être la seule qui comprend ma passion, qui demande toujours à lire mes poèmes même si peut-être tu les trouves insignifiants."


    Il évoque
    la vie, la mort, sa famille, l' amour, sur la société. Sylvain Trudel a une passion pour les mots, il aime écrire des poèmes sous le pseudonyme "poète Métastase" . "Je suis le poète Métastase et je suis très connu dans ma famille " Sylvain Trudel est le roi pour les très belles expressions ( déjà dans le Souffle de l'harmattan "un poupon tout fait d'avance " j'adore ) :
    " L' essence de la vie, c'est la vanille"
    Ce court roman est un long monologue, un message d'amour et de générosité.
    Ce livre n'est pas désespérant, sinistre, mais un magnifique hymne à la vie remplit de poésie. L'écriture est attachante et poignante.
    Un très beau petit livre, émouvant un très beau travail sur la langue comme souvent chez les auteurs francophones. Les petits livres ne sont pas forcément des livres qui se lisent vite ! et celui là en est l'exemple, c'est ce qui fait sa force, c'est un petit bijoux . C'est un livre qui marque, qui est très fort. C'est un livre émouvant et percutant. Et c'est le premier livre des Allusifs a être sorti en poche chez 10/18 en 2005.


    Je songe à un million de mystères, du mercure sous la langue, et je me demande : si je croquais le thermomètre, et si je buvais du mercurochrome, verrais-je l'autre côté des mondes ?