"31 décembre 1897
Je me regardais dans la glace tout à l’heure, et j’ai vu clairement que je serai laide, banalement, irrémédiablement laide. Voici mon portrait : un vilain teint noir, foncé, un front assez large, des sourcils noirs, jolis, bien dessinés, des yeux moyennement grands, mais d’une jolie forme, longs, mes sourcils et mes yeux sont mes seules beautés. Mes yeux sont très noirs parfois, mais ils changent et sont verts ou gris souvent. La pupille est très large. Mon nez est mince et grand, droit, mais le milieu est orné d’une légère éminence, la "bosse" des Pozzi... à vrai dire, ça n’est pas une bosse, et on ne la remarque qu’avec beaucoup de bonne volonté..."
Catherine Pozzi est née à paris en 1882 et décédé en 1934 à Paris.
Quand elle a commencé à écrire son journal, elle avait dix ans.

Ce Journal de jeunesse, assez régulièrement tenu jusqu’à vingt-quatre ans, constitue son premier écrit ; en 1906 cependant, elle clôt le flot de ses confidences et réflexions sur soi, puis après un silence de quelques années correspondant aux premiers temps de son mariage, elle reprend sa vaste entreprise autobiographique éditée sous le titre Journal 1913 - 1934.
Au-delà de la vie mondaine et facile que la petite fille menait en apparence. Elle est fascinée par son père un chirurgien célèbre. Sa mère tient un salon littéraire ou est présent le Tout Paris de la Belle époque. Son journal est merveilleux de lucidité étonnamment précoce lui permet d’analyser les variations de ses sentiments à l’égard de son entourage, de dévoiler sa souffrance devant la mésentente de ses parents et d’exprimer sa profonde révolte quant à l’éducation des jeunes filles de son temps. Excellent ressenti sur l'enfance, le rapport entre mère et fille, sur sa personne. Elle se trouvait laide. Elle parle de la souffrance, de la solitude de l'adolescence.
Son parcours, plutôt sa vie, m’a profondément touchée. Son écriture est magnifique et d'une grande maturité.
"Mercredi 2 mars 1898 : en écrivant ces pages, je ne voudrais pour rien au monde qu’elles fussent profanées par un regard indifférent, mais je voudrais qu’elles restent. Qu’elles restent, non pas comme un exemple de style - oh loin de moi cette idée ! je ne travaille pas ces lignes ; j’écris sans chercher ce qui me vient du cœur - mais comme un intéressant document psychologique sur ce que pouvait être l’état d’âme d’une petite fille, qui écrirait sincèrement, par cela même qu’elle écrirait pour elle, et qui dirait simplement tout ce qu’elle ressent, tout ce qu’elle souffre ou tout ce qu’elle pense. Je voudrais que ces livres restent, parce que je veux qu’on connaisse mieux les enfants - on ne les connaît pas : la plupart voient en eux de petits êtres frivoles incapables de penser - je veux dire aux indifférents combien un enfant peut souffrir, combien une jeune fille peut être seule."
![]() |
| John Singer Sargent |
Il est né à Bergerac (Dordogne) le 3 octobre 1846 et mort à Paris le 13 juin 1918. Membre de l'Académie de médecine et professeur à la Faculté, il fut l'un des pionniers de la gynécologie moderne.
Il s'engagea également dans une carrière politique,et il fut élu en 1898 sénateur de la Dordogne. Il fréquente les salons littéraires.
Familier du docteur Adrien Proust, il fut aussi le médecin de son fils Marcel, rencontré au cours d’un dîner donné par ses parents en 1886.
Marié à Thérèse Loth-Cazalis, parente du docteur Cazalis, il eut une fille, Catherine (née le 13 juillet 1882), et deux fils, Jacques et Jean. Elle se marie le 17 novembre 1879 avec Samuel Pozzi. Pendant vingt ans elle a tenu un salon au 10 de la place Vendôme, puis ensuite à partir de 1900 au 47, avenue d'Iena. Les invités étaient issus de milieu littéraire, médical et artistique. Son mari volage n'hésite pas à séduire ses patientes.
Sarah Bernhardt, la grande actrice Réjane et, Geneviève Straus, veuve de Bizet, fille d'Halévy, mère du grand ami de Marcel Proust . Le grand amour de Pozzi fut Emma Fischhof, fille d'un marchand de tableaux célèbre, qui partagea sa vie jusqu'à la fin.
"Mercredi 16 février 1898
Nous sommes des gens du monde, des gens chics. Le salon de Madame Pozzi est un des plus brillants de Paris. Nous habitons un appartement, Place Vendôme, qui a un loyer de 17. OOO francs, nous avons 7 domestiques : deux femmes de chambre, une bonne allemande, une nourrice (pour Jacques), une cuisinière, un valet de pied et un maître d’hôtel ; nous avons une voiture et trois chevaux que nous louons à l’année (cela revient au même prix que de les avoir à nous, mais beaucoup d’ennuis nous sont épargnés).
En entrant chez nous, on se trouve d’abord dans une grande antichambre, d’aspect assez sévère. Le salon y correspond. Le salon se compose de deux pièces réunies, une immense et une plus petite. Il est meublé avec assez de goût, tapissé d’étoffes précieuses ; sur les étagères, des bibelots rares et des statuettes ; dans une vitrine, une magnifique collection d’antiquités. Les meubles ont une grande valeur, les tableaux sont admirables, mais malgré la richesse de l’ameublement on n’y est pas plus heureux, et ce grand salon froid a vu bien des drames intimes.
C’est le jour de réception. Madame, dans une toilette exquise, fait les honneurs avec grâce (quoique ça l’ennuie terriblement). Les plus célèbres personnages viennent la voir, aussi bien que les moins connus, et il est amusant de voir une modeste femme de docteur à côté de l’écrivain à la mode, un jeune homme simplement vêtu faire la cour à la beauté de la "saison".
Parfois, au milieu de ces mondains, on voit une grande fille, à la taille trop mince, aux jambes trop longues, au corps trop plat, qui offre aimablement des tasses de thé ou de chocolat aux visiteurs de sa mère.
C’est moi. Elle s’ennuie beaucoup, cette grande fille, pourquoi a-t-elle un si charmant sourire sur les lèvres ? C’est qu’elle a déjà, hélas, ce vernis mondain, cette cuirasse d’hypocrisie polie."


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire