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JEAN RHYS : BONJOUR MINUIT

Préface de Geneviève Brisac 
Traduit par Jacqueline Bernard

Ce roman de Jean Rhys est un portrait de femme désespérée, attirée par les hommes. Sasha est une femme perdue comme les autres héroïnes de Jean Rhys, qui fréquente les cafés.
Sasha loge dans une  chambre d’hôtel bon marché dans une impasse à Paris. Elle erre toute la journée entre Montparnasse et Saint-Germain-des-Prés, s’arrêtant selon l’heure dans des cafés, des restaurants.
Elle a vécu vingt ans plus tôt un grand amour  avec  Enno et cela fut une déception amoureuse,  elle a perdu un bébé, a occupé divers emplois incertains. Elle évite les rues et les cafés d'autrefois, mais elle est rattrapée par le passé. Elle accueille les rencontres que lui propose le Montparnasse d'avant-guerre. elle accueille même, avec un mélange d'agressivité et de désespoir, ce jeune homme rencontré au dôme - et qu'elle appelle "le gigolo" - qui la prend pour une riche anglaise à cause de son manteau de fourrure. elle sent revivre son coeur d'autrefois mais, incapable de vivre comme de mourir, elle ne trouvera d'issue que dans une dernière parodie d'amour.
" Pleurer à cause d'un chagrin d'amour, et puis, juste après pleurer parce que ce serait bien d'avoir une robe neuve. Les microscopiques mouvements de nos âmes puériles, elle n'en cache rien, tant pis pour ceux que ça dérange, c'est ainsi que nous sommes , je ne crois en l'humanité, dit souvent Jean Rhys, je ne crois qu'à l'amour, et en plus je déteste les sermons." Geneviève Brisac

En lisant Jean Rhys j'ai trouvé que sa sensibilité littéraire est proche de celle de Violette Leduc.
Jean Rhys décrit avec des petites phrases courtes et une grande économie de mots la détresse de cette femme qui aurait voulu avoir une vie normale, convenable et qui ne ressent que de la honte. Un roman très touchant et très autobiographique écrit par une romancière peu prolixe, redécouverte dans les années soixante en Grande-Bretagne et qui est désormais un classique du XXème siècle.
Ce titre de Jean Rhys vient de ressortir chez Denoël collection empreinte avec une préface de Fanny Ardant. 

JEAN RHYS : Quai des Grands-Augustins

Traduit  par Jacques Tournier

Julia Martin, une anglaise de trente-six ans, est abandonnée par son amant. Elle quitte son amant Mr Mackenzie, elle s'installe  dans  un petit hôtel parisien de la rive gauche. 
C'est un personnage de femme meurtrie, l'on retrouve le même climat que dans " Voyage dans les ténèbres. " Ce roman évoque l'angoisse, la solitude, le manque d'argent. L'ambiance qui règne dans ce roman est lourde bien sûr mais elle croit à la vie " La fenêtre était grande ouverte sur le jardin. La pièce était inondée de soleil, qu'une sorte d'éclat gris vint assourdir, avant d'être brusquement envahie par les ombres. "Vivre est tellement doux, tellement agréable, oh ! oui, tellement agréable."Elle demande de l'aide à sa famille en retournant à Londres. Et là elle rencontrera peut-être un type qui lui donnera un peu d'argent. Elle revoit sa mère mourante :" Julia était assise, et elle se souvenait qu'elle avait adoré sa mère, dans sa petite enfance ; que sa mère avait représenté le centre du monde, et la chaleur du monde ; qu'elle avait adoré regarder sa mère se brosser les cheveux , qu'elle gardait très longs, et c'était vers ces cheveux qu'elle tâtonnait, lorsqu'elle avait soif de chaleur, ou soif de caresses ..." " Et cette mère, qui avait été le centre du monde, s'était lentement transformée en une femme sévère, austère, assez lourde, qui avait des ennuis, et vous giflait sans qu'on sache pourquoi. " Les rapports complexes entre une mère et sa fille. 
Mais doit elle vivre à Paris ou à Londres ? 
L'écriture de Jean Rhys saisit le lecteur, une chape de plomb pèse sur les frêles épaules de Julia. J'ai été véritablement transi par l'écriture de Jean Rhys encore une fois. 
Complément voir chez Une lyre à la main.

Lu dans le cadre du challenge d'Anis et de Titine (Londres)

JEAN RHYS : Voyage dans les ténèbres

Traduit par René Daillie
" Pour commencer, l'Angleterre me déplut. Je ne pouvait m'habituer au froid." Anna Morgan, dix-huit ans, quitte la Dominique dans les Antilles pour s'installer en Angleterre. Son père est décédé, Hester Morgan sa belle-mère vit en Angleterre et elle s'est occupée d'elle. À Londres, elle rencontre Walter Jeffries, un homme riche et plus âgé, qui l'entretient. Alors qu'elle est amoureuse et espère le mariage, Walter, lassé, la quitte. L'argent lui manque terriblement ainsi que la solitude, Anna s'accroche au passé, elle est bercée par cette nostalgie son l’enfance antillaise, le déracinement. Anna est une fille largué perdue, elle se sent seule, elle ne trouve pas sa place dans la société londonienne. Tout le roman est basé sur le froid et le chaud. "Être noire c'est chaud et gai, être blanche c'est froid et triste." C'est aussi un roman qui sent la misère et la tristesse. Elle se réfugie souvent dans l'alcool pour s'oublier, le whisky-soda, le rhum, le mauvais vin ... La froideur de Londres s'oppose à la chaleur des Antilles. "(Froide - froide comme la vérité, froide comme la vie. Non, rien qui puisse être aussi froid que la vie. )" " Voyage dans les ténèbres" est basé sur la désillusion, la folie, aux accents semi-autobiographiques. Ce livre est pour moi une relecture ( je ne m'en souvenais plus trop), je l'avais lu il y a quelques temps ainsi que "Quartuor".