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MARY BETH KEANE : La cuisinière

Traduction Françoise Pertat

C'est grâce à Lou que j'ai découvert ce roman, c'est son billet qui m'a vraiment donné envie de découvrir le destin de cette femme.
" Ils pensaient qu'elle était contaminée et que la typhoïde se transmettait de ses mains à la nourriture qu'elle servait. Le fait qu'elle n'ait jamais été malade un seul jour de sa vie était sans intérêt."
Mary Mallon, une jeune immigrée irlandaise courageuse et arrivée seule à New York à la fin du XIXe siècle. Elle cuisine  dans toutes les maisons bourgeoises où elle est employée, les gens contractent la typhoïde, et certains en meurent.
 Pourtant et c'est très étrange, Mary, de son côté, ne présente aucun symptôme de la maladie. Mais, Mary doit se soumettre à des examens médicaux et la voilà mise en quarantaine à l'hôpital de North Brother Island aux côtés de patient tuberculeux. Elle se sent en pleine forme. 
Des médecins finissent par s'intéresser à son cas, mais la cuisinière déteste qu'on l'observe comme une bête curieuse et refuse de coopérer. " Même en dehors de la blanchisserie, elle sentait que les gens se reculaient devant elle ces derniers temps, on lui cédait le passage d'une façon particulière." Les autorités sanitaires, qui la considèrent comme dangereuse décident de l'envoyer en quarantaine sur une île au large de Manhattan.  Mary Mallon est une  femme indépendante,  courageuse, elle se bat pour  sa liberté...

Ce roman retrace le destin incroyable  de Mary Mallon. " La cuisinière" est un roman passionnant à découvrir ! 

EMMANUEL CARRÈRE : D' autres vies que la mienne

En 2004, Emmanuel Carrère est au Sri Lanka au moment du Tsunami. 
 " Un instant plus tôt la mer était étale, un instant plus tard c'était un mur aussi haut q'un gratte-ciel  et qui tombait sur lui."Il se trouve en compagnie de sa fiancée Hélène et de leurs fils Jean Baptiste et Rodrigue.  Hélène et Emmanuel font la connaissance d'un couple de français Jérôme et Delphine. Ils viennent d'apprendre qu'ils ont perdu  leur petite fille Juliette. 

En rentrant à Paris, ils apprennent que Juliette, la sœur d'Hélène, mère de trois petites filles, est en train de mourir d’un cancer. Elle était juge d'instruction  à Vienne "un grand juge" dira son ami Etienne Rigal handicapé.

 " Le lendemain, au petit déjeuner, elle (Hélène dont il est question) a ri, vraiment ri, et m'a dit : je te trouve drôle. Tu es le seul type que je connaisse capable de penser que l'amitié de deux juges boiteux et cancéreux qui épluchent des dossiers de surendettement au tribunal d'instance de Vienne, c'est un sujet en or. En plus, ils ne couchent pas ensemble et, à la fin, elle meurt. J'ai bien résumé ? C'est ça, l'histoire  ? "


Les histoires s'emboîtent comme des poupées russes.  Emmanuel Carrère s'est complètement approprié l'histoire d'autres personnes qu'ils ne connaît pas pratiquement.  Il fait un lien avec ses autres romans. Un livre saisissant, bouleversant,  et qu'il se lit en apnée. Comme il le dit très bien ses récits son un guide sur "le dur et difficile métier de vivre", sur la fragilité de nos vies. Une belle et enrichissante lecture moi qui n'avait pas tellement aimé son "Roman Russe". 

REZVANI : L'Éclipse



Le moment est arrivée pour découvrir ce texte douloureux dédié à l'être aimée, chérie. Lula la femme de Serge Rezvani lui a donné un sens à sa vie, entre eux c'était l'amour fou sans concession à la Béate, la maison idyllique de la Garde Frenet. Puis badaboum en ce jour du 11 août 1999, c'est le jour de l'éclipse, c'est le point de départ, la perte de mémoire total pour Lula. Elle bascule dans la perte de la mémoire grave, sans qu'elle sent rend compte. " Tu vois, m'avait-elle dit, joyeuse, en sortant de chez le neuropsychiatre, j'étais sûr qu'il ne me trouverait rien et que je suis en parfaite santé ! Qui n'a pas de pertes de mémoire ? Je suis comme tout le monde".! Était-il possible qu'elle ne soit pas rendu compte à quel point les test avaient été déplorables ?" Elle sombre dans "la folie" la vrais, elle a des hallucination. La vie devient une grande douleur pour celui qui l'aime, elle devient cruelle, difficile, terriblement difficile à l'accepter, cette terrible maladie qui est Alzheimer comment voir l'avenir. Vivre dans l'instant présent et encore, l'avenir, le futur bien sûr n'existe pas. " Quel rôle terrible il me faut tenir avec une malade qui ignore sa maladie ... et surtout qui prétend avoir raison contre tout et tous !"" Cette vie ensemble ouverte, inattendue, une vie dont chaque instant provoquait notre émerveillement ! C'étaient nos années soixante ! " les Années Lula. Cette vie nouvelle à cause de la maladie déforme le regard de l'auteur, elle lui prend toute son attention, le dévore. Il essaye de comprendre l'être aimé. La maladie de sa femme lui rappelle le cancer de sa mère, sa souffrance. "un besoin fou de sortir de ce huis clos qui m'a ramené brutalement à celui assez semblable que j'avais connu enfant auprès de ma mère dévorée par le cancer...". La pauvre Danièle, Lula prend son mari pour sa mère. Elle redevient enfant. Le quotidien est dur à vivre, il devient violent très violent. L'envie de vivre est là sans espoir !
Très beau passage qui a retenu mon attention . Elle regarde La Ruée vers l'or de Charlie Chaplin "Aussitôt, le noir et blanc capte son regard. "Tien, je reconnais ", dit-elle. "Oh , je connais bien !- Tu crois ? dis-je, retenant mon souffle. Te souviens-tu du titre de ce film ?- Le titre non mais j'ai vu ça au moins quatre fois", dit-elle, accaparée par les premières images plus que par leur sens, je m'en rends vite compte."p166

J'aime beaucoup le style pudique de Rézvani. J'ai très envie de relire cet auteur.
Livre lu par Cathe, écouté son témoignage ici

Il est l'auteur de la célèbre chanson que chante Jeanne Morreau "J'ai la mémoire qui flanche" sous le pseudonyme de Cyrus Bassiak. En 1961, il participe au film de François Truffaut : Jules et Jim, en composant la chanson Le Tourbillon interprétée par Jeanne Moreau.

MARIE LABERGE : La cérémonie des anges


Ce roman me  vient directement de Québec, c'est mon oncle qui habite là bas qui me la apporté lors de son séjour en France au mois d'avril.

Avec ce livre là, Marie Laberge aborde un thème douloureux pour un couple la perte d'un enfant. Thème beaucoup traité dans la littérature française contemporaine, dernièrement et qui a fait couler beaucoup d'encre, il y a eu le livre de Camille Laurens, Marie Darrieussecq, Laurence Tardieu etc... J'en ai lu aucun de ces romans qui parlent de la perte d'un enfant, car je trouve que c'est un sujet où , l'émotion facile est malsaine, larmoyante, voir mélo bien souvent.

Dans ce livre québécois la force du livre est dans sa structure à deux voix celle de Nathalie et de Laurent. Ce sont les parents de la petite Erica, morte subite du nourrisson à neuf semaines. Nathalie et Laurent vont tenir un journal chacun de leur côté, pour essayé de reprendre goût à la vie. Donc c'est un roman à deux voix très différentes l'une de l'autre surtout dans un premier temps, Nathalie comédienne essaye d'extérioriser sa tristesse par le travail, et la colère. Car elle exerce un métier de représentation, elle doit paraître et ne laisser voir son malheur, donc retenir ses émotions.

"Extrêmement délicats qu'ils sont, ici : il y a l'aile-naissance, l'aile-récupération et l'aile-des-mourants ou des morts. Ils appellent ça le palliatif. C'est nouveau, ça fait moins peur aux proches, y paraît. Pour les mourants, pas de différence. Anyway, y ont beau essayer de tout mettre en ordre, ça arrive qu'il y ait des croisements indésirables entre les ailes."
Alors que Laurent, intériorise ses sentiments, essaye de comprendre pourquoi ?
" Pourquoi un bébé meurt-il dans son sommeil sans appeler, sans faire un son ? Pourquoi la nuit et le silence deviennent-ils des ennemis ? Pourquoi l'aube prend-elle des allures de fausse promesse chaque fois qu'elle se présente sans qu'il y ait une couche à changer, un bébé à porter à sa mère ? Pourquoi les petites heures que vole au cauchemar du réel sont-elles remplies de hurlements qui m'éveillent en sueur ?"Dans un deuxième partie, Rémi l'ami de Nathalie et Laurent est atteint du sida. Sa maladie rapproche le couple qui s'est séparée. Nathalie s'occupe de Rémi, très fragile comme si il était un enfant. Nathalie change de ton , elle pense plus à son enfant disparu, son ange. Elle est plus fragile. La typographie, petit caractère, Nathalie évoque son enfant en chuchotant, voix intérieur, elle intériorise, ses sentiments.
" C'est ma fille
pour la deuxième fois en deux jours, j'ai hurlé"
P194 , passage admirable de Nathalie toute une page en petit caractère dédié à sa fille, c'est d'une grande beauté, une preuve d'amour envers son enfant, la douleur d'une mère exprimée, magnifique. Mais elle se souvient de moment tout simple comme le bain avec elle. Rémi dans cette deuxième partie vit sa vie affective avec plus de légèreté.


Cela donne un livre magnifique d'émotion qui nous serre la gorge. Un très beau récit sur un sujet délicat, voir très délicat et traité avec une grande élégance et intelligence.
Un livre poignant, bouleversant, prenant, d'une grande puissance émotionnelle. Un livre qui nous colle, qui nous ensorcelle, présent dans notre mémoire. J'aime le motif de l'ange pour évoquer la mort du nourrisson. J'admire l'écriture vivante de Marie Laberge, la force de son écriture du au joual certainement. Ce couple de papier d'invention de l'auteure, j'ai le sentiment qu'il existe de chair et de sang, de les connaître.