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YASUSHI INOUÉ : Une voix dans la nuit

Coup de coeur !!!!

Traduction Catherine Ancelot

"-Il s'agit de mettre au monde une vie qui a droit au plus grand respect." " Comment chanter la vie quand on n'éprouve plus ni chagrin ni regret en face des morts ? Considérer la mort avec désinvolture ou traiter la vie à la légère, c'est tout comme." 

Kyôshirô, un retraité paisible, est féru d'ouvrages littéraires anciens, sa bibliothèque est reconnue par ses pairs. Il se rend à Tokyo où il loge chez un de ses deux fils marié et père d'une petite fille de deux ans et demi, Sayuri, de là il pourra se rendre dans un grand magasin où une vente de textes anciens est organisée, vente courue par les professionnels et les passionnés comme Kyôshirô. Cette fois, ce ne sont pas des livres anciens qu'il achète mais une paire de chaussons rouge pour sa petite-fille. Peu habitué à la circulation dense de Tokyo, il laisse tomber les chaussons et en voulant les ramasser il se fait renverser par une voiture. Il sort de l'hôpital après cinq jours, réside chez son fils qui remarque que son père est très perturbé depuis le choc de l'accident. Kyôshirô s'enfuit en emmenant Sayuri et, avec une jeune fille et un chauffeur de taxi ils vont sillonner le Japon ... Kyôshirô fuit ses démons imaginaires que sont la modernité et l'agitation des humains, il vit cette errance, fuite de la civilisation, en reconnaissant les lieux à l'évocation de poèmes écrits dans le Manyô-shû. 

Ce roman traînait dans ma bibliothèque,j'ai été ébloui par cette lecture magnifique,  même si je connaissais déjà l'écriture d'Inoué. Mais cela faisait une éternité que je n'avais pas lu un si beau roman. Un roman qui respire la vie ! 
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DAI SIJIE : Balzac et la Petite Tailleuse chinoise

"Deux mots sur le rééducation : dans la Chine rouge, à la fin de l'année 68, le Grand Timonier de la Révolution le président Mao, lança un jour une campagne qui allait changer profondément le pays : les universités furent fermées et "les jeunes intellectuels" c'est-à-dire les lycéens qui avaient fini leurs études secondaires, furent envoyés à la campagne pour être "rééduqués par les paysans pauvres. "
Dans la Chine de Mao dans les années 70,  La Révolution culturelle a exilé dans la montagne deux adolescents Luo et le narrateur. La vie est rude et laborieuse. 
Pour ne pas sombrer, ils ont heureusement encore quelques histoires, quelques films à se raconter, mais cela fait bien peu. Jusqu'à ce que, par miracle, ils tombent sur un roman de Balzac : petit livre à lire en cachette, tellement dangereux, mais tellement magique, qui changera le cours de leur vie en leur ouvrant la porte de la fille du tailleur, en rendant possible ce qui ne l'aurait jamais été... Il fallait oser confronter le monde de Balzac et la Chine de Mao. 

"Nous nous approchâmes de la valise. Elle était ficelée par une grosse corde de paille tressée, nouée en croix. Nous la débarrassâmes de ses liens, et l'ouvrîmes silencieusement . A l'intérieur, des piles de livres s'illuminèrent sous notre torche électrique ; les grands écrivains occidentaux nous accueillirent à bras ouverts : à leur tête, se tenait notre vieil ami Balzac, avec cinq ou six romans suivi de Victor Hugo, Stendhal, Dumas, Flaubert, Baudelaire, Romain Rolland, Rousseau, Tolstoï, Gogol, Dostoïevski, et quelques Anglais : Dickens, Kipling, Emily Brontë ... Quel éblouissement ! Il referma la valise et, posant une main dessus comme un chrétien prêtant serment, il me déclara :
- Avec ces livres, je vais transformer la Petite Tailleuse. Elle ne sera plus jamais une simple montagnarde."

Ce roman est un hymne à la liberté et à la puissance des mots. Le passage où Luo et son ami essaye de voler la valise de livres  au Binoclare ne  manque pas d'humour. C'est un roman initiatique, très sensuel, la sensation de liberté est très bien décrite, dans un contexte historique précis: celui de la révolution culturelle de Mao en 1971.   Tout simplement un petit livre  qui se lit agréablement. 

YOKO OGAWA : le musée du silence





Traduit par Rose-Marie Makino Fayolle


Un jeune muséographe vient d'entrer en fonction dans un manoir aux confins du monde. Sous la direction d'une vieille femme plutôt étrange, il devra recenser, agencer, mettre en scène une véritable collection d'objets, de reliques du quotidien, de vestiges d'une intimité disparue et pourtant soutirée depuis des années aux défunts du village voisin.
"- J'ai décidé, chaque fois que quelqu'un meurt au village, de me procurer l'objet qui caractérise au mieux la personne."
Empreintes du temps qui passe, variations autour de la mémoire, le devoir de mémoire, les souvenirs, l'oubli... Collecter l'objet d'un défunt pour lui éviter l'oubli total.Un objet résumé d'une vie.
Aucun personnage n'a de prénoms et de noms, nous ne savons pas non plus quand à lieu cette histoire à qu'elle époque. L'univers de ce roman est étrange, fantastique, un peu roman policier.
Il m'a rappelé la lecture d'un autre roman de Yoko Ogawa :
L' Annulaire. L'ambiance est pesante, oppressante, les bruits semblent absorbés, les personnages étrangement résignés. Yoko Ogawa fait un parallèle très intéressant entre le silence des morts et celui du monastère, le silence religieux intérieur.
" - Ce n'est pas tabou de parler à l'intérieur du monastère ? questionnai-je
- Il n'est absolument pas interdit de bavarder. Les gens de l'extérieur ou les novices comme moi parlent. Les prédicateurs sont à la recherche du silence, pas de l'interdiction de parole. Le silence doit exister en nous, pas autour. 
C'est vraiment un très beau roman que ce musée du silence, qui nous emporte dans un univers hors du temps. " 
Je vous invite à lire un billet très intéressant ici.

MISHIMA YUKIO : La musique

Traduit par Domique Palmé

"Son visage baigné de larmes était d'une pâleur à faire peur, ses cheveux emmêlés flottaient comme des algues autour de ses tempes, et l'espace d'un instant j'ai surpris, en cette femme si moderne, le fantôme de ces "noyées" dont parlent les folkloristes."
Le docteur Shiomi, spécialiste de la psychanalyse, reçoit dans son cabinet une jeune femme d'une grande beauté, Reiko, qui se plaint de ne "plus entendre la musique". "Fallait-il voir uniquement dans "la musique "un beau symbole de l'orgasme ? N'y avait-il pas plutôt, entre la "musique" telle qu'elle l'évoquait et l'orgasme qu'elle désirait ardemment, quelque lien symbolique caché, difficile à saisir ?"

Elle cherche à évoquer la frigidité qui la touche et dont elle se sent en quelque sorte coupable, notamment vis-à-vis de Ryûichi, son compagnon. Le docteur Shiomi analyse cette femme, avec un plaisir non dissimulé. Reiko est à la fois une mythomane et une femme l'hystérique. Shiomi doit croire : ces histoires qu'elle raconte sur son enfance, ses traumatismes, ses rêves, son obsession des ciseaux et des symboles phalliques qu'elle semble multiplier à dessein, sont-ils la vérité, ou Reiko les a-t-elle inventés pour mieux brouiller les pistes, consciemment ou non ? Le docteur Shiomi, doit démêler le vrai du faux. Il se trouve véritablement face à une patiente peu ordinaire... Un jeu de chat et de souris se met en place.

Le ton de ce roman fait penser à un roman policier, le docteur Shiomi doit enquêter sur qui est Reiko ? Il y a beaucoup du humour. J'ai aimé le personnage de Reiko à la fois attachant et fascinant.


Je vous invite à lire le billet de MatooBlog : "Ce roman m’a beaucoup surpris par son thème, son histoire, mais aussi par le fait que ce soit un livre nippon de 1965. En effet, le livre raconte raconte l’analyse d’une femme frigide, et la presque enquête que mène son psychanalyste afin de résoudre les problèmes de sa patiente. Il s’agit donc à la fois d’un livre éminemment documenté sur la psychanalyse, mais aussi qui évoque la sexualité sans réelle pudeur ou métaphore. Que des choses qui me surprennent pour un roman japonais de cette époque, mais je suis certainement trop dans les clichés…" Je suis assez d'accord avec lui c'est un roman assez surprenant. Contrairement à lui j'ai beaucoup apprécié ce roman pour son ton, son écriture que j'ai trouvé séduisante et originale.



PHILIPPE FOREST : SARINAGARA

monde de rosée
c'est un monde de rosée 
et pourtant pourtant
Kobayashi Issa

L'énigme du mot sarinagara est l'objet du roman qui unit trois histoires :
* Kobayashi Issa (1763-1827), le dernier des grands maîtres de l'art du haïku.. " À cela, il y avait toutes sortes de rasons dont j'avais parlé dans mes livres, qui tenaient à a mort de notre fille et à l'entreprise sans espoir à laquelle je m'étais moi-même voué de rester infailliblement fidèle à une expérience dont j'aurais dû savoir depuis le début qu'elle ne pouvait conduire à rien de sensé. "Il meut à l'âge de soixante quatre ans. "Qu'est-ce qu'une vie ?" " Que sait-on, au fond, d'une vie ? "
Sarinagara veut dire en japonais "cependant" c'est le dernier mot d'un des plus célèbres poèmes de la littérature japonaise de Kobayashi Issa .
* Natsume Sôseki (1867-1916), l'inventeur du roman japonais moderne. "Qu'y a-t-il dans un nom ?" Sôseski naît dans un monde de changement à Edo qui devient Tokyô." Sôseki est le contemporain d'une grande révolution culturelle dont nous ne savons rien et qui rêve de renommer le monde." Il est un passionné de littérature britannique qu'il enseigne. Il séjourne en Angleterre, il en profite pour parcourir l'Europe. Il est contemporain de Proust. 

* Yamata Yosuke (1917-1966), qui fut le premier à photographier les victimes et les ruines de Nagasaki.

Ces trois vies rêvées forment la matière d'un quatrième roman qui interroge à son tour la manière dont un individu peut parfois espérer survivre à l'épreuve de la vérité la plus déchirante. Le fil conducteur du roman est très personnel, c'est celui de la mort d'un enfant. La mort au Japon symbolise l'espoir, l'ouverture : cependant rien n'est définitif la vie continue.  Philippe Forest entraîne avec lui le lecteur de Paris à Kyôto puis de Tôkyô à Kôbe, lui faisant traverser le temps de l'existence et celui de l'Histoire.

Un roman ? Pas réellement, en tout cas un ouvrage original d'une grande poésie, d'un grand apaisement sur le temps et l'oubli, la perte de soi survit grâce à la littérature. L'écriture est fluide et agréable à lire . Un ouvrage passionnant où le lecteur apprend beaucoup sur le Japon et avant tout sur l'écriture, il donne envie de découvrir ou redécouvrir la littérature japonaise et de lire Sôseki entre autre. Ce livre est une très belle découverte, très agréable surtout, je m'y attendais pas du tout ! Dans un vieil article consacré à cet ouvrage voilà ce que je lis : "Il est des livres dont on ose à peine rendre compte de peur d'abîmer l'extrême délicatesse qu'ils mettent à dissoudre la gravité de leurs enjeux dans une apesanteur poétique."

HARUKI MURAKAMI : La Ballade de l'impossible

Traduit par Rose-Marie Makino-Fayolle

J'avais lu, il y a quelques années avec Au sud de la frontière à l'ouest et j'avais été sous le charme. 

Au cours d'un voyage en avion, Wanatabe, entend la chanson des Beatles : Norwegian Wood. C'est chanson le ramène en arrière quand il était étudiant à Tokyo de 1968 à 1970, le voilà plongé dans ses souvenirs de jeunesse. Il repense à son meilleur ami, Kuzuki, a son suicide. Il a marqué Naoko, et Wanatabe la retrouve. Elle a été très affecté par la mort de son petit ami Kuzuki . " J'avais un copain avec lequel je m'entendais bien qui s'appelait Kizuki (en fait c'était mon seul véritable ami), et Naoko était sa petite amie. Il se connaissaient depuis l'enfance presque depuis le berceau, puisqu'ils habitaient à deux cent mètres l'un de l'autre." Il formait un trio très soudé. Le thème de la mort va prend place dans tout le roman sous forme de questionnement.

"LA MORT N'EST PAS LE BOUT DE LA VIE
ELLE FAIT PARTIE"
" Pendant la dizaine de mois qui s'écoulèrent entre la mort de Kizuki et la fin de mes études secondaires, je fus incapable de trouver ma place dans le monde qui m'entourait. " Les japonais ont un rapport très particulier à la mort, il y a un taux de suicide impressionnant au Japon. Kizuki était un garçon intelligent, brillant tout comme la sœur de Rieko qui s'est suicidée jeune. Naoko se repose dans une institution pour se reconstruire où elle a fait la connaissance de Rieko (femme plus âgée), elles sont bien dans cette institution. Elles sont comme dans un cocoon car la vie normal, le dehors est agressif. Wanatabe va leur rendre visite dans cette maison de repos , il forme un trio comme au temps de Kizuki. " Quand il pleut de cette façon, j'ai l'imprssion que nous sommes tous les trois seuls au monde, dit Naoko. Si la pluie ne s'arrêtait pas, nous pourrions rester ainsi indéfiniment."
Une sensation de flottement se dégage dans l'écriture d'Haruki Murakami, de douce mélancolie. La pluie joue un rôle c'est la note mélancolique. C'est pas un roman d'une grande gaieté, non mais j'ai été séduit voir envoûté par l'écriture. J'ai trouvé ce roman vraiment bien, un plaisir de lire d'être happée par ma lecture. Même si il ne se passe pas grand chose, il est certain, ces jeunes cherchent à donner un sens à leur vie, ils sentent seules, attirés par un sentiment de vide c'est comme cela que je le perçois. J'ai aimé la bande son de ce livre, la référence au Beatles et à la musique des sixities, le piano et la guitare avec Rieko.
C'est un roman très japonais ouvert sur l'occident. C'est un roman initiatique pour Wanatabe il doit grandir et devenir adulte.
Un roman en partie autobiographique, la littérature tient une grande place, entre autre Fitzgerald. J'ai relevé un passage intéressant pour deux raison, la première il montre l'attachement pour laquelle l'auteur Haruki Murakami enfin le narrateur, a pour la lecture. Mais la deuxième raison concerne pourquoi nous, lecteurs, aimons lire. Est ce pour le plaisir de dévorer les livres ? " Je lisais beaucoup, mais contrairement au lecteur qui dévore une quantité de livres ,"ou Est ce pour s'imprégner de la lecture d'auteurs pour lesquels nous avons de l'affection ? " Les auteurs que j'aimais alors s'appelaient Truman Capote, John Upike, Scott Fitzgerald, ou Raymond Chandler, mais en classe comme au foyer, je ne trouvais personne aimant lire ce genre de roman."

YASUSHI INOUÉ : KÔSAKU


Traduit par Geneviève Momber-Sieffert

J'ai lu il y a très longtemps, quand j'étais adolescente Inoué.
Le Fusil de chasse et Histoire de ma mère. J'adore sa plume généreuse et si subtile.
Yasushi Inoué nous décrit un monde, un japon d'autrefois du début du XXème siècle. Kôsaku est un enfant élevé par la vieille Onui qui n'est autre que la maîtresse de son arrière-grand-père. Il vit à la campagne dans le petit village de Yu-ga- Shima. Ses parents habitent la ville, sa mère Nanae (une femme pas facile) décide de le reprendre.
L'auteur évoque le quotidien de Kôsaku de son rapport avec les autres personnes de sa famille et ce n'est pas facile tous les jours. C'est un joli roman qui tourne autour de l'importance de l'éducation.
Oui, surtout un passage vers la fin Kôsaku décide de prendre un bain avec les femme exactement comme le narrateur de camping quand il va au hamman il se dirige naturellement chez les femmes.
Voilà un roman très agréable à lire et très reposant. J'ai eu une grande tendresse envers Kôsaku, un enfant fort de onze ans attachant. il n'a pas la vie facile son entourage est parfois cruel. 
Mon petit doigt me dit que c'est un roman assez autobiographique en tout cas je l'imagine assez ! En un mot très beau roman épuré et très agréable à lire.

STÉPHANE FIÈRE : Double bonheur

Ce livre a reçu le Prix de l'Inaperçu le 12 mai 2011


" Écrire, dira notamment Laurent Prégisquet, c'est offrir à l'autre, le lecteur, le pouvoir de rêver, nous sommes les récipiendaires d'un mandat, d'un mandat de bonheur, je pèse mes mots, et la littérature, miroir de l'esprit, symbolise la liberté ultime de la condition humaine."

Francois Lizeaux est interprète officiel au consulat de France de Shanghai. Être traducteur s'est être invisible et disponible à tout moment, difficile pour lui d'obtenir un moment à soi, corvéable à merci, il découvre au fil de ses missions, l'univers sans gloire des expatriés. Mais, il est jeune, il a vingt-cinq ans, il ne peut pas faire le difficile Il a l'intention de se faire une place au sein de cette ville. " Je n'étais quand même pas venu ici uniquement pour le plaisir de travailler vingt-quatre heures sur vingt-quatre sept jours sur sept." Il tombe immédiatement amoureux de la très belle An Lili . Elle est rédactrice en chef adjointe Modes. Petit à petit, il se sent devenir un vrai Chinois et veut oublier sa vie d'avant. Il se sent entre d'eux mondes, deux cultures, deux langues François va surtout découvrir la société chinoise à travers ses rencontres consulaires en premier lieu.
" tu aime la Chine Li Fanshe, le pays de tes vraies racines, ta patrie de cœur et elle te le rend au centuple sans rien te demander en échange mais l'aimer cette patrie c'est aussi l'aider, lui rendre service, se dévouer pour elle, dès que possible, à la première occasion, pense don de soi, devoir moral, mission sacrée, tu comprends ?"
En Chine, aujourd'hui tout tourne autour de l'argent. La société chinoise, communiste, aime l'argent qui a le sens des affaires. C'est dans une Chine moderne que nous emmène Stéphane Fière. Il va se défaire de ses origines, pas plus qu'il n'est aisé de se fondre dans la culture de l'autre, au risque de se perdre. « Double bonheur » met en scène les rapports entre la France et la Chine à l’heure de la mondialisation. Une fois que l'on a refermé ce roman de nombreuses questions se posent :
Peut-on renier ses racines et sa culture ?
Adopter la culture de l’autre permet-il d’être accepté à part entière ?

Je trouve ces questions très intéressante car elles poussent à réfléchir sur nous et son rapport avec l'autre.

J'ai un gros coup de cœur pour ce roman très original, d'une grande richesse, en un mot un livre rare. Roman passionnant agréable a lire car il y a de l'humour, de la vie. Ce roman est tellement riche que je suis passée surement à côté de certaines subtilités qui m'ont échappées. J'aime l'ouverture vers l'autre, en particulier en direction du soleil levant c'est tellement rare et surtout quand c'est écrit en français et .... aussi en chinois, et oui !!!!!


Pour moi ce roman est un énorme coup de cœur c'est le plus beau livre lu en cette année 2011 !

HARUKI MURAKAMI : Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil

Traduit par Corine Atlan

Une très belle découverte, un grand plaisir de lecture. Dans ce livre il est question de cœur, et d'amour entre un homme et femme. Shimamoto-San personnage énigmatique, étrange. Hajime l'a connu quand ils avaient douze ans et ils se retrouvent une fois adulte. Le lecteur comme Hajime nous savons rien sur cette magnifique femme. J'ai aimé cette ouverture que nous offre Haruki Murakami, car elle fait marcher notre imaginaire, un mystère plane autour de ce personnage cela m'a plu. La seule chose que nous savons c'est qu'elle a perdu un enfant.
Le jazz ,Nat King Cole, "star-crossed-lovers"de Duke Ellington c'est la bande son de ce roman, puisque cette musique tient une grande place dans ce roman tout comme l'importance de l'eau : la pluie, le fleuve, la piscine. Justement, à chaque fois que Shimanto-San vient voir Hajime dans le club de jazz il pleut, effet systématique assez jolie qui apporte un rêve, un effet irréel. " Au début de février, elle revint enfin à nouveau par une nuit pluvieuse."
Beaucoup de retenue des sentiments comme l'on retrouve chez les japonais. Il est question aussi de la notion du temps qui passe et de la remise en question des choix de vie. Mais, c'est avant tout, un livre d'ambiance sensuel et jazzy .
" Exactement comme autrefois. Autrefois , elle s'asseyait ainsi pour que je ne voie pas ses jambes, et peut-être cette habitude lui était restée, même maintenant qu'une opération l'avait guérie de son handicap. Nat King Cole chantait South of the Border, " Au sud de la frontière". Il y avait bien longtemps que je n'avais pas entendu ce morceau."

Un beau livre qui me donne envie de lire d'autres livres d'Haruki Murakami.

PS : Beaucoup de lecteurs de ce livre disent, regrettent : "Le manque de Japon" je ne comprends pas très bien que les uns et les autres entendent par cette expression. Je ne suis pas une spécialiste de la culture japonaise loin de là, mais j'ai vu pas mal de films japonais. Et à la lecture de ce livre surtout concernant le début j'ai pensé à l'univers des films d'Ozu (cinéaste du quotidien, du rapport entre les hommes et les femmes). La retenue des sentiments est très asiatique (japonais) me semble t-il , tout comme l'érotisme ? Concernant la relation entre Shimanto-San et Hajime j'ai pensé au très beau film de Wong Kar-Wai (chinois) In the mood for love.