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Françoise FRENKEL : Rien où poser sa tête

Un roman mystérieux qui se déroule pendant la seconde guerre mondiale. Un magnifique témoignage d'une femme courageuse. 
En 1921, Françoise Frenkel est une jeune juive polonaise. Elle est  passionnée par la langue et la culture françaises, fonde la première librairie française de Berlin "La Maison du Livre".
Rien où poser sa tête raconte son itinéraire, elle est obligée de fuir 'Allemagne en 1939 après la prise de pouvoir d'Hitler, elle gagne la France où elle espère trouver refuge. 
Elle va réussir à passer clandestinement la frontière suisse en 1943. Elle  dresse un portrait saisissant de la France du début années quarante. De Paris à Nice, elle est témoin de la violence des rafles et vit sans cesse menacée. Tantôt dénoncée, tantôt secourue, incarcérée puis libérée, elle découvre une population divisée par la guerre dont elle narre le quotidien avec objectivité.

Rien où poser sa tête, soixante-dix ans après sa publication en 1945 à Genève, conserve, miraculeusement intactes, la voix, le regard, l'émotion d'une femme, presque une inconnue, qui réussit à échapper à un destin tragique. J'ai aimé les première pages où elle évoque son goût pour les livres, sa passion pour ouvrir une librairie. 
Un roman bouleversant chargé d'émotion qui m'a beaucoup séduite dans la lignée des romans de Modiano. 

MARCELINE LORIDAN-IVENS : Et tu n'es pas revenu

 Un récit écrit avec Judith Perrignon

« J’ai vécu puisque tu voulais que je vive. Mais vécu comme je l’ai appris là-bas, en prenant les jours les uns après les autres. Il y en eut de beaux tout de même. T’écrire m’a fait du bien. En te parlant, je ne me console pas. Je détends juste ce qui m’enserre le cœur. Je voudrais fuir l’histoire du monde, du siècle, revenir à la mienne, celle de Shloïme et sa chère petite fille. »

" Et tu n'es pas revenu" est un témoignage de Marceline sur les camps de concentration de la seconde guerre mondiale. Elle s'adresse à  son père déporté lui aussi et il  n'est pas revenu. C'est bouleversant, elle  transmet un combat et elle évoque  la survie quotidienne  dans le camp d'Auschwitz-Birkenau. Et elle évoque le retour difficile, douloureux, il était très difficile après la guerre de s'exprimer  de témoigner. La guerre et ses horreurs sont des blessures qui ne s'oublient pas. Un récit poignant ! 

JULIE OTSUKA : Quand l'empereur était un dieu

Traduction Bruno Boudard

C'est le premier roman de Julie Otsuka. Elle s'est fait connaître en France grâce à son roman " Certaines n'avaient jamais vu la mer. "



"Pendant les quatre jours qui avait suivi son arrestation, ils n'avaient pas eu la moindre idée de l'endroit où il pouvait se trouver"
Au printemps 1942, une femme et ses deux enfants se préparent à quitter leur maison. Ils ne savent ni où ils vont, ni ce qui les attend. Ces hommes et ses femmes sont japonais.  Ils découvrent : un camp  dans le désert. Ils retrouvent leurs habitats  transfigurer après tant d’années perdues loin de chez eux.
À travers ce roman , Julie Otsuka rend hommage à ses propres grands-parents, déportés par le F.B.I. au lendemain de l’attaque de Pearl Harbor. C'est un roman à l'écriture épurée, les personnages sont des fantômes l'on ne connait absolument pas leur identité. Un livre qui nous trotte dans la tête une fois fini ! 

HAFID AGGOUNE : ANNE F

Rentrée Littéraire 2015

C'est grâce à l'émission littéraire au Fil de la nuit que j'ai eu envie de lire ce livre dédié à Anne Frank. 
"Quelle aurait été ta vie, sinon celle d'une femme au caractère bien trempé, à la plume acérée comme ce regard interrogateur, fouillant derrière les apparences, scrutant les simulacres, creusant les êtres et le temps, cherchant les nuances plus que les évidences et ce serait moi ton petit frère, le jeune écrivain face à la grande Anne Franck, survivante des camps, distinguée par les prix Nobel de littérature et de la paix la même année, à quatre-vingt-six ans, événement inédit. Tu aurais traversé cent pays rencontré les chefs d'Etat, défendu l'éducation, les droits de la femme, de l'homme et des enfants, dénoncé la pauvreté, combattu les inégalités. Tu aurais été une voix qui compte de celles, rares, que l'on écoute avec humilité, attentifs, l'âme heureuse et consolée par ta seule présence à une tribune. " Après un attentat commis par l'un de ses élèves, qui réveille les plus sombres heures de la vieille Europe, un professeur est au bord de l'effondrement.
Rongé par la culpabilité, décidé à en finir, il redécouvre un soir le Journal d'Anne Frank ; bouleversé par son actualité et sa vivacité, il se met à écrire à sa « petite soeur juive » disparue à quinze ans à Bergen-Belsen.
Entre ses lignes, la jeune fille vive et courageuse renaît, avec son désir d'écrire, sa volonté de devenir une femme indépendante et forte, et sa vision d'un monde meilleur.
L'auteur se questionne concernant le monde qui l'entoure sa colère, ses déceptions des autres, et de lui-mêmes. Pour l'auteur les rapports entrent lui et son père était complexe tous comme  ceux d'Anne Frank et sa mère. La personnalité d'Anne Frank symbolise les victimes de toutes les tyrannies.
Un joli hommage fait à Anne Frank, une écriture lumineuse et très émouvante, j'ai souligné de nombreux passages. Et je trouve très touchant que la personnalité d'Anne Frank fasse écho à notre vie  en particulier à celle de l'auteur. Personnellement, bien sûr j'ai lu le journal d'Anne Frank aussi mais je me souviens pas exactement dans quelle circonstance. Puis moi aussi, adulte je me suis replongée dans le Journal d'Anne Frank.
 Cet ouvrage de Hadifd Aggoune est un beau complément au Journal d'Anne Frank,  il est à  découvrir  de tout urgence en tout cas ! 

NATASHA SOLOMONS : Le manoir de Tyneford

Traduction par Lisa Rosembaum

" Le problème, c'est que vous n'êtes pas l'une de nous. Et vous n'êtes pas l'une d'eux non plus. Vous n'appartenez à rien. Dans une maison comme celle-ci, chacun a sa place et doit en tenir compte pour que le système fonctionne."
Natascha Solomons évoque le Vienne de l'entre-deux guerre,  l'enfance  délicieuse d' Elise en compagnie de ses parents artistes. En 1938, Hitler a annexé l'Autriche et les humiliations pleuvent sur les Juifs. Elise doit fuir l'Autriche pour se réfugier en Angleterre. Sa famille espère obtenir un visa pour l'Amérique. Elise devient servante dans une grande propriété du Dorset : le manoir de Tyneford. Elle se trouve dans un monde, où elle ignore tout des codes et des conventions. 


L'écriture de ce roman est fluide, un roman très agréable à lire surtout la première moitié. J'ai trouvé tout de même des longueurs pensante parfois. J'ai apprécié l'ambiguité du personnage d'Elise/Alice.  Mon avis est tout de même mitigé ! Je n'aime pas la fin elle se traine en longueur !
La première fois que j'ai entendu parlé de ce roman c'est chez Lou

L' étoile jaune et le croissant de Mohammed Aïssaoui


« Celui qui écoute le témoin devient témoin à son tour». L'ouvrage de Mohammed Aïssaoui est un  livre-enquête. Il tourne autour de Si  Kaddour Benghabrit, fondateur de la Mosquée de Paris et Recteur de la Grande Mosquée durant la Seconde Guerre mondiale, aurait-il sauvé des Juifs entre 1940 et 1944 ? Si cela est le cas, il pourrait ainsi devenir le premier Arabe consacré « Juste parmi les Nations » par le mémorial de Yad Vashem.  Si Kaddour Benghabrit  est un personnage ambigu, original,  complexe, il est un grand dignitaire religieux, mais aussi écrivain, intellectuel, amateur d’art et de théâtre. Il est décrit  comme un homme aimant la fête, les femmes, la vie mondaine  Il a sauvé le chanteur Salim Halali, il a trouvé  refuge à la Mosquée grâce à son recteur, ce qui lui permit d'échapper aux rafles.  L'auteur mène une  enquête de Paris à Oran en passant par Jérusalem, pas facile pour lui de trouver des témoignages. 
© alice Théaudière : La Mosqué de Paris

Celui de Philippe Bouvard est intéressant. Son père adoptif, Jules Luzzato, juif, petit-fils de rabbin, fabriquait des costumes civils pour des déserteurs allemands. Dénoncé et arrêté, il est finalement délivré suite à une démarche de la mère de Philippe Bouvard auprès de Si Kaddour Ben Ghabrit. «Avec ma mère, ajoutait-il, on se cachait, on a peut-être changé une dizaine de fois de domicile. Non, je ne me souviens pas que nous nous soyons cachés à la Mosquée. Mais j’y allais souvent, tout m’y semblait exotique, c’était, pour moi, le grand dépaysement en prenant simplement le métro jusqu’à Jussieu. Je pense que ce qui rapprochait ma mère et Si Kaddour, c’était la littérature, la culture et la musique. Son salon était très vivant.» Autre témoin intéressant  celui de Mohammed Aïssaoui consernant Oro Boganim, infirmière à l’hôpital franco-musulman, dont le fils Michel Tardieu, rapporte que Si Kaddour l’a appelée un jour pour lui dire : «les Allemands sont en train de regarder les dossiers du personnel de l’hôpital, ils vont se rendre compte que tu es juive. Sauve-toi tout de suite !» 
L’enquête de Mohammed Aïssaoui reste néanmoins un document inédit sur les liens possibles entre Arabes et Juifs durant l’Occupation. Mais où se situe la vérité, où est la légende.  Cet ouvrage est poignant, remarquable,  un travail méticuleux a été fournis par Mohammed Aïssaoui, passionné par son sujet. L'auteur avec raison soulève une question qui est toujours d'actualité pourquoi tant de haine entre les Arabes et juifs Sérafade. 
"Je 'arrive toujours pas à comprendre pourquoi l'étoile de David et le croissant ne cohabiteraient pas. "
Complément lire ici

" Qui sauve une vie sauve l'humanité entière ?"

Dans l'étoile jaune et croissant de Mohammed Aïssaoui il est souvent question de ce film  qui n'est qu'une fiction mais il est question tout de même de, Si Kaddour Ben Ghabrit durant la seconde guerre mondiale, un film très intéressant qui complète bien l'essai de Mohammed Aïssaoui même si c'est qu'une fiction:
Les Hommes libres 
d'Ismael Ferroukhi

En 1942, Paris est occupée par les Allemands. Younes, un jeune émigré algérien, vit du marché noir. Il est arrêté par la police française, Younes (personnage fictif interprété par Tahar Rahim) accepte d’espionner pour leur compte à la Mosquée de Paris. La police soupçonne en effet les responsables de la Mosquée, dont le Recteur, Si Kaddour Ben Ghabrit (Michael Lonsdale), de délivrer de faux-papiers à des Juifs et à des résistants. A la mosquée, Younes rencontre le chanteur d’origine algérienne Salim Halali (Mahmoud Shalaby). Touché par sa voix et sa personnalité, Younes se lie d’amitié avec lui. Il découvre rapidement que Salim est juif. 

VALENTINE GOBY : KINDERZIMMER et Charlotte Delbo

Rentrée littéraire 2013

En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück  (camp dit "de travail") compte plusieurs dizaines de milliers de détenues déportés politiques, des ressistants.  Mila  (Suzanne Langlois) a vingt-deux ans quand elle arrive à l’entrée du camp avec sa cousine Lisette. Elle est une jeune résistante au printemps 1944. Elle  est enceinte mais elle ne sait pas si ça compte, ni de quelle façon. Elle ne connait pas son corps, elle est orpheline et elle ne sait pas si elle est véritablement enceinte. 
Elle accouche d'un nourrisson  à la KinderzimmerC'est la pièce que les nazis mirent en service en 1944 pour les bébés nés dans le camp. Les mots, la solidarité sont très importants ils permettent de rester en vie. Tout le monde s'organise pour aider la mère à nourrir le bébé quand le lait vient à manquer, il faut se procurer coûte que coûte un peu de lait condensé et aussi du charbon pour chauffer la Kinderzimmer l'hiver.  Une quarantaine d'enfants sont sortis vivants sur cinq cents. Sabine s'est Marie José Chambart de Lauwe puéricultrice de la Kindezimmer de Ravensbrück en 1944. 
Je rapprocherai ce roman à celui de l'échappé tous les deux se passent durant la seconde guerre mondiale et la musique le piano à sa place. Cette histoire est poignante et bien sûr très intéressante évidement mais  Ce n'est pas un coup de cœur pour moi !   
J'ai été déçu par l'écriture de Valentine Goby. Ce roman est une déception en faite alors que j'avais tellement aimé l'échappé. En complément voir le billet de Philisine  qui sait parfaitement rende justice à ce roman.




2013 est l'année du centenaire de la naissance de Charlotte Delbo 

Charlotte Delbo est une femme rebelle, mais qui ne se met jamais en avant elle est méconnue en France. Le 24 janvier 1943, elle est déporté à Auschwitz , puis  transférée à Ravensbrück le l7 janvier 1944. Évacuée par la Croix rouge le 23 avril 1945. Elle fera du théâtre dans les camps avec des femmes passionnées de théâtre.  A son retour elle va prendre la plume, elle écrivit des pièces, de la poésie. Vingt ans après Auschitz, elle écrit sa trilogie: « Auschwitz et après. » l'Histoire avec un grand H. 
« Revenir ce n'est pas tout », écrit Charlotte Delbo, « c'est revenir pour se remettre à vivre, à vivre tous les jours, à travailler et à faire des dettes, à faire des économies pour payer ses dettes, à retourner au bureau parce qu'on ne sait pas faire autre chose dans la vie de tous les jours, à chercher un logement parce qu'on ne peut pas vivre autrement, à être à l'heure, parce qu'au travail il faut être à l'heure. De quoi vous plaignez-vous, la vie c'est la vie. De quoi vous rêviez là-bas? De manger à votre faim de dormir à votre sommeil, d'aimer à votre amour. A manger, à dormir, à aimer. Vous l'avez depuis que vous êtes rentrés. L'Histoire c'est fini, soyez heureux comme tout le monde, l'histoire c'est un moment. Maintenant c'est la vie. Et pourquoi donc vouliez-vous revenir? Sortir de l'histoire pour entrer dans la vie essayez donc vous autres et vous verrez. » Je connais Charlotte Delbo via un livre témoignage " Le convoi du 24 janvier" (1965), c'est un ouvrage que j'avais acheté car je m'intéressais comme fascinée par ses femmes fortes, courageuses qui furent résistantes et déportées. Puis Nancy Hutson évoque la personnalité de Charlotte Delbo dans son essais "Professeur de désespoir"
 France Inter 1er émission - 2ème émission
L'on peut entendre sa voix de titi parisienne dans le cadre de l'émission de Jacques Chancel Radioscopie. Puis il y a peu j'ai assisté il  y a peu  à une lecture conférence au Musée  d'art et d'histoire Juive palpitante autour de Charlotte Delbo  . 

BEATRIX BECK : Léon Morin, prêtre


Prix Goncourt en 1952

Voici le roman le plus connu de Béatrix Beck, il a reçu le prix Goncourt en 1952. Ce roman a été adapté au cinéma par Jean Pierre Melville interprété par Emmanuelle Riva et Jean Paul Belmondo. Léon Morin, prêtre est  son troisième roman, il est profondément inspiré de sa vie, 
Dans Léon Morin, prêtre nous retrouvons Barny. Elle était présente aussi dans Une mort irrégulière.  Barny a perdu son mari. Il est mort à la guerre. Elle vit avec sa petite fille dans une ville de province durant  l'occupation par les allemands.  Un jour, Barny entre dans une église et va au confessionnal. Au lieu de se confesser, elle dit quelques incongruités au prêtre.

  Questionnement sur la foi,  comment donner un sens à sa vie durant la seconde guerre mondiale. Léon Morin, prêtre est un roman qui évoque le quotidien sous l'occupation.  
"Comment voulez-vous que je croie sans preuve ? 
- Il ne faut pas qu'il y ait de preuves. La croyance en Dieu, c'est un accord de notre être tout entier. Quand vous aimez quelqu'un, vous aimez sans preuves. La foi, c'est pareil."

 Beatrix Beck montre très bien la difficulté de vivre de cette femme veuve  avec son enfant, la pauvreté. Un livre poignant, Beatrix Beck une romancière à découvrir, une écriture touchante, particulière, à lire !

JOSEPH BIALOT : La station Saint-Martin est fermée au public

A la fin de la Seconde Guerre mondial, un homme a été ramassé quasi mort  par des soldats américains dans la région de Metz. Ils l'ont nommé Alex. A-t-il une famille ? Des enfants ? Un métier ? Il réapprend à vivre. 
" Alex" ! Un prénom d'emprunt suivi d'un nombre tatoué sur le bras ! Dernier domicile connu ? Auschwitz ! Amis ? Famille ? Pardon ? Vous dites ? C'est quoi une famille, en 45 ? Un mot volatile qui disparaît du vocabulaire dès qu'il se heurte à la famine, au froid, au corps atteint du tremblement de la terreur qu'aucune volonté ne domine plus, le stade final qu'atteint un individus, sans repères lorsqu'il ne compte plus que sur lui seul, avant d'abandonner définitivement l'autocombat pour la survie et de plonger dans le néant absolu." Il est français et il porte un tatouage donc il est juif et qu'il a été déporté à Auschwitz, semble t-il !. Il va rejoindre Agnès une infirmière  à Paris. " Sans savoir pourquoi, sans savoir définir concrètement ce qu'il éprouvait , Alex, malgré les blancs de sa mémoire, ressentait Paris comme une ville en attente." Et là des souvenirs lui reviennent au fur et à mesure de ses déambulations et des quartiers traversés. Un nom frappe sa mémoire : celui d’une station de métro. Son passé est là, tout près, il le sent. Pourra-t-il enfin renouer les fils d’une mémoire occultée ? Il retrouvera son vrais prénom. 
C'est une histoire vrais, authentique que nous raconte Joseph Bialot. Comment cet homme va  retrouver la mémoire. Un récit poignant, l'écriture prend aux tripes le lecteur. En complément un billet intéressant ici

JERÔME CLEMENT : Plus tard, tu comprendras

C'est grâce à Lily que je dois cette lecture, il se trouve que je la lis seulement maintenant.

 " Plus tard, tu comprendras " me disait ma mère. Je m'étais toujours demandé ce qu'il y avait à comprendre. Une Parisienne, juive, pharmacienne née de parents russes et qui a traversé douloureusement la guerreIl me restait pourtant l'essentiel : tenter de répondre à la question " Qui est cette femme qui m'a aimé et que j'aime et qui m'a donné la vie ? ". Vivante, c'était ma mère. La source et la clé de ma vie. Morte, c'est une femme qui a vécu, avant moi, une autre vie.  C'est en vidant l'appartement de sa mère que l'auteur, découvre son histoire familiale et ses secrets tout d'abord dans une pochette rouge. Il découvre que ses grands parents ont été déporté en 1944. Son père Yves,  catholique et breton est fils d'industriel, destiné à la pharmacie. Il entretien une correspondance avec Raymonde Gornick une femme juive  russe originaire d'Odessa, qu'il rencontre à la faculté de pharmacie. " Le mariage civil a donc lieu en grande pompe, robe longue et voile en organza, couronnes et parures d'un côté, redingote et frac de l'autre. Il existe une grande photo, la seule où l'on voit les deux familles rassemblées en deux groupes distincts : Les Levitsky, Gornick, Kamsky, Sirota d'un côté, les Clément, Maquet, Lemy, Saint-Germain, Royer de l'autre. Au milieu mon père et ma mère, enfin unis après trois ans d'une lutte sévère ; elle est souriante, lui très sérieux. Quels sentiments cachent-ils derrière leurs sourires figés ? De la résignation, de la rage ou une vraie joie ?" Ensuite il découvre un classeur vert. Là il apprend que la pharmacie a été acheté au nom de sa femme.  Et c'est son père qui gère la pharmacie. En 1941, son père  a déclarer au commissariat,  sa femme juive selon la loi de l'époque . Puis, le jeu de piste continue dans des classeurs, il se rend sur les traces de ses ancêtres maternelles. Son grand père était fourreur, propriétaire d'un magasin de confection dans le Xième arrondissement.
Dans ce roman autobiographique, importance des lieux, des objets rappellent un secret de famille douloureux lié à l'Histoire. 
Ce roman de Jérome Clément est intéressant avant tout pour la transmission familiale, sur des faits historiques, les secrets de famille liés à la complexité de l'époque et de son Histoire (la Seconde Guerre Mondiale) ce roman se rapproche je trouve dans ma mémoire par certain côté au livre de Philippe Grimberg : Le secret. 
A la lecture je n'ai ressenti aucune émotion, pas d'attachement particulier à son histoire familiale.  Tout simplement je ne suis pas sensible à son écriture  et pour tant le sujet me passionne. Pour finir je dirai que mon impression de lecture est mitigée. 



CARSON McCULLERS : FRANKIE ADDAMS

Traduit par Jacques Tournier


Coup de Cœur

Depuis très longtemps, j'ai une grande admiration et tendresse pour Carson McCullers. Plus jeune j'avais lu avec un très grand plaisir la biographie de Josyane Savigeau : "Carson McCullers un cœur de jeune fille."
Après "Le cœur est un chasseur solitaire", qui l'a rendue célèbre, Carson McCullers (1917-1967) écrit Frankie Addams, son deuxième chefs-d'œuvre, avec toujours cette question lancinante chez la grande romancière américaine du sud des Etats-Unis : pourquoi est-il si difficile de passer de l'enfance à l'âge adulte, si compliqué aussi de conclure la paix avec soi-même ?
Durant un été brûlant dans les années 40, la guerre gronde en Europe, "On dit que Paris vient d'être libéré. A mon avis la guerre sera terminée le mois prochain."dans une petite ville de Géorgie vit Frankie ou F. Jasmine (envie de changé d'identité) âgée de douze ans.  Frankie  étouffe dans la cuisine, orpheline de mère,  elle n'a pour amie et confidente que Berenice, la vieille cuisinière noire, et son petit cousin John Henry. Elle vit avec son père horloger. Elle n'a qu'une envie c'est d'aller vivre en Alaska avec son frère, Jarvis,  qui va se marier avec Janice. L'envie de partir est très fort chez la petite Frankie son existence est nourris de rêves. Frankie livre à Bérénice, sa gouvernante noire, son désir de fuite et aussi sa conception du monde. Pour Carson McCullers, nous sommes d'abord prisonniers de nous-mêmes: identité définie, métier, ancrage dans un endroit précis. Bérénice expose sa condition de femme noire dans un pays inégalitaire. Il reste les rêves de chacun pour s'évader....
" Cher papa, C'est une lettre d'adieu, en attendant que je t'écrive d'un autre endroit. Je t'avais prévenu que je quitterais cette ville parce que je ne pouvais pas faire autrement. Je ne peux pas supporter plus longtemps cette existence, parce que la vie est devenue pour moi un fardeau. "


 C'est un roman autobiographique, enfin en partie en ce qui concerne le ressenti de Carson au même âge que Frankie.  Frankie  ressemble à Mick Kelly dans le Cœur d'un chasseur solitaire, elles sont comme sœur. Frankie est une jeune fille attachante, elle se sent très seul et mal dans sa peau comme le sont bien souvent les  adolescents, elle a l'impression d'être un animal de foire. La musique tenait une grande place dans la vie de Carson McCullers, et dans Frankie, un très beau passage autour d'un piano qu'on accordait. "C'était une gamme au piano, qui traversait cet après-midi du moi d'août. Un note frappée, puis une autre et, comme dans un rêve, une suite de notes qui prenaient lentement leur vol, comme s'envole l'escalier d'un château ; mais tout à fait à la fin, au moment où le huitième accord aurait dû résonner à son tour pour que la gamme s'achève, tout s'arrêta." Carson comme Frankie rêve de la neige tout au long du roman. " Elle souhaitait également changer les saisons, supprimer complètement l'été, et ajouter beaucoup de neige."

Un magnifique livre sur l'adolescence !

    MARCEL AYME : La traversée de Paris

    Après avoir été sous le charme de la biographie de Sophie Adriansen
    J'ai eu envie de revoir ce grand film de Claude Autant - Lara tiré d'une nouvelle de Marcel Aymé, l'ambiance de cette nouvelle est déjà très cinématographique concernant l'ambiance et elle contient de nombreux dialogues.
     En 1942, à Paris un chauffeur de taxi au chômage, Marcel Martin gagne sa vie en livrant des colis au marché noir. Un jour, il doit transporter à pied, à l’autre bout de la capitale, quatre valises contenant un cochon découpé. Il se rend dans la cave d’un nommé Jambier et y joue de l’accordéon pendant qu’on égorge l’animal (déjà un grand moment qui se ne trouve pas dans la nouvelle). Il se dirige ensuite avec sa femme Mariette vers le restaurant où il doit retrouver son complice. Un inconnu entre alors dans le restaurant. Ce choix s’avère vite calamiteux, car ce nouveau personnage, un certain Grandgil, est loin d’être docile, c'est un personnage assez mystérieux. Il est soit disant peintre, pour Martin il est peintre en bâtiment (quiproquo) cela n'est pas le cas.  Grandgil va s'amuser en acceptant la proposition de Martin voilà ce qu'il dit à son amie : "- Louise ? disait Grandgil. Bonsoir ... Je n'étais pas là ... une soirée de vacances. Je me suis déguisé en gangster ... ma parole, ne ris pas, j'ai  même ramené un joli butin ... j'ai joué au méchant, à l'anarchiste, au dur intégral ... Très amusant, je t'assure ...  Pas du tout, c'est au contraire très facile, trop facile. Ce sont les nous qui font les durs. Je l'avais toujours pensé ..." (Marcel Aymé)



    En 1956, Claude Autant-Lara adapte une nouvelle de Marcel Aymé nommée " La traversé de Paris". Cette adaptation est assez fidèle à la nouvelle mais pas complètement cela dit. Il fait appel aux grands scénaristes de l'époque Jean Aurenche et Pierre Bost. La fin est différente, Grandgil retrouve Martin porteur à la gare de Lyon après guerre au lieu d'être poignardé par lui. Ce film fut un tremplin pour Louis de Funès sont face à face à Gabin (scène d'anthologie) et ... tout simplement époustouflant. Ce n'était pas gagné d'avance !!!!
    " Son interprétation de Jambier, l'épicier du 45 rue Poliveau, fait l'unanimité. L'audace et la détermination d'Autant-Lara se sont révélées payantes : la distribution a contribué très largement au succès du film." ( Regardez moi là, vous  ! de Sophie Adriansen). "Claude Autant-Lara est le premier étonné de l'étoffe que Louis de Funès a donnée au personnage de Jambier."


    La traversee de paris - Jambier !!! par scupa


    "- Monsieur Jambier, 45 rue Poliveau, dit tranquillement le bélier, pour moi, c'est mille francs. Jambier en resta bouche bée. Martin lui-même, atterré, perdait un peu la tête . La première intervention lui était apparue comme un manque de tact, une grossière tentative d'intimidation à laquelle se livrait un lourdaud pour peser sur le débat avec les moyens à sa portée. " (nouvelle de Marcel Aymé)
    Ce film est à la fois une tragédie et une comédie. Les allemands ne sont pas carictacurés. Les policier ont un rôle ambigu, ils sont là pour protéger les gens les prévenir des rafles, mais cela n'empêche pas aussi d'envoyer les gens à la mort.Autant Lara a fait un grand film un formidable documentaire sur le Paris occupé, il a su montré tout la complexité de l'être humain sous l'occupation où se côtoie le pire et le meilleur chez l'homme (vice et vertu) . Il a su appuyer là où cela fait mal, c'est la raison pour laquelle ce film est subversif. Il a été violemment rejeté par la Nouvelle Vague, plus précisément par François Truffaut. 
    Ce film dresse un miroir d'une époque, il montre que tous les français n'étaient pas  tous des résistants. 
    Autant Lara était un anarchiste de droite tout comme Marcel Aymé d'ailleurs , ce film est proche de l'univers de Doisneau, du Paris de Brasaï, de l'univers de Céline.


    LA TRAVERSEE..."SALAUDS DE PAUVRES" par richardanthony

    La célèbre formule " salauds de pauvres" est de Marcel Aymé. J'aime beaucoup l'humour de Marcel Aymé, un style assez imagé, une langue populaire. La nouvelle " La traversé de Paris" est tirée du recueil " Le vin de Paris".

    JULIE OTSUKA : certaines n'avaient jamais vu la mer

    Rentrée littéraire 2012 
    Prix Femina étranger


    Coup de cœur !!!!!

    Traduit par Carine Chichereau

    " Sur le bateau nous étions presque toutes vierges. Nous avions de long cheveux noirs, de larges pieds plats et nous n'étions pas très grande." Un bateau quitte l’Empire du Levant avec à son bord plusieurs dizaines de jeunes femmes promises à des Japonais travaillant aux États-Unis. C’est après une éprouvante traversée de l’Océan pacifique qu’elles rencontrent pour la première fois à San Francisco leurs futurs maris. Celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui auquel elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir. À la façon d’un chœur antique (ce "nous" collectif), leurs voix se lèvent et racontent leurs misérables vies d’exilées… leurs nuits de noces, souvent brutales, leurs rudes journées de travail dans les champs, leurs combats pour apprivoiser une langue inconnue, la naissance de leurs enfants, l’humiliation des Blancs…  J'ai trouvé poignant  le passage concernant la solidarité entre femme "Ce sont les femmes qui nous ont enseigné les choses dont nous avions le plus besoin." Car ces femmes japonaises se sentent complètement démunies loin de leurs familles. Le style de Julie Otsuka est poétique, puissant et très bouleversant. C'est une histoire vrais hélas malheureusement peu connu que nous révèle Julie Otsuka au début de la seconde guerre mondiale.
    Ma première lecture pour l'année 2013, une lecture poignante et déchirante. Un excellent roman aussi bien du côté du contenu que du style. 

    Je vous invite à  écouter cette émission sur FIP.

    AHARON APPELFELD : Le garçon qui voulait dormir


    Coup de cœur - Traduit par Valérie Zenatti



    " Je n'ai pas eu la moindre envie de me mêler à la bousculade pour prendre un lit d'assaut dans un baraquement, ou de faire la queue pour recevoir les vêtements distribué par les employés du Joint."

    Après la seconde guerre, Erwin a dix-sept ans. Il a tout perdu : père, mère, langue, environnement familier… et émerge peu à peu du sommeil auquel il a recours pour faire revivre tout un pan de sa vie anéanti. Enrôlé, avec d’autres jeunes gens de son âge, par un émissaire de l’Agence juive, il se prête à l'apprentissage intensif de l’hébreu et à l'entraînement physique, quasi-militaire, Efraïm leur impose une discipline de fer pour les préparer à une nouvelle vie en Palestine. 

    "Après six mois d'une formation qui comprenait l'entraînement physique et linguistique, la natation, l'aviron, et , dans le plus grand des secrets, la familiarisation avec deux types de pistolets."Erwin, comme tous ses camarades doit changer de prénom il n'a pas le choix.

    "Erwin était mon prénom. Ma mère l'avait choisi parmi les prénoms à la mode l'année de ma naissance et elle l'aimait beaucoup. "et s’appelle désormais Aharon " Je te conseillerai Aharon, c'est assez proche d'Erwin. C'est un prénom noble. Aharon était la bouche de son frère Moïse." c'est Efraïm qui lui impose se prénom, mais de langue aussi, c'est un déchirement car Erwin est le prénom choisi par son père et sa mère. Aharon est blessé aux jambes à la suite d'un combat, il est paralysé dans une maison de repos, subissant opération sur opération. Grâce au sommeil, à ses rêves il se sent chez lui, c'est un univers rassurant à l'opposé de la vie qu'il vit où il doit être un autre, il doit retrouvé l'utilité de ses jambes pour marcher. C'est là qu'il renoue avec le sommeil et le passé, le silence est un langage. Il craint de trahir les siens en adoptant une nouvelle langue et un nouveau pays les échanges avec un médecin et ses discussions avec de vieux pionniers blessés l’aident à surmonter cette nouvelle vie. Il essaye de vaincre la douleur pour renaître via l'écriture. Il décide d'être écrivain comme son père disparu. Dans chacun des romans d'Aharon Appelfeld on peut déceler un élément autobiographique. "je suis une partie de vous . J'étais avec vous dans le ghetto, dans la forêt, vous m'avez accompagné, jusqu'ici. Votre langue est la mienne, je crois reconnaître partout un membre de ma famille." Pour le jeune Erwin , son histoire individuelle et aussi celle du collectif de tous les juifs. La Bible est le livre qu'il l'accompagne pour apprendre l'hébreu "Je sentais que la Bible m'attirait et exigeait de me révéler le sens de ses versets, mais je n'osais pas m'en approcher."Il apprécie la simplicité dans la lecture de la Bible, simplicité, dépouillement d'ailleurs que l'on retrouve dans son écriture . " Je lisais la Bible seul, heureux lorsque je comprenais quelques mots. Je m'apprêtais sur la ligature d'Isaac. Une histoire terrible racontée avec retenue, sans doute pour que l'on puisse entendre le silence entre les mots. Je me sentais proche de ce phrases mesurées, j'avais l'impression que l'histoire ne transmettait aucune morale - et quelle morale aurait-on pu y trouver ?-" C'est beau de savoir que le judaïsme est la religion qui respecte le livre. Pour Aharon Appelfeld, Kafka est le dernier grand mystique juif. Il a une grande admiration pour Kafka tout comme pour Agnon dont il est sous le charme de la À la fleur de l'âge (un magnifique roman du monde d'hier comme dirait Zweig). Son entourage lui conseil de lire des auteurs contemporains, nouveau car l'ancienne culture juive doit disparaître. Un livre magnifique, très paisible que j'ai eu un grand plaisir à lire. L'écriture est puissante et elle bouleverse le lecteur, elle le questionne sur l'existence de la vie et sa fragilité. 

    BÉATRIX BECK : Une mort irrégulière

    Béatrix Beck est connu pour le Prix Goncourt en 1952 : Léon Morin prête.
    C'est grâce à Cécile de Quoi de 9 que j'ai fait connaissance de ce roman.

    Barny (le double de l'auteur) est jeune intellectuelle, elle a épousé, Vim est juif apatride et militant communiste. Elle en a une petite fille, France. Nous sommes en 1940.Vim est mobilisé dans l'armée française. Barny et sa fille vivent très pauvrement dans les Alpes. Barny donne des cours d'anglais à des femmes. Elle se sent seule et triste. Vim vient en permission, il se sent menacé, car il a découvert qu'il figure sur une " liste noire ", après un séjour de maladie. Barny n'a pas la nationalité Française, elle est belge. Il retourne à l'armée, et, bientôt, Barny apprend sa mort. Crime ou accident ? Barny saura-t-elle jamais la vérité ? On refuse la mention "mort pour la France", on refuse une pension, on refuse toute explication sur les conditions de la mort de son mari.
    L'écriture de Béatrix Beck est un univers assez particulier irréel et beaucoup de cruauté , tendu, tout est dit en quelques mots. Dans ce roman, elle a ajouté, incorporé des comptines cela rend un style bien à part. Une mort irrégulière est un petit livre d'une grande richesse dans l'écriture surtout. C'est une romancière à lire, à découvrir. 

    WLODZIMIERZ ODOJEWSKI : la nudité des femmes


    Włodzimierz Odojewski est un écrivain polonais, né en 1930 à Poznan en Pologne . Aujourd'hui, il vit entre Munich et Varsovie.

    Traduction de Charles Zaremba

    De Wlodzimierz Odojewski j'ai lu il y a un an et demi une saison à Venise , là grâce à Babelio je lis en quelque sorte la suite. C'est un grand plaisir de retrouver Marek et sa famille,Wiktor le grand frère, Karolina la cousine, pendant l’occupation nazie en Galicie. La nudité des femmes est constituée de deux deux récits d’initiation sexuelle qui se déroulent en 1941, durant la seconde guerre Mondiale. C'est l'adieu à l'enfance la découverte sensuelle du corps de la femme. Ces deux récits sont en faite deux longues nouvelle la première intitulée :
    la nudité des femmes fait froid dans le dos, l'époque y est pour quelque chose les pogromes, la gravité, l'horreur, l'effroi de ces corps nus et mutilés. " Parce qu'elles n'avaient pas de seins, car à cet endroit leur peau déchiquetée laissait apparaître des lambeaux de chair pâles et écarlates, et c'était horrible." Rêve ou réalité pour Marek, c'est un choc mon dieu comme c'est terrifiant ! Il s’agit de juives fusillées. Beau passage, complicité entre Karola et Marek au sujet de la robe de la grand-mère. Karola va interpréter le rôle de la Vierge. Passage très féminin autour de la robe et aussi accompagné d'une certaine sensualité un extrait : " Un bruissement le tira de sa rêverie : Karola ôtait par le haut la robe rose clair de sa grand-mère, celle qu'elle avait assurément choisie, et lui dit "Aide-moi", ce qu'il fit maladroitement, puis elle enleva sa jupe et son chandail."
    La deuxième que personnellement je trouve très originale, sort de l'ordinaire aussi : le Cirque. Marek a douze ans et c’est déjà la puberté, l’éveil à la sexualité. Il découvre avec une femme/enfant, la pureté des premier émois amoureux." Elle finit par lui dire avec beaucoup d'élégance : " Vous n'avez jamais encore vu de femme aussi petite que moi, n'est ce pas ? " d'une voix qui lui semble aussi mélodieuse que le son d'un instrument inconnu et qui n'est absolument pas celle d'une enfant." Toute la famille tremble qu'est ce qu'est devenu la Tante Barbara ? cela créer un sentiment de tension électrique au sein de la famille, la fin de cette nouvelle ma mis chaos très émouvant . En toile de fond la Seconde Guerre Mondiale est présente, voir oppressante, noire, opaque tel un brouillard et elle se répercute sur le récit. C'est un petit livre plus structuré à mon avis que la saison à Venise, et cela se ressent à la lecture. J'aime cette écriture à la fois classique et très agréable à lire et attachante. Et après avoir lu la nudité des femmes envie de relire La Saison à Venise avec un autre point de vue. Le ressenti général est fort, c'est un livre réussit et comme souvent dans les livres édités par les allusifs un livre qui reste qui nous trotte dans la tête longtemps après la lecture, en générale c'est la marque de très bon livres !
    Le Cirque : la rencontre le monde du cirque ma fait penser à "Freaks » de Tod Browning. Vu il y a un certain temps mais un film qui m'avait beaucoup marqué c'est un très grand film comme la nudité des femmes de WLODZIMIERZ ODOJEWSKI un très grand livre aussi poignant l'un et l'autre !


    AHARON APPELFELD : Histoire d'une vie



    Traduit par Valérie Zenatti

    Durant l'année 2008 j'ai lu un autre livre de cet auteur Tsili
    Ce livre est un grand livre, il a reçu le prix Médicis étranger en 2004

    Ce prix est largement mérité pour ce très grand écrivain, c'est un livre chargé en émotions et en retenu comme le très beau et bouleversant livre d'Amos Oz (histoire d'amour et de ténèbres)
    Histoire d'une vie est un roman poignant. " Nous n'avons pas vu Dieu dans les camps mais nous y avons vu des juste. La vieille légende juive qui dit que le monde repose sur une poignée de juste était vraie alors, comme elle l'est aujourd'hui."
    Lors du dernier Salon du Livre à Paris, j'ai assisté à un colloque émouvant autour de la Shoah et Aharon Appelfeld était là. Quelle émotion inoubliable !Et le plus émouvant c'est quand Aharon parle avec une simplicité de son enfance dans le ghetto et dans la forêt. Il passera trois années de sa vie parmi des prostituées et des marginaux. La façon dont il parle de la forêt ukrainienne dans " Histoire d'une vie " à la manière d'un conte (les pommes rouges, le cheval blanc). " Je ne parlerai pas du camp, mais de la fuite, qui eut lieu à l'automne 1942, alors que j'avais dix ans. De mon entrée dans la forêt je ne me souviens pas, mais je me rappelle l'instant où je me suis retrouvé là-bas, devant un arbre couvert de pomme rouge. J'étais si stupéfait que je fis quelques pas en arrière. Mon corps se souvient mieux que moi de ces pas en arrières. Chaque fois que je fais un faux mouvement du dos ou que je recule, je vois l'arbre et les pommes rouges." p61" Parfois je restais immobile pendant des heures à attendre mes parents. Au fil des jours, je m'étais inventé des signes présageant leur retour : si le vent était fort, si je voyais un cheval blanc, si le coucher du soleil n'était pas incandescent." p73
    Il est plus à l'aise avec les animaux qu'avec les humains des pervers souvent abus sexuel sur les enfants
    Il a sept ans quand la guerre éclate, c'est un choc pour lui d'une grande violence. Il est fils unique , issu de la bourgeoisie. Il passe sa petite enfance heureuse avec ses parents et ses grands parents, vacances dans la montagne des Carpates. Il parle allemand avec sa mère, yiddish avec ses grands parents maternels, le ruthène avec sa bonne et le roumain. Il apprendra à la dur l'apprentissage des lettres hébraïques avec difficulté. Lui qui n'a pas reçu d'éducation religieuse de la part de ses parents voudra prier et connaître la Bible. Sa mère est assassinée au début de la guerre, à chaque fois qu'il soit triste ou joyeux son visage apparaît.
    C'est un récit sur la mémoire, l'importance des langues, des mots, la communication. Parler est très important la transmission de la souffrance. " Chez les enfants ce n'étaient pas les noms qui étaient gravés dans la mémoire mais quelque chose de radicalement différent. Chez eux la mémoire est un réservoir qui ne se vide jamais. Il se renouvelle avec les années et s'éclaircit."Il évoque aussi comme Amos Oz, le grand Agnon , ses premier pas en littérature ses premiers écrits. Aharon Appelfeld est un immense écrivain, il faut le lire, le découvrir son écriture est merveilleuse, limpide . C'est un auteur dont j'ai envie si c'est possible bien sûr de lire toute l'œuvre tellement son écriture est poignante. Comme pour Amos Oz, j'ai beaucoup de respect pour Aharon Appelfeld.


    Boubélé

    de Valérie Zenatti et illustrations d'Audrey Poussier
    collection Mouche : école des loisirs
    Avec ce petit ouvrage Valérie Zenatti a voulu rendre un hommage justifié à Aharon Appelfeld dont elle est la traductrice.
    Boubélé veut dire en hébreu la petite poupée. Un très joli petit livre que les enfants qui aiment lire tout seuls. Un livre doudou, un livre pour apaiser les cauchemars

    AHARON APPELFELD : TSILI


    Il est né en Bucovine en 1932, déporté à l’âge de 8 ans dans un camp dont il s’échappa en se cachant dans les forêts ukrainiennes avant de débarquer en Palestine en 1946. J'ai assisté à un colloques durant le Salon du livre : " La shoah dans la littérature contemporaine israélienne" . Très émouvant avec la présence du grand Aharon Appelfed, a l'âge de huit ans il se trouve dans un camp de la mort. Ce qui ma touchée et ébranlée c'est la façon dont il en parle c'est à dire que son visage s'éclaircit, comme pour s'excuser en disant qu'il n'était qu'un enfant et que tout cela fut très enfantin. Aharon Appelfed est connu pour être le romancier sur la Shoah et pour être un immense écrivain !
    Traduction d'Arlette Pierrot
    C'est le premier livre que je lis de cet auteur mais sûrement pas le dernier.

    Le livre s'ouvre sur la petite Tsili Krauss douze ans et sa famille en 1942, ils vivent dans un petit village d'Europe centrale. Elle se retrouve seule a garder la maison. Elle s'enfuit dans la forêt, elle se réfugie chez une femme paumée Catherine, puis chez d'autres paysans . Puis, la haine anti-juive Tsili est complètement perdu et quand on lui pose la question :
    - Qui est tu ? son seul repère c'est sa mère - La fille de Maria ! répondit Tsili. Le fait qu'elle soit la fille de Maria est un sésame de reconnaissance. Cela revient plusieurs fois dans le roman.
    Elle se nourrit de fruits sauvages, elle mendie puis elle rencontre Marek un homme marié qui s'est évadé d'un camp. Et une complicité va naître entre eux, un soutient énorme.
    Dans sa forme, dans la lecture je trouve que le début ce lit très bien, la lecture est rapide car beaucoup de dialogue. Puis plus on arrive vers la fin, l'émotion devient très grande et la lecture devient moins rapide car c'est plus douloureuse , intense surtout qu'elle est abandonnée par Marek et elle se trouve nez à nez avec des prisonniers qui se sont évadées. Ils ont du mal à comprendre d'où vient Tsili, si elle ne vient pas du camp " Tsili craignait le secret de leurs visages plus que les ténèbres de la nuit."Ses repères sont complètement perdus.
    -Où étais-tu pendant la guerre ? demanda Tsili.
    - Pourquoi cette question ? Avec tout le monde bien entendu. Tu ne vois pas ? dit-il en tendant le bras. (Son matricule , bleu sombre, était tatou sur la peau).L'espoir s'est partir en Palestine, c'est la seule solution, pour la création d'un état qui sera Israël une terre où les juifs seront accueillis. Puisque l'Europe ne veut plus d'eux, beaucoup ont pris la fuite en Amérique comme l'aurait rêvé Marek : -Si j'avais fait ma médecine, je ne serais pas ici, mais en Amérique !Un livre très attachant bouleversant pas très facile d'en parler ou de bien en parler.


    VALENTINE GOBY : L'échappée

    Rentrée littéraire 2007

    Le début phrases courtes on rentre tout de suite dans l'ambiance et dans la vie de Madeleine dans son destin de femme.
    Le livre démarre à toute allure, nous sommes en 1940, en pleine guerre, l'histoire se situe en Bretagne entre Moermel et Renne
    Il est construit en trois parties.
    - La première s'est fuir, sortir du nid, échapper de cette vie de fille d'épicier, où la rumeur tient sa place dans un petit village. Madeleine a seize ans.
    Elle rentre dans la vie active, travaille à l'Hôtel des Ducs de Rennes, et des allemands sont installés dans cet hôtel. Arrive Joseph Schimmer, il est pianiste, amoureux de Liszt"Nuages gris", elle accepte un emploi tourneuse de page, jeux entre le regard du pianiste et les mains de Madeleine. Elle accéde à un milieu qui n'est pas le sien, découvrir la musique. Cette rencontre avec la musique, c'est la rencontre avec un homme pianiste, l'étranger, découvrir l'amour, se sentir légère... elle est insouciante, elle est surtout très jeune.
    "La main de Joseph Schimmer. Il ferme les doigts sur les poignées de portes, sur les fourchettes, les tassez, il se rase, il serre d'autres mains, caresse les seins de Madeleine et tout le corps, il fait cela, surtout avec la main, toucher la peau de Madeleine, tout cela semble encore possible"
    les mains, les doigts tiennent un grand rôle, les mains raffinées et soignées du pianiste en opposition aux mains de travailleurs.
    "pauvre père, ses doigts ont élimé le velours, doux comme une peau de fille. La vision disparaît . Le père frissonne. Il retrouve ses chiffres. Personne ne songe à l'interrompre. Tous trois vont dîner de soupe claire. Lire un peu. S'occuper les mains puis dormir."
    Dans cette première partie nous apprenons le secret qui est la mère de Madeleine. La fin de la première partie nous donne des frissons.
    - La deuxième partie est terriblement sombre, car tout ce qu'elle a pu découvrir dans la première partie s'est soldée en échec, elle le paye très cher, elle est montrée du doigt. On la traite de collabo. Elle sera tondu, elle sera mère d'une petite Anna, le fruit de son péché de son soit disant crime, de son insouciance.
    "Ils ont vraiment gagné la guerre, maintenant. L'ennemi, c'était moi et les quatre autres femmes sur l'estrade, nous avons assassiné des millions d'hommes, ils disent, des Français, des Juifs, des soldats anglais, américains, des communistes, nous portons des panneaux accrochés à nos cous : "J' ai fait fusiller mon mari","
    Les pages atroces sont celles concernant la tonsure de Madeleine, humiliation, mais ce que je ne savait pas c'est que l'on tatouait une croix gammée sur le sein de ces femmes.
    Bien sûr, Madeleine a pensé à l'avortement, il en a été question, puis pour ce faire oublier quelques temps elle va dans un couvent des visitandines. Et elle changera souvent de prénoms, pour ce refaire une identité.
    Dur, vraiment dur, et la pauvre Anna ... Elle pose de nombreuses questions à sa mère pour savoir comment était son père, pour avoir une représentation de son père. Et Madeleine lui montre la seul photo qu'elle possède de lui et elle essaye de répondre avec justesse à ses questions.

    - La troisième partie est très original elle se passe en 1958 . Elle se situe sur le bateau "Liberté"les frontières n'existe plus, Anna est une belle jeune fille. Elle travaille avec sa mère sur ce bateau qui symbolise un échappatoire de cette condition de femmes. Anna fille d'un allemand, l'enfant du pêché qui essaye d'avoir une identité."Cinq jours plus tard, Madeleine demande au pianiste Len de jouer pour Anne le Klaverskonzert 21." morceau que jouait Joseph Schimmer.
    J'adore la fin du chapitre : l'entre deux terre, en 1960, Rose et sa fille coiffent, maquillent, chouchoutent Madeleine. Je trouve que c'est un très jolie moment de légèreté pour une femme qui a été humilié une revanche sur le temps.
    "Un peu éblouie, Madeleine regarde le miroir tendu par sa fille. Ses lèvres sont roses. Ses cils très noirs. Ses joues duveteuses et dorées. Ses cheveux lises, brillants, tombent sur ses épaules"Un roman très réussit qui nous hante une page de l'histoire importante et fort. C'est un livre qui ma plut qui ma touché. En lisant ce livre j'ai pensé à Sylvie Germain le parcours d'une femme qui essaye de trouver dans la société sa place.