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samedi 6 octobre 2007

VALENTINE GOBY : L'échappée

Rentrée littéraire 2007

Le début phrases courtes on rentre tout de suite dans l'ambiance et dans la vie de Madeleine dans son destin de femme.
Le livre démarre à toute allure, nous sommes en 1940, en pleine guerre, l'histoire se situe en Bretagne entre Moermel et Renne
Il est construit en trois parties.
- La première s'est fuir, sortir du nid, échapper de cette vie de fille d'épicier, où la rumeur tient sa place dans un petit village. Madeleine a seize ans.
Elle rentre dans la vie active, travaille à l'Hôtel des Ducs de Rennes, et des allemands sont installés dans cet hôtel. Arrive Joseph Schimmer, il est pianiste, amoureux de Liszt"Nuages gris", elle accepte un emploi tourneuse de page, jeux entre le regard du pianiste et les mains de Madeleine. Elle accéde à un milieu qui n'est pas le sien, découvrir la musique. Cette rencontre avec la musique, c'est la rencontre avec un homme pianiste, l'étranger, découvrir l'amour, se sentir légère... elle est insouciante, elle est surtout très jeune.
"La main de Joseph Schimmer. Il ferme les doigts sur les poignées de portes, sur les fourchettes, les tassez, il se rase, il serre d'autres mains, caresse les seins de Madeleine et tout le corps, il fait cela, surtout avec la main, toucher la peau de Madeleine, tout cela semble encore possible"
les mains, les doigts tiennent un grand rôle, les mains raffinées et soignées du pianiste en opposition aux mains de travailleurs.
"pauvre père, ses doigts ont élimé le velours, doux comme une peau de fille. La vision disparaît . Le père frissonne. Il retrouve ses chiffres. Personne ne songe à l'interrompre. Tous trois vont dîner de soupe claire. Lire un peu. S'occuper les mains puis dormir."
Dans cette première partie nous apprenons le secret qui est la mère de Madeleine. La fin de la première partie nous donne des frissons.
- La deuxième partie est terriblement sombre, car tout ce qu'elle a pu découvrir dans la première partie s'est soldée en échec, elle le paye très cher, elle est montrée du doigt. On la traite de collabo. Elle sera tondu, elle sera mère d'une petite Anna, le fruit de son péché de son soit disant crime, de son insouciance.
"Ils ont vraiment gagné la guerre, maintenant. L'ennemi, c'était moi et les quatre autres femmes sur l'estrade, nous avons assassiné des millions d'hommes, ils disent, des Français, des Juifs, des soldats anglais, américains, des communistes, nous portons des panneaux accrochés à nos cous : "J' ai fait fusiller mon mari","
Les pages atroces sont celles concernant la tonsure de Madeleine, humiliation, mais ce que je ne savait pas c'est que l'on tatouait une croix gammée sur le sein de ces femmes.
Bien sûr, Madeleine a pensé à l'avortement, il en a été question, puis pour ce faire oublier quelques temps elle va dans un couvent des visitandines. Et elle changera souvent de prénoms, pour ce refaire une identité.
Dur, vraiment dur, et la pauvre Anna ... Elle pose de nombreuses questions à sa mère pour savoir comment était son père, pour avoir une représentation de son père. Et Madeleine lui montre la seul photo qu'elle possède de lui et elle essaye de répondre avec justesse à ses questions.

- La troisième partie est très original elle se passe en 1958 . Elle se situe sur le bateau "Liberté"les frontières n'existe plus, Anna est une belle jeune fille. Elle travaille avec sa mère sur ce bateau qui symbolise un échappatoire de cette condition de femmes. Anna fille d'un allemand, l'enfant du pêché qui essaye d'avoir une identité."Cinq jours plus tard, Madeleine demande au pianiste Len de jouer pour Anne le Klaverskonzert 21." morceau que jouait Joseph Schimmer.
J'adore la fin du chapitre : l'entre deux terre, en 1960, Rose et sa fille coiffent, maquillent, chouchoutent Madeleine. Je trouve que c'est un très jolie moment de légèreté pour une femme qui a été humilié une revanche sur le temps.
"Un peu éblouie, Madeleine regarde le miroir tendu par sa fille. Ses lèvres sont roses. Ses cils très noirs. Ses joues duveteuses et dorées. Ses cheveux lises, brillants, tombent sur ses épaules"Un roman très réussit qui nous hante une page de l'histoire importante et fort. C'est un livre qui ma plut qui ma touché. En lisant ce livre j'ai pensé à Sylvie Germain le parcours d'une femme qui essaye de trouver dans la société sa place.

7 commentaires:

florinette a dit…

Gardant un très beau souvenir de "La note sensible" je compte bien lire celui-ci !! ;-)

Anne a dit…

C'est l'un des titres de cette rentrée littéraire que j'ai noté dans ma LAL

Joelle a dit…

Je trouve qu'il y a beaucoup de livres en rapport avec l'Allemagne ces temps-ci ... est-ce moi qui rêve ?

Gambadou a dit…

je l'ai noté sur ma LAL, c'est un des livrs de la rentrée que j'ai envie de lire

BelleSahi a dit…

Il est noté dans ma lal. Son tour viendra !

Clarabel a dit…

Coucou Alice !!!

J'avais bien lu ton billet, et ne pouvais ajouter de plus que ce que je pensais déjà !! .. D'ailleurs je remarque (encore une fois) que nos avis se rejoignent ! ;o)

J'ai préféré le début du roman à la fin, cependant, même si l'ensemble est important. Le sujet me touche, et me bouleverse.

Il te reste à lire deux autres romans de Valentine Goby ? N'hésite pas !!!

Lou a dit…

ça y est, j'ai moi aussi fait mon billet :) Merci encore pour ce prêt, j'ai trouvé cette lecture intéressante ; elle me donne d'ailleurs envie de lire d'une part "cochon d'allemand", d'autre part un autre livre de Valentine Goby.