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B.S JOHNSON : R.A.S Infirmière -Chef

son sous-titre : Une comédie gériatrique
Traduit par Françoise Marel
C'est le cinquième roman de B.S. Johnson, il est dans sa forme et par son sujet hors norme, il date du début des années soixante dix, mais c'est un texte qui n'a pas pris une ride. Il vient trois ans après Les Malchanceux. Où, il était question justement de la mort, et ses questionnements. Comme l'est d'ailleurs assez tout son œuvre littéraire et les livres que j'ai lu de lui on ne peut pas dire que ce sont des livres avec une structure classique !
Oh ! Les plaisirs de la vie sont grands,
A quatre-vingts comme à cent ans Avec entrain restons toujours
Et acclamons ce nouveau jour

Abandonnons avenir, passé

L'important c'est notre liberté

Oh ! Les plaisirs de la vie sont grand
A quatre-vingts comme à cent ans
Voici comment est structuré R.A.S Infirmière-chef, il est constitué de neuf chapitres. Huit vieillards de 74 ans à 94 ans, sont regroupés avec d'une infirmière-chef. " Vous pénétrerez l'esprit de nos huit vieux amis, et vous pénétrerez aussi mon propre esprit. Oui, vous verrez notre Soirée à travers neuf esprits différents !" Monologue intérieur pour chaque personnage, ils revivent chacun leur vie. Chacun d'entre eux mange, chante, travaille, joue, fait un peu d'exercice, et pour finir assiste au numéro de divertissement proposé par l'Infirmière-Chef en personne. Chaque nouveau personnage est plus infirme que le précédent, si bien que les monologues se font de plus en plus fragmentés, partiel et incohérents à mesure que l'ouvrage avance.

L'infirmière-Chef est une femme louche, pas très nette, pas très catholique. Elle est tout simplement bien sadique avec sa baguette. Il plane un univers étrange. En arrière plan cela grince, l' humour noir voir féroce est au rendez-vous !Le texte met en scène la vieillesse et l'irrésistible décomposition des corps, la fin de vie le préoccupe beaucoup, la durée de vie s'allonge. "Je suis prisonnière en moi-même. C'est épouvantable. Chaque geste est un supplice."
La typographie ce roman est remarquable, elle est écrit comme une partition de musique. Les blancs sont des silences et des trous ce mémoire, c'est très bien rendus. J'ai trouvé que tous ces monologues sonnaient terriblement juste. C'est là que l'on voit que B.S Johnson a écrit pour le théâtre, j'avais déjà ressenti la même chose en lisant Alberto Angelo. À chaque fois que je lis cet auteur c'est une expérience hors norme de lecture, il sait nous questionner sur nous même sur notre entourage, sur la vie.

Livre lu par Anne Sophie et elle est aussi enchanté que moi, car oui c'est un livre coup de poing , et bien sur MAGISTRAL !

B.S. JOHNSON : LES MALCHANCEUX


B.S Johnson tient dans la main son livre ;-) tout les feuilles de ce texte qui se trouve dans la boîte.
Préface de Jonathan Coe (spécialiste de B.S Johnson )-Traduction par Françoise Marel
Je dédie mon billet à la lumineuse Anne-Sophie. Elle en parle très bien de ce livre très particulier. Oh ! Combien particulier, la preuve le côté lecture aléatoire fait que le ressenti l'approche du récit est différente. B.S Johnson (1933/ 1973) est un écrivain peut voir très méconnu en France, alors qu'en Angleterre il a connu une certaine notoriété et il fut reconnu, il admire, ses idoles en littérature sont Sterne, Joyce et Beckett.

Ce roman c'est avant tout un objet littéraire, ovni comme vous pouvez le voir sur la photo. Un roman, vingt-sept sections, ressemble à un jeu de carte non numéroté, qui peut se lire dans le désordre sauf le premier et le dernier chapitres ou sections et indiqués comme tels. L'auteur donne le choix au lecteur, il lui offre le hasard. La boîte s'est le cerveau, les différentes sections sont la pensée de l'homme. Le sujet de cet ouvrage c'est décrire la réalité par le biais de la fiction, c'est à dire le mensonge." Raconter des histoires, c'est raconter des mensonges" dans Alberto Angelo.C'est un écrivain qui aime jouer avec la typographie et bousculer par la même occasion son lecteur, c'est le cas de le dire avec cet ouvrage. Ce n'est pas vraiment un roman, dire la vérité au plus juste. C'est un monologue intérieur, à ses questionnement qui aide bien pour la lecture aléatoire, incohérence parfois mais cela ne pose pas vraiment de problème, mais c'est de l'ordre du chaos.
Dans une petite ville des Middland durant une journée , l'auteur est envoyé par son journal l'Observer, pour effectuer un reportage sur un match de football opposant City à United. Nottingham. L'auteur se souvient de son passé plus particulièrement de son ami proche Tony Tillinghast décédé à vingt-neuf ans d'un cancer et de sa femme June. Description du corps de Tony qui se dégrade, on pense à Bacon comme une évidence :

" Ses joues au teint cireux, on dirait qu'elles s 'écroulent, des os saillants, et ses gencives rétractées et même resserrées je dirais, les dents déchaussées quand il bâille, obligé, sa bouche, oui, cette bouche autrefois tellement charnue, comme le reste du visage, oui et qui croule maintenant, qui s'écroule, les lunettes en était bien avec leurs montures épaisses, l'unique repère, cette bouche ouverte comme un cri que l'on contrôle, un cri muet, la tête encore animée de légers mouvements, la salive blanche, sèche et visqueuse, les dernières sécrétions de ces glandes harcelées, cautérisées dans leur déficience, cette bouche qui ne se ferme plus que pour avaler une gorgée d'eau dans le verre posé près du lit,"C'est un livre sur la mémoire, réflexion, les souvenirs (il est exacte dans ce cas par moment la référence à Georges Perec et plus particulière à son "Je me souviens" est comme une évidence") forts qui nous marquent à vie, les trous de mémoires, les silences , sont présentés par des blancs. L'amitié et la mort sont les deux grands thèmes fondamentaux de cet ouvrage.


Il est très peu question du football, ce reportage est qu'alimentaire pour l'auteur.
L'importance des aliments revient souvent entre autre le fameux "fish and ships" ainsi que les beuveries entre hommes dans les pubs. Description de cette Angleterre grise, voir pluvieuse, fin des années 60, avec sa routine. J'ai vu aussi de cet ouvrage un hommage à la littérature Britannique, dont j'ignore l'existence comme James Boswell. Puisque Tony "travaillait toujours sur Boswell, il avait besoin, si je m'en souviens bien , de vérifier des références uniquement disponibles au BM". Tony était un chercheur sérieux, assidu, consciencieux pour effectuer une carrière universitaire, alors que Johnson lui méprise ce milieu universitaire
Echo à Alberto Angelo, le narrateur travaille dans une école "j'étais prof dans une école très difficile ce trimestre là, un remplacement, à l'époque, la politique était d'entasser les pires enfants dans les pires bâtiments". Wendy son grand amour de jeunesse, " Wendy, elle a changé dans mon esprit, c'est à cause de ce sui s'est passé, ça arrive tout le temps, l'intensité d'un tel ... bonheur, mais c'est pas le bon mot, d'une telle joie, une joie fervente, un amour passionné, ça peut pas durer tout ça." Genie la nouvelle. B.S Johnson parle beaucoup de lui, le "je" est très présent, sa vie amoureuse compliqué avec Wendy. L'auteur est très sensible à l'architecture un passage à retenu mon attention car juste et bien vu voir évident l'environnement, l'architecture joue un rôle dans notre vie "je voulais mettre en évidence l'effet de l'urbanisme raté et de l'architecture sur les gens, de démontrer que les femmes au foyer dans les lotissements de banlieues finissaient par devenir folles d'ennui toute la journée, folle de solitude, qu'un jour ou l'autre, ça exploserait, "

Roman social anglais, mais c'est aussi un autoportrait. Langage est réel, violent parfois une note d'humour, les phrases sont souvent très longues. Cette lecture fut une expérience vraiment intéressante, elle permet de nous interroger sur notre vie, sur la vie de nos proches. Et cette boîte, B.S Johnson a voulu en faire le tombeau à la mémoire de son ami Tony, c'est aussi un très beau livre sur l'amitié, un bel hommage que l'auteur lui fait.

J'avais lu l'année dernière Alberto Angelo (livre qui m'a beaucoup marqué), je pense que 2010 sera pour moi l'année B.S Johnson puisque je viens d'acheter la très belle biographie de Jonhatan Coe aux éditions Quidam.

B.S. JOHNSON : Albert Angelo

Je remercie très chaleureusement Quidam pour cette découverte. Ce livre dénote dans ce que l'on peut lire habituellement. C'est courageux pour un éditeur de publier aussi un tel livre me semble t-il ! ( j'ai mis cette couverture du livre de 1964 et version anglaise)


Traduit par Françoise Marel

B.S. JOHNSON : absolument pas connu en France, c'est un grand mérite de Quidam de nous faire découvrir cet auteur Chalut, RAS, infirmière-chef et Christie Marly règle ses comptes. Il a écrit de la poésie, des pièces de théâtre (cela n'est pas étonnant, car les dialogues dans AlbertAngelo sont justes, pertinents et rend le texte vivant). Il a travaillé pour le cinéma et la télévision. Il s'est suicidé le 13 novembre 1973.

Albert Angelo ne trouvant pas de travail comme architecte. Il est professeur vacataire dans les quartier populaire de Londres. "Je suis architecte avant tout , et pas prof, je suis un créateur, pas un passeur.""On vous apprend pas à enseigner à ce genre d'élèves." Il enseigne aussi bien dans le primaire qu'au collège. Sur le plan sentimental cela n'est pas le beau fixe, Jenny l'a quittée elle lui manque énormément.
L'auteur multiplie les points de vue narratif, cela donne un ton original au livre qui surprend dans un premier temps, puis on s'y fait sans que cela pose problème. En musique, on pourrait rapprocher à du free jazz et en peinture à du Pollock.
Le sujet du livre est l'enseignement, la transmission du savoir tout ce qui va avec, des élèves qui n'ont aucun pour respect pour leur professeur et parlent mal. La violence du quotidien entre les murs de l'école, le puritanisme anglais,l'enfant tête de turc. Difficile pour Albert de faire respecter l'autorité, le règlement, pas aidé par la direction non plus . Il enseigne dans des écoles de plus en plus difficiles" Et l'école n'est rien d'autre qu'un microcosme de notre société." Londres, son architecture tient une place au centre du livre, l'auteur aime sa ville comme si elle était un personnage.
Ce livre date des années soixante et il est toujours d'actualité, oui et entre autre le suicide des professeurs est toujours à l'ordre du jour malheureusement, c'est effrayant . "Enseigner dans les Écoles Difficiles Pousse les Professeur au Suicide" disait l'article, il s'agissait tout bonnement d'un compte rendu du suicide de mon prédécesseur à Whitsun, Burroughs, ou Bugs Bunny, comme ils l'ont surnommé." Il livre qui fait réfléchir, c'est pas un livre intelligent, d'une grande force, c'est sûr aussi que se dégage de ce livre une grande noirceur, tristesse. Il ma plut car il s'adresse à des lecteurs exigeants et il se trouve que moi c'est ce que je recherche en tant que lectrice. J'ai été hanté par ce livre jour et nuit, non j'exagère pas, c'est vrais ! J'ai refermé le livre la gorge nouée. Un livre choc, coup de poing, très poignant, il ne ménage pas le lecteur.