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dimanche 10 janvier 2010

B.S. JOHNSON : LES MALCHANCEUX


B.S Johnson tient dans la main son livre ;-) tout les feuilles de ce texte qui se trouve dans la boîte.
Préface de Jonathan Coe (spécialiste de B.S Johnson )-Traduction par Françoise Marel
Je dédie mon billet à la lumineuse Anne-Sophie. Elle en parle très bien de ce livre très particulier. Oh ! Combien particulier, la preuve le côté lecture aléatoire fait que le ressenti l'approche du récit est différente. B.S Johnson (1933/ 1973) est un écrivain peut voir très méconnu en France, alors qu'en Angleterre il a connu une certaine notoriété et il fut reconnu, il admire, ses idoles en littérature sont Sterne, Joyce et Beckett.

Ce roman c'est avant tout un objet littéraire, ovni comme vous pouvez le voir sur la photo. Un roman, vingt-sept sections, ressemble à un jeu de carte non numéroté, qui peut se lire dans le désordre sauf le premier et le dernier chapitres ou sections et indiqués comme tels. L'auteur donne le choix au lecteur, il lui offre le hasard. La boîte s'est le cerveau, les différentes sections sont la pensée de l'homme. Le sujet de cet ouvrage c'est décrire la réalité par le biais de la fiction, c'est à dire le mensonge." Raconter des histoires, c'est raconter des mensonges" dans Alberto Angelo.C'est un écrivain qui aime jouer avec la typographie et bousculer par la même occasion son lecteur, c'est le cas de le dire avec cet ouvrage. Ce n'est pas vraiment un roman, dire la vérité au plus juste. C'est un monologue intérieur, à ses questionnement qui aide bien pour la lecture aléatoire, incohérence parfois mais cela ne pose pas vraiment de problème, mais c'est de l'ordre du chaos.
Dans une petite ville des Middland durant une journée , l'auteur est envoyé par son journal l'Observer, pour effectuer un reportage sur un match de football opposant City à United. Nottingham. L'auteur se souvient de son passé plus particulièrement de son ami proche Tony Tillinghast décédé à vingt-neuf ans d'un cancer et de sa femme June. Description du corps de Tony qui se dégrade, on pense à Bacon comme une évidence :

" Ses joues au teint cireux, on dirait qu'elles s 'écroulent, des os saillants, et ses gencives rétractées et même resserrées je dirais, les dents déchaussées quand il bâille, obligé, sa bouche, oui, cette bouche autrefois tellement charnue, comme le reste du visage, oui et qui croule maintenant, qui s'écroule, les lunettes en était bien avec leurs montures épaisses, l'unique repère, cette bouche ouverte comme un cri que l'on contrôle, un cri muet, la tête encore animée de légers mouvements, la salive blanche, sèche et visqueuse, les dernières sécrétions de ces glandes harcelées, cautérisées dans leur déficience, cette bouche qui ne se ferme plus que pour avaler une gorgée d'eau dans le verre posé près du lit,"C'est un livre sur la mémoire, réflexion, les souvenirs (il est exacte dans ce cas par moment la référence à Georges Perec et plus particulière à son "Je me souviens" est comme une évidence") forts qui nous marquent à vie, les trous de mémoires, les silences , sont présentés par des blancs. L'amitié et la mort sont les deux grands thèmes fondamentaux de cet ouvrage.


Il est très peu question du football, ce reportage est qu'alimentaire pour l'auteur.
L'importance des aliments revient souvent entre autre le fameux "fish and ships" ainsi que les beuveries entre hommes dans les pubs. Description de cette Angleterre grise, voir pluvieuse, fin des années 60, avec sa routine. J'ai vu aussi de cet ouvrage un hommage à la littérature Britannique, dont j'ignore l'existence comme James Boswell. Puisque Tony "travaillait toujours sur Boswell, il avait besoin, si je m'en souviens bien , de vérifier des références uniquement disponibles au BM". Tony était un chercheur sérieux, assidu, consciencieux pour effectuer une carrière universitaire, alors que Johnson lui méprise ce milieu universitaire
Echo à Alberto Angelo, le narrateur travaille dans une école "j'étais prof dans une école très difficile ce trimestre là, un remplacement, à l'époque, la politique était d'entasser les pires enfants dans les pires bâtiments". Wendy son grand amour de jeunesse, " Wendy, elle a changé dans mon esprit, c'est à cause de ce sui s'est passé, ça arrive tout le temps, l'intensité d'un tel ... bonheur, mais c'est pas le bon mot, d'une telle joie, une joie fervente, un amour passionné, ça peut pas durer tout ça." Genie la nouvelle. B.S Johnson parle beaucoup de lui, le "je" est très présent, sa vie amoureuse compliqué avec Wendy. L'auteur est très sensible à l'architecture un passage à retenu mon attention car juste et bien vu voir évident l'environnement, l'architecture joue un rôle dans notre vie "je voulais mettre en évidence l'effet de l'urbanisme raté et de l'architecture sur les gens, de démontrer que les femmes au foyer dans les lotissements de banlieues finissaient par devenir folles d'ennui toute la journée, folle de solitude, qu'un jour ou l'autre, ça exploserait, "

Roman social anglais, mais c'est aussi un autoportrait. Langage est réel, violent parfois une note d'humour, les phrases sont souvent très longues. Cette lecture fut une expérience vraiment intéressante, elle permet de nous interroger sur notre vie, sur la vie de nos proches. Et cette boîte, B.S Johnson a voulu en faire le tombeau à la mémoire de son ami Tony, c'est aussi un très beau livre sur l'amitié, un bel hommage que l'auteur lui fait.

J'avais lu l'année dernière Alberto Angelo (livre qui m'a beaucoup marqué), je pense que 2010 sera pour moi l'année B.S Johnson puisque je viens d'acheter la très belle biographie de Jonhatan Coe aux éditions Quidam.

4 commentaires:

Michel a dit…

Il est dans ma PAL depuis peu... l'objet est très beau, me reste à trouver le temps

bartllebooth a dit…

je viens de le commander et je suis impatient de m'y mettre autant par la forme que par le fond

Malice a dit…

@ Michel : L'objet est beau, c'est sûr. Trouver le temps de lire oui là je suis bien d'accord. Ce n'est pas un livre qui se lit facilement, d'un abord facile. C'est tout de même un livre hors norme du à sa présentation !
@ Bartlebooth : Oui la forme et le fond ne fait qu'un c'est exact.

bartllebooth a dit…

pour info, je l'ai reçu hier, me voilà avec ma libraire en train d'essayer de l'ouvrir et....impossible...on retourne l'objet dans tous les sens...tou était collé...on a appelé les éditions quidam, le type qui a répondu a bien rigolé mais sur certains exemplaires il y a eu un surplus de colle...il fallait le savoir...je n'ai plus qu'à le lire maintenant