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Marcel Aymé : Le passe-muraille

Marcel Aymé par Jean Marais
C'est une des plus célèbre nouvelle de Marcel Aymé.

" - Monsieur, vous êtes un voyou, un butor et un galopin."
Dutilleul posséde le don singulier de passer à travers les murs sans en être incommodé. Il porte un binocle, une petite barbiche noire, et il est employé de troisième classe au ministère de l'Enregistrement.
Dans un premier temps, il profite d'abord de son don pour rendre fou son chef de service. Dans un deuxième temps, il commet des vols dans les plus grandes banques et bijouteries, signant du nom de « Garou Garou ». " Ce Garou-Garou, disaient-ils, est un homme formidable, un surhomme de génie" Il se fait volontairement arrêter pour démontrer à ses collègues de bureau qu'il est bien Garou Garou et est incarcéré à la prison de la Santé. Quittant plusieurs fois sa cellule (pour emprunter des livres dans la bibliothèque du directeur de la prison ou aller déjeuner au restaurant), il s'évade définitivement. Il pense partir pour l'Égypte mais tombe amoureux d'une femme mal mariée qu'il a croisée dans la rue. Mais une nuit, alors qu'il quitte la chambre de sa conquête, il perd son incroyable don pour se retrouver prisonnier d'un des murs de la maison.

Il y a peu, j'ai vu une adaptation moderne de cette nouvelle dans le Paris d'aujourd'hui   avec Deny Podallydes sur Arte qui m'a enchantée. Dans cette comédie fantastique, le réalisateur Dante Desarthe métamorphose Dutilleul, un homme doux, naïf, et tendre  en super-héros. C'est magnifiquement réussit !!!

Guy de MAUPASSANT : La maison Tellier



" La maison était familiale, toute petite, peinte en jaune à l'encoignure d'une derrière l'église Saint-Etienne ; et, par les fenêtres, on apercevait le bassin plein de navires qu'on déchargeait, le grand marais salant appelé "la Retenue" et dernière, la côte de al Vierge avec sa vieille chapelle toute grise."

C'est la maison close tenue par Madame Tellier. Elle est « fermée pour cause de première communion »au grand dam des habitués. "Les communiants sortaient des portes, allaient vers le bâtiment communal qui contenait les deux écoles et la mairie, et situé tout au bout du pays, tandis que la "maison de Dieu" occupait l'autre bout. "
 Après un voyage en chemin de fer assez cocassse, les pensionnaires de la maison Tellier  assistent à la cérémonie. Elles sont émues par la communion de  Constance, nièce de Madame Tellier.
"Mais comme les larmes sont contagieuses, Madame , à son tour, sentit bientôt ses paupières humides, et , se tournant vers sa belle-sœur, elle vit que tout son banc pleurait aussi."Joseph Rivet, le frère de Mme Tellier, donne une fête en l'honneur de ces visiteuses  et. à la fin des festivités, éméché, il cherche à obtenir plus… au grand dam de sa sœur. " L'établissement Tellier avait un air de fête. Au rez-de-chaussée les voix tapageuses des hommes du port faisaient un assourdissant vacarme. "
Une très belle nouvelle très agréable à lire pour sa légèreté et  sa gravité à la fois ! 

Film de Marcel Ophuls : Le Plaisir
Marcel Ophuls a signé une très belle adaptation de cette nouvelles de Maupassant dans son film intitulé le Plaisir. Avec une magnifique distribution, entre autre Madeleine Renaud : Julia Tellier - Jean Gabin : Joseph Rivet le frère de Julia, Mme Rosa : la charmante Danielle Darieux. 


GUY DE MAUPASSANT : Sur l'eau - Mouche - La petite roque

* Sur l'eau 

Maupassant prenait beaucoup de plaisir à canoter sur la Seine. 
En rentrant chez lui, après avoir diné chez un ami, un canotier se trouve dans une situation des peu banales. Après qu'il est fumer une pipe, il tressaille à cause d'un étrange mouvement sous son voilier. Il décide de tirer son ancre et de s'en aller, mais quelque chose au fond de la rivière l'en empêche. Beaucoup de brouillard opaque sur la Seine un malaise horrible, puis un frisson d'épouvante le fait râler de peur qui, grandissant toujours, devient une véritable terreur. Il crie au secours inutilement. " Je fus ébloui par le plus merveilleux, le plus étonnant spectacle qu'il soit possible à voir. C'était une de ces fantasmagories du pays des fées, une de ces visions racontées par les voyageurs qui reviennent de très loin et que nous écoutons sans les croire."
Cette nouvelle est un récit aussi fantastique que le Horla. L'ambiance est glaçante, haletante, en un mot magistral ! 



* Mouche
 Souvenir d'un canotier

"Je ne sais lequel de nous la baptisa " Mouche" ni pourquoi ce nom lui fut donné, mais il allait bien et lui resta."Le jour où elle est enceinte, Mouche, maîtresse de cinq joyeux canotiers à la fois. Elle les voit tout heureux de cette paternité commune. Maupassant dans cette nouvelle dresse le portrait d'une femme légère. Et comme souvent dans les nouvelles de Maupassant la chute est d'une grande noirceur. Le contraste entre le joyeux et la tristesse.  


* La petite Roque

Relire cette nouvelle de Maupassant, c'est me replonger dans un très bon souvenir de lecture durant mon année de seconde. 
"Il demeurait là, le coeur battant, comme si un de ses rêves sensuels venaient de se réaliser, comme si une fée impure eût fait apparaître devant lui cet être troublant et trop jeune, cette petite Vénus paysanne, née dans les bouillons du ruisselet, comme l'autre, la grande, dans les vagues de la mer."
 Un jour, Médéric, le facteur, découvre le corps de la petite Roque sous la futaie du maire, au bord de la Brindille. 

C'est l'histoire d'un fait divers qui fait froid dans le dos. 
Maupassant est très doué pour décrire la noirceur de l'âme humaine. 









GUY DE MAUPASSANT : NUIT DE NOËL

Cette nouvelle a été publiée dans la revue Le Gaulois du 25 décembre 1882

Je me suis plongée le soir de Noël dans cette nouvelle de Maupassant. 

" Je dînais seul ; puis je me mis à l'œuvre. Mais voilà que, vers dix heures, la pensée de la gaieté courant Paris, le bruit des rues qui parvenait malgré tout, les préparatifs de souper de mes voisins, entendus à travers les cloisons, m'agitèrent. Je ne savais plus ce que je faisais ; j'écrivais des bêtises ; et je compris qu'il fallait renoncer à l'espoir de produire quelque chose de bon cette nuit- là" 
 Assez étonnante, déroutante aussi, à l'image de la majorité de ses nouvelles cela dit ! 

Anton TCHEKHOV : Une banale histoire



Une banale histoire
Fragments du journal d'un vieil homme

Traduction  Édouard Parayre, revue par Lily Denis

Nicolaï Stépanovitch est un vieux professeur médecine d'université et voici sa description par lui même " Celui qui porte ce nom, c'est-à-dire moi, se présente comme un homme de soixante-deux ans, chauve, avec de fausses dents et un tic incurable. Autant mon nom est brillant et beau, autant je suis terne et laid. Ma tête et mes mains tremblent de faiblesse ; mon cou comme celui d'une héroïne de Tourgueniev, ressemble à un manche de contrebasse, j'ai la poitrine creuse, le dos étroit." Il vit dans ses pensées, il sait qu'il a plus que six mois à vivre, il est lucide sur sa vie et sur l'héritage qu'il va laisser. 
Il est marié à Varia, il a une fille Lisa et un fils. Elle souhaite se marier avec Alexandre Gnäcker, mais son père voit se futur mariage d'un mauvais œil, car c'est un homme qu'il déteste. Katia est la fille d'un de ses amis décédé, qu'il a recueilli enfant. 
Ils sont très complices, ils partagent la même vision de la vie, de l’art, de la science et bien d’autres sujets . Elle est détesté par Varia et Lisa. " Ma femme déteste aussi Katia parce qu'elle a été actrice, pour son ingratitude, pour sa fierté, son excentricité, et pour les multiples défauts qu'une femme sait toujours trouver chez une autre femme. " Katia a une passion pour le théâtre. Il est question d'une réflexion sur le théâtre mais aussi sur le mariage. Déçu par la vie Katia a tenté de se suicider, il faut reconnaître qu'elle a perdu son enfant, elle ne sait pas quel sens donner à sa vie. 

L'univers des pièces de son théâtre se retrouve dans cette nouvelle . Un univers mélancolique, où l'on se rencontre que l'on est passé à côté de la vie que l'on aurait du avoir. 
Une nouvelle magnifique qui m'a beaucoup touché en tant que lectrice. 
C'est un auteur qui nous touche qui me touche car il sait à merveille évoquer les douleurs et les angoisses des hommes, la psychologie des personnages. Une nouvelle que j'avais déjà lu mais que j'ai eu envie de relire. 


RAYMOND CARVER : Tais-toi je t'en prie




C'est grâce au film de Robert Altman " Short Cuts" vu a sa sortie  que j'ai découvert l'univers de Raymond Carver 

Traduit par François Lasquin

« Les mots, c’est finalement tout ce que nous avons, alors il vaut mieux que ce soit ceux qu’il faut et que la ponctuation soit là où il faut pour qu’ils puissent dire le mieux possible ce qu’on veut leur faire dire. »  
Des personnages qui nous sont familiers car ils n'ont rien d'exceptionnels. Ils sont serveurs, facteurs, ouvriers, représentants, chômeurs, maris et femmes, maîtresses ou amants…Ce sont tous des êtres ordinaires, issus de la middle-class américaine, insignifiants, modestes .Les nouvelles de Carver disent le désespoir, la souffrance, la solitude, la lâcheté, la peur, le doute que l'on a en chacun de nous.

Les nouvelles de Carver sentent le vécu. Absence de chute,
un style minimaliste et redoutablement efficace. Ses nouvelles ne comportent pas de morale et pas nécessairement de chute en fin de texte. Raymond Carver fut un nouvelliste hors pair, brillant, son univers est proche de John Fante .


En me replongeant dans les nouvelles de Carver j'ai eu envie et bien justement de revoir

" Short Cuts" de Robert Altman 





Julianne Moore, Matthew Modine, Tim Robbins, Robert Downey Jr., Lily Tomlin, Andie MacDowell, Fred Ward, Jack Lemmon en guest star superbe !
Le film s'ouvre sur un générique de début grandiose, la ville de nuit, les hélicoptères, la musique jazzy, magnifique et nous fait à merveille entrer dans l'univers déjanté de Raymond Carver.
Un ballet d'hélicoptères dans le ciel de Los Angeles. Un accident de voiture, un boulanger irascible, un enfant qui meurt sur un lit d'hôpital, un père ressurgi d'un lointain passé. Robert Altman, avec Short Cuts raconte des fragments de vie de neuf couples. Le casting est superbe ainsi que la mise en scène brillante. Un très grand film !

ISAAC BABEL : Histoire de mon pigeonnier


Traduit par Sophie Bench

Il est né en 1894 dans le quartier de la Moldavanka à Odessa, et il fut témoin de pogroms. Il est considéré comme un grand styliste et un grand nouvelliste. Son écriture est proche de celle de Maupassant. Flaubert et Maupassant sont les auteurs qui le marqueront le plus et ils auront une influence très forte sur son style littéraire. 

Il dédie à Maupassant une nouvelle "Guy de Maupassant". " Le 14 octobre 1931, il écrivait à sa mère à propos des textes qu'il comptait réunir sous le titre Histoire de mon pigeonnier  : " Les thèmes se rapportent tous à l'époque de mon enfance, mais il y a évidement beaucoup de chose modifiées et inventées. Lorsque le livre sera terminé, on comprendra pourquoi j'ai eu besoin de tout cela."
 La grande thématique de son œuvre littéraire est juive, l'antisémitisme  dans une culture russe. 

L'histoire de mon pigeonnier, c'est un recueil de nouvelles posthumes  (projet inachevé à cause de son arrestation en 1939) poignantes, romanesque et cruelle.  Ces nouvelles sont autobiographique La première nouvelle est intitulée " L'histoire de mon pigeonnier"   évoque l'enfance d'un enfant de dix ans,  la mort d'un pigeon,  la violence antisémite. Le tsar s’engage à accorder certaines libertés dont le droit de vote pour les Juifs. Isaac Babel, lui, a obtenu le droit d’étudier. Les lois nouvelles sont l’occasion d’un pogrom dans les rues d’Odessa. Isaac Babel est parti acheter des pigeons. Il veut un pigeonnier plus que tout au monde. Plus même qu’un cartable neuf, qu’une trousse. Il est heureux car il a réussit les examens pour entrer au lycée, malgré les quotas de plus en plus sévère concernant les élèves juifs. " A peine arrivé, j'ai acheté au vieillard un couple de pigeons couleur cerise avec de somptueuses queues ébouriffées ainsi qu'un couple de pigeons huppés, et je les ai fourrés dans un sac, contre ma poitrine."

 " Enfance. chez grand-mère" évoque  la tendresse de l'enfance, l'éducation le travail scolaire avec sa grand mère. Elle est analphabète, une grand mère de conte.
"Mes premiers honoraires" : la vocation d’écrivain, un jeune homme naïf. Cette nouvelle est une commande pour son ami Gorki. Isaac Babel s'invente un double fictif, un écrivain qui entretien une relation avec une prostituée  au grand cœur qui considère comme sa première lectrice. "Sans doute était-il écrit dans mon destin que ma première lectrice serait une prostituée de Tiflis." "Le Voyage" : une nouvelle scène de violence antisémite et l’engagement communiste. L'enfant a grandit il a vingt un ans, il devient soldat. Il a travaillé à la Tchéka comme traducteur. Cette nouvelle est un voyage physique et intérieur. 

L'histoire de mon pigeonnier est constitué de nouvelles poignantes, où le ton  est cocasse. Il décrit l'opposition entre les riche russe blanc et les pauvres juif russe. L'univers d'Isaac Babel est captivant et très agréable à lire. C'est une très belle découverte.
A la lecture de ses nouvelles, j'ai pensé à un autre grand écrivain juif polonais Isaa Bashevis Singer

GUY de MAUPASSANT : La Parure

Bal de James Tissot
C'est une courte nouvelle, assez simple mais qui marque le lecteur pendant longtemps.
Une nouvelle remarquablement écrite d'une grande rigueur, bien construite, la fin est tellement incroyable aussi qu'elle ne s'oublie pas contrairement à beaucoup de nouvelles que l'on peut lire. 
La Parure c'est l'histoire d'une femme de condition modeste, elle rêve de luxe et des intérieurs bourgeois. Son mari ravi,  rentre chez lui avec une invitation " Le Ministre de l'Instruction publique et Madame Georges Ramponneau prient Monsieur et Madame Loisel de leur faire l'honneur e venir passer la soirée à l'Hôtel du Ministère, le lundi 18 janvier." Il croit faire plaisir à sa femme Mathilde. Mais, sa femme se sent embarrassée car elle n'a rien à se mettre. Puis, en réfléchissant elle trouve que c'est une bonne idée et son mari l'aide pour l'achat de la toilette. Mais il se trouve qu'elle n'a pas de bijou qui met en valeur sa toilette. Heureusement en se rendant chez  son amie Madame Forestier, cette dernière trouve une solution en lui prêtant une parure. Lors de la soirée, Madame Loisel fait sensation et tout le monde l'admire.   " Elle dansait avec ivresse, avec emportement, grisée par le plaisir, ne pensant plus à rien, dans le triomphe de sa beauté, dans la gloire de son succès, dans une sorte de nuage de bonheur fait de tous ces hommages, de toutes ces admirations, de tous ces désirs éveillés, de cette victoire si complète et si douce au cœur des femmes."La scène décrite par Maupassant fait penser à un rêve. La soirée finit, Monsieur et Madame Loisel rentrent à pied chez eux, c'est la dure réalité. Et, là elle se rend compte qu'elle n'a pas plus sa parure. Mon dieu, c'est épouvantable ! C'est la panique !



NICOLAS GOGOL : Le Nez & le Manteau








Le Nez et le Manteau sont deux nouvelles fantastiques écrites en 1832 et 1840 et publiées en 1843 dand les Œuvres complètes de Gogol, parmi les nouvelles du recueil intitulé Les nouvelles de Petersbourg. Elle sont totalement invraissemblables, le déroulement de ces histoires est ponctué de rebondissements cocasses et incongrus.

La nouvelle Le Nez de Nicolas Gogol (1809-1852), écrite à partir de 1833 et parue (après plusieurs refus et des modifications imposées par la censure) en 1836 dans Le Contemporain (la revue de Pouchkine), fut regroupée en 1843, ainsi que Le Manteau, dans le troisième tome de ses œuvres, intitulé aussi Récits de Pétersbourg ou encore Nouvelles de Saint-Pétersbourg.

L'histoire se déroule à Saint-Pétersbourg, un matin, le barbier Yvan Yakovlévitch prend son petit déjeuner accompagné de pain et d'oignon. Aussi bizarre que cela paraisse, il tomba sur un nez dans son assiette. Ce nez appartient à Monsieur Kowaliov, qu'il rassait régulièrement. Il a bien l'intention de se débarrasser de ce nez.
Kowaliov, l'assesseur du collège en se réveillant fut surpris de voir qu'il n'avait plus de nez. Il sort de chez lui et il voit son Nez (un personnage à part entière). " Deux minutes plus tard, son Nez sorti de la maison. Il portait un uniforme brodé d'or, à col officier. Une épée se balançait à son côté, et son chapeau était agrémenté d'une plume. Tout indiquait qu'il s'agissait d'un conseiller d'État."Kowliov n'en revient pas, il va se trouver face à face avec son Nez.
Et la suite des événements prendra une bonne tournure et il trouvera son nez au milieu de sa figure bien en place. Le Nez est une histoire complètement absurde. "Enfin, monsieur, n'êtes-vous pas mon propre nez ?" Mais l'on peut penser qu'il s'agit d'un rêve, plus exactement d'un cauchemar.


Le Manteau

Akaki Akakievitch Bachmatchkine est un petit fonctionnaire. " Cet employé ne sortait guère de l'ordinaire : petit, grêlé, rousseau, il avait la vue basse, le front chauve, des rides le long des joues et l'un de ces teints que l'on qualifie d'hémorroïdaux ... " Il découvre que son manteau est usé jusqu'à la corde; il faut le remplacer. Il commence à économiser, kopeck après kopeck, pour se procurer le vêtement, dont l'acquisition vire à l'obsession. Il va chez un tailleur pour se faire un manteau neuf. Ses collègues organise une fête en l'honneur du nouveau manteau. Voilà, Akaki est agressé et son manteau est volé. " Hé, mais, ce manteau est à moi !"s'écria d'une voix étonnante l'un des personnages. Et ill saisit au collet Akaki Akakiévitch qui déjà ouvrait la bouche pour appeler au secour." Pour la première fois de sa vie, il se révolte contre le sort et entame des démarches pour récupérer son bien . Malheureusement, un « personnage important » auquel il demande secours s'en prend violemment à lui, pour impressionner une connaissance qui lui rendait visite. Akaki meurt quelques jours plus tard, de froid. C'est alors que commencent à se produire des évènements inexplicables: un spectre apparaît, dans différents quartiers de Pétersbourg, effrayant les passants et leur dérobant leurs habits. Le fantôme, qui n'est autre que celui d'Akaki, attaque finalement le « personnage important » qui avait renvoyé si durement le petit fonctionnaire et lui vole son manteau. " Le bruit se répandit soudain à Pétersbourg que le spectre d'un fonctionnaire apparaissait la nuit aux alentours du pont Kalinkine ; sous couleur de reprendre un manteau volé, le spectre enlevait aux passants de toutes conditions leurs manteaux, quels qu'ils fussent, ouatés, fourrés, à col de chat, à col de castor, pelisses de raton, pelisses d'ours ou de renard, bref, toutes les peaux dont les hommes font usage pour recouvrir la leur."

Le Manteau comme le Nez sont deux nouvelles absurdes, excellente une belle découverte.

Fitzgerald : L'étrange histoire de Benjamin Button


Traduit par Suzanne Mayoux

Cela fait très longtemps que je n'avais pas lu un livre de cet auteur.
J'ai lu deux fois Gasby le Magnifique et j'ai lu aussi Le dernier nabab.
La sortie du film et ce Folio à 2€ m'a donné envie de lire cette nouvelle tirée de son recueil de nouvelles " Les enfants du jazz".
Il faut souligner que c'est une histoire étrange, la vie d'un homme à l'envers. Il naît vieillard et meurt bébé. " Dès sa naissance, loin d'être un beau poupon joufflu, Benjamin Button ressemble à un vieillard voûté et barbu ! Ses parents découvrent peu à peu qu'il rajeunit chaque jour : de vieillard il devient un homme mûr, un jeune homme, un enfant..." Un choc pour les parents et un handicap pour Benjamin, l'enfant. L'histoire se passe en 1860, en pleine Guerre de Session, dans une Amérique puritaine du Sud. Malgré son handicap il rencontrera l'amour avec Hildegarde "- Vous avez exactement l'âge romantique, continuait-elle. Cinquante ans. À vingt-cinq , on est trop superficiel ; à trente, c'est la pâleur du surmenage ; quarante, c'est l'époque des longs récits qui prennent le temps d'un cigare entier ; soixante , c'est ... Bah soixante, c'est top près de soixante-dix ; mais cinquante, c'est mûr à point cinquante ans, j'adore" Je trouve ce passage charmant, voir naïf. Bien sûr, le décalage posera un grand problème, puisqu'à la fin il joue avec son petit fils !
J'ai aimé lire cette nouvelle, l'écriture est très agréable. L'impression qui se dégage de ma lecture repose sur le paraître par rapport à son âge, être trop jeune trop vieux, ne pas être dans la norme et cela pose problème !
La lie du bonheurL'histoire de couples qui sont heureux, baignent dans le bonheur. Puis sans crier gare un drame surgit et l'un d'entre eux devient paralysé. Dur épreuve de la vie comme brisée. On pense à la lecture au couple tumultueux que pouvait être Zelda et Scott. Deux nouvelles très différentes mais le style, la plume de Fitzgerald est divine !

"Il s'agissait d'un mariage d'amour. L'écrivain était assez gâté pour posséder beaucoup de charme ; l'actrice gardait assez d'ingénuité pour être irrésistible.""Dr Jewett, il n'y a plus d'espoir. Mr Curtain peut vivre très longtemps, mais il ne retrouvera jamais la vue, ni la motricité, ni l'usage de la pensée."

Emmanuelle URIEN : La collecte des Monstres


« La vie charrie des monstres. Des personnages discrets à l'existence encombrante, dont Emmanuelle Urien révèle l'histoire en quelques pages. De ces gens presque ordinaires elle dit le quotidien, dans ce qu'il a de moins glorieux et de plus sombre. Son écriture vive et mordante raconte leurs soumissions, leurs renoncements, et les étonnants sursauts qui les mènent à la démesure.
La vie est là, calme et terrible. »


Et en effet ces nouvelles d'Emmanuelle Urien sont bien méchantes, mordantes et que les nouvelles de Delphine Coulin sont sages et douces à côtés.

Un très beau recueil de nouvelles magnifiques bien méchant juste.
C'est différent portraits de monstres que l'auteur collectionne, hommes souvent comptable, femmes.
Toutes sont bien ficelées, il faut savoir que la nouvelle est un genre difficile. Il faut que l'on rentre tout de suite dans l'histoire dans le récit, des nouvelles efficaces BRAVO !!!!!
Enfin je les ai pas aimées toutes mais dans l'ensemble c'est très réussi.
  • La première "l'homme qu'il me faut" une femme à la recherche d'un homme idéal. Elle est excellente, car elle donne bien le ton des autres nouvelles.
  • La deuxième une femme à la recherche d'emplois, la chute nous laisse de glace " Cas de figure 38".
  • Leure de gloire : Dure mais réaliste sur la vie d'une jeune starlette. Jeux de mots entre "leure" et "l'heure". Et la fin fait mouche est nous secoue bien."Dites, un petit rôle au paradis, ce serait pas de refus. Mais je vous préviens : cette fois , je ne couche pas."
  • En toutes lettres cette nouvelle autour du divorce est drôle, enfin on rit car on se dit que l'auteur a su ridiculiser un homme, puis la chute nous laisse sans voix car tellement inattendue.
  • Le syndrome du père Noël est vrais fait-divers, assez hallucinant cela pourrait être complètement vrais.
Ils sont à la recherche d'un homme, d’un travail, d’une santé, d'un toit, de silence, de liberté.
Ils vivent un enfer personnel , de racisme, de sida, de divorce, de prostitution.
Elles sont écrites sur le même schéma, début est normal on avance dans l'histoire puis la chute est rude, une claque à chaque fin . À chacune des nouvelles nous lecteurs nous sommes secoués, et quand nous avons finir de lire les dix-huit nouvelles nous sommes complètement chaos. Des nouvelles à lire une belle découverte, Bravo pour être édité dans la Blanche de Gallimard. Voir son site ici

 Jacques Poulin "Le cœur de la baleine bleue".: Je tombe sur la phrase " - Dans chaque écrivain , on dit qu'il y a un monstre". Cela ma amusé car cela fait écho pile poil avec le livre d'Emmanuelle Urien : La collecte des Monstres.