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CATHERINE POZZI : JOURNAL DE JEUNESSE DE 1893 - 1906




"31 décembre 1897

Je me regardais dans la glace tout à l’heure, et j’ai vu clairement que je serai laide, banalement, irrémédiablement laide. Voici mon portrait : un vilain teint noir, foncé, un front assez large, des sourcils noirs, jolis, bien dessinés, des yeux moyennement grands, mais d’une jolie forme, longs, mes sourcils et mes yeux sont mes seules beautés. Mes yeux sont très noirs parfois, mais ils changent et sont verts ou gris souvent. La pupille est très large. Mon nez est mince et grand, droit, mais le milieu est orné d’une légère éminence, la "bosse" des Pozzi... à vrai dire, ça n’est pas une bosse, et on ne la remarque qu’avec beaucoup de bonne volonté..."


Catherine Pozzi est née à paris en 1882 et décédé en 1934 à Paris. 
Quand elle a commencé à écrire son journal, elle avait dix ans.

Ce Journal de jeunesse, assez régulièrement tenu jusqu’à vingt-quatre ans, constitue son premier écrit ; en 1906 cependant, elle clôt le flot de ses confidences et réflexions sur soi, puis après un silence de quelques années correspondant aux premiers temps de son mariage, elle reprend sa vaste entreprise autobiographique éditée sous le titre Journal 1913 - 1934.
Au-delà de la vie mondaine et facile que la petite fille menait en apparence.  Elle est fascinée par son père un chirurgien célèbre. Sa mère tient un salon littéraire ou est présent le Tout Paris de la Belle époque. Son journal est merveilleux de lucidité étonnamment précoce lui permet d’analyser les variations de ses sentiments à l’égard de son entourage, de dévoiler sa souffrance devant la mésentente de ses parents et d’exprimer sa profonde révolte quant à l’éducation des jeunes filles de son temps. Excellent ressenti sur l'enfance, le rapport entre mère et fille, sur sa personne. Elle se trouvait laide. Elle parle de la souffrance, de la solitude de l'adolescence.

Son parcours, plutôt sa vie, m’a profondément touchée. Son écriture est magnifique et d'une grande maturité. 



"Mercredi 2 mars 1898 : en écrivant ces pages, je ne voudrais pour rien au monde qu’elles fussent profanées par un regard indifférent, mais je voudrais qu’elles restent. Qu’elles restent, non pas comme un exemple de style - oh loin de moi cette idée ! je ne travaille pas ces lignes ; j’écris sans chercher ce qui me vient du cœur - mais comme un intéressant document psychologique sur ce que pouvait être l’état d’âme d’une petite fille, qui écrirait sincèrement, par cela même qu’elle écrirait pour elle, et qui dirait simplement tout ce qu’elle ressent, tout ce qu’elle souffre ou tout ce qu’elle pense. Je voudrais que ces livres restent, parce que je veux qu’on connaisse mieux les enfants - on ne les connaît pas : la plupart voient en eux de petits êtres frivoles incapables de penser - je veux dire aux indifférents combien un enfant peut souffrir, combien une jeune fille peut être seule."

John Singer Sargent
Son père,  Samuel Pozzi (1846/1918) médecin et chirurgien.  
Il est né à Bergerac (Dordogne) le 3 octobre 1846 et mort à Paris le 13 juin 1918. Membre de l'Académie de médecine et professeur à la Faculté, il fut l'un des pionniers de la gynécologie moderne.

Il s'engagea également dans une carrière politique,et il fut élu en 1898 sénateur de la Dordogne. Il fréquente les salons littéraires.

Familier du docteur Adrien Proust, il fut aussi le médecin de son fils Marcel, rencontré au cours d’un dîner donné par ses parents en 1886.

Marié à Thérèse Loth-Cazalis, parente du docteur Cazalis, il eut une fille, Catherine (née le 13 juillet 1882), et deux fils, Jacques et Jean. Elle se marie le 17 novembre 1879 avec Samuel Pozzi. Pendant vingt ans elle a tenu un salon au 10 de la place Vendôme, puis ensuite à partir de 1900 au 47, avenue d'Iena. Les invités étaient issus de milieu littéraire, médical et artistique. Son m
ari volage n'hésite pas à séduire ses patientes.
Sarah Bernhardt,  la grande actrice Réjane et, Geneviève Straus, veuve de Bizet, fille d'Halévy, mère du grand ami de Marcel Proust . Le grand amour de Pozzi fut Emma Fischhof, fille d'un marchand de tableaux célèbre, qui partagea sa vie jusqu'à la fin.

"Mercredi 16 février 1898

Nous sommes des gens du monde, des gens chics. Le salon de Madame Pozzi est un des plus brillants de Paris. Nous habitons un appartement, Place Vendôme, qui a un loyer de 17. OOO francs, nous avons 7 domestiques : deux femmes de chambre, une bonne allemande, une nourrice (pour Jacques), une cuisinière, un valet de pied et un maître d’hôtel ; nous avons une voiture et trois chevaux que nous louons à l’année (cela revient au même prix que de les avoir à nous, mais beaucoup d’ennuis nous sont épargnés).

En entrant chez nous, on se trouve d’abord dans une grande antichambre, d’aspect assez sévère. Le salon y correspond. Le salon se compose de deux pièces réunies, une immense et une plus petite. Il est meublé avec assez de goût, tapissé d’étoffes précieuses ; sur les étagères, des bibelots rares et des statuettes ; dans une vitrine, une magnifique collection d’antiquités. Les meubles ont une grande valeur, les tableaux sont admirables, mais malgré la richesse de l’ameublement on n’y est pas plus heureux, et ce grand salon froid a vu bien des drames intimes.

C’est le jour de réception. Madame, dans une toilette exquise, fait les honneurs avec grâce (quoique ça l’ennuie terriblement). Les plus célèbres personnages viennent la voir, aussi bien que les moins connus, et il est amusant de voir une modeste femme de docteur à côté de l’écrivain à la mode, un jeune homme simplement vêtu faire la cour à la beauté de la "saison".

Parfois, au milieu de ces mondains, on voit une grande fille, à la taille trop mince, aux jambes trop longues, au corps trop plat, qui offre aimablement des tasses de thé ou de chocolat aux visiteurs de sa mère.

C’est moi. Elle s’ennuie beaucoup, cette grande fille, pourquoi a-t-elle un si charmant sourire sur les lèvres ? C’est qu’elle a déjà, hélas, ce vernis mondain, cette cuirasse d’hypocrisie polie.
"

LORENZA FOSCHINI : Le manteau de Proust - DIANE DE MARGERIE : À la recherche de Robert Proust.

 
Histoire d'une obsession littéraire

Traduction de Danièle Valin

"Comme c'est étrange ! Je viens d'acquérir, il y a quelques minutes à peine, des brouillons et des épreuves corrigées, ainsi que des lettres de Marcel Proust."

Un livre passionnant, Lorenza Foschini enquête sur l'histoire de ce manteau usé, mais aussi sur la rencontre avec un grand admirateur de Proust Jacques Guérin. Un jour, lors d'une visite chez le médecin, il aperçoit les manuscrits de Marcel Proust. Il ne comprend absolument pas le peu d'intérêt que semble avoir le frère Robert pour l'œuvre du grand frère Marcel.
Marthe Proust, la belle soeur qui ne souhaite qu'une chose c'est protéger l'honneur de la famille et pour cela n'hésite pas à brûler lettres et papiers qui pourraient rappeler les penchants de Marcel, ceux que la famille a toujours refusé de voir. "Ne m'en parlez pas, cher monsieur ! Nous sommes envahis de papiers en tout genre. Mais mon mari et moi sommes en train de mettre un peu d'ordre dans ce fatras de lettres , de cahiers, de billets ... Nous brûlons ... nous brûlons tout ! "
L'enquête de la journaliste se lit comme un roman policier ou presque. C'est un ouvrage passionnant car tout est malheureusement vrais,   j'ai trouvé ce livre très  émouvant.

Dans le cadre de la rentrée sept 2016 vient de sortir un essai de
Diane de Margerie À la recherche de Robert Proust.  
Samuel Pozzi par Sargent
Robert Proust est le plus jeune frère de Marcel. Il est complètement absent de la recherche. " Si Marcel étudie la solitude et la maladie (Léonie), la fourberie (Odette ), la dissimulation et le mensonge (Albertine), le vice et le sadomasochisme ( Charlus)- Robert lui étudie la sexualité féminine, gynécologie, l'hermaphrodisme e les maux de la prostate. "Il a choisit la même voix que son père.  Il est élève du célèbre Docteur Pozzi.
Tous les deux s'intéressent à la dégradation : du corps chez Robert et la  des sentiments pour Marcel. Pour écrire la Recherche, Marcel s'inspirent du monde et du vocabulaire de la médecine.
 Diane de Margerie comme Lorenza Foschini nous décrit l'ambiance complexe de cette famille. Le père Adrien Proust, grand médecin avait une maîtresse Mme Dubois-Amiot. Il a absolument voulu que son fils Robert se marie avec la fille sa maîtresse Marthe. Par ailleurs, Robert lui aussi avait une maîtresse Mme Fournier. À la mort de Robert, sa veuve Marthe brûle une grande partie des lettres de Marcel. " Le mariage de Robert m'a à la lettre tué" : je reprend cette formule de Marcel qui me paraît un rappel de la primitive douleur : l'existence même de Robert ; l'inévitable rivalité camouflée, mêlée d'amour, puis, peu à peu après l'adolescence, le léger éloignement du petit frère ; puis le choix paternel qu'il fit en devenant médecin et, enfin, le "choix" imposé de son épouse, fille de la maîtresse du père. Marthe est l'élément qui ressuscitera chez Marcel le thème de la trahison : rien d'étonnant si leur relation furent la plus grande ambivalence."

Cet essai est riche passionnant, fouillé intéressant. J'ai une préférence pour "le manteau de Proust". Il faut dire que je ne suis pas une familière de l'œuvre de Marcel Proust. Je n'ai lu que le début de la recherche "Du côté de chez Swann". 

Alain-Fournier : Lettres à Jeanne

édition établie, préfacée et annotée par Ariane Charton
 

Ariane Charton a eu la très bonne et belle idée de faire connaître ces lettres écrites par Alain-Fournier
Le Grand Meaulnes, unique roman d’Alain-Fournier, est illuminé par Yvonne de Galais. Mais un autre personnage féminin, plus sombre, n’est pas moins important dans l’histoire : Valentine, la fiancée de Frantz de Galais. Comme Yvonne, Valentine est inspirée d’une femme que l’écrivain a connue : Jeanne Bruneau. "Jeanne Bruneau est modiste. Elle travaille pour un grossiste dans son modeste logement, 10 rue Chamoinesse, près de Notre-Dame. Née le 25 septembre 1885, elle est originaire de Bourges."
La liaison entre cette jeune modiste berrichonne et l’écrivain a duré de février 1910 et avril 1912, deux ans qui correspondent à l’écriture du Grand Meaulnes. Les huit lettres à Jeanne et les documents liés à cet amour torturé.
"Vous m'avez accusé dans votre lettre de prendre plaisir à vous faire souffrir. - mais si mon amour était inquiet, tourmenté cruel même, c'est , vous le savez bien, parce que je vous aimait trop, et je vous aurais voulue digne de mon amour." "L'amour comme un vertige, comme un sacrifice et comme le dernier mot surtout. La chose après quoi plus rien n'existe.""Seules, les femmes qui m'ont aimé, peuvent savoir à quel point je suis cruel. 
Les lettres  sont rassemblées dans ce merveilleux petit ouvrage. Elle permettent de découvrir un Alain-Fournier passionné, fiévreux, délicat et exigeant. Ce petit ouvrage est un beau complément à la magnifique biographie d'Ariane Charton. 



Rue du vieux Bourge

Un jeune écrivain assoiffé d’absolu qui rêvait de faire partager son rêve à Jeanne/Valentine et que la Grande Guerre devait faucher en septembre 1914, à l’aube de sa carrière.
Rue du vieux Bourge



La couverture des "Lettres à Jeanne" est du peintre André Lhote ami de Fournier : " Je remercie André d'avoir tant admiré la pauvre petite Jeanne  et d'avoir fait trois petits tableaux où elle est assise, au bord de la vallée, et penche la tête avec inquiétude." 


LE GRAND MEAULNES : le film de J G ABILCOCCO

Ce film est très fidèlement adapté du roman d'Alain-Fournier Le Grand Meaulnes.


Alain Libolt : François Seurel
Jean Blaise (pseudonyme de Miroslav Brozek) : Augustin Meaulnes
Brigitte Fossey : Yvonne de Galais
Alain Noury : Frantz de Galais
Juliette Villard : Valentine Blondeau
Marcel Cuvelier : M. Seurel
Christian de Tillière : Ganache
Thérèse Quentin : Millie Seurel

 Le château de la Chapelle d'Angillon
Une nuit, lors d'une fête étrange dans un domaine perdu dans les bois de Sologne, Augustin Meaulnes est ébloui par la beauté d'Yvonne de Galais dont il tombe éperdument amoureux. Mais elle parait avoir disparu avec son château et ceux qui l'entouraient : il ne lui reste plus qu'un souvenir émerveillé d'un rêve fantastique. Le temps passe. Quand Meaulnes croit Yvonne de Galais mariée, son univers s'écroule, c'est la fin de son adolescence. Il tente d'oublier, avec l'aide de son ami François Seurel et la rencontre de Valentine...
L'univers est poétique, la féerie est au rendez vous.



Une très belle adaptation d'un de mes romans préférés tout en poésie (l'emploi d'un flou multicolore pendant la fête nocturne). La première partie est plein de féerie et de légèreté et la deuxième partie plus sombre et torturée. 
Pendant mes vacances d'été, j'ai visité le château de la Chapelle d'Angillon et j'ai fait un tour à Nancay.






OCTAVE MIRBEAU : Le journal d'une femme de chambre

En ce début d'année, je découvre l'écriture d'Octave Mirbeau. 
Je ne connaissais que de nom, et bien c'est une très belle surprise !
"J'adore servir à table. C'est là qu'on surprend ses maitres dans toute la saleté, dans toute la bassesse de leur nature intime. Prudents, d'abords, et se surveillant l'un l'autre, ils en arrivent, peu à peu, à se révéler, à s'étaler tels qu'ils sont, sans fard et sans voiles, oubliant qu'il y a autour d'eux quelqu'un qui rôde et qui écoute et qui note leurs tares, leurs bosses morales, les plaies secrètes de leur existence, tout ce qui peut contenir d'infamies et de rêves ignobles le cerveau respectable des honnêtes gens."
Le roman relate l'histoire d'une jeune femme de chambre, Célestine . Elle est  engagée depuis peu dans une belle demeure  normande. Elle  découvre alors les habitudes d'un petit village et de ses habitants, nous délivrant également ses pensées sur ses nouveaux « maîtres » et les autres employés, une cuisinière, Marianne et un jardinier-cocher, Joseph, un antisémite très étrange qui fascine Célestine et le dégoute à la fois. Est ce que c'est lui qui a tué la petite Claire ? Le doute s'installe chez Célestine.  
Elle évoque aussi ses autres place comme celle de M.Georges, un jeune homme atteint d'une maladie incurable dont Célestine s'occupera avec ferveur, jusqu'à en devenir passionnément amoureuse. C'est une place qu'elle a beaucoup apprécié.  Enfin, Célestine n'épargne passes maîtres, et plus généralement les bourgeois, et autres familles riches. 

Octave Mirbeau publie "Le journal d'une femme de chambre" en 1900 à l'aube du XXième siècle,  avec une première version en feuilleton dans l'Echo de Paris dix ans plus tôt.

Ce journal est une magnifique étude social sur la condition  des domestiques qui m'a fait penser aussi au rapport entre maître et valet chez Marivaux.  
Cette lecture permet de se  replonger  dans une littérature qui est pour ma part séduisante celle de  Maupassant, Flaubert, Zola, et d'autres écrivains de cette époque. 


J'ai eu l'occasion de voir les deux adaptations pour le cinéma celle de Luis Bunuel et celle de Benoit Jacquot. Deux versions très différentes l'une de l'autre. J'ai aimé la version de Bunuel pour son esthétisme, et celle de Benoît Jacquot pour sa fidélité à l'œuvre d'Octave Mirbeau. 



ARIANE CHARTON : ALAIN-FOURNIER

" Alain-Fournier doute de lui. Il se sent prêt à renoncer à son grand projet littéraire qu'il n'est pas inspiré. Ecrire ou ne pas écrire son roman prend la forme d'une question métahysique sur le but de l'existence. Pourquoi écrire ? Pour quoi ? Pour qui ? L'image d'Yvonne de Quiévrecourt entrain de le lire le hante." Le nom d’Alain-Fournier, pseudonyme d’Henri-Alban Fournier (1886-1914), reste attaché au Grand Meaulnes, roman publié en 1913. Alain-Fournier est né à La Chapelle-d'Angillon le 3 octobre 1886 et mort le 22 septembre 1914, à la lisière du bois de Saint-Remy. Il a été le grand ami de Jacques Rivière avec qui il a entretenu une très grande correspondance.  il y a quelques temps j'avais lu avec délice "Une amitié d'autrefois".(lettres choisies et non toute la correspondance). La véritable correspondance rassemble plus de trois cent quatre-vingt-neuf lettres " Il n'est pas exagéré de dire qu'il s'agit de l'une des plus belles correspondances de la littérature française."
Les poèmes symbolistes les réunissaient ainsi que Pélléas et Mélisande l'opéra de Debussy. "Leur enthousiasme pour Pelléas ne faiblira jamais. L'œuvre fut en quelque sorte la petite musique de Vinteuil de leur amitié et ils ne perdaient jamais une occasion d'aller l'écouter." Opéra qui a influencé Fournier" Il sera influencé par l'intrigue et surtout le personnage de Mélisande dans sa vie" " - Vous êtes belle "-, prononcés par Pélléas lorsqu'il rencontre Mélisande, et qui ne pouvaient ans doute rien rappeler à la jeune femme. Fournier joue un drame symboliste." 
Henri Fournier a été marqué par le pays de son enfance. Le Grand Meaulne est un roman qui touche les adolescents car il est question du difficile passage de l'enfance à l'adolescence. Henri Fournier a été imprégné par le pays du bonheur de l'enfance, des parfums d'enfance. Dans l'œuvre d'Alain Fournier l'on retrouve  des références à Marcel Proust comme le souligne Ariane Charton, concernant l'enfance. Mais aussi dans la quête amoureuse, l'amour fou que Fournier porte à Yvonne de Quiévrecourt ( Yvonne de Galais dans le Grand Meaulnes). Cet amour fut douloureux pour lui et sans espoir. 
André Lhote


Paul Claudel a joué un rôle dans la courte vie d'Henri Fournier ainsi que dans la vie de Jacques Rivière. Tous les deux ils admiraient son œuvre littéraire ainsi que l'homme. C'est grâce à lui, qu'ils (Jacques et Henri) vont revenir au catholicisme et à s'interroger sur leur foi :" Fournier a une surprise quelques jours après son retour à Paris, le 1er octobre. A trois heures de l'après-midi, alors qu'il pleut, "un homme, fort et droit (...vêtu d') un manteau en caoutchouc , tout ruisselant, de fortes bottines américaines, une casquette droite visière cirée" sonne chez les Fournier-Rivière, rue Dauphine. C'est Paul Claudel avec son allure de "gentilhomme chasseur". 
Lors d'un travail de critique littéraire, Henri Fournier va faire la connaissance de Charles Péguy et de Marguerite Audoux. Elle est aussi originaire du Berry. Elle est couturière, elle écrit un roman " Marie Claire", avec ce roman elle obtint le prix Femina. Henri Fournier va tomber amoureux de Jeanne Bruneau modiste, originaire de Bourge. Il va s'inspirer d'elle pour le personnage de Valentine. Les peintres appréciés d'Henri sont Maurice Denis, André Lhote. Ce dernier fait partie des premier lecteurs d'Alain-Fournier. "Lors de l'une de ses permissions, début décembre 1908, Henri Fournier rencontre le peintre André Lhote, après avoir eu l'occasion de voir plusieurs de ses tableaux."
Charles Péguy
La rencontre avec Charles Péguy compte beaucoup pour Henri Fournier. Entre d'eux va naître une belle amitié. " Vous irez loin, Fournier. Vous vous rappellerez que c'est moi qui vous l'ai dit."
Charles Peguy connait bien l'actrice Madame Simone, et cette dernière a été bouleversé d'apprendre sa mort. 
La vie sentimental d'Henri Fournier est tumultueuse. Il va vivre une passion amoureuse avec l'actrice Madame Simone marié à un homme volage Claude Casimir-Perier, Henri est le secrétaire. 
Madame Simone
"Connu à la scène sous le nom de Madame Simone, Pauline Casimir- Perrier avait fait ses débuts au théâtres en 19à2, grâce à son premier mari, le comédien Charles Le Bargy, et avait réussi à conquérir le public en jouant Henry Bernstein, Henry Bataille ainsi qu'Edmond Rostand. Elle reprit le rôle de Sarah Bernhard dans l'Aiglon et créa le rôle de la Faisane, bel oiseau au plumage de feu et d'or dont le Coq tombe amoureux dans Chanteclerc. Elle fréquente aussi la haute société, habitué notamment des salons d'Anna de Noailles et de la princesse Bibesco." Henri Fournier a été invité à Cambo les bains, où les Perier louaient chaque été la Villa Souberbielle, une belle maison de maître entourée d'un grand parc et toute proche de la Villa Arnaga, où vivait Edmond Rostand et sa famille. Il y fit deux séjours : du 25 août au 11 septembre 1913 et 20 juillet au 2 août 1914. Une Vidéo très intéressante, à voir,  où l'actrice Simone évoque les rencontres importantes de sa vie avant la Guerre de 14 surtout, et avec beaucoup d'émotions elle évoque  son amour pour Alain Fournier. Elle a joué un rôle important dans sa vie, mais elle l'a beaucoup aidé pour la sortie de son roman. Elle est présente dans son deuxième roman inachevé Colombe Blanchet. 

Alain-fournier par Ariane Charton  est une biographie passionnante et magnifiquement documentée. J'ai beaucoup apprécié de savoir comment a été écrit et publié le Grand Meaulne, j'ai une grande tendresse pour  l'unique roman d'Alain Fournier, la raison pour moi  est la suivante j'ai découvert ce roman très jeune : le Grand Meaulne.  Je possède plusieurs exemplaires de ce roman dans ma bibliothèque (plusieurs billets autour de ce roman d'ailleurs sur mon blog ici et ).  Je me suis régalée avec la chapitre la publication du Grand Meaulnes, passage émouvant surtout si l'on s'intéresse à l'histoire de l'édition française. Cette biographie est un véritable régal, un grand plaisir de lecture,  bien sûr la vie d'Henri-Alban Fournier (Alain Fournier) fait écho dans son unique roman. 

En complément voir le très beau site.

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Dans " La Difficulté d'être", Jean Cocteau évoque cette période avant heureuse et légère avant la guerre de 14. " Je me rappelle un été à Trie-Château, chez Mme Casimir-Perier (Mme Simone) avec Péguy, Casimir-Perier et Alain-Fournier qui écrivait le Grand Meaulnes.  Le rire nous empoignait jusqu'à la crampe, et lorsque nous allions nous coucher un mot le rallumait, nous jetait sur les marches de l'escalier qui montait à nos chambres. Il nous y clouait le ventre, jusqu'au petit matin."

GLADYS HUNTINGTON : Madame Solario

Gladys Huntington
Un mystère entoure la personnalité de l'écrivain anonyme qui a publié en 1956 ce roman, salué alors par une critique unanime comme un événement littéraire d'une exceptionnelle importance. « Madame Solario » est un de ces livres ensevelis dans l’oubli, au charme unique, et dont l’auteur est longtemps resté inconnu.
Bel exemple d’occultation littéraire, « Madame Solario » se double d’un anonymat inquiétant et d’une stratégie d’écriture peu commune. De quoi attiser la curiosité des amateurs, pendant un an, Bernard Cohen est allé enquêter dans le Sussex.  Il y a peu le roman a été réédité, avec, en première mondiale, mention de la signature de l’auteur !

Gladys Huntington, est une romancière américaine d'un unique roman connu, Madame Solario. Bernard Cohen fait un rapprochement entre Gladys Huntington et Olivia autre roman sulfureux. « Une femme ayant voulu l'anonymat mais aussi tentée par la célébrité. Une femme à laquelle les lauriers amers de la consécration littéraire ont été refusés au dernier moment, et qui décidera alors de ne plus vivre.»


James Tissot


Traduit par Renée Villoteau
Préface de Benard Cohen
Postface de Marcel Brion

Début du XXe siècle, année 1906 plus précisément, sur les bords du lac de Côme en Italie, l'aristocratie européenne prend des vacances. Balades en canot sur le lac, thé, bals mondains, la riche société se la coule douce dans un paysage de rêve et d'insouciance. Le début du roman fait penser à l'insouciance d'une époque que l'on rencontre chez Zweig, l'on peut penser à Henry James aussi.  Bernard Middleton, un jeune Anglais, profite de ses dernières semaines de vacances en Italie avant de retourner dans son pays, pour entrer dans le monde de la banque afin de satisfaire ses parents. Il est sous le charme de Natalia Solario, de près de dix ans son aînée. Le comte Kovanski, un Russe de Saint-Pétersbourg aussi mystérieux qu'antipathique. Eugene Harden, frère de Madame Solario débarque à l'improviste. Désormais le frère et la sœur vont former un couple aussi étrange que fascinant . Eugene et Natalia sont liés par un terrible secret, violée par son beau-père, elle a presque été vengée par son frère, qui a blessé au pistolet l'auteur du forfait et depuis le jeune homme a été contraint à un long exil.
  Le roman est construit en trois chapitres . le premier, nous permet de découvrir les lieux enchanteurs de l'intrigue et l'héroïne Madame Solario, par les yeux de Bernard Middleton. Les pages dégagent une sensation de luxe et d'aisance, de calme enchanteur.  J'ai beaucoup aimé cette première partie, je l'ai trouvé très agréable à lire. Le second partie,  Eugene Harden le frère de Natalia qui se nomme en faite Nelly arrive à l'improviste.  Là un climat de mal être apparaît. Eugene Hardan est un homme  manipulateur et calculateur. J'ai trouvé cette partie longue et ennuyeuse parfois. Dans La troisième partie,  Madame Solario doit fuir en toute vitesse, elle entraîne malgré lui Bernard Middleton.  Avec cette troisième partie, j'ai trouvé que le roman reprenait un souffle nouveau. C'est un roman assez étonnant qui tourne autour de l'inceste, du secret du fantasme, l'ambiance est feutrée et l'on retrouve l'ambiance d'un monde à la dérive. Un roman qui a beaucoup marqué de nombreux écrivain comme Marguerite Yourcenar. J'ai bien aimé ce roman a beaucoup de charme, sans non plus un roman exceptionnel, mais tout de même assez étonnant.



Adaptation cinématographique par René Feret

Milieu inconscient de richesse, où tout est dans l'apparence.
Marie Féret : Natalia Solario (Ellen « Nelly » Harden)
Cyril Descours : Eugène Harden
Harry Lister Smith : Bernard Midelton
Salomé Stévenin : Missy Vlamink
Andrei Zayats : Kovanski
Lisa Féret : Martha Leroy
Christophe Rossignon : le marquis Griset de Florel
Arianna Pollini : la Marquise
Mona Heftre : la mère de Missy
Marc Barbé : le médecin à l'hôtel Bellevue


Madame Solario (jouée par la propre fille de Féret) est une jeune divorcée qui affole tous les hommes. 

J'ai trouvé pour ma part que René Féret a trouvé la note juste pour traduire l'univers de Madame Solario. 
Il a su reconstituer l'atmosphère d'une époque révolue sans tomber dans le fastueux et la débauche de moyen. 

JEAN-PAUL et RAPHAËL ENTHOVEN : Dictionnaire amoureux de Marcel Proust


Ce sont deux amoureux de Proust qui se sont vus attribuer le Prix Femina de l’essai : Jean Paul et Raphaël Enthoven, dont le « Dictionnaire amoureux de Marcel Proust »  va de A à Z d' Amour" à "Madeleine" en passant bien sûr par le "Baiser (du soir)" et pour finir à Zinedine. Les auteurs gambadent à la fois dans la Recherche (le domaine de Raphaël) et dans la vie de son créateur (domaine de Jean-Paul) . 

Le lecteur  se plonge dans ce dictionnaire en lisant dans le désordre, une définition renvoie à une autre définition. Par exemple prenons la thématique des fleurs : Aubépine, Catleya sont deux fleurs très différentes, voir complètement opposées. L'aubépine a un parfum léger alors que le Catleya est associé à Odette la cocotte donc renvoie à un parfum capiteux. Pour moi, l'univers de Proust est associé aux fleurs et plus particulièrement aux roses. Aussi curieux soit il ! Proust était un asthmatique, ils détestent les fleurs. C'est tout de même curieux car l'on croise dans la recherche 372 espèces de fleurs dans la Recherche. Une fleur est associée à un personnage, un blason : à Gilberte l'aubépine  ; à Albertine la rose ou le géranium ; à Oriane le vanillier, à Odette le catelya  etc .. Pour Swan le rose est la couleur du dedans des femmes et de leur troublante intimité. 

L'originalité de dictionnaire est comme l'œuvre de Marcel Proust est perçu par d'autres écrivains comme Descartes, Pascal, Sand, Stendhal, Roland Barthes,  Deleuze, Mauriac, Modiano, Georges Perec , Céline  qui tout comme Sartre détestaient l'œuvre de Proust. Dans ce dictionnaire, l'on a à la lettre T Jean Yves Tadié, le grand spécialiste de Marcel Proust. Dans ce dictionnaire, il est question de l'éditeur de Marcel Proust de Jacques Rivière. Ce dernier a écrit un roman nommé "Aimée" dédié à Proust. 


"Au final, la Recherche est un jardin où le jeu sexuel des fleurs se déploie en toute innocence ".

 Marcel Proust est un auteur comique et avant tout sur  la manière qu'il a de croquer des personnages, et des situationsCe dictionnaire amoureux est un tourbillon de l'univers de proustien. C'est un dictionnaire qui invite le lecteur à se plonger dans l'œuvre de Proust, d'aller à sa rencontre.  Ce dictionnaire me séduit dans son ensemble mais je mettrai quelques réserves tout de même entre autre pour faire moderne l’emploi de mots actuels (gay, outing, casting, people, Skype) .

MARCEL PROUST: Amoureux de la musique

"je me demandais si la musique n'était pas l'exemple unique de  ce qu'aurait pu être- s'il n'y avait pas eu l'invention du langage, la formation des mots, l'analyse des idées la communication des âmes. "(la prisonnière)
La musique tient une place fondamentale dans la Recherche via la musique de Vinteuil.  A chaque fois que  la Sonate de Vinteuil se pointe c'est une petite phrase qui impose le silence, tout le monde se tait
Elle liée à l'amour de Charles Swann pour Odette : Un amour de Swann . Elle est une métaphore féminine. 
Vinteuil était un professeur de piano, snob. 
Pour  la Sonate de Vinteuil, Marcel Proust s'est inspiré de Schubert, Beethoven, Mozart, la Sonate de César Franck, de Fauré... et puis peu importe. Car la sonate a l'écoute évoque la curiosité, l'étonnement, la surprise. La musique renvoie au silence, la vie intérieur, l'intime.  "La petite phrase" est semblable à "la petite madeleine." Elle hante l'ensemble de la recherche car elle symbolise la vie. Cette petite phrase est seulement cinq notes, c'est une langue secrète. La Sonate de Vinteuil traverse toute l'œuvre de Proust. Il y a une théorie de la musique dans la Recherche. "Le pianiste jouait pour eux deux, la petite phrase de Vinteuil qui était comme l'air national de leur amour. Il commençait par la tenue des trémolos de violon que pendant quelques mesures on entend seuls, occupant tout le premier plan, puis tout d'un coup ils semblaient s'écarter et comme dans ces tableaux de Pieter De Hooch, qu'approfondit le cadre étroit d'une porte entr'ouverte, tout au loin, d'une couleur autre, dans le velouté d'une lumière interposée, la petite phrase apparaissait, dansante, pastorale, intercalée, épisodique, appartenant à un autre monde."
Marcel Proust amant puis ami fidèle de Reynaldo Hahn. 
Proust avait une connaissance particulière de la Sonate de Franck, qu'il avait entendue très souvent. Lorsqu'en 1913, il écrit à Antoine Bibesco : " Je l'ai trouvé admirable. Les pépiements douloureux du violon, les gémissants appels répondaient au piano, comme d'un arbre, d'une feuillée mystérieuse. C'est une très grande impression. Et il désaffadit et redessine le rondeau qu'on a l'habitude de jouer en se pâmant sous prétexte qu'il est angélique." 
Marcel   Proust est  fin amateur de musique de chambre mais aussi d'opéra, comme son enthousiasme immédiat pour Pelléas et Mélisande de Debussy, Fauré. Il aimait aussi Wagner, Beethoven, Mozart... et aussi amoureux de Chopin. Il jouait lui même du piano, il avait une formation de mélomane. Reynaldo Hahn jouait au piano pour Marcel la sonate pour violon et piano de Saint-Saëns, qui fut en quelques sorte la sonate de leur amour. La musique était une grande passion pour tous les deux, mais ils avaient rarement les mêmes goûts. Les goûts de Reynaldo étaient plutôt classique alors que ceux de Proust étaient plus moderne. Proust avait une admiration pour Debussy et Reynaldo pas du tout.  

 C'est une magnifique édition qui réunie la littérature et la musique . Les lectures sont de Romane Bohringer, Didier Sandre, Michael Lonsdale.

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Dans Les Plaisirs des Jours : 

Portraits de Musiciens : Chopin, Gluck, Schumann, Mozart
Ces portraits sont des poèmes dédiés aux musiciens qu'il aimait dans sa jeunesse.



APOLLINAIRE : PORTRAIT



L'Apolinaire est illustré par Aurélia Grandin (diplômée des Métiers d'art, illustratrice)
Guillaume Apollinaire est né en 1880 à Rome.  sa mère est d'origine polonaise, noble et son père est d'origine inconnu. Il arrive à Pars en 1900. Il va être engagé comme précepteur en Rhéanie chez la vicomtesse de Milhau. Il va tomber amoureux de la gouvernante anglaise qui ne l'aimait pas. Il écrit des contes pour la Revue Blanche. 



Guillaume et Marie Laurencin
Il va connaître le grand amour avec Marie Laurencin et grâce à cette histoire d'amour il devient critique d'art. Il fréquente les cafés littéraires du Quartier Latin, devient ami des peintres du Bateau-Lavoir, Picasso, Derain, Braque.Il s'intéresse à la peinture et entre autre des peintres cubiste.  Il a de l'admiration pour le Douanier Rousseau. 
En 1909 : "La chanson du Mal Aimé" est  publié au Mercure de France grâce à Paul Léautaud. Son amour pour Marie Laurin prend fin en 1912. Publication d'Alcools au Mercure de France. En 1914, déclaration de guerre, il rencontre à Nice Louise de Coligny-Châtignon, il rompt avec elle durant la guerre en 1915. Blessé à la guerre le 17 mars  d'un éclat d'obus. 1918, il a congestion pulmonaire, son édité toujours au Mercure de France : Calligramme. Il épouse Jacqueline Kolb son témoin est  Picasso et le peintre Ambroise Vollard. Il est victime de la grippe espagnole, il est décédé à l'âge de 38 ans. 
Guillaume et Lou


 Il a révolutionné la poésie de son époque dans son ton, sa forme et ses ruptures, il pourrait sans doute s'inscrire en fin de vie dans le courant dadaïste, ayant forgé le mot "calligramme" en 1918. Il anime le monde artistique et littéraire. Il est un amoureux fougueux " Pont de Mirabeau", lyrique,mélancolique et éconduit de Lou (poèmes à Lou), il s'épanche. Émotif, créatif, ses Calligrammes, signent son originalité (La cravate et la montre,La mandoline l'oeillet et le bambou), personnellement j'adore. Il supprime toute ponctuation. "Le rythme même et la coupe des vers, voilà la véritable ponctuation " dit-il
Certain de ses poèmes sont autobiographiques.
Ses poèmes le plus connus sont "Le pont Mirabeau", "La chanson du Mal-Aimé" tiré d'Alcools,  son recueil "Poèmes à Lou" et bien sûr Guillaume Apollinaire est connu pour ses Calligrammes.
L'on retrouve  bien dans les illustration d'Aurélia Grandin l'ambiance dadaïste  via les collages se mélangent aux illustrations.

Dans : Autobiographie d'Alice Toklas de Gertrude Stein 
"La mort de Guillaume Apollinaire, survenant à ce moment-là, changea profondément la vie de tous ses amis, sans parler même du chagrin qu'elle leur causa. C'était juste après la guerre quand tout étéait sens dessus dessous, et que chacun s'en allait de son côté. Guillaume aurait servi de trait d'union  ; il avait le don de grouper les gens ; mais maintenant il était mort et les amitiés se relâchèrent. "

MARCEL PROUST: Un amour de Swann -Appartient au 1er Tome de la Recherche




Les grands thèmes de cette deuxième partie sont l'amour et la jalousie. Swann tombe amoureux d'Odette de Crécy, c'est une demi-mondaine originaire de Nice. Il fréquente le même salon qu'elle, celui des Verdurin, des petits bourgeois snobs.
" Quand Mme Verdurin avait annoncé qu'on aurait dans la soirée, M. Swann : "Swann ?" s'était écrié le docteur
d'un accent rendu brutal par la surprise, car la moindre nouvelle prenait toujours plus au dépourvu que quiconque cet homme qui se croyait perpétuellement préparé à tout. Et voyant qu'on ne lui répondait pas :" Swann ? Qui ça , Swann !" hurla-t-il au comble d'une anxiété qui se détendit soudain quand Mme Verdurin eut dit : " Mais l'ami dont Odette nous avait parlé. - Ah ! bon, bon, ça va bien" répondit le doctuer apaisé."
Swann est un homme smart, un grand séducteur et un homme cultivé un passionné d'art. Ambiance comique chez les Verdurin, des riches bourgeois. Passage savoureux celui de la "Sonate pour piano et violon de Vinteuil". " Même cet amour pour une phrase musicale sembla un instant devoir amorcer chez Swann la possibilité d'une sorte de rajeunissement." Swann est fasciné par cette phrase musicale. Cette sonate est pour Swann sa petite madeleine, il l'entend et des souvenirs lui reviennent. Ces souvenirs sont sensuels et liés à Odette. Un soir Swann recherche en vain Odette dans tous les restaurants et bars de la capitale. Swann est fou amoureux d'Odette "la métaphore "faire catleya" ...." faire l'amour""C'est un roman avant tout esthétique, l'art et le sentiment amoureux sont intiment liés, ne font qu'un. Un catleya est une variété d'orchidée. 
© Alice Théaudière
Nostalgie de Combray :
" Et il avait beau traverser une ville de pierre pour se rendre en quelque hôtel clos, ce qui était sans cesse devant ses yeux, c'était un parc qu'il possédait près de Combray, où, dès quatre heures avant d'arriver au plant d'asperges, grâce au vent qui vient des champs de Méséglise, on pouvait goûter sous une charmille autant de fraîcheur qu'au bord de l'étang cerné de myosotis et de glaïeul, et où, quand il dînait, enlacées par son jardinier, couraient autour de la table les groseilles et les roses."
Mais Odette le trompe, Swann souffre de la jalousie, mais finit avec le temps par se détacher d'elle. Odette est attachée à Forcheville. Je trouve que quand Marcel Proust aborde la jalousie qu'il a envers Odette il s'opère dans son écriture comme un changement de ton. Swann est rongé par la jalousie, elle le rend malade voir paranoïaque, c'est un véritable poison. Apparition de M.de Charlus, il est l'ami de Swann ce dernier apprécie quand Odette est avec lui. Charlus a emmené Odette au Chat Noir. Charlus, Mémé comme il l'appel est son ami, son complice.
© Paul Cesar Helleu

Toute cette histoire de Swann, d'Odette, des Verdurin, se passe avant la naissance du narrateur . Oui, je trouve que ce premier volet de Proust est drôle (pas hilarant) plutôt comique, un comique qui fait sourire, c'est une critique du snobisme de ce qui est "chic". Proust qui a beaucoup fréquenté les milieux mondains c'est à merveille faire leurs portraits y voir leurs défauts comiques. Elstir est le peintre de la recherche comme Vinteuil est le compositeur. Nombreux passages sublime concernant la musique. La douce rêverie figure dans le roman surtout vers la fin." Swann aimait beaucoup la princesse des Laumes, puis sa vue lui rappelait Guermantes, terre voisine de Combray, tout ce pays qu'il aimait tant et où il ne retournait plus pour ne pas s'éloigner d'Odette."
Un amour de Swann nous présente les grands thèmes de la Recherche ainsi que les principaux personnages ( le snobisme, la mémoire, le temps, l'amour et la jalousie, ainsi que les nombreuses références à l'art). 
Mes impression sur " Un amour de Swan" est très modeste tellement il y a tellement de choses à évoquer. Je ne vais pas être très original non plus en disant qu'il faut prendre son temps pour savourer ces longues phrases, cette musicalité si particulière et qui n'appartient qu'à Proust me semble t-il !
Cette écriture, elle m'éblouit , elle est magnifique. Proust arrive prodigieusement comme un chirurgien décrire toutes la palette des sentiments. J'ai aimé les nombreuses références à l'art le côté très érudit de l'auteur qui est absolument bouleversant et tellement rare dans la littérature.

Mon avis concernant le film par Volker Scholöndorff date (1984)

Je me souviens quand ce film est sortie cela avait grand bruit. Et le film avait été très mal reçu.
Ce film je l'ai vu pas à sa sortie mais peut -être à la télévision et je l'avais trouvé raté.
Je viens de le revoir et voilà ce que j'en pense
il est certain que l'esprit plutôt l'essence même de l'univers de Proust est respecté. Mais je ne trouve toujours pas le film séduisant. Il est certain que c'est la vision de Proust par Volker Scholöndorff, se déroule sur une journée, et il a centré son film sur la jalousie qu'éprouve Swann envers Odette et la passion amoureuse et toute sa palette de sentiments. Il film les personnages proustiens comme un chirurgien, en prenant le parti pris de les filmer de face.
Mais, personnellement je n'ai pas été plus séduite par cette adaptation assez fidèle à l'univers de Proust, mais pas tellement convaincante. Et ce qui fonctionne pas dans le film c'est Delon, je trouve, il m'horripile. Je trouve qu'il en fait trop à mon goût, comme si il n'était pas dirigé, il tire la couverture comme on dit pour que l'on ne voit que lui.

MARCEL PROUST: Du côté de chez Swann



Combray c'est Illier où je suis allée pour visiter la maison de la Tante Leonie (la sœur de son père) voir ici.
Les souvenirs d'enfance, des vacances de six à neuf ans dans la famille de son père. Cette première partie s'ouvre sur le sommeil, les insomnies, le réveil, le temps qui passe la nuit, le temps de la rêverie, l'angoisse pour aller se coucher. Comme Proust le dit lui même "le drame de mon coucher." Le rituel du coucher, ce temps est lié à celui du baiser maternel. " Tiens, j'ai fini par m'endormir quoique maman ne soit pas venue me dire bonsoir"." embrasse-moi une fois encore" mais aussi lié à la lanterne magique avec Golo et Geneviève de Brabant. L'importance de la lecture de George Sand en particulier François Champi, le refuge permettant de fuir le réel. Les visites de M. Swann le fils vient voir à Combray sa grand-tante et de ses grands-parents, c'est un mondain " Un jour qu'il était venu nous voir à Paris, après dîner en s'excusant d'être en habit, Françoise ayant après son départ, dit tenir du cocher qu'il avait dîné "chez une princesse" - " Oui, chez une princesse du demi-monde !" avait répondu ma tante en haussant les épaules sans lever les yeux de sur son tricot, avec une ironie sereine.""Le milieu sociale tient une grande importance. M Charles Swan a une fille Gilberte. Il rend visite souvent les parents du narrateur chez la tante Leonie. Il a épousé une demi-mondaine et dont l'histoire est raconté dans "Un amour de Swann".

Grâce à la petite madeleine trempé dans un peu de thé les souvenirs lui reviennent à Combray : le village, ses habitants, les mœurs familiales et sociales. J'aime beaucoup le passage de la petite madeleine, cela n'est pas pour rien que ce passage est devenu une référence magistrale " Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d'une coquille de Saint Jacques. La tante Léonie ne quitte pas sa chambre plus particulièrement son lit depuis la mort de son pauvre Octave. Elle observe tout ce qui se déroule à Combray sous ses fenêtres et elle en parle avec sa cuisinière Françoise ou Eulalie une femme extrêmement pieuse. " son lit longeait la fenêtre, elle avait la rue sous les yeux et y lisait du persans, la chronique quotidienne mais immémoriale de Combray, qu'elle commentait ensuite avec Françoise. Elle aimait offrir au narrateur et à ses parents des asperges. Marcel Proust évoque son ressenti à la lecture. Bergotte est un auteur pour lequel il a beaucoup d'admiration il la connu via son ami Bloch. Il est juif, il n'est pas aimé dans la famille de son père qui est catholique. Antisémite du côté paternel. Bergotte est l'ami de Swann, plus particulièrement de Giberte c'est l'amour de jeunesse du narrateur "Une fillette d'un blond roux". Mais elle le rejette.


M Vinteuil, habite du côté de Méséglise, est un musicien et sa fille lesbienne, elle a mauvaise réputation. Il évoque la mort de sa tante Léonie. "Il était loin le temps où , quand nous avions commencé à venir passer nos vacances à Combray, nous possédions autant de prestige que ma tante aux yeux de Françoise."

L'univers de Proust mélange le vrais et le faux, ses souvenirs d'enfance formés et déformés. L'importance du chiffre deux, deux "côtés" comme on dit à la campagne , le côté de Guermantes (désir de devenir un écrivain) et le côté de Méséglise (évoque l'automne, la mort, la religion des âmes simple), représentent deux directions de sa vie sentimentale et sociale. Ces deux côtés ne communiquent pas. Les Guermantes fascinent le narrateur, le milieu aristocratique "Un jour ma mère me dit : "Puisque tu parles toujours de Mme de Guermantes, comme le docteur Percepied l'a très bien soignée il y a quatre ans, elle doit venir à Combray pour assister au mariage de sa fille. Tu pourras l'apercevoir à la cérémonie." et c'est comme cela qu'il va faire sa connaissance.


En effet il y a de l'humour chez Proust, mais un humour subtil. Les cancans sur Combray entre Françoise et la tante Léonie sont très drôle, le duo des deux sœur les tantes Céline et Flora c'est pas mal aussi. J'ai comme de nombreux lecteurs essayé plusieurs fois de lire la recherche et j'ai eu du mal d'y pénétrer. Je pense que l'album " la Madeleine de Proust" a été un excellent déclencheur. Il y a beaucoup à dire, même s'il ne se passe pas grand chose mais l'univers est riche. Il est servit par une écriture sublime et raffinée. J'ai apprécié cette partie que j'ai lu avec un immense plaisir et j'ai enfin pu cerner l'univers proustien.


© George Dunlop Leslie

© Alice Théaudière