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mercredi 8 août 2012

AHARON APPELFELD : Le garçon qui voulait dormir


Coup de cœur - Traduit par Valérie Zenatti



" Je n'ai pas eu la moindre envie de me mêler à la bousculade pour prendre un lit d'assaut dans un baraquement, ou de faire la queue pour recevoir les vêtements distribué par les employés du Joint."

Après la seconde guerre, Erwin a dix-sept ans. Il a tout perdu : père, mère, langue, environnement familier… et émerge peu à peu du sommeil auquel il a recours pour faire revivre tout un pan de sa vie anéanti. Enrôlé, avec d’autres jeunes gens de son âge, par un émissaire de l’Agence juive, il se prête à l'apprentissage intensif de l’hébreu et à l'entraînement physique, quasi-militaire, Efraïm leur impose une discipline de fer pour les préparer à une nouvelle vie en Palestine. 

"Après six mois d'une formation qui comprenait l'entraînement physique et linguistique, la natation, l'aviron, et , dans le plus grand des secrets, la familiarisation avec deux types de pistolets."Erwin, comme tous ses camarades doit changer de prénom il n'a pas le choix.
"Erwin était mon prénom. Ma mère l'avait choisi parmi les prénoms à la mode l'année de ma naissance et elle l'aimait beaucoup. "et s’appelle désormais Aharon " Je te conseillerai Aharon, c'est assez proche d'Erwin. C'est un prénom noble. Aharon était la bouche de son frère Moïse." c'est Efraïm qui lui impose se prénom, mais de langue aussi, c'est un déchirement car Erwin est le prénom choisi par son père et sa mère. Aharon est blessé aux jambes à la suite d'un combat, il est paralysé dans une maison de repos, subissant opération sur opération. Grâce au sommeil, à ses rêves il se sent chez lui, c'est un univers rassurant à l'opposé de la vie qu'il vit où il doit être un autre, il doit retrouvé l'utilité de ses jambes pour marcher. C'est là qu'il renoue avec le sommeil et le passé, le silence est un langage. Il craint de trahir les siens en adoptant une nouvelle langue et un nouveau pays les échanges avec un médecin et ses discussions avec de vieux pionniers blessés l’aident à surmonter cette nouvelle vie. Il essaye de vaincre la douleur pour renaître via l'écriture. Il décide d'être écrivain comme son père disparu. Dans chacun des romans d'Aharon Appelfeld on peut déceler un élément autobiographique. "je suis une partie de vous . J'étais avec vous dans le ghetto, dans la forêt, vous m'avez accompagné, jusqu'ici. Votre langue est la mienne, je crois reconnaître partout un membre de ma famille." Pour le jeune Erwin , son histoire individuelle et aussi celle du collectif de tous les juifs. La Bible est le livre qu'il l'accompagne pour apprendre l'hébreu "Je sentais que la Bible m'attirait et exigeait de me révéler le sens de ses versets, mais je n'osais pas m'en approcher."Il apprécie la simplicité dans la lecture de la Bible, simplicité, dépouillement d'ailleurs que l'on retrouve dans son écriture . " Je lisais la Bible seul, heureux lorsque je comprenais quelques mots. Je m'apprêtais sur la ligature d'Isaac. Une histoire terrible racontée avec retenue, sans doute pour que l'on puisse entendre le silence entre les mots. Je me sentais proche de ce phrases mesurées, j'avais l'impression que l'histoire ne transmettait aucune morale - et quelle morale aurait-on pu y trouver ?-" C'est beau de savoir que le judaïsme est la religion qui respecte le livre. Pour Aharon Appelfeld, Kafka est le dernier grand mystique juif. Il a une grande admiration pour Kafka tout comme pour Agnon dont il est sous le charme de la À la fleur de l'âge (un magnifique roman du monde d'hier comme dirait Zweig). Son entourage lui conseil de lire des auteurs contemporains, nouveau car l'ancienne culture juive doit disparaître. Un livre magnifique, très paisible que j'ai eu un grand plaisir à lire. L'écriture est puissante et elle bouleverse le lecteur, elle le questionne sur l'existence de la vie et sa fragilité. 

1 commentaire:

miriam a dit…

votre lecture du Garcon qui voulait dormir est proche de la mienne; bravo pour votre billet.