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lundi 16 avril 2012

MISHIMA YUKIO : La musique

Traduit par Domique Palmé

"Son visage baigné de larmes était d'une pâleur à faire peur, ses cheveux emmêlés flottaient comme des algues autour de ses tempes, et l'espace d'un instant j'ai surpris, en cette femme si moderne, le fantôme de ces "noyées" dont parlent les folkloristes."
Le docteur Shiomi, spécialiste de la psychanalyse, reçoit dans son cabinet une jeune femme d'une grande beauté, Reiko, qui se plaint de ne "plus entendre la musique". "Fallait-il voir uniquement dans "la musique "un beau symbole de l'orgasme ? N'y avait-il pas plutôt, entre la "musique" telle qu'elle l'évoquait et l'orgasme qu'elle désirait ardemment, quelque lien symbolique caché, difficile à saisir ?"

Elle cherche à évoquer la frigidité qui la touche et dont elle se sent en quelque sorte coupable, notamment vis-à-vis de Ryûichi, son compagnon. Le docteur Shiomi analyse cette femme, avec un plaisir non dissimulé. Reiko est à la fois une mythomane et une femme l'hystérique. Shiomi doit croire : ces histoires qu'elle raconte sur son enfance, ses traumatismes, ses rêves, son obsession des ciseaux et des symboles phalliques qu'elle semble multiplier à dessein, sont-ils la vérité, ou Reiko les a-t-elle inventés pour mieux brouiller les pistes, consciemment ou non ? Le docteur Shiomi, doit démêler le vrai du faux. Il se trouve véritablement face à une patiente peu ordinaire... Un jeu de chat et de souris se met en place.

Le ton de ce roman fait penser à un roman policier, le docteur Shiomi doit enquêter sur qui est Reiko ? Il y a beaucoup du humour. J'ai aimé le personnage de Reiko à la fois attachant et fascinant.


Je vous invite à lire le billet de MatooBlog : "Ce roman m’a beaucoup surpris par son thème, son histoire, mais aussi par le fait que ce soit un livre nippon de 1965. En effet, le livre raconte raconte l’analyse d’une femme frigide, et la presque enquête que mène son psychanalyste afin de résoudre les problèmes de sa patiente. Il s’agit donc à la fois d’un livre éminemment documenté sur la psychanalyse, mais aussi qui évoque la sexualité sans réelle pudeur ou métaphore. Que des choses qui me surprennent pour un roman japonais de cette époque, mais je suis certainement trop dans les clichés…" Je suis assez d'accord avec lui c'est un roman assez surprenant. Contrairement à lui j'ai beaucoup apprécié ce roman pour son ton, son écriture que j'ai trouvé séduisante et originale.

Cette lecture est un petit clin d'œil à Gangoueus puisque c'est son exemplaire que j'ai récupéré lors d'un DLE ;-)

3 commentaires:

Lou a dit…

La couverture ne manque pas d'interpeler... aussi bien ton avis que l'extrait que tu cites me donnent plutôt envie de le lire... cela fait longtemps que j'envisage de lire Mishima, je pense que je ne le regretterai pas.

Theoma a dit…

la couv est étonnante !

GANGOUEUS a dit…

Bonjour Malice,

Pour le moment de notre DLE à Montparnasse, je n'ai lu que No et moi, de Delphine de Vigan.
Ce roman de Mishima est étonnant. Il nous embarque dans un monde complexe (je parle en tant qu'homme) avec l'assurance d'un érudit en psychanalyse. On est d'ailleurs tellement embarqué dans l'affaire et par la maîtrise de Mishima qu'on en oublie que c'est un roman... Je vais jeter un coup d'oeil sur la chronique de Matoo