Pages

lundi 17 mars 2014

MARTIN WINCKLER : La maladie de Sachs

Prix du livre inter en 1998

"Qu'est-ce qui ne va pas ?
J'ai mal au ventre.
Je perds mes cheveux.
J'ai une verrue.
Je vois plus d'un oeil.
J'ai la tête qui tourne, ça serait pas la tension ?
J'ai mal au dos.
J'ai toujours soif.
J'ai mal au pied.
ça me gêne de vous le dire mais j'ai une douleur mal placée.
Je peux plus bouger.
Je saigne.
Je n'en peux plus.
J'ai un truc là, dans la bouche. Ca me fait peur."


La maladie de Sachs est le quotidien d'un médecin de campagne en 1998. Dans la salle d’attente du docteur Bruno Sachs, les patients souffrent en silence. Bruno Sachs est médecin généraliste, d'une grande bonté il consulte, écoute, rassure, conseille. Il est très apprécié. Dans le cabinet du docteur Sachs, les plaintes se dévident, les douleurs se répandent. 
Sur des feuilles et des cahiers, Bruno Sachs déverse le trop-plaint de ceux qu’il soigne.  A travers les témoignages de patients, amis, familles, femme de ménage , petit à petit la personnalité du médecin se fait jour. 
Magnifique portrait d'un homme qui vit passionnément sa vocation, jusqu'à s'oublier lui même. 

"La vie est un enfer. On ne le sait pas tout de suite, on l'apprend dans son corps. Et lorsque le corps de l'autre vient s'en mêler, s'il n'y a pas ou plus d'amour, l'enfer est double.J'en ai vu, des femmes, les cuisses serrées et leur sac par dessus, crachant leur haine d'un mari qui, quand il ne couche pas avec des poules, s'assoupit pendant le film, puis monte au lit en traînant la savate et, lorsqu'elles le rejoignent enfin après avoir étendu la troisième lessive et mis un suppositoire à la petite qui ne voulait pas dormir, se retourne vers elles sans même ouvrir les yeux, leur colle le museau sur la figure, remonte la chemise de nuit - Et j'ai pas besoin d'en dire plus, n'est-ce pas Docteur ? Vous savez comment c'est, les hommes..."

La maladie de  de Sachs nous touche, nous émeut parce que Winckler en fait un héros anonyme, fier du serment passé. Winckler, médecin lui-même, montre une médecine qui tend à disparaître, celle de l'écoute et du respect.
Un véritable choc ce roman, une œuvre humaine, une lecture  magnifique poignante. Un gros coup de cœur, ce fut déjà le cas il y a déjà un moment avec "les trois médecins". 

2 commentaires:

Philisine Cave a dit…

La maladie de Sachs et les trois médecins sont mes deux coups de cœur concernant cet auteur. Après, plus rien mais rien de rien !

Nanou a dit…

Je me rappelle cette lecture. Un gros coup de cœur, également.
Je n'ai pas lu Les trois médecins, mais je vais le rechercher, si c'est aussi bien !