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jeudi 27 mars 2014

JOHN KENNEDY TOOLE : La conjuration des imbéciles

Traduit par Jean-Pierre Carasso.

Ce roman a été écrit au début des années soixante par un jeune inconnu à l'âge de trente-deux ans, parce qu'il se croyait un écrivain raté. Il se donna la mort le 26 mars 1969.
La Conjuration des imbéciles n'a été éditée qu'en 1980. Ce roman a été couronné en 1981 par le prestigieux prix Pulitzer. Un grand roman des années 60, un incontournable de la littérature américaine.

J'ai du me reprendre à plusieurs fois pour véritablement rentrer dans ce gros roman. La première fois j'ai été dérouté, la deuxième fois perplexe et la troisième fois, je suis arrivée enfin à apprécier ce roman à sa juste valeur. 
"Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d'une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et de fines soies qui croissaient à l'intérieur mêmes desdites oreilles, saillaient de part et d'autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s'avançaient sous la moustache noire et broussailleuse et, à leur commissure, s'enfonçaient en petits plis pleins de désapprobation et de miettes de pommes de terre chips. A l'ombre de la visière verte, les yeux dédaigneux d'Ignatius J.Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H.Holmes, scrutant la foule à la recherche des signes de mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatius, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l'absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l'existence de son âme."

Ignatius Reilly en est le héros. Il est trentenaire, obèse, sans emploi, réactionnaire et gauchiste. Il vit dans un quartier pauvre de la Nouvelle Orléans, chez sa maman. Il refuse toute forme de sociabilité. Son passe-temps favori : s'enfermer dans sa chambre et consigner sa vision du monde sur des dizaines de cahiers"Big Chief" dans lesquels il alterne maximes, pensées et journal.

"- C'est ma vision du monde que tu vois là. Il resta à l'organiser en tout cohérent , alors fais attention où tu mets les pieds."Ignatius a étudié longtemps à l'université où il s'est rendu célèbre par ses attitudes subversives et grotesques, il est érudit, intelligent à la sensibilité exacerbée par une tendance aiguë à être hypocondriaque. Il a un l'anneau pylorique qui se bloque dès qu'il y a contrariété (c'est assez surprenant). Mme Reilly sa mère est alcoolique et solitaire, elle veut absolument que son fils est un travail. Donc, Ignatius va devoir chercher un travail si il ne veut pas que la maison soit hypothéqué (passage cocasse)."La plupart des imbéciles ne comprennent pas le moins du monde la vision que j'en ai."
Ce roman est parsemé de personnages hauts en couleur. Le monde que nous décrit John Kennedy Toole est absurde, le burlesque à sa place aussi."La conjuration des imbéciles" est un roman comique, un roman qui pointe les contradictions du monde par la dérision la plus totale et la plus jubilatoire. C'est avant tout une réflexion sur la place de l'homme dans la société. L'univers de John Kennedy Toole avec "La conjuration des imbéciles" est proche de celui de Flannery O'Connor. 

3 commentaires:

Noukette a dit…

Un monument qu'il me faut absolument découvrir un jour...!

In Cold Blog a dit…

Malgré toutes les louanges autour de ce roman, j'ai du mal à me décider. Un ami me l'a pourtant prêté... Mais l'aspect absurde du texte me freine énormément...

Malice a dit…

@ Noukette et ICB : Oui ce roman est véritablement un monument ! Un roman pas évident à aborder en ce qui me concerne, il est certain.