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samedi 30 novembre 2013

VIOLETTE LEDUC : La Folie en tête

Après "la Bâtarde", où elle évoquait son enfance à Valencienne entre sa mère et sa grand-mère, son adolescence pensionnaire puis le lycée à Paris son mariage avec Maurice Sachs, le marché noire. Là,Violette raconte dans "la folie en tête" sa vie, ses rencontres dans le Paris de l'après-guerre.
On y croise Simone de Beauvoir, Maurice Sachs, Nathalie Sarraute, Jean Genet, Jean Cocteau, Albert Camus, Clara Malraux, Sartre, Queneau, Colette Audry. Comme Violette Leduc avait un sens aigu de l’observation, ses portraits, même très courts, documentent et révèlent des personnalités que la légende a parfois caricaturées.Simone de Beauvoir la découvrit en 1945 au café de Flore. Elle va l'aider à être publié chez Gallimard, et l'aider aussi financièrement. C'est Albert Camus la publia l'année suivante avec L'Asphyxie. "Simone de Beauvoir m'a répondu. Elle peut me donner de l'amitié, elle me la donnera. Avenir consolidé. Un mot m'a fait pleurer. C'est le mot "mirage". Il me blesse. Elle n'a pas voulu me blesser. Elle m'explique que mon sentiment pour elle est un mirage. Je ne suis pas d'accord. Le mot mirage me déplaît. C'est un mot soldé, c'est de la pacotille. Dans le désert, il signifie la folie des grandeurs pour un demi de bière. Je ne le prends pas au sérieux. Je vois où je vais en m'attachant à elle : sur une route où je devrai me réchauffer après l'avoir quittée. Dis donc, elle ne t'a rien demandé. Elle pourrait te repousser, tu le redoutais. Sa vie est ailleurs. Elle te l'a écrit. "Ma vie est ailleurs." Franchise. Cruauté ? "Ma vie est ailleurs." Envoyé comme un boulet. Sartre est à l'intérieur du mot "ailleurs", ça me console, ça me consolera. Je les rencontrerai encore dans la rue, je m'effacerai, ensuite je chanterai. Sa réponse à ma lettre est une mise au point définitive. je n'aurais pas supposé autant d'honnêteté pour ma sentimentalité effrénée." Absence de Simone de Beauvoir quand elle part en Amérique. Pour Violette Leduc, c'est insoutenable, elle voue à Simone de Beauvoir un amour platonique lesbien. Elle lui doit tout, elle est sa raison de vivre.  Elle évoque très bien son rapport à l'écriture, elle est lu mais l'on ne voit pas se livres dans les librairies. Aucune publicité est faite autour de ses livres donc difficulté pour elle d'exister. 
Elle a très peur de l'avenir, elle est très seul et elle vit pauvrement. Elle se sent laide, elle manque de confiance, elle doute beaucoup d'elle. Elle va rencontrer  Jean Genet grâce à Simone de Beauvoir. Elle a une très grande admiration pour lui " Vous êtes le plus grand."  Jean Genet suit les répétitions des "Bonnes" mis en scène par Jean Jouvet. L'œuvre de Violette Leduc est également marquée du sceau de la folie.  Elle se sent  très solitaire, à Paris. Elle évoque son avortement . Grâce à l'amitié de Simone de Beauvoir qui lui donne la force d'écrire, elle reprend goût à la vie.  Elle se sent rejetée par le monde humain, elle se fait accepter d'eux. «Écrire,c'est indiquer», « Écrire, c'est se prostituer » dit-elle à la fin de « La folie en tête». Violette Leduc est une figure des plus singulières de la littérature française du XXe siècle. Beaucoup de vie, de poésie, de sensualité dans son écriture qui est à bout de souffle. Cet ouvrage est un bon complément du  film de Martin Provost :" Violette", que j'ai beaucoup apprécié.  
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Rajout du 19 Janvier 2014 -Violette Leduc a bien connu  Cocteau aussi comme Maurice Sachs
Elle le rencontre au Palais Royal dans une librairie en compagnie de Jean Genet.
"Le nez de Cocteau m'étonnait sur ses photos . C'est le nez d'un autre puisque c'est celui d'un solitaire, d'un silencieux, d'un moralisateur. Son nez me délivrait du mien, il me dictait une règle de vie, il m'aidait à comprendre la frivolité de mes chagrins désordonnés pour mon visage laid. Je le regardais longtemps sur chaque photo, ce long nez. Toujours dans le vent pour respirer le bouquet d'un talent, son nez. Son profil me donne un de  ces conforts ... celui de posséder un crayon bien taillé au début d'un cours de morale, celui d'affiner des maximes dans un taille-crayon..."

2 commentaires:

La Lyre a dit…

J'ai découvert Violette Leduc il y a des années et j'ai immédiatement été happée par cette écriture constamment sur le fil du rasoir, j'ai rarement été aussi émue par un seul style...Je n'ai pas encore lu La Folie en Tête qui attend sagement dans ma bibliothèque, mais le passage que tu cites semble être la promesse de belles heures de lecture à venir!

Malice a dit…

@ La lyre : Je suis littéralement scotché par l'écriture de Violette Leduc ! Elle est très particulière ! Je ne peux pas dire qu'elle me plaît, mais elle est tellement hors norme qu'elle réveil, elle s'est secouer les mots. Son écriture est si particulière, qu'elle ne laisse pas le lecteur indifférent. Cette femme avait beaucoup de talent c'est bien de pouvoir la lire.