GUY DE MAUPASSANT : Boule de Suif


Est une prostituée au grand cœur. "La femme, une de celles appelées galantes, était célèbre par son embonpoint précoce qui lui avait valu le surnom de Boule de Suif. Petite, ronde de partout, grasse à lard, avec une peau luisante et tendue, une gorge énorme qui saillait sous sa robe, elle restait cependant appétissante et courue, tant sa fraîcheur faisait plaisir à voir." 
 Durant la guerre franco-prussienne, la ville de Rouen est envahie par les Prussiens pendant l'hiver. Pour fuir l'occupation, dix personnes prennent la diligence de Dieppe : un couple de commerçants, un couple de bourgeois, un couple de nobles, deux religieuses, un démocrate et enfin la jeune Boule de suif. 
Le voyage est difficile : les voyageurs ont faim.  Il se trouve que la seule personne qui est pensée à apporter à manger c'est Boule de Suif.  Les voyageurs  de grand bourgeois bien hypocrite,  ne font pas de simagrées quand Boule de Suif propose de partager son généreux repas. 
"Tous les regards étaient tendus vers elle. Puis l'odeur se répandit, élargissant les narines, faisant venir aux bouches une salive abondante avec une contraction douloureuse de la mâchoire sous les oreilles." Ils font un arrêt la nuit dans une auberge  occupée par les Prussiens. Le lendemain, ils ne peuvent pas partir, l'officier prussien exerce un chantage. 



Boule de Suif adaptation de Christian Jacque et dans le rôle de Boule de Suif la très belle et élégante Michine Presle dans ce film l'on retrouve une autre nouvelle de Maupassant 


GERARD DE NERVAL : PORTRAIT



Gérard Labrunie, dit Gérard de Nerval, est un écrivain et un poète français né en 1808. 
Il est mis en nourrice à Loisy dans le Valois. Il ne connut jamais sa mère, morte en Allemagne deux ans après sa naissance en 1810. Il est orphelin.
À Paris, où il fait ses études au collège Charlemagne, il se lie d'amitié avec Théophile Gautier. Il se montre un élève studieux.
En 1828, imprégné de culture germanique, il traduit le Faust. À la même époque, il se fait journaliste, se lie avec les principaux écrivains romantiques dont Victor Hugo et il assiste à la bataille d'Hermani à la Comédie Française.
1831, il est  enfermé à la prison de Sainte-Pélagie pour tapage nocturne . En 1834 il hérite de son grand-père et il voyage en France et en Italie. Il devient fou de théâtre et il crée une revue : Le monde dramatique. 1836 il voyage en Belgique et il prend le pseudo Nerval.
Il va tombé amoureux l'actrice et cantatrice Jenny Colon. Leur union ne va pas durer. Alors il part en Allemagne
 puis en Autriche; En 1841 à une crise très grave, il est soigné pour troubles mentaux dans un premier temps, il est interné à la clinique de Madame Sainte-Colombe puis en suite le 21 mars de la même année il va à la clinique du docteur Blanche à Montmartre. 1842, il s'en va pour l'Orient. Ensuite, douze ans après d'être interné pour mélancolie et désespoir il est à nouveau interné chez le docteur Blanche à Passy. 
Parmi ses oeuvres  les plus célèbres : "Aurélia", "Les Filles du feu""Sylvie" 
Il est retrouvé pendu le 26 janvier 1855, rue Vieille-Lanterne à Paris, dans la nuit du 25 et 26. 

RICHARD FORD : ENTRE EUX

 Je me souviens de mes parents

Traduction Josée Kamoun

En deux textes qui se répondent, Richard Ford retrace la vie de ses parents : celle de son père, représentant de commerce sur les routes une bonne partie du temps jusqu’à sa mort prématurée ; et celle de sa mère, qui, après une enfance sans histoires en Arkansas, son mariage et la naissance de son enfant, souffre des années de solitude, puis d’un cancer.
L’auteur, qui se trouve « entre eux » décrit ces deux existences dans ce qu’elles ont de plus quotidien et de moins extraordinaire, et pose la question : que reste-t-il d’une vie vécue ?
ce livre sensible est l’hommage bouleversant d’un grand écrivain à ses parents.  Un émouvant portrait de ses parents l'intime rejoint l'universel. 

Un roman familial très agréable à lire. Il questionne le lecteur sur la vie de nos parents avant notre naissance. Un grand livre très touchant.

YASUSHI INOUÉ : Une voix dans la nuit

Coup de coeur !!!!

Traduction Catherine Ancelot

"-Il s'agit de mettre au monde une vie qui a droit au plus grand respect." " Comment chanter la vie quand on n'éprouve plus ni chagrin ni regret en face des morts ? Considérer la mort avec désinvolture ou traiter la vie à la légère, c'est tout comme." 

Kyôshirô, un retraité paisible, est féru d'ouvrages littéraires anciens, sa bibliothèque est reconnue par ses pairs. Il se rend à Tokyo où il loge chez un de ses deux fils marié et père d'une petite fille de deux ans et demi, Sayuri, de là il pourra se rendre dans un grand magasin où une vente de textes anciens est organisée, vente courue par les professionnels et les passionnés comme Kyôshirô. Cette fois, ce ne sont pas des livres anciens qu'il achète mais une paire de chaussons rouge pour sa petite-fille. Peu habitué à la circulation dense de Tokyo, il laisse tomber les chaussons et en voulant les ramasser il se fait renverser par une voiture. Il sort de l'hôpital après cinq jours, réside chez son fils qui remarque que son père est très perturbé depuis le choc de l'accident. Kyôshirô s'enfuit en emmenant Sayuri et, avec une jeune fille et un chauffeur de taxi ils vont sillonner le Japon ... Kyôshirô fuit ses démons imaginaires que sont la modernité et l'agitation des humains, il vit cette errance, fuite de la civilisation, en reconnaissant les lieux à l'évocation de poèmes écrits dans le Manyô-shû. 

Ce roman traînait dans ma bibliothèque,j'ai été ébloui par cette lecture magnifique,  même si je connaissais déjà l'écriture d'Inoué. Mais cela faisait une éternité que je n'avais pas lu un si beau roman. Un roman qui respire la vie ! 
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ARNAUD DESPLECHIN : ROI ET REINE

Film vu à sa sortie, puis j'ai eux envie de le revoir cet été !
Un film que je trouve très romanesque : par sa construction binaire, les dialogue et la musique.

Emmanuelle Devos : Nora
Mathieu Almaric : Ismaël
Maurice Garel : le père de Nora
Noemie Lvosky : Elisabeth la soeur d'Ismaël
Nathalie Boutefeu : Chloé la soeur de Nora

Nora a l'air heureuse tout lui réussit c'est une femme courageuse. Elle  a 35 ans,  elle se rend chez son père, à Grenoble, pour récupérer son fils : Elias. Le père d'Elias, Pierre s'est suicidé avant sa naissance. Nora est une femme courageuse, qui a fait le nécessaire pour que son fils porte le nom de son père.
Lorsqu'elle arrive, Nora trouve son père  écrivain malade. On l'opère dans la nuit, et un cancer généralisé.  Sa mort est proche. Pendant ce temps, Ismaël, un ancien amant de Nora, altiste dans un quatuor, est interné dans un hôpital psychiatrique, à la demande d'un proche dont il ignore l'identité. Ismaël  est proche de la folie, il a du mal a trouvé sa place dans le monde des adultes. Il a un comportement dans la vie la plupart du temps burlesque, proche d'un clown alors qu'à l'inverse Nora est une femme d'affaire qui doit faire face à la vie avec ses joies et ses peines.
Il est en  révolte, mais c'est l'occasion  pour lui de faire le point sur ses problèmes divers et variés. Nora va voir Ismaël à l'hôpital pour lui demander d'adopter Elias.
 Ismaël fait la connaissance d'une jeune suicidaire, Arielle, et couche avec elle. Sorti de l'hôpital, il se fait congédier de son quatuor par le premier violon (qui était à l'origine de la demande d'internement).
Après la mort de son père Nora découvre  une lettre dans laquelle il lui confiait sa colère, et sa haine de ce qu'elle était devenue, c'est un passage bouleversant.
Ismaël explique à Elias pourquoi il refuse de l'adopter, au musée de l'Homme.
J'adore la fin du film, je la trouve apaisante. En un mot, Roi et Reine est un film magnifique.


MARCELINE LORIDAN-IVENS : Et tu n'es pas revenu

 Un récit écrit avec Judith Perrignon

« J’ai vécu puisque tu voulais que je vive. Mais vécu comme je l’ai appris là-bas, en prenant les jours les uns après les autres. Il y en eut de beaux tout de même. T’écrire m’a fait du bien. En te parlant, je ne me console pas. Je détends juste ce qui m’enserre le cœur. Je voudrais fuir l’histoire du monde, du siècle, revenir à la mienne, celle de Shloïme et sa chère petite fille. »

" Et tu n'es pas revenu" est un témoignage de Marceline sur les camps de concentration de la seconde guerre mondiale. Elle s'adresse à  son père déporté lui aussi et il  n'est pas revenu. C'est bouleversant, elle  transmet un combat et elle évoque  la survie quotidienne  dans le camp d'Auschwitz-Birkenau. Et elle évoque le retour difficile, douloureux, il était très difficile après la guerre de s'exprimer  de témoigner. La guerre et ses horreurs sont des blessures qui ne s'oublient pas. Un récit poignant ! 

DAPHNÉ DU MAURIER : L' AUBERGE DE LA JAMAÏQUE

Traduction Léo Lack

Ce roman a été publié en 1936, il a été son premier succès populaire à trente ans  à peine. 

Le vent, lui aussi, était tombé. Les hautes tiges d'herbe sur les talus qui bordaient le chemin étaient immobiles et le silence enveloppait la côte. Il y avait dans l'air une odeur de terre mouillée et de navets, mêlée à l'odeur du brouillard de la nuit. Les nuages ne firent plus qu'un avec le ciel gris. Une fois de plus, la bruine tomba sur le visage de Mary et sur ses mains ouvertes."  Mary Yellan, une jeune fille de vingt-trois ans,  orpheline et pauvre va aller vivre auprès de sa tante marié à un aubergiste sur une côte désolée de l'Atlantique. Dès son arrivée à l'Auberge de la Jamaïque, Mary soupçonne de terrifiants mystères.  Elle est désolée de voir sa tante Patience triste et malheureuse, car elle l'avait  connue jeune et gaie. Son oncle  Joss est un ivrogne menaçant. 
"Il y a des choses qui se passent à la Jamaïque, Mary, que je n'ai jamais osé dire. Des choses affreuses. Des choses sinistres. Je ne pourrai jamais te les raconter. Je ne peux même pas les admettre à mes propres yeux. Tu en viendras à en apprendre quelques-unes. Ce sera inévitable, puisque tu demeures ici. Ton oncle Joss a des relations avec des hommes étranges qui se livrent à un étrange commerce. Ils viennent parfois la nuit et, de ta fenêtre, au-dessus du porche, tu entendras des bruits de voix et de pas, tu entendras frapper à la porte. Ton oncle fait entrer ces gens, puis les emmène le long de ce couloir jusqu'à la chambre condamnée."   Mary découvre que son oncle a des activités illégales. Elle se sent prisonnière et ne sait de quoi sera fait son avenir, elle se fait du soucie pour sa tante Patience. Elle va faire la connaissance de Jem Merlyn, le jeune frère de Joss qui ne la laisse pas totalement indifférente.
Mary est une femme courageuse et qui en veut. " Si Mary était un homme, on la traiterait avec rudesse, tout au moins avec indifférence ; on l'obligerait peut-être à se rendre tout de suite à Bodim ou à Launceston pour servir de témoin ; elle devrait s'occuper elle-même son logement et disparaître au bout du monde si elle le voulait après avoir répondu à l'interrogatoire." 
L'atmosphère du roman est celui  des sœurs Brontë, Daphné du Maurier nous entraîne avec un sens prodigieux de l'ambiance et de l'intrigue au cœur d'un pays de landes et de marais battu par les tempêtes, où subsiste la sauvagerie ancestrale des pirates et des naufrageurs.
L'auberge de la Jamaïque est essentiellement un roman d'ambiance qui décoiffe, mais aussi un roman sur la psychologie des personnages qui est loin d'être sans intérêt.  Daphné du Maurier dresse le portrait d'une jeune femme qui essaye de s'en sortir. Roman pour lequel j'ai ressenti de la tendresse. Mary est une jeune femme qui de comprend pas dans quel monde elle vit, la folie des hommes.



Film d'Alfred Hithcock (Jamaica Inn, Grande-Bretagne, 1939). Scénario : Sidney Gilliat et Joan Harrison, d'après Daphné Du Maurier. Image : H. Stradling et B. Knowles. Musique : Eric Fenby. 100 mn. NB. VO. Avec Charles Laughton : sir Humphrey Pengallan. Maureen O'Hara : Mary.
Genre : Piraterie.


L'auberge de la Jamaïque est est un film de transition. Hithcock a réalisé ce film après Jeune et innocent et Une femme disparaît, deux film de sa période anglaise.  Après, ce film Hithcock s'envolera pour Hollywood. Ce  film est une adaptation  très libre d’un roman de Daphné du Maurier. 

Contrairement au roman, où l'héroïne découvre peu à peu les raisons de l'état fébrile de sa tante, Patience.  Puis Charles Laughton ne sera pas un pasteur mais un juge de paix. 

Hitchcock, dévoile dès la première séquence le rôle de chef de bande de Joss, son mari. De la même manière, le rôle du commanditaire, Sir Humprey Pengallan, interprété par Charles Laughton comédien-producteur du film. Il a  le rôle du commanditaire des naufrages.  Charles Laughton fait un numéro de cabotinage et des mimiques appuyées excessif. C'est un habile manipulateur complexe il dérange et joue de la dérision aussi parfois. 
Ce film est intéressant pour son esthétique, le maître fait référence au cinéma allemand en particulier à Murnau.
Hitchcook a adapté d'autres films de Daphné du Maurier : Rebecca et les Oiseaux.  

" Le film adapté de l'Auberge de la Jamaïque par Hichcock est une déception. Le scénario n'a presque plus rien à voir avec le livre, la noirceur originale tire vers une comédie sans finesse, et ce qu'elle redoutait est arrivé, elle ne reconnaît ni son intrigue ni  ses personnages"(Tatiana de Rosnay : Manderley for ever)

PATRICK MODIANO : L'herbe des nuits

 Lire un roman de Modiano c'est se perdre dans les méandres du temps aussi bien passé que présent.

Un écrivain nommé Jean  se retourne vers une courte période de son passé à la lumière d'un petit carnet de notes noir datant du milieu des années 1960.Il l replonge dans le Paris du quartier de Montparnasse, de la cité internationale universitaire, et de la rive gauche, à l'époque de la décolonisation lorsqu'il fréquentait une jeune femme du nom de Dannie qui évoluait dans les milieux de la sécurité marocaine présente en France. Le passé, le présent se mélange dans ses déambulation  dans les rues de Paris entre l'Unic Hôtel de la rue du Montparnasse, la faculté de Censier, le jardin des Plantes.  Jean sait que Dannie ce n'est pas son vrai nom. C'est une femme plein de mystère.  Elle a été amie avec des personnages louchez, pas fréquentable. Jean entretien tout de même une relation amoureuse avec elle . 

" J'avais eu souvent la même expérience : certains rêves - ou plutôt certains cauchemars - que vous avez faits la nuit précédente, vous les traînez pendant la journée. Ils se mêlent à vos gestes les plus quotidiens, et vous avez beau vous trouver avec des amis, au soleil, à la terrasse d'un café, ils vous poursuivent par brides et se collent à votre vie réelle, comme une sorte d'écho ou de brouillage dont vous ne pouvez plus vous débarrasser. "

Souvent dans les roman de Modiano, Paris est traité comment un personnage où le narrateur déambule jusqu'à se perdre. Les cafés tiennent une grande place aussi dans ses romans. C'est un roman qui est basé sur les souvenirs, l'univers est flou et brumeux et se déroulant en grande partie la nuit


ANNE WIAZEMSKY : un an après



Anne Wiazemsky est décédée il y a peu au mois d'octobre 2017. Sa mort m'a beaucoup touchée j' ai voulu lire un livre d'elle. J'ai pris celui là qui est en quelque sorte la suite d'Une année studieuse. En janvier 1968. Fraîchement marié, le couple Godard-Wiazemsky emménage au 17 de la rue Saint-Jacques, en plein Quartier Latin. En février, les cinéastes français – Truffaut et Rivette en tête – se mobilisent pour la défense d'Henri Langlois, viré de la direction de la Cinémathèque. 

Claude Chabrol - Jean Luc Godard

L'année commence  Godard a 37 ans. Anne Wiazem­ski, 20, et quelques rôles prestigieux déjà derrière elle, chez Bresson (Au hasard Balthazar) ou chez son mari (La Chinoise). C'est à travers le regard de cette presque jeune fille, très éprise de son cinéaste, qu'on va suivre les événements du joli mois de mai. 


A Canne : Lelouch - JL Godard- F Truffaut - Louis Malle- Roman Polanski

De la fermeture de l'université de Nanterre, le 3, à l'interruption du festival de Cannes, le 19, via l'occupation de l'Odéon, le 15. En même temps qu'elle tourne La Bande à Bonnot avec Jacques Brel et Annie Girardot, Anne Wiazemsky court les manifs, juste en bas de chez elle, en patins à roulettes. Elle s'y intéresse avec une candeur bourgeoise, vite dégoûtée par les excès et les dérapages, tandis que le réalisateur devient  rebelle maoïste en rupture avec tous les systèmes, celui du cinéma traditionnel compris. 

Entre un tournage avec les Rolling Stones à Londres et un film télé avec un syndicat de mineurs au Canada, Godard rêve d'un cinéma révolutionnaire et engagé où s'effacerait l'individualité du créateur. Lente descente aux abîmes... Anne se libère quand Jean-Luc Godard se perd... J'ai été assez déçu par ce roman ci d'Anne Wiazemsky dont j'aime assez son univers. L'intérêt selon moi de ce roman est réside dans l'époque celle de Mai 68, Histoire qui joue un rôle dans la propre histoire d'Anne et de Jean Luc. 



Claire Barré : Pourquoi je n'ai pas écrit de film sur Sitting Bull

Une belle surprise, un beau livre dépaysant avec beaucoup d'humanité ! Terriblement attachant !

"Soudain, je basculai dans un paysage inconnu. Comme si quelque chose, une énergie m'y absorbait. Le monde autour de moi paraissait très réel, très concret, si ce n'est qu'il y régnait un silence absolu, les seuls sons que je percevais étaient ceux du tambour, qui semblaient rythmer, sculpter l'espace-temps. " Claire voit soudainement une apparition devant elle alors qu'elle déjeune tranquillement en famille lors d'un weekend reposant. Cette vision représente le visage d'un indien, une image permanente devant les yeux qui va durer quatre jours et quatre nuits. Perturbée par cette "présence", elle finit par découvrir une photographie de ce personnage : il s'agit de Sitting Bull, un grand chef Lakota. Ses recherches vont la conduire en terre indienne sur les pistes du chamanisme.
" La photo était passionnante à déchiffrer : Buffalo Bill sur la droite, se tenait très droit, le menton haut conquérant, regard plongé vers un horizon lointain, la main droite  levée - comme indiquant la route  -, la main gauche posée sur un long fusil. Sa jambe, bottée jusqu'à la cuisse, était en avant, guerrière. Sur la gauche, légèrement en retrait, se tenait Sitting Bull. Le chef indien portait une longue coiffe de plumes et un costume traditionnel qui semblaient lui peser. Il était de profil, visage, épaules et regard baissés. Comme s'il n'assumait pas exactement de poser aux côtés de son célèbre employeur."

Claire Barré  sera bouleversée de constater que les indiens ont été victime d'un génocide. L'image de l'aigle et du corbeau joue un grand rôle dans la culture indienne. 
" Les adolescents qui grandissent dans les réserves manquent de rêves. De perspectives. Le taux de suicide des jeunes Amérindiens explose tous les records des Etats-Unis." "L'impossibilité de se projeter dans un avenir radieux. Alcoolisme, obésité, addiction, endettement violence."

Un livre très attachant et original. C' est un roman qui s'écrit sous nos yeux. Claire Barré écrit sa découverte du monde des esprits en même tant qu'elle le découvre. Une écriture sincère. 
Elle nous livre aussi  son quotidien de scénariste et ses questionnements sur son rôle en tant que romancière. C'est un livre que j'ai lu en deux fois. La première, il y a un petit moment, ma séduite ma transposée dans une autre dimension. Je ne pensais pas aimée ce roman. Son univers est très loin de moi. Mais l'écriture de Claire Barré ma touchée, j'ai été transporté dans son univers. D'elle, j'avais beaucoup apprécié Phrères (livre qu'elle évoque) et un gros coup de coeur pour Mme Wilde (lecture diffusée sur France Culture). 
 Après la lecture de ce roman, j'ai voulu en savoir plus sur les indiens. Il se trouve que dans le cadre  d'un atelier adressé à de jeunes enfants (CP-CE1) je me suis documentée sur les indiens et leurs traditions. Je leurs ai lu le conte de la femme bison, entre autre et des contes sur la création du monde.  Ensuite j'ai voulu reprendre le roman de Claire Barré, pour mieux apprécier les passages où il est question de la culture amérindienne justement. 

TRUMAN CAPOTE : Les domaines hantés

Traduction M.E Coindreau

Les domaines hantés est son premier roman publié en 1948. Et, il fait référence à sa propre enfance. 

Joël, un petit garçon de douze ans qui n'a jamais connu son père parti pour on ne sait quelles mystérieuses aventures, est un jour rappelé auprès de lui.  " Il était trop joli, trop délicat, la peau trop blanche, tous ses traits nettement dessinés, respiraient la sensibilité, et une tendresse féminine adoucissait ses yeux qui étaient bruns et très grands. Ses cheveux châtains, coupés courts, étaient striés de mèches d'un blond pur." Ce père, qu'il a le plus grand désir de voir enfin, habite maintenant le Landing, une vieille maison perdue au fond d'une contrée lointaine... Joël est un enfant abandonné, livré à lui même. Une fois arrivée à destination, il est accueillit par Miss Amy, le cousin Randolph et la jeune servante noire, mais pas son père, hélas ! Ce cousin Randolph perdu dans ses souvenirs. Joël va se lier d'amitié avec   Ibabel et Florabel, deux soeurs de son âge, l'une est un véritable garçon manqué . 
Le mystère de son père le hante, Joël va enfin le rencontré paralysé au fond d'un lit. 

Une ambiance très mystérieuse plane jusqu'au bout, elle est vue à travers les yeux d'un enfant. Les personnages sont attachants et Capote sait parfaitement rendre compte des sentiments humains.

ROBERT MULLIGAN : DU SILENCE ET DES OMBRES

Il y a quelques années, j'avais lu  ce roman et j 'avais été un peu déçu, pas conquise. Je lui ai donné une deuxième chance dans le cadre du mois américain voir ici . Il se trouve j'ai eu la possibilité de voir son adaptation : " Du Silence et des ombres" de Robert Mulligan avec Grégory Peck. Le film se déroule en 1932 dans le sud en Alabama. 
 Dill, l’ami de Scout et Jem, est directement inspiré par le petit voisin qu’affectionnait Harper Lee quand elle était petite, Truman Capote.
Ce film décrit à merveille le monde de l'enfance, ses espoirs et ses peurs. L'enfance pour Robert Mulligan est un voyage initiatique. 
On retrouve dans ce film en noir et blanc l’ambiance de La Nuit du chasseur de Charles Laughton.Ensuite, le récit dévie et Du silence… devient un film de procès (les ombres)  Le père des enfants, Atticus (Gregory Peck, qui obtint un oscar au passage), va devoir défendre un ouvrier agricole noir accusé d’avoir violé une jeune fille blanche.
Les trois enfants, lors de ce procès, vont découvrir à la fois la violence dont les hommes et la société peuvent se rendre coupables, et la noblesse morale d’un père qu’ils connaissaient au fond très mal." 
Notre père ne faisait rien. Il n’était pas fermier ni garagiste ni quoi que ce soit susceptible de soulever l’admiration. Il ne faisait pas ce que faisaient les pères de nos camarades : il n’allait jamais à la chasse ni à la pêche, il ne jouait pas au poker, ne buvait pas, ne fumait pas. Il restait à lire au salon. Pour autant, il ne passait pas aussi aperçu que nous le souhaitions : cette année-là, l’école bourdonnait de discussions sur le fait qu’il allait défendre Tom Robinson et ce n’était jamais pour en dire du bien. On se donnait le mot : « Finch est l’ami des nègres ! »



HENRY JAMES : Les Bostoniennes

Traduction de Jeanne Collin-Lemercier

"Quand je jette un regard sur le monde et que je vois ce que les hommes en ont fait, je ne peux m'empêcher de me dire : "Si c'était les femmes qui avaient mis le monde dans cet état, je me demande ce que les hommes penseraient."Quand je vois la misère affreuse de l'humanité, quand je pense à la souffrance qui à toute heure, à tout instant étreint le monde, je me dis : "Si c'est là tout ce qu'ils sont capables de faire par eux-même, ils feraient mieux de nous laisser leur montrer ce que nous femmes savons faire."Nous ne réussirions jamais à faire plus mal qu'eux, qu'en pensez-vous ?"
 Ce roman féminisme se déroule entre Boston et New York à la fin du XIX ième siècle. Olive Chancellor est une féministe convaincue.  Olive est sous le charme de la jeune Verena Tarrant, fille d'un guérisseur. Vérena est douée elle pour parler en publique avec beaucoup de charme.  " Je ne suis qu'une simple jeune fille, une petite Américaine de rien du tout, je n'ai pas beaucoup d'expérience, naturellement, et je ne connais pas grand chose de la vie."
Olive va  s'approprie ce talent brut et éduque, forme et instruit Verena pour la mission à laquelle elle la destine: être la porte-parole des féministes. Olive va invité  un lointain cousin , Basil Ransom, sudiste et conservateur à une réunion de suffragette où la jeune Verena est présente .  Pour la première fois, elle se trouve dans l'obligation de faire un discours très éloquent. Son auditoire est émerveillé par cette jeune fille pure et innocente. 
Il est immédiatement  sous le charme de Verena aussi. Il est un jeune et intelligent avocat du Mississippi, il est venu s'établir à New York pour exercer son métier d'avocat. 

C'est un roman sur le combat féministe face au masculin oppressant. C'est une lutte entre Olive, la bostonienne et son cousin le conservateur du sud. Verena est tiraillée entre les sentiments naturels, ceux de l'amour et les sentiments imposés ceux des idées sur le féminisme. Ce gros roman de James est d'une incroyable modernité !




James Ivory a réalisé une adaptation de ce roman d'Henry James, très réussit et fidèle au roman. 
Interprétation : 
Christopher Reeve : Basil Ransome
Vanessa Redgrave : Olive Chancellor
Madeleine Potter : Verena Tarrant




CARSON McCULLERS : Reflets dans un oeil d'or

Traduction par Pierre Nordon

 "Il y a un fort, dans le Sud, où il y a quelques années un meurtre fut commis. Les acteurs de ce drame étaient deux officiers, un soldat, deux femmes, un Philippin et un cheval.".

Un roman brûlant et sublime ! 

Au début du siècle dernier, dans une garnison isolée du sud des Etats-Unis, le hasard tisse entre deux femmes et trois hommes des relations singulières. ce roman bref et dense dévoile les mécanismes d'un drame imputable moins au hasard des situations qu'à la psychologie des personnages et aux ressorts inconscients qui inspirent souvent notre conduite à tous.

"Reflets dans un œil d'or"
 dévoile les mécanismes d'un drame, au hasard des situations qu'à la psychologie des personnages, c'est un roman  époustouflant. C'est son deuxième roman à Carson McCullers après " Le coeur est un chasseur solitaire. "   Ce roman a sa sortie à beaucoup choqué. " Mon père de rage, a jeté le livre à travers le salon, alors qu'il était en train de lire ."" Un soir à Columbus, où était Carson au moment de la publication de Refet, un membre du Ku Klux Klan a appelé chez ses parents pour lui intimer l'ordre de quitter immédiatement la ville si elle ne voulait pas qu'il lui arrive quelque chose." Josyane Savigneau : Carson McCullers un coeur de jeune fille


"Ce huis clos dans une caserne, en temps de paix  - marqué par l'attirance mortelle du capitaine Penderrron pour le soldat Williams, par la personnalité de la femme du capitaine , excellente cavalière qui subjugue les soldats et pathétique Alison Langdon, épouse du commandant - commence ainsi : "une garnison en temps de paix est un lieu monotone."

Josyane Savigneau : Carson McCullers un coeur de jeune fille 


Reflets dans un oeil d'or, le film de John Huston  se déroule en extérieur, la plus part du temps, mais fidèle au roman est aussi un huis clos étoufant. 

Liz Taylor est Leonora Penderton, l'épouse libérée du capitaine Penderton interprété par Marlon Brando. Elle ne se gêne pas pour tromper son mari   avec le commandant Langdon. La femme de ce dernier interprété par Julie Harris vient de perdre un enfant en bas âge . Elle est dépressive . A son chevet, un serviteur d'origine philippine, veille sur elle jour et nuit. Son prénom, Anacleto. Un jeune home, le soldat Williams va s'introduire dans la vie de Leonora et Penderton, tel un chat.
Le capitaine Penderton se découvre  être aussi un personnage étrange, il a une mystérieuse attirance pour le jeune soldat. S'agit-il d'homosexualité refoulée ? est-ce sa femme qu'il cherche à conquérir par le truchement du corps de celui qu'il soupçonne d'être devenu son amant. 
Un film et le roman sont vertigineux, brillants. 




Le film comme le livre a beaucoup choqué à sa sortie, le film a fait scandale. 

Josyane Savigneau : Carson McCullers un coeur de jeune fille 



"Le 27 septembre, Lantz et Huston se retrouvent, tristement, à une projection de Reflets dans un oeil d'or, qui va sortir le 11 octobre. La salle est brutalement envahie par des prêtres et des membres de la Ligue nationale pour la décence . Le film est magnifique. Du grand Huston. Sans aucun sentimentalisme Tendu. Elliptique. Secrètement violent. Brando à son sommet. "


JOYCE CAROL OATES : LES CHUTES


Traduit par Claude Seban

Veuve au matin d'une nuit de noces hallucinante, lorsque son époux, un jeune pasteur, se suicide en se jetant dans les Chutes du Niagara, Ariah Littrell se considère désormais comme vouée au malheur.

Pourtant, au cours de sa semaine de veille au bord de l'abîme, en attendant qu'on retrouve le corps de son mari d'un jour, La Veuve blanche des Chutes (ainsi que la presse l'a surnommée avant d'en faire une légende) attire l'attention de Dirk Burnaby, un brillant avocat au cœur tendre, fasciné par cette jeune femme étrange.

Une passion improbable et néanmoins absolue lie très vite ce couple qui va connaître dix ans d'un bonheur total avant que la malédiction des Chutes s'abatte de nouveau sur la famille.

Une quête qui les obligera à affronter non seulement leur histoire personnelle mais aussi un sombre épisode du passé de l'Amérique: les ravages infligés à toute une région par l'expansion industrielle gigantesque des années 50 et 60, expansion nourrie par la cupidité et la corruption des pouvoirs en place.
 Ce roman je l'ai lu au début de l'été, j'ai aimé cette lecture vertigineuse et incroyable de noirceur. C'est le premier roman de Joyce Carol Oates que je lis et me permet de découvrir son univers.


HENRY JAMES : L'élève

Traduction de Paul Hermann

"C'était un garçon cosmopolite, perspicace, maigre et pâle, qui n'était pas encore épanoui, aimait la gymnastique intellectuelle et avait également remarqué plus de choses, concernant le comportement humain qu'on aurait pu le supposer. Il conservait néanmoins une chambre remplie de superstitions, où il brisait chaque jour un douzaine de jouet."
C'est en 1891 paraît L'Élève. Pemberton.  Un jeune homme intelligent tout droit sortie d'Oxford, est engagé, par la famille Moreen comme précepteur du jeune Morgan.  "Morgan Moreen avait quelque chose de maladif, sans être pour autant ce qu'on appelle un enfant fragile; son air intelligent(mais bien sûr, Pemberton n'aurait pas aimé le voir stupide) faisait craindre qu'il ne fut guère aimable, sa grande bouche et ses grandes oreilles empêchant  qu'on le trouve beau." Ses parents sont  des américains aventuriers installés à Nice . Morgan est le petit dernier de la famille. "Mon cher ami, vous êtes littéralement en guenilles" lui lançait Pemberton sur un ton d'ironique reproche." Ses sœurs sont en quête de maris riches. Morgan ne se sent pas à sa place dans cette  famille fascinée par le paraître.  Il ne peut pas les abandonner car il est malade et sans argent. Pemberton s'attache  à Morgan mais il n'est pas payés. Cela est un véritable problème. Il ne sait pas comment s'y prendre pour en parler à Mrs Moreen.  Le paraître est très important pour les maître de Pemberton, ils aiment voyager Paris, Venise et aiment être à la mode, c'est bien plus important . Il est question de chantage entre le précepteur et ses maître. Il en était de même avec la nourrice bien aimée de Morgane :  Zénobie.
" Quand il essayait de se représenter cette aube naissante qu'est l'enfance, cherchant comment s'en occuper au mieux, il comprenait qu'elle était toujours changeante, que l'ignorance, au moment où il la pointait du doigt se parait déjà des couleurs du savoir et qu'on ne pouvait rien trouver qu'à un moment donné un enfant intelligent ne connût pas. Il lui semblait en savoir trop pour se représenter la simplicité de Morgan , et pas assez pour le tirer de sa confusion."
Pemberton se prépare à emmener Morgan avec lui. Mais l'adolescent est condamné et pressent sa mort prochaine. Il est frappé par une crise cardiaque avant d'avoir pu connaître le bonheur avec son jeune maître et ami.
Henry James s'intéresse beaucoup à l'enfance  voir dans Ce que savait Maisie, mais aussi dans la Tour d'écrou. Les enfants sont des êtres innocents pervertis par les adultes. Le monde des adultes est d'une très grande cruauté et d'une grande violence.  Dans cet longue nouvelle, Henry James explore la relation ambigüe entre Morgan Moreen et Pemberton.
Dans cette longue nouvelle, le thème de l'argent tient sa place, les Moreen vivent au dessus de leur moyen, qu'est ce que Pemberton va être payé ? 








ALBERTO MANGUEL : KIPLING une brève biographie


Traduit par Christine Le Boeuf

"Pour Kipling, les enfants étaient des héros qui parfois -mais pas toujours -devenaient des adultes acceptables, et c'était dans l'enfance que l'on pouvait trouver les plus grandes qualités - et parfois les pires défauts - d'un individus."


Alberto Manguel dresse plutôt un portrait de Ruyard Kipling. Il est né à Bombay en 1865, au moment où le terme Empire britannique est à son apogée. Son père, John Lockwoo était conservateur de musée. Sa mère de Kipling, Alice MacDonald est la fille de Georges MacDonald, une de ses soeur est mariée à Edward Burne-Jones. "Au printemps 1871, quand Rudyard avait six ans et Trixie trois, la famille s'embarqua à Bombay pour l'Angleterre et, quelques mois plus tard, le frère et la soeurse retrouvèrent aux mains de deux parfaits inconnus. " 
Et pendant cinq ans ils ne furent pas leurs parents.
Quelle cruauté ! Le jeune Ruyard est expédié à six ans avec sa soeur qui en a trois vers l’Angleterre. Ils sont confié à de parfaits inconnus, période traumatisante pour le petit Ruyard. Pour s'évader il inventa des histoire c'est comme cela qu'il commencera à devenir écrivain à évoquer l’enfant abandonné que l'on retrouve dans Kim et Mowgli. " Au moment de Noël, Kipling et Trixie étaient invités chez leur tante et leur oncle Burne-Jones et leurs jeunes cousins dans une belle maison de Londres appelée la Grange." Quand il revient en Inde il devient journaliste.
Henry James est un grand admirateur et très proche de Kipling. "Kipling, écrivit le romancier Henry James, me frappe personnellement par son génie, le plus complet (à distinguer d'une belle intelligence) que je n'ai jamais rencontré."
Il se marie avec une américaine fille d'un agent littéraire Caroline dite Carrie Balestier . Elle est la mère de ses trois enfants Joséphine, Elsie et John. Il va voyager avec elle aux Etats-Unis, dans le Vermont, Japon. Il était très proche de Stevenson Il perdu sa fille aîné et sa préférée Joséphine. 
Carrie et ses trois enfants

Il vécut en Afrique du Sud au début de la guerre des Boers. A la fin de sa vie il pause ses bagages dans le Sussex. Il reçu le Nobel en 1907 à l'âge de quarante deux ans. En 1914 Kipling persuada son fils John de s’engager dans l’armée. Il sera décédé à la bataille de Loos sur le territoire français. Il était défenseur de l'impérialisme, il était anti-allemand. Les allemands avaient tué son fils, ils les détestaient. Il devient un écrivain et un poète reconnu et admiré. Mort en 1936 à Londres.

Cet ouvrage d'Alberto Manguel est très agréable à lire avec de nombreuses anecdotes savoureuses. Ruyard Kipling est un écrivain assez méconnu dans l'ensemble. L'on ne connait pratiquement de lui que "Histoire comme ça" et le "Livre de la Jungle". Cet ouvrage d'Albert Manguel est un régal.

VITA SACKVILLE WEST : PEPITA

Traduit par Emmanuel Lossowsky

"Sa beauté, sa générosité , et de façon plus générale, sa réputation faisait le sujet de toutes les conversations."
Lionel Sackville-West
Pepita, est la grand-mère de l'auteur: danseuse espagnole d'origine modeste. Vita a toujours eut beaucoup d'admiration pour cette grand-mère hors norme.  Elle est née en 1830 à Malaga. "Dés qu'elle sut marcher Pepita apprit la danse à l'école de flamenco proche de chez elle." Elle rencontre un danseur expérimenté Juan Antonio Gabriel de la Oliva avec qui elle va se marier. Mais trois mois après son mari est infidèle, il vont se séparer.  " On ne pouvait attendre de quelqu'un comme Pepita qu'elle fût la femme d'une seule passion , j'aurais préféré la dépeindre de façon plus romantique, du début à la fin de sa vie, mais une telle image n'aurait été qu'à moitié vraie. " Elle rencontre à Paris, en 1852, un jeune diplomate anglais, Lionel Sackville-West.   Il reconnut la paternité des cinq enfants illégitimes de Pépita :  trois filles et deux garçons. Victoria (la mère de Vita  ) fut baptisée Victoria Josefa Dolores Catalina.  
Pepita meurt en 1871. Victoria fut envoyée dans un couvent parisien avec ses soeurs, Flora et Amalia. Victoria est mise en pension à l'âge de onze ans et n'en sorti qu'à l'âge de dix-huit ans. Victoria s'en va rejoindre son père à Washington, où il est ministre d'Angleterre, où elle tient sa maison, organise les réceptions.
Wictoria Sackville -West

Victoria épouse son cousin germain, qui s'appelle aussi Lionel Sackville-West et se trouve être l'héritier de Knole (une des plus grande demeure historique d'Angleterre) en 1890. Un homme compta beaucoup dans la vie de Victoria est Sir John Murray Scott alias Seery, il fut son confident jusqu'à sa mort en 1912. Tous les deux parlaient à la fois en français et en anglais. Il avait hérité de Bagatelle.  
Sir John Murray Scott alias Seery
Pepita ayant été mariée une première fois mais pas divorcé officiellement, elle ne pouvait pas avoir épousé le père de ses enfants. 
Nigel Nicolson,  fils de Vita, a raconté ce secret de famille dans Portrait d'un mariage . "Une famille appartenant à la plus haute société édouardienne se querellait publiquement au sujet d'un héritage - celui de l'une des maison et d'une somme d'argent importante - et tout cela parce qu'un jeune diplomate , tombé amoureux d'une danseuse espagnole, soixante ans plus tôt, et en avait fait sa maîtresse. Et pour couronner le tout, la nouvelle Lady Sackville se voyait obligée de réfuter la déposition de son frère et de se déclarer ouvertement, et même avec emphase, une bâtarde , tout comme les autres enfants de son père. "
Knole
Mais Pepita est une reconstitution, et toute la première partie s'appuie sur les témoignages espagnols: on y voit Catalina, la gitane, la mère de Pepita, profiter inconsidérément des succès de sa fille sur les scènes européennes.

Pepita est une véritable saga familiale dans laquelle se mêlent le mode des gitans et celui de l'aristocratie britanique, le besoin de reconnaissance de paternité. L'histoire de Pépita est très ancré dans son époque Victorienne. 

DOMINIQUE BONA : Colette et les siennes


J'aime beaucoup la plume biographique-romanesque de Dominique Bona. Et j'ai une immense affection pour Colette et tout son univers.

"Colette les a fait venir chez elle toutes les trois, Musi, Annie et Marguerite. Ses amies, ses presque soeurs. Elles habitent à deux pas de chez elle, toutes dans le XVIième arrondissement, mais elle ont préféré se regrouper."
En août 1914, hommes  sont partis à la guerre. Les femmes s’organisent et elles font face à la vie. Dans une jolie maison, proche du bois de Boulogne, Colette, la romancière, la journaliste célèbre, fait venir ses amies les plus proches. Toutes appartiennent au monde de la littérature et du spectacle. 
 Annie de Pène, la chroniqueuse, Marguerite Moreno, la comédienne, Musidora dite Musi, bientôt la première vamp du cinéma, la plus jeune du groupe… Pour Colette l'amitié et l'amour ne font qu'un. 


Ces quatre femmes libres s’inventent une vie tendre, pleine de rêves et de douceur : les cheveux courts et sans corsets, elles n’oublient pas le ciel de Paris où passent les dirigeables, ni leur travail, ni les hommes. Colette est mariée à Henry  de Jouvenel le père de sa fille Colette de Jouvenel. Sa fille est en Coréze à la déclaration de la guerre. 
" Sur une photographie qui fera dans quelques mois la couverture du magazine Les hommes du jour, elle souris de ses lèvres minces ultra féminine sous sa toison d'astakan."

Annie de Pène  a appris son métier sur le tas. 
Elle a  partagé la vie de Gustave Téry, célèbre directeur de L'Œuvre. célèbre directeur de L'Œuvre. Ils ont eu chacun de leur côté des enfants mais pas ensemble. 
Germaine Beaumont
Annie s'est mariée très jeune à l'âge de seize ans . Elle a eu une fille et un fils de Charles-Auguste Battendier qui s'est occupé de l'éducation des enfants. Sa fille est la future romancière Germaine de Beaumont. Elle disparait à l'âge de quarante sept ans, le 14 octobre 1918. 


Lévy - Dhumer
Marguerite Moreno






"Avec des yeux de jais, ardents et profonds, un grand nez droit qui attire l'attention des cheveux noirs et lisses, coiffés en bandeaux plats, elle a le profil d'une Egyptienne  : Marguerite Morano"
Le premier était un poète Catulle Mendès. De sa liaison avec ce poète, elle a été mère d'un petit garçon qui n'a pas survécut, il est mort d'une méningite.
Le deuxième un écrivain Marcel Schwob. Il a été son grand amour. Elle l'a épousé en septembre 1900.
Le troisième un comédien Jean Darragon. Ils se sont mariés en 1908.

Musidora


"Visage à l'ovale de madone orientale . Yeux noirs en amande, allongés jusqu'aux tempes, que personne n'a jamais vus démaquillés du khôl dont elle surcharge ses paupières. "
Son vrai nom est Jeanne Roques , mais tout le monde l'appelle Musidora : le corps souple et félin. Elle était avec Colette ne Bretagne à Saint Malo au moment de la déclaration de guerre. Le grand succès et sa célébrité, Musidora la doit à son rôle de vampire dessinés par Paul Poiret.  Elle a tourné dans de nombreux films pour la Gaumont sous la direction de Louis Feuillade.
"Dans le film elle se nomme Irma Vep - anagramme de Vampire. Mais très vite elle devient "la" Vampire. Puis comme c'est trop long à dire  : la "vamp". Son nom est trouvé. "Ur Durant la première guerre toutes les productions sont suspendus. Musi et Colette ont été ensemble à l'affiche du Ba-Ta-Clan au printemps 1912. Pierre Louÿs est lié à Musidora " En matière de voluptés, Louÿs est un amateur de sensations sophistiquées : l'attente fait partie du plaisir amoureux."

Dans cette biographie, Dominique Bona nous décrit le temps qui passe ses ravages sans nostalgie.
Cette biographie est un pur délice chatoyant qui s'adresse aux amoureux de Colette et pour tous ceux qui veulent la découvrir. Dominique Bona a signé un magnifique portraits de quatre femmes qui ont compté dans la vie de  Colette.



Stéphanie Kalfon : Les parapluies d'Erik Satie

Un roman que j'attendais avec impatience ! Car adolescente, j'ai pris un immense plaisir de jouer Satie au piano.


"A Honfleur il n'y a rien à faire, la mer emporte tout. Erik s'est fâché avec l'enfance et toutes les plages de sa vie. Il est heureux dans le bitume loin des clapotis terrestres et de la vulgarité régulière, qui revient cracher dans vos tympan. La vulgarité du mode, c'était cela aussi, sa mélancolie."
En 1901, Erik Satie a trente-quatre ans, il est  sans ressources et sans avenir professionnel. Il délaisse Montmartre et l’auberge du Chat Noir pour une chambre de banlieue sordide Il boit autant, ou plus, qu’il compose. Il condamne l’absence d’originalité de la société musicale de l’époque, et son refus des règles lui vaut l’incompréhension et le rejet de ses professeurs au Conservatoire. 

 " La vie de Satie n'a été qu'un zigzag, un croisement de blues et ragtime , un mélange de spleen, de fête, d'enthousiasmes, de déception, de crises et de défaites, mon Dieu ce qu'il pouvait continuer d'espérer au-delà de toute espérance  ... sa chambre d'Arcueil est cruelle ... sa musique est cruelle ... sa vie fut cruelle ... sa misère fut cruelle..."


L 'écriture choisit par Stéphane Kalfon est originale une petite musique mélancolique qui ressort du roman,  à l'image du compositeur.  La couverture résume bien ce roman musical avec l'importance incontournable des parapluies. Ce premier roman est une réussite ! 

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 Jean Cocteau parle de Satie dans "La difficulté d'être" avec beaucoup d'émotion :

" Pendant plusieurs années Erik Satie vient le matin , 10 rue d'Anjou, s'assoir dans ma chambre. Il conservait son manteau(où il n'eût pas toléré la moindre tache) ses gants, son chapeau, incliné jusqu'au binocle, son parapluie à la main. De sa main libre il abritait sa bouche sinueuse quand il parlait ou riait. Il venait d'Arcueil à pied. Il y habitait une petite chambre où après sa mort, sous une montagne de poussière, on retrouva toutes les lettres de ses amis. Il n'en avait ouvert aucune."