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mercredi 5 janvier 2011

SOFIA TOLSTOÏ : À qui la faute ?


Traduit par Eveline Amoursky
À qui la faute ?

Elle éclaire La Sonate à Kreutzer qui est une des romans les plus surprenants et les plus controversés de Léon Tolstoï. Sofia Tolstoï copie le manuscrit, éprouve, en le lisant, autant de fascination que d’horreur.
À qui la faute ? c'est l'histoire d'Anna une jeune fille intelligente , cultivée et sensible. Elle a vision du mariage une conception idéaliste et pure. Son mari est un vieil ami de la famille. Le Prince Prozorski est une caricature du Tolstoï, il est de quinze ans plus âgé qu'elle . Elle est amoureuse, elle idéalise, elle va vite déchanter.
Elle dit de lui à Natacha : " J'aime parler avec lui, mais quand le soir je lui tends la main et qu'il la serre de manière un peu particulière et que la sienne est moite, alors je ressens un si profond dégoût ! Mais lui comprend tout je pense, il est cultivé et intelligent, il a ses idéaux." Le Prince ne s’intéresse à elle que pour l’acte sexuel. Il admire sa beauté et il la considère comme un objet de plaisir mais refuse tout partage intellectuel ou spirituel. Il méprise son travail de peintre dans lequel elle met toute son âme. Il a peu de sentiments envers elle.
" Est-ce vraiment là notre unique vocation de femme, pensait Anna, que de passer de l'assistance au nourrisson par le corps à l'assistance au mari par le corps ? Et cela, en alternance - toujours ! Mais où est ma vie ? Où suis-je moi ? La vraie moi, qui aspirait autrefois à quelque chose d'élevé, au service de Dieu et à des idéaux ? Épuisée, tourmentée, je meurs à petit feu. Je n'ai de vie ni terrestre ni spirituelle. Alors que Dieu m'avait dotée de tout : santé, forces, capacités ... Et même bonheur. Pourquoi suis-je si malheureuse ? ..."
Puis, elle rencontre un homme Bekhmetev qui la regarde autrement. " La sollicitude et l'attention de Bekhmetev pour la vie d'Anna se manifestaient en toute chose. Elle aimait les fleurs - il remplissait sa maison des plus belles. Elle aimait la lecture à haute voix - il recherchait les articles et les livres les plus intéressants et lui faisait la lecture durant des soirées entières. Anna aimait son école - sous prétexte de faire plaisir à la charmante et naïve institutrice, il y envoyait des livres, des dessins et du matériel scolaire. " Il est peintre lui aussi, avec qui elle peut avoir un échange intellectuel et tendre. Il lui prouve que tous les hommes ne sont pas comme son mari. Cependant, elle met tout son honneur à rester fidèle à son mariage. " Il y avait quelque chose d'effroyable dans le désespoir du prince. C'était le désarroi d'un enfant perdu dans la forêt. Il donnait des coups dans le mur, criait, gémissait, se jetait sur les sofas et les fauteuils, demandant à tous qu'on le tuât, qu'ont le mît en prison , qu'on le fusillât. Il ne mangeait plus, ne buvait plus, ne dormait plus."
C'est un texte remplit de raffinement, l'amour pour l'art plus particulièrement la peinture la littérature et en particulier de la littérature française : Lamartine. J'ai beaucoup apprécié l'écriture de Sofia Tolstoï, elle est remarquable concernant l’analyse des sentiments féminins. Sofia Tolstoï était une femme cultivée, active, aux dons multiples (pianiste, appréciant la peinture et la photographie).
J'ai apprécié retrouver l'ambiance du remarquable documentaire vu sur Arte concernant les relations complexes entre Sofia et Léon Toltoï.

Semaine Russe Organisée par Cryssilda et Emma

10 commentaires:

Wictoria a dit…

j'aime les livres puissants et la recherche des sentiments si difficiles à écrire...

Allie a dit…

nate a Kretzer est une tache dans le couple Léon/Sophie qui a créé beaucoup de tristesse d'un côté comme de l'autre...
Un couple intéressant toutefois à découvrir!

Allie a dit…

Je voulais dire "La sonate à Kreutzer"... désolée...

Karine:) a dit…

En effet, suite à ma lecture de La sonate à Kreutzer, ce livre m'intéresse beaucoup. Je suis curieuse de voir un autre aspect de ce qui est expliqué dans le roman de Tolstoï.

Reka a dit…

J'ai trouvé le roman (l'essai?) de Léon Tolstoï tout de même beaucoup plus convaincant -et jubilatoire- que celui de sa femme, en ce qui me concerne :)
http://marecages.be/?p=2756

Titine a dit…

J'ai reçu pour noël "La sonate à Kreuzer" + "A qui la faute?" et j'ai vraiment hâte de lire les deux. Leur relation était vraiment complexe et passionnante du coup pour nous.

Malice a dit…

@ Wictoria : C'est le cas ici par Sofia Tolstoï
@ Allie nous sommes bien d'accord !
@ Karine :) : Bien sûr, normal !
@ Reka : Il est certain que Léon Tolstoï a une écriture plus puissante donc cela se défend tout à fait ;-)
@ Titine : Oui trois fois oui !!!!!

Gaspara a dit…

c'est très interessante aussi le livre del a fille de Tolstoj, Tatiana, sur son père

claudialucia ma librairie a dit…

Je l'ai lu après avoir relu la sonate à Kreutzer. J'ai admiré la réponse. Cette femme avait vraiment un talent fou! En plus d'être cultivée, romancière, musicienne etc... elle a mis au monde une ribambelle d'enfants (7,je crois), c'est elle qui gérait la propriété et qui servait de secrétaire à son mari. Elle a recopié plusieurs fois Guerre et Paix à la main à chaque correction de son illustre mari! Mais.... ce n'était qu'une femme!

Malice a dit…

@Claudia : Oui c'est exact, c'était une femme malheureusement ;-)