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dimanche 1 mars 2009

J.M.G. LE CLÉZIO : RÉVOLUTIONS



Livre lu dans le cadre de la Blogoclub
J.M.G LE CLÉZIO : Prix Nobel voir ici

Ce roman est composé deux récits en un, je rapprocherai d'ailleurs ce livre par sa structure à Desert, c'est un récit polyphonique. D'entrée de jeux, c'est deux récits peuvent dérouter le lecteur. C'est l'une des raisons pour laquelle il y a un S à révolutions, elles sont multiples l'Histoire est au cœur de ce roman : politique et familiale.

C'est l'histoire de son aïeul Jean Eude Marro, de la traversée de quatre-vingt-dix-neuf jours de Lorient pour Maurice, qu'on appelait alors île de France, où il débarque en 1798 . Le personnage qui fait le lien entre eux ces deux récits c'est Catherine Marro :" Elle lui disait parfois. Sur un ton enjoué mais il savait bien que la légèreté était feinte. "N'oublie pas, tu es Marro, de Rozilis, comme moi, tu descends du Marro qui a tout quitté pour s'installer à Maurice, tu es tu même sang, tu es lui."Elle disait cela en serrant les mains contre les tempes de Jean et il sentait un frisson le parcourir, un vertige. "C'est lui qui est en toi, qui est revenu pour vivre en toi, dans ta vie, dans ta pensée. Il parle en toi"
Nice dans les années 50, la guerre d'Algérie, c'est l'histoire de Jean Marro de nationalité britannique. Il a passé toute son enfance jusqu'à l'âge de huit ans en Malaisie à Ipoh . Et cela fut une grande douleur pour Jean ce changement de mode de vie. Tous les après-midi, enfant, il se rend à la Kataviva, voir sa vieille tante aveugle Catherine Marro, c'est un magnifique personnage. Elle représente le respect, elle transmet la mémoire familiale. Il l'adore l'entendre parler de Maurice, en particulier de Rozilis et de la demeure perdue, l'Eden dont les siens ont été expulsés en 1910. Jean partira à Londres, pour fuir la guerre d'Algérie. Il pense que l'Angletterre est une terre promise, c'est à Londres qu'il effectuera ses études de médecine.
Personnage féminin marquant de ce roman Jeanne Odile, elle attend un enfant de Santos un ami commun à elle et à Jean. Mais Santos est mort à la guerre d'Algérie. Mais le plus étrange, voir morbide, pour être veuve de guerre et la reconnaissance de son enfant, elle se mariera avec un mort une ombre. " Sans doute n'avait-elle accepté que pour bénéficier de la pension de veuve d'appelé mort à la guerre, pour le bébé qu'elle portait dans son ventre." C'est le mariage des âmes, magnifique passage avec une écriture très cinématographique. Des personnages marginaux, des personnalités hors norme, et qui m'ont marquée : Conrad un homme que tout le monde voit comme fou, mais non il a été une victime de guerre, fragilisé. Jean a de la sympathie pour cet homme et va le recueillir dans son appartement de fortune à la Jamaïque quartier populaire de Londres.
Aurore, animal sauvage, une sourde ramenée d'Indochine pour être esclavagisée à Nice par un couple de notables. Enfant que lecteur n'oublie pas car elle représente le symbole de ces «Révolutions» multiples à la fois intérieurs et extérieurs. " Aurore de Sommerville n'avait que deux ans de plus que Jean,""Il y avait un mystère en elle, cela il l'avait su tout de suite, quand il avait commencé à venir à la Kataviva.""Le père de Jean avait raconté qu'elle était née à Hanoi, de mère inconnu. "
Dans ce roman comme souvent dans les romans de Le Clézio, la description des sensations est très présente. C'est un roman sur la mémoire. D'une façon générale j'aime les romans de Le Clézio et son univers car c'est une ouverture sur le vaste monde. Roman qui demande un petit effort en tout cas pour moi, mais au final passionnant car avec ce roman interroge le lecteur sur son histoire propre et sa vision du monde. C'est un roman sur la mémoire des hommes, il s'interroge sur nos racines. Il évoque aussi le manque d'attention que la société se soucie en vers les plus démunis, aux inégalités, à la justice, son dégout pour le racisme, la guerre. Je partage son point de vue j'aime son écriture, sa sensibilité à fleur de peau le rend touchant humain. C'est un très grand livre très touchant !

Dans un entretien à Jérôme Garcin du Nouvel observatoire voilà ce qu'il dit :
"Dans ma famille, on a toujours raconté qu'on était parti pour l'île Maurice à cause de la Révolution française. En vérité, mon aïeul breton n'était pas un chouan, c'était un révolutionnaire pur et dur. Et s'il a quitté Lorient pour l'île de France, c'est à cause de la pauvreté. J'ai retrouvé son journal intime dont je me suis inspiré."

Pour faire un lien avec le livre suivant de la Blogoclub :
"Le Mexique fut mon choc fondateur. C'est le pays de la vraie révolution. Quand j'y ai débarqué pour la première fois, en 1967, j'avais le sentiment d'avoir sous les yeux la révolution à chaque instant. Je n'oublierai jamais ces familles de migrants qui, chassées par la misère, montaient vers le nord et traversaient un continent dans l'espérance vaine de passer sous le grillage pour trouver un travail aux Etats-Unis. Je n'oublierai jamais ces milliers de personnes qui hurlaient de douleur et de haine au passage du cortège présidentiel - c'est là que j'ai compris ce que pouvait être la force terrible d'un peuple rassemblé. Pour moi, la misère absolue commence lorsque la simple perspective du lendemain est insupportable. Je découvrais au Mexique un champ de bataille perpétuel où plus rien ne séparait la vie de la mort. A côté, le Mai-68 parisien me semblait, de loin, dérisoire. Et plus dérisoire encore l'affolement de la population niçoise, soudain incommodée parce qu'on ne ramassait plus ses ordures et que des rats circulaient dans les rues. Je ne méprisais pas le mouvement étudiant, disons que je le relativisais."La musique du Boléro de Ravel joue un grand rôle dans la vie de Le Clézio, car elle fait écho à sa vie. C'est grâce à cette musique que ses parents se sont rencontrés. Il est question aussi du Boléro dans la Ritournelle de la faim (pas lu mais lu pas mal d'articles sur ce livre) dans son dernier roman. " Pour ta mère , c'était la première fois , c'était ce morceau de bravoure, cette musique lancinante, à la fin tout le monde était debout dans la salle , les uns hurlaient au fou, les autres applaudissaient , et quand on est sorties, ta mère était rouge, ses yeux étaient pleins de larmes, elle tremblait d'enthousiasme , et je crois que c'est à cet instant que ton père est tombé amoureux d'elle ."" mais tu était quand même l'enfant de cette musique, du Boléro"

10 commentaires:

Fanyoun a dit…

Plus je fais mon tour des blogs et plus je vois des romans de Le CLézio bien tentant. Quelles découvertes !!!

Jumy a dit…

Celui-là m'a l'air plus difficile que celui que j'ai lu. J'avoue qu'à la première lecture de ton billet je n'ai pas tout bien compris!!!!
Mais je reconnais les thèmes que j'ai appréciés dans celui que j'ai lu, alors pourquoi pas...

Lisa a dit…

Celui-ci a l'air bien tentant!

Karine :) a dit…

Ca semble complexe quand même! Mais tu sembles vraiment apprécier. Je continue par contre à penser que malgré que je n'aie pas détesté ce que j'ai lu, cet écrivain n'est pas nécessairement pour moi!

keisha a dit…

Je ne connaissais pas ce titre; mais on retrouve l'histoire de la famille (entre autres) et ce doit être intéressant, même si compliqué quand même...

Florinette a dit…

Ma LAL "Le Clézio" commence à prendre de l'ampleur à force de lire tous ces billets enthousiastes sur ces romans qui maintenant me tentent ! ;-)

Katell a dit…

Tu ne crois pas si bien dire florinette!
Et hop un autre titre sur ma LAL JMG!
Merci alice pour ce très beau commentaire!

Praline a dit…

Je dois l'avoir quelque part dans ma PAL. Il me tente bien même si ses thèmes sont assez similaires à ceux que j'ai lu.

sylire a dit…

Le Clézio s'inspire souvent de son histoire familiale d'une richesse incroyable. C'est ce qui rend son univers passionnant.

Malice a dit…

@ Fanyoun : oui, c'est bien de découvrir de nouveaux horizons :)
@ Jumy : Un livre complexe oui, il a un côté poupée russe dans ce livre.
@ Lisa : Merci
@ Karine :) : J'ai apprécié car ce livre est d'une grande richesse et je ne pense pas en avoir fait le tour de tout. Je pense que c'est son meilleurs livre car il a réussi à rassembler toute son œuvre dans ce livre mais je pense que pour apprécier ce roman il faut déjà avoir lu Le Clézio.
@ Keisha : exact c'est compliqué un peu mais tant que cela :)
@ Florinette : Tant mieux si tu es conquise :)
@ Kattell : Merci !!!!!!
@ Praline : voir ma réponse à Karine :)
@ Sylire : Oui c'est un auteur qui a un univers passionnant. Une Grande Ouverture et non un repli sur soi comme à tendance à avoir de nombreux écrivains français.