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mercredi 2 mai 2012

ANNIE ERNAUX : Passion simple & Journal du dehors


Passion Simple

" À partir du mois de septembre l'année dernière, je n'ai plus rien fait d'autre qu'attendre un homme : qu'il me téléphone et qu'il vienne chez moi."
Avec ce récit Annie Ernaux évoque la passion d’une femme pour un homme. Elle la décrit comme étant obsessionnelle, elle est fiévreuse. Elle analyse cette passion par le biais de l'écriture. " Souvent, j'avais l'impression de vivre cette passion comme j'aurais écrit un livre : la même nécessité de réussir chaque scène, le même souci de tous les détails."J'ai trouvé l'écriture d'Annie Ernaux très séduisante, juste. Quand, l'on lit les première pages l'on peut prendre peur, car elle évoque la pornographie, l'écriture est crue, tout le paradoxe c'est que plus l'on avance dans le texte l'écriture est comme pudique c'est mon ressenti. Ce court roman se lit d'une traite, l'écriture est musicale. La musique de ce roman m'a fait penser à Proust dans" Un amour de Swan" surtout quand elle évoque l'attente de l'être aimé. Annie Ernaux évoque ce film admirable dans Passion simple " J'imaginais alors qu'il voyait La femme d'à côté en nous substituant aux personnages."

La femme d'à côté de François Truffaut avec Fanny Ardant et de Gérard Depardieu
Ce film magnifique je l'ai vu et revu. J'adore sa construction semblable à un film policier. La musique de George Delarue est toujours séduisante, envoûtante.
Elle sait à merveille emporté le spectateur dans cet amour fou. François Truffaut arrive magnifiquement à filmé cette grande passion entre Bernard et Mathilde.
Le spectateur en voyant le film se pose des questions.
Est ce qu'ils se connaissaient déjà ? Oui, nous l'apprenons un peu plus tard dans la chambre 18. Ils se sont dans le passé aimés passionnellement puis la séparation fut violente. Est ce le hasard qui les réunit à nouveau ? Le spectateur l'apprend au fur et à mesure que le film se déroule sous nos yeux, il les observe via leur quotidien. La séquence du téléphone entre Mathilde et Bernard montre bien l'attente le besoin passionnel d'entendre la voix rassurante de la personne aimée.


Journal du dehors

Elle décrit le réel et son écriture est porteuse de la vie des autres, de la trace d'une époque, la photographie du réel. "Je m'aperçois que je cherche toujours les signes de la littérature dans la réalité." Là tout comme dans Passion simple elle parle de l'intime pour parler de l'universel. "De 1985 à 1992, j’ai transcrit des scènes, des paroles, saisies dans le RER, les hypermarchés, le centre commercial de la Ville nouvelle, ou je vis. Il me semble que je voulais ainsi retenir quelque chose de l’époque ou des gens qu’on croise juste une fois, dont l’existence nous traverse en déclenchant du trouble, de la colère ou de la douleur."
Elle s'est trouvé les mots justes pour décrire l'ambiance agressive dans les transports parisiens qui est parfois limite supportable. Son écriture décrit le mouvement du quotidien, mouvement ininterrompu de la société. " Je m'aperçois qu'il y a deux démarches possibles face aux faits réels. Ou bien les relater avec précision, dans leur brutalité, leur caractère instantané, hors de tout récit, les mettre de côté pour les faire (éventuellement) "servir" entrer dans un ensemble (roman par exemple. Les fragments, comme ceux que j'écris ici, me laissent insatisfaite, j'ai besoin d'être engagée dans un travail long et construit (non soumis au hasard des jours et des rencontres)".

Annie Ernaux est l'anti Christique Angot son écriture est particulière, une écriture blanche, plate parait il, mais non loin dénuée d'intérêt. Vient de sortir, il y a quelques mois en Quarto "Écrire la vie" voilà qui la résume bien. La vie, elle l'explore en parlant d'elle et autour d'elle.

5 commentaires:

In Cold Blog a dit…

Annie Ernaux et La femme d'à côté dans le même billet : c'est la grande classe, ici.

sylire a dit…

J'ai acheté "quarto" mais je ne l'ai pas encore lu.

Margotte a dit…

Je viens de lire avec grand intérêt ce billet, tu connais mon goût pour Annie Ernaux !... J'espère que tu nous parleras du Quarto ;-)

Malice a dit…

@ ICB : Oui n'est ce pas ;-) Merci c'est gentil comme tout ;-):)
@ Sylire et Margotte : Oui bien sûr mais pas tout de suite ;-)

Un autre endroit... a dit…

J'ai lu plusieurs livres d'Annie Ernaux il y a longtemps. J'avais aimé mais il ne m'en reste rien...