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mercredi 4 mai 2011

ANA MARIA MATUTE : Paradis inhabité

Traduit par Marie-Odile Fortier-Masek

Dans les années vingt à Madrid, Adriana (Adri) a six ans au début du roman. elle est issu d'une famille bourgeoise madrilène. Elle est née sur le tard, après Cristina, Jerónimo et Fabián, des jumeaux. Ses parents ne s'aimaient déjà plus. Mais chez ces gens-là, on ne divorce pas. Tata María et Isabel, la cuisinière sont les seules à l'écouter, comprendre et l'aimer, cette enfant sensible, attachante et pleine d'imagination et de rêves. Adri observe le monde des adultes, ces « Géants ».
"La nuit était mon royaume, celui que je m'étais créé, celui où je vivais." Elle affectionne les contes d'Andersen " Au fil des contes d'Andersen, ce cher complice de mes premières années, j'avais appris que les fleurs avaient leur langage, leurs bals nocturnes où elles étaient reines, avant de s'étioler et de finir aux ordures. J'appris surtout l'existence d'un langage secret, un langage auquel j'avais accès."
Afin de lutter contre l’angoisse qui la saisit à voir ses parents se déchirer, elle renforce ses liens avec sa tante Eduarda, féminine, indépendante et amoureuse de Michel mon amour. Une complicité va naître entre elle. " Elle était très grande, plus que Maman qui pourtant n'était pas petite. Ses cheveux très blancs contrastaient avec sa peau dorée, toute lisse, au milieu de laquelle resplendissaient de grands yeux bleus de licorne."Au moment de Noël, Adri passe un bon moment de complicité avec son père. Ce dernier a pris la résolution de quitter définitivement l’appartement familial pour vivre à Paris. Ses frères Jeromino et Fabian sont partis aussi pour rejoindre leur père. Elle tombe gravement malade et sa vie change, elle ne va plus à l’école. Elle se lie d'amitié avec Gravila, un petit voisin russe, dont la mère est ballerine .
Ana Maria Matute aborde aussi le problème de l'identité fille/garçon. Comment ne pas penser au très bel album L'histoire de Julie qui avait une ombre de garçon.
« Mieux vaut que les garçons soient avec les garçons et les filles avec les filles. »
"Et si Gavrila ne voulait pas jouer avec moi parce que j'étais une fille ? Adri pouvait aussi bien être un prénom de fille que de garçon : Adriana ou Adrian. Et en plus, j'avais les cheveux courts et une frange, comme beaucoup de garçon de l'époque, aussi aurait-on pu me prendre pour l'un d'eux."
Les livres ont un pouvoir sur l'imaginaire des enfants tout d'abord il y a les contes avec les fées et la licorne, la Belle au bois dormant, Cendrillon et il est question aussi de Peter Pan. " Je me souvins qu'à l'époque où il veillait sur les Enfants perdus dans la petite maison sous l'arbre, Peter Pan disait à Wendy : " Mes os craquent ...". Cette seule pensée réveilla en moi une douleur subtile, aiguë." Tout au long du livre, il est question du conte qui marque Adri et Gravila c'est le Roi Corbeau.
Adri a une passion pour le cinéma " je veux vivre au cinéma", son Papa lui répond " Tu es assez grande pour savoir qu'on ne peut pas vivre dans un cinéma. Les gens du cinéma ont eux aussi leurs maisons, leur famille. " Le point de vu d'Adri n'est pas le même que ceux des Géants, car le monde d'Adri est celui de l'imaginaire. Il rejoint assez l'univers de " L'esprit de la ruche" de Victor Erice. Car ce film traite de la réalité et de l'imaginaire via le film Frankenstein. Il est question du vrais du faux, du jeux. Ana huit ans est fasciné par les monstres, personnage terrifiant, elle s'invente un imaginaire exactement comme Adri dans ce roman "Paradis inhabité".
Ce roman est très riche et Ana Maria Matute s'est avec beaucoup de finesse et doigté évoque parle de l'enfance.
La raison est qu'elle évoque le ressenti de son enfance à elle. Adri est pour moi la petite cousine de Maisie d'Henry James.
J'aime beaucoup la couverture de ce roman espagnol qui résume très bien l'ambiance de ce roman. La petite fille qui met ses mains sur ses yeux. Elle porte une robe de fée. Elle est triste, elle se réfugie au fond d'une pièce. Elle ne veut pas voir la réalité en face, grandir, la fin de l'enfance. Cette fin est pour elle une grande blessure. Ce roman est un véritable coup de cœur pour moi une belle surprise. L'écriture d'Ana Maria Matute est très littéraire, d'un univers riche et dense plein de féerie que l'on ne trouve pas souvent dans la littérature contemporaine.
En complément à mon billet je vous invite à aller voir .

5 commentaires:

Kathel a dit…

Tu rejoins des avis déjà lu et donnes vraiment envie de tenter l'aventure !

Cecile a dit…

Je l'ai dans ma PAL car j'avais pensé à Henry James aussi à la lecture de la quatrième de couverture. Comme quoi ...

Malice a dit…

@ Kathel : C'est en effet, c'est une petite merveille à découvrir vraiment !
@ Cécile : À toi aussi ;-)

Lou a dit…

J'ai acheté ce livre au salon du livre et depuis mon dernier séjour en Espagne je suis prise d'une nouvelle envie de lire des romans espagnols (après avoir lu un bon roman jeunesse de Zafon). Voilà qui me donne une bonne idée de lecture prochaine...

Malice a dit…

@ khatel : Oui je t'invite à lire ce très beau roman
@ Cécile : oui c'est amusant
@ Lou : Oui je me souviens que tu avais acheté ce livre au Salon du livre. Il devrait de plaire je pense !
En tout cas ce dégage de ce roman un univers très littéraire, un regard sur l'enfance très juste. Un gros coup de cœur pour ce roman !