dimanche 13 mars 2011

HENRY JAMES : Ce que savait Maisie

Traduit par Marguerite Yourcenar

" Elle était prise pour confidente par des passions sur lesquelles elle fixait le même regard ébahi qu'elle aurait pu avoir pour des image se poursuivant sur un mur à travers une lanterne magique."
Au divorce de ses parents, Maisie Farange a trois ans. Elle est partagée de six mois entre son père et sa mère. Ils sont issus de la bonne société anglaise. Maisie est l'objet d'un jugement de Salomon (Pour régler le désaccord, Salomon réclama une épée et ordonna : « Partagez l'enfant vivant en deux et donnez une moitié à la première et l'autre moitié à la seconde ». L'une des femmes déclara qu'elle préférait renoncer à l'enfant plutôt que de le voir sacrifier. En elle, Salomon reconnut la vraie mère, et il lui fit remettre le nourrisson. Alors « tout Israël apprit le jugement qu'avait rendu le roi, et ils vénérèrent le roi car ils virent qu'il y avait en lui une sagesse divine pour rendre la justice ». Ce célèbre épisode de la vie du Roi Salomon a donné lieu à l'expression « jugement de Salomon ». Il peut signifier soit que face à l'impossibilité d'établir la vérité dans un litige, on partage les torts entre deux parties, soit on met ces mêmes parties devant une situation qui oblige l'une d'elles au moins à changer sa stratégie. ). Le déclenchement du divorce vient du père de Maisie, il a une liaison avec la jeune et belle Miss Overmore, la gouvernante de Maisie. Une haine féroce est déclarée entre les deux parents qui entraine un tiraillement. Maisie vie d'abord chez son père, Beale Farange c'est lui qui a obtenu la garde de sa fille, Miss Overmore se nommera Mrs Beale quand celle se remarie son père. Mrs Wix est la nouvelle gouvernante de Maisie, elle est mal fagotée et pauvre. " La plus importante avait été tout de suite mentionnée par Mrs Wix elle-même : cette dame avait eu une petite fille à elle, et cette petite fille avait été tué dans un accident."Mrs Wix avait déjà été mère, d'une petite fille Clara Matilda. Elle a été engagé par la mère de Maisie. Sir Claude un bel homme aux traits réguliers, ces yeux tendres. Il s'occupe beaucoup de Maisie. "Sir Claude semblait reconnaître qu'il avait adopté l'enfant, et fait d'elle comme il disait, sa petite favorite ; il avouait ainsi qu'il était un affreux imposteur, un bon à rien, un sombre idiot. " ... " Maisie comprenait que Sir Claude pouvait aimer beaucoup sa belle-fille , sans avoir envie qu'on la lui jetât en plein visage de cette façon, et que son départ était une claire protestation contre ce procédé. Ce fut pendant cette absence que notre jeune personne découvrit que l'événement qui venait de se produire, c'est que sa mère n'était plus amoureuse de Sir Claude." Les beaux parents vont par la suite devenir des amants. Sa mère, Ida est une femme à la fois généreuse mais aussi égoïste. Maisie adore sa mère, mais aucun amour maternelle de sa part.

Maisie est utilisé pour un élément de chantage, plaisir égoïste. Elle observe les adultes, elle se retrouve tiraillée entre ses parents, ses gouvernantes, ses beaux-parents. Son innocence contraste avec l'amour du pouvoir et de l'argent de ses parents, qui préfèrent livrer une existence volage et sans soucis ménagers plutôt que d'avoir à s'occuper d'elle.
Exemple d'un passage que j'aime beaucoup, qui illustre bien l'existence volage des parents. La promenade dans les jardins de Kensington, Maisie est chez son père et elle est en promenade avec Sir Claude. Elle rencontre sa mère en compagnie d'un homme qui n'est pas Mr Perriam, ni Lord Eric mais le capitaine. Pour Maisie, c'est étrange de voir sa mère avec un autre homme. Alors qu'elle est avec son beau père. La même scène se reproduira mais Maisie est en compagnie de sa belle mère et elle va apercevoir son père en compagnie d'une femme qu'elle ne connait pas.
" Elle était à l'âge où toutes les histoires sont vraies, et où toutes les idées sont des histoires. L'actuel était absolu, le présent seul existait."...
" L'enfant avait vécu dans bien des romans, (tous ceux de Mrs Wix et tous les siens, sans parler des plus beaux de tous, ceux de Lisette, la poupée française) mais c'était la première fois qu'elle se trouvait introduite de plain-pied dans un roman comme celui-là, et quand Beale l'eut aidé à descendre du fiacre qui bientôt s'éloigna, et qu'elle entendit dans la serrure le petit cliquetis de la clef de son père, elle se sentit enveloppée par l'atmosphère des Mille et Une Nuits."

Maisie est une enfant très touchante, elle m'émeut beaucoup j'ai  envie de l'aimer, de la serrer dans mes bras tellement elle est tiraillée par les adultes comme si elle était une poupée de chiffon.
Ce roman " Ce que savait Maisie" n'est pas un roman d'Henry James facile à lire, plutôt complexe. Dans un premier temps j'ai eu beaucoup de mal à le lire, à entrer dans le livre. La raison, l'ambiance est étouffante, c'est un roman où la psychologie joue beaucoup tout est vue du regard innocent de Maisie. Une fois plongée dans l'univers de ce roman, la lecture devient passionnante, c'est un régal pour le lecteur. La maîtrise de l'écriture par Henry James est époustouflante. Henry James arrive souvent à nous perdre entre les différentes positions des pièces sur l'échiquier des tractations, tensions, tiraillements. C'est un roman très cruel sur l'enfance. Au final c'est une lecture forte et formidable, un grand livre : Un chef d'œuvre tout simplement !
Après avoir lu ce roman, l'on peut se poser la question comment il  a été accueillit à sa sortie (1897), surtout concernant la morale.C'est un roman très moderne aussi bien pour son contenu concernant la haine entre couples divorcés ou séparés et de l'adoption.

© George Dunlop Leslie

5 commentaires:

Bene a dit…

J'ai très très envie de le lire depuis un bail !

Malice a dit…

Oui, cela ne m'étonne pas moi aussi cela faisait un moment que j'avais envie de le lire. Un livre pas facile à lire il faut s'accrocher. Nombreuses lectrices ont décroché me semble t-il d'après les impressions relevées sur le net.

krol a dit…

Je l'ai lu il y a très longtemps et je n'en ai aucun souvenir, aucune image... Par contre, je me souviens que j'avais aimé.

choupynette a dit…

un chef d'oeuvre... wow!! décidément, il me faisait un peu peur ce James (va savoir pourquoi!) et plus ça va, plus j'ai envie de le lire! Je crois que je commencerai par Le tour d'écrou.

Malice a dit…

@ Krol : Oui, je comprends tout à fait cette sensation que l'on a pour certains livres. On a aimé, été époustouflé l'on a le souvenir d'avoir lu un très bon roman. Mais de quoi ce là parle déjà ? ;-)
@ Choupynette : Oui, ce livre est un chef d'œuvre surtout dans l'écriture. Elle est absolument prodigieuse et époustouflante. Malheureusement, il n'est pas facile pour moi de le démontrer. Il faut s'atteler à ce grand roman !