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lundi 11 juin 2012

MARGUERITE DURAS : Un barrage contre le Pacifique

D'une facture romanesque relativement classique, c'est un roman qui date de 1950. Un barrage contre le Pacifique inaugure une série de romans d'inspiration autobiographique ayant pour cadre le Vietnam.
Dans les années 1920, une mère vit seul avec ses deux enfants, Joseph et Suzanne de vingt et dix-sept ans, en Indochine... La mère ignorante des coutumes coloniales a investi toutes ses économies dans une concession dans la plaine de Kam entre l'océan et la forêt montagneuse. Les terres sont incultivables  les grandes marées du Pacifique innondent régulièrement.  Elle se bat alors contre la direction générale du cadastre, puis en désespoir de cause décide de construire, avec l'aide des paysans de la région, un barrage afin de contenir les grandes marées.... Elle dénonce le système colonial.  Joseph a 20 ans.  Il est tiraillé entre son désir de quitter la misère de son quotidien et le rôle de protecteur qu’il exerce sur sa mère et sa sœur. Suzanne,  rêve  d’épouser un homme qui la fera quitter elle aussi la misère de son quotidien. Mr Jo lui offre un diamant. Cette pierre précieuse est une  preuve d' amour envers Suzanne. Il représente la classe des riches hommes d'affaires.  La mère est tout le temps à la recherche d'argent à essayer de vendre le diamant que lui offre Mr Jo. L'ambiance est tendue, pas d'émotions entre les personnages, la mère n'a pas de nom elle a seulement une fonction d'être la mère de ses enfants.  La mère et les enfants sont les représentants de la classe la plus pauvre parmi les colons. C'est un roman centré sur la figure de la mère, cette mère a un caractère tyranique, autoritaire, lutte contre la misère, elle sombre dans la folie des obstacles infranchissables qui se présentent à elle. La mort rôde et le passage bouleversant quand elle évoque la mort des enfants : " Les enfants retournaient  simplement la terre comme les mangues sauvages des hauteurs, comme les petits singes de l'embouchure du rac. Ils mourraient surtout de choléra que donna la mangue verte, mais personne dans la plaine ne semblait le savoir ." La musique tout comme le cinéma tiennent une place principale

 "Le piano commença à jouer. La lumière s'éteignit. Suzanne se sentit désormais invisible, invisible et se mit à pleurer de bonheur."
Un roman de Duras très intéressant, un grand classique, d'une grande richesse que pour ma part je ne pense pas avoir fait le tour en une lecture. C'est un roman déchirant autour de la cellule familiale. L'écriture de  Marguerite Duras est de facture classique elle n'a pas encore trouvé véritablement son style qui la caractéristique, son écriture sa musique d'écrivan.  Barrage contre le Pacifique reste une histoire troublante et fascinante. Le cinéma tient une place importante voir capitale dans ce roman tout comme dans la vie de Marguerite Duras d'ailleurs . " La mère avait dû se remettre brusquement au piano lorsque la place de pianiste à l'Eden lui avait été offerte."


L'Eden cinéma

 (1977) est une réécriture théâtrale du Barrage contre le Pacifique. Cette pièce a été représenté pour la première fois le 25 octobre 1977 par la Compagnie Renaud-Barrault au théâtre d'Orsay dans la mise en scène de Claude Régy. Le rôle de la mère a été interprété par Madeleine Renaud, Suzanne était Bulle Ogier et Michaël Lonsdale interprétait le rôle de Mr Jo. Les enfants nous livrent la vie de la mère. La mère parle peu c'est ses enfants qui parlent surtout. Un passage poignant celui de la lettre, la mère fait un procès contre le colonialisme, cette concession dont le terrain est incultivable, où de nombreux enfants meurent " Ici il meurt beaucoup d'enfants. Les terres que vous convoitez et que vous leur enlevez, les seules terres douces de la plaine, sont grouillantes de cadavres d'enfants." La pièce met en évidence les moments forts du Barrage. Dans l'Eden Cinéma, Marguerite Duras joue sur différent niveaux de narration. Suzanne joue, elle est présente sur scène mais aussi on entend sa voix dans la mise en scène de Claude Régy la voix de Suzanne n'est pas celle de Bulle Ogier mais celle de Catherine Sellers. Eden Cinéma et Barrage contre le Pacifique parlent de la mère, de son passé, de sa vie.  " Elle était dure la mère. Terrible. Invivable. Pleine d'amour. Mère de tous. Mère de tout. Criante. Hurlante. Dure ..." L'écriture de Marguerite Duras est sans émotion, sans compassion, une écriture assez distante mais musicale très rythmé. 
C'est agréable de lire la prose d'un très grand écrivain. 

3 commentaires:

Wictoria a dit…

comme toi j'aime Duras

Karine:) a dit…

Un jour je lirai Duras. Le barrage contre le Pacifique me tente bien.

Midola a dit…

Cette lecture m'a beaucoup marquée, beaucoup plus que celle de L'Amant !