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mercredi 13 juin 2012

ENRIQUE VILA-MATAS : PARIS NE FINIT JAMAIS


Traduit par André Gabastou

Ce roman d'Enrique Vila-Matas, je l'avais acheté à sa sortie car j'avais assisté à une présentation très parisienne tout à fait par hasard à la maison culturelle de l'Amérique Latine. 
Un écrivain revient sur ses années bohèmes et d'apprentissage littéraire à Paris. Il dit son amour pour cette ville à travers les souvenirs de ses premiers pas dans l'écriture.  " Je suis allé à Paris au milieu des années 70 et j'y ai été très pauvre et très malheureux. " Cet ouvrage "Paris ne finit jamais est un clin d'œil à Hemingway : "Paris est une fête". Nous sommes en plein Paris des années 70. Notre jeune écrivain fréquente à Paris des compatriotes artistes. L'auteur personnage de fiction vit à Paris au mois d'août. Il loue une chambre à Marguerite Duras. Il est fasciné par Hemingway. Il désir écrire son premier roman "la lecture assassine". Il  s'inspire d'un essai de l'écrivain espagnol Unamuno " Comment on fait un roman"." Cependant dans un paragraphe dans lequel Unamuno spéculait au sujet des livres qui provoquent la mort de leurs lecteurs, j'avais trouvé une bonne idée pour raconter une histoire."" Et pourquoi l'idée de tuer mes lecteurs m'avait-elle séduit autant alors que je n'en pas encore un seul ?" Il demandera à Marguerite Duras d'ailleurs des conseils concernant l'écriture d'un roman. Et bien souvent avec humour et moquerie, il dit à de nombreuses reprises : "dans son français supérieur." " Et que faisais-je dans la mansarde de Duras ? Eh bien, tout simplement de tenter de mener une vie d'écrivain comme celle que Hemingway raconte dan Paris est une fête.
La rue Saint Benoît est située dans le quartier de Saint Germain des Près dans le VI arrondissement. Marguerite Duras occupe depuis la fin des année 30, un appartement.  Elle  organise des rencontres intellectuelles chez elle. C'est là que l'on parle de littérature mais aussi de politique. Elle a crée ce lieu de rencontre convivial et d'échanges avec son mari Robert Antelme. Raymond Quenau est un grand habitué de la rue Saint Benoît, tout comme Maurice Blancho, Edgar Morin, Claude Roy et les poètes Henri Michaux et Francis Ponge. Laure Adler a écrit une formidable biographie sur Marguerite Duras (lu bien avant la création de mon blog ) que j'avais énormément apprécié.   Elle dit à propose de "La rue Saint Benoît n'est ni une maison de verre comme Bretons en rêve, ni un phalanstère à la manière des utopistes du XIXième siècle où tout s'échangeait et se partageait : sexe, territoire et idéologie, ni une secte révolutionnaire à la manière des jeunes nihilistes russes du XIXième siècle, mais quelque chose de plus modeste et d'intense en même temps un lieu où l'on pratique la religion de l'amitié, le désir généraux d'ouverture aux autres, la liberté de vivre dans un état d'indétermination." Rue Saint Benoît est un lieu de la liberté.Enrique Vila-Matas cite le nom de Laure Adler dans son roman à propos de cette biographie d'ailleurs.

" Ce mois d'août à Paris un soir, je suis allé faire un tour avec ma femme rue Delambre, à Montparnase, pour voir si, par hasard, existait encore le Dingo Bar où, en avril 1925, Scott Fitzgerald et Hemingway avaient fait connaissance. La rue Delambre est plutôt courte, pleine de bars et d'hôtels, située derrière le mythique Dôme."

Il évoque beaucoup Hemingway écrivain fantôme de papier  "Paris est une fête". Il fait le parallèle entre Marguerite Duras et Gertrude Stein. Cette dernière était la protectrice d'Hemingway tout comme l'ai Duras avec le jeune écrivain.Le jeune écrivain est un amoureux d'"India Song" le film magnifique de Marguerite Duras. 
"J'allais beaucoup au cinéma voir India Song. ""j'avais très souvent assisté au tournage, surtout au palais Rothschild du Bois de Boulogne, à deux pas des lieux où, deux mois auparavant, nous avions, un soir, cherché, elle et moi, des putains déguisées en premières communiantes." " Ce palais, Marguerite l'avait découvert lors de l'une de ses longues promenades dans la ville et elle avait été immédiatement attirée par l'endroit." " Quand Marguerite l'a choisi pour le tournage, il était dans un état d'abandon, de délabrement avancé."

C'est un ouvrage sur une époque, une réflexion sur la création, sur la littérature aussi beaucoup, ainsi qu'au cinéma.  Un roman d'Enrique Vila-Matas très attachant bel hommage à Paris durant les années 70, une belle promenade qui ne finit pas dans laquelle le lecteur se perd parfois. Beaucoup d'ironie, je ne trouve pas que Paris ne finit jamais soit une pâle copie du livre d'Hemingway " Paris est une fête"pour ma part. Jacques Poulin avait déjà fait un hommage à ce roman d'Hemingway voir ici.  Ce roman de Vila- Matas peut paraître décousu dans sa construction,  mais comme l'ai notre mémoire, il mélange le présent et le passé. L'univers du roman m'a fait penser au film de Woody Allen : Minuit à Paris.


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