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lundi 2 janvier 2012

NINA BERBEROVA : Les Chronique de Billancourt

Robert Doisneau (Mademoiselle Anita-1951)






Traduction Alexandra Pletnioff-Boutin

Ces chroniques sont des
 "tranches de vie" qu'elle a écrit entre 1928 et 1940.

Nina Berberova est arrivée à Paris dans les années 30. Elle rencontre des ouvriers russes blancs qui ont fuit la Russie, au moment de la révolution d'Octobre ceux sont d' anciens gradés de l'Armée blanche. La plus part de cette population à travailler aux usines Renault à Billancourt.

- Grinchenka, le dit Mme Klava, comment se fait-il que vous passiez votre temps à décrire  des gens que vous connaissez, des gens ordinaires et pour dire vrai, ennuyeux ? L'un a raté sa carrière au cinéma, un autre a laissé échapper sa fiancée, quant au troisième je ne me rapelle plus très bien ce qui lui est arrivé."
Ivan Pavlovitch, il est venu sur Paris pour trouver une jeune femme avec qui se marier, il repartira finalement bredouille."Pourquoi insister ? Nous trouvâmes ici la misère, la pauvreté et l'ignorance de la langue française développées à l'extrême." Gavrilovitch devenu acteur d’un jour en raison de son physique très photogénique mais qui doit renoncer à cette vie dorée car incapable de jouer la comédie. " Guerassime Gavrilovitch ne cessait de rêver à la chance qu'il aurait si on le déclarait soudain photogénique. Toute sa vie, en serait alors transformée. Il aurait suffisamment d'argent. Il tournerait des films. Il distribuerait sa photo aux amis."
Kondourine, était avant l’exil pianiste. Devenu aide comptable chez un marchand de meuble, il ne désespère pas d’effacer cette tragédie, de vivre a sa place et de son art. "Ivan Ivanovitch contemplait ses mains. Il fut un temps où il était musicien. Dans sa jeunesse, il était devenu accompagnateur. Lorsque, en 1917, toute musique de danse avait été supprimée en Russie au profit de la musique militaire, il avait continué à faire l'accompagnateur çà et là"  Et sa femme Alexandra a un talent secret pour l'écriture. Pour lui cette vie est une tragédie, tout comme pour ses amis qui habitent Billancourt. "Je partage avec Guerassime Gavrilovitch, Grigori Andreïevitch et d'autres la même fatalité." C’est alors qu’il décide de quitter son poste pour jouer dans un cabaret. "La clientèle afflua, attiré par le violon, le piano et les chants tziganes." Puis dans un cinéma duquel il sera licencié et de finalement retrouver sa place d’aide comptable. 
© Willy Ronis
Cette photo de Willy Ronis illustre bien la nouvelle "Ici on pleure"
"La fête nationale battait son plein place Nationale. C'était le 14 Juillet."
"Pour une fois c'étaient de vrais couples qui évoluaient sur la place : un homme et une femme."
" Billancourt n'est pas Paris. Billancourt est unique au monde. " Ces émigrés russes pour la plus par viennent d'arriver en France à Boulogne Billancourt, ils sont marqués par la nostalgie du pays la Russie. 
J'ai pensé à cette photo de Willy Ronis en lisant cette nouvelle "Vestes et traverses". 
" Paris n'est pas Prague. Le ciel se déchire au dessus de Paris et une colombe s'envole le soleil au-dessus de Paris est blanc. Et si une pluie légère se met à tomber alors tout le monde se met à danser : les hommes (l'avez-vous remarqué ?) marchent dans les flaques sur la pointe des pieds, tandis que les femmes ayant traversé la rue lèvent immédiatement leur jambe pour voir si leur bas n'a pas été éclaboussé."

© Alice Théaudière


Ces chroniques me touchent car habitant Issy les Moulineaux (à côté de Boulogne);  une forte population russe et arménienne se côtoient depuis des années. Et Robert Doisneau a habité Issy les Moulineaux à l'époque où dans les années trente jeune marié il a travaillé comme photographe à l'usine Renault Billancourt. Puis, je me souviens adolescente mes parents m'avaient emmenée pour les fêtes de fin d'année dans un petit restaurant russe à côté d'une usine  à Issy les Moulineaux . Ce restaurant bien sûr n'existe plus, mais il était le symbole de cette Russie d'une époque. Ces russes blancs reposent en paix à Sainte Geneviève des bois. 




4 commentaires:

Mango a dit…

Très joli billet! J'aime bien cet auteur. Figure-toi que j'ai vécu quelques années près du collège arménien de Sèvres. C'était bien, tout près du métro et à vingt minutes en voiture des Champs Elysées mais depuis tout a dû bien changer avec la transformation de l'île Seguin!

Bridget a dit…

Voila qui me donne envie de relire Nina Berberova que j'ai toujours dans ma bibliothèque mais je ne connais pas les Chroniques de Billancourt.
Toute cette culture russe est si fascinante.

Bridget a dit…

....et tous mes voeux pour 2012!!

Malice a dit…

@Mango : Merci ! Oui, moi aussi un auteur très attachant.
@ Bridget : oui entièrement d'accord avec toi un auteur que l'on a envie de relire de redécouvrir. Fascination pour la culture russe oui tout comme moi ;-)
Merci pour les vœux ;-)