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jeudi 12 août 2010

ÉCRIVAINS FIN-DE-SIÈCLE & LES DÉCADENTS FRANÇAIS


de Marie-Claire Bancquart

Ce livre propose des extraits de romans ou de « proses » qui ont eu du succès et de l'influence durant la période qui va des années 1880 au début du XXe siècle. Les écrivains réunis ici partagent tous le besoin d'un « ailleurs ». Il est difficile de distinguer les "décadents" des "symbolistes". 

Verlaine dit : " Le symbolisme ? ... Comprends pas ... Ça doit-être un mot allemand ... "" Aujourd'hui c'est des assauts de pieds plats qui ont chacun leur bannière où il y a écrit réclame ! Décadent, au fond, ne voulait rien dire du tout. C'était plutôt un cri et un drapeau sans rien autour."
* Le mouvement décadent traversent le XIXème siècle où tout est noir.
* Symbolisme est apparue en France et en Belgique vers 1870 en réaction au naturalisme et au mouvement parnassien. Il est très difficile distinguer ces deux mouvements aux contours mal définis. Le mysticisme du temps en est la manifestation la plus évidente. Mais les « ailleurs » ne sont pas nécessairement à chercher dans l'interprétation ésotérique du monde : ne sont-ils pas aussi bien en nous, dans les innombrables possibilités de notre organisme nerveux et de notre imagination ? Sur des chemins parfois déviants, où la névrose et l'art coexistent souvent, se crée une étonnante littérature du fantastique intérieur. C'est la grande époque des revues : La Revue Chat noir est une revue qui a été créée par Raymond Salis le 14 janvier 1882. C'est une revue dirigée par Goudeau le cousin Léon Bloy, c'est une des revue les plus importante de l'époque. Maupassant fait ses débuts dans cette revue. Son existence va jusqu'en 1895. 

Léon Bloy fut marqué par sa rencontre avec Barbey d'Aurevilly et très lu par Claudel et Bernanos. Cette littérature fin-de-siècle joue un rôle de précurseur, lance des recherches et des interrogations, innove dans les techniques romanesques, de la mise en abyme au monologue intérieur. Elle n'est nullement la littérature expirante et passée de mode que l'on imagine parfois, mais au contraire une littérature de sursaut : elle inaugure le siècle nouveau. Ces écrivains auront un impact sur Proust, Gide entre autre pour leur début. Je me suis intéressée à cette littérature l'année dernière avec la biographie de Mireille Havet et de Rémy de Gourmont.

Cet ouvrage s'est l'opportunité de découvrir des auteurs complétement oubliés comme :

ÉLÉMIR BOURGES : Il Passion pour Wagner et Shakespeare, apprécié par Gide, ami de Mallarmé, Marcel Schwob et du peintre Armand Point. Écrivain exigeant, Sous la hache son premier roman en 1883. Ce livre fut bien accueilli ainsi que Le Crépuscule des dieux. Les oiseaux s'envolent et les fleurs tombent est un ouvrage orienté vers le mysticisme. Le Crépuscule des dieux en 1884, emprunte à Wagner. Roman de passion noire et de grand pessimisme qui retrace l'extinction d'une famille princière.

Octave Mirbeau : Journaliste, grand avocat des écrivains et des artistes méconnus. il a été "nègre" d'hommes politiques et de patrons de presse. Il remporte avec son premier roman Le calvaire un succès scandaleux. Son roman L'Abbé Jules, écrit sous l' influence des romanciers russes. Il collabore à l'Aurore et à L'Humanité. Ses œuvres les plus connus de nos jours sont "Le journal d'une femme", sa pièce "Les affaires sont les affaires".

Mécislas Goblerg : Né en 1869 en Pologne dans une famille juive bourgeoise, il se rend à Paris en 1891. Il est anarchiste, il est expulsé de France se réfugie à Londres, revient à Paris fait de la prison.Il meurt de la tuberculose à Fontainebleau en 1907.

J.H.ROSNY AÎNÉ : son vrais nom Joseph Henri Boex (1856/1940) né en Belgique et établi en France avec son frère Séraphin-Justin qui prit le pseudonyme Rosny. Tous les deux ils écrivent Les Xipéhuz. Joseph Henri va persévérer dans l'écriture et il reprend le pseudonyme de son frère Rosny et en rajoutant aîné car il est le frère aîné de Séraphin-Justin. Il est l'auteur de la Guerre du feu roman préhistorique qui fut célèbre grâce au cinéma avec le film de Jean Jacques Annaud. Il est considéré comme le père de la science-fiction, non seulement française, mais dans son ensemble.

JOSÉPHIN PÉLADAN : En 1884, son premier roman est Le Vice suprême, en 1888 il se donne le titre de "Sâr" (mage). Il s'habille d'une cape noire et sur une robe de velours bleu. Il fait revivre l'ordre occultiste des Rose-Croix, il fonde l'"Ordre de la Rose+Croix catholique et esthétique du Temple et du Graal".

RACHILDE la seule femme de cet essai mais qu'elle femme ! Elle a joué un grand rôle dans cette époque édacadente.
Marie Maguerite Eymery de son vrais nom, elle est née en Dordogne en 1860. Son père un militaire aurait voulu que sa femme soit un homme. Sa mère est schizophrène. À quinze ans, elle lit Sade. À vingt ans elle monte à Paris, elle fréquente le monde littéraire Mendès, Bloy, Villiers, Verlaine. Elle s'habille en garçon, elle joue avec un grand plaisir sur l'ambiguïté sexuel. En 1889, elle se marie avec Alfred Vallette, fondateur du Mercure de France. De cette union elle aura une fille. Elle est l'amie de Jean Lorrain.
Elle écrit des roman qui sont excessifs, avide d'étrangeté sexuelle. Elle a tenu un salon fréquenté par Gourmont, Jules Renard, Gide, Mallarmé, Apollinaire. Elle fut responsable de la critique littéraire au Mercure de 1897 à 1925. Elle est décédé en 1953, et Vallette en 1931 Voir aussi ici concernant son portrait !
Monsieur Vénus publiée en 1884, (extrait dans le Folio Écrivains fin-de-siècle édition de Marie Claire Bancquart) Livre audacieux, il fera d'elle une femme décadente. Ce livre fut saisi et condamné par le parquet belge pour atteinte aux mœurs et pornographie. Raoule de Vénérande, femme virile habite avec une tante chanoinesse. Elle est sous le charme féminin, androgyne de Jacques Silver qui est fleuriste. Ils se marient, ils aiment jouer sur l'ambiguïté des sexes. Raoule s'habille en homme et Jacques en femme.


Henry Céard : Il connu Zola par l'intermédiaire de Huysmans. C'est un amoureux de Wagner. En 1898, il se retire à Quiberon, il a comme projet écrire un grand roman accompagné d'une structure wagnérienne

Catulle Mendès : Il lance la Revue fantaisiste qui accueille les Parnassiens. Il a vécu avec la musicienne Augusta Holmès dont il a deux fils et trois filles . Il est lui aussi fou de Wagner. Il collabore à la Revue wagnérienne. En 1881 il publie le roman Le Roi vierge du vivant de Wagner et de Louis II.

Villiers de l'Isle-Adam : Un des grands auteurs de cette période, fin de siècle, d'origine bretonne. Il commence par écrire des poèmes, des articles, s'essaie au théâtre, fait connaissance de Baudelaire et de Catulle Mendès. Il est très ami avec ce dernier. Ils rendent visite à Wagner ensemble.

Georges Eekhoud : Orphelin, il est élevé par sa grand-mère et par son oncle riche. Il est originaire d'Anvers, il fait ses études en Suisse. Il démarre dans la vie comme correcteur et journaliste en Belgique. Il prend la défense des homosexuels. Escal Vigor qui est à la fois une anagramme d'"Oscar Wilde". Ce roman lui valut un procès pour pornographie devant la cour d'assises de Bruge qui fit grand bruit.

Pierre Louÿs : Lui aussi il est d'origine Belge né à Gand, comme Georges Eekhoud orphelin à neuf ans. Il fréquente les mardis de Mallarmé. Il passe rapidement du milieu parnassien au milieu "décadent" et symboliste. En1891, il fonde lui aussi une revue La Conque, très à la mode en cette fin de siècle, Valéry, Gide, Léon Blum, Camille Mauclair signent des articles dans cette revue. Lui aussi est un admirateur de Wagner, il se rend à Bayreuth. Il doit sa renommé à ses écrits érotiques et le plus connus est " La Femme et le Pantin.

5 commentaires:

Mango a dit…

C'est très intéressant! J'avais fait un travail sur cet aspect de la littérature pour un diplôme de fin d'études! Ça me rappelle de bons souvenirs!

claudialucia ma librairie a dit…

Que d'écrivains qui ont sombré tout à fait ou partiellement dans l'oubli. Et pourtant à cette époque, l'on publiait beaucoup moins que de nos jours!

Lily Rature a dit…

Il faut lire Villiers de L'Isle Adam. Ses contes cruels sont une merveille ! Dommage que cet auteur soit un peu tombé dans l'oubli...

Yves Gerard a dit…

Vous oubliez Huysmans !!! avec son veritable catalogue de la decadence fin de siecle ... " à rebours " ...un "must" du dandysme !

marcogpe a dit…

Je trouve cet aperçu intéressant. Mais je trouve dommageable que trop de figures de proue du décadentisme aient été passées sous silence ou à peine mentionnés. Comme l'allusion à LORRAIN qui a été un des principaux personnages dans ce contexte, tant par son aura littéraire,que par son rôle de Pygmalion auprès de personnalités fin de siècle comme Liane de Pougy et les autres poètes féministes, comme Nathalie Clifford Barney. On peut regretter l'absence de Camille LEMONNIER, un auteur belge, mais condamné à Paris par le juge qui n'avait pas pu faire condamner FLAUBERT et BAUDELAIRE, et qui a écrit la réfutation la plus merveilleuse de MADAME BOVARY. Enfin comment peut-on oublier VILLIERS de L'ISLE ADAM qui a été un prophète à l'humour noir décapant, écrivain dont Lili Rapture souligne l'intérêt. On ne peut le zapper avec une formule anodine. Quant à CATULLE MENDES, il mérite une place à part, car de MADEMOISELLE DE MAUPIN jusqu'au HORS NATURE de Rachilde tout le mouvement DÉCADENTISTE est en proie à la tourmente sur l'identité des sexes et l'homosexualité (entre autres sujets).
Petrus.