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dimanche 20 juin 2010

JAMES.MATTHEW BARRIE : Portrait de Margaret Ogilvy par son fils



Traduit par Céline-Albin Faivre

" Margaret Ogilvy était son nom de jeune fille et , d'après la coutume écossaise, elle demeurait Margaret Ogilvy pour ses vieux amis." Le narrateur ne l'appelle pas maman comme le ferait n'importe quel enfant mais par son prénom et son nom, cela est saisissant. La raison est la suivante c'est une fidèle tradition écossaise. "Souvent, petit garçon, je l'appelais ainsi de l'escalier : "Magaret Ogilvy, êtes-vous là ?" C'est étrange et troublant à la fois cela marque une distance entre le fils et sa mère, une retenue.
"Ces yeux que je ne peux discerner avant mes six ans révolus m'ont éclairé sur le chemin de la vie et je prie Dieu qu'ils puissent demeurer jusqu'au dernier jour mes seuls juges sur cette terre."Margaret Ogilvy est la mère de James Matthew Barrie, elle est femme au foyer, elle a une très forte personnalité . Elle sera pendant un ans en deuil, elle s'enfermera dans une mélancolie car elle perdu son enfant chéri David. "Il avait treize ans ans, et moi la moitié de son âge, quand l'effroyable nouvelle nous parvint. "L'importance de la robe de baptême est le symbole de la perte de l'enfant mort. Sa fille Jane Ann joue un rôle considérable au près de la mère. Son père est ouvrier tisserand, l'homme de l'ombre de ce milieux modeste. James fait de son mieux pour reconquérir l'amour de sa mère." Après cela, je passai beaucoup de temps avec elle, assis sur son lit, essayant de lui faire oublier l'autre - ce qui était non astucieuse manière de jouer les médecins." Le narrateur s'est à dire l'auteur lui même évoque son enfance aussi et de sa relation avec sa mère qui fut complexe. Elle l'étouffe, elle est abusive, il la déteste et en même tant il la vénère. Il la voit enfant , il revient à plusieurs reprise comme un refrain d'une comptine. " Elle faisait de longs et pénibles trajets, petite fille , lorsqu'elle apportait à son père son repas dans un pichet, à l'endroit où il travaillait ; mais la marche sans autre objet que le souci de sa santé lui semblait vraiment une drôle d' idée. " p94 Le narrateur est attaché à la mémoire familiale, il évoque le mariage de ses parents, il aime l'évoquer tout comme il imagine sa mère petite fille de conte de fée. Je le comprends tout à fait moi aussi cela m'arrive en regardant des photos anciennes d'imaginer une petite histoire dans ma tête concernant ma famille. Il faut dire que quand le narrateur avait six ans, elle aimait se rappeler de son enfance, lui faire part de ses souvenirs d'enfance, le temps où elle aimait jouer à la marelle et aux billes. L'enfance est un thème auquel James M. Barrie attache beaucoup d'importance.
Dans le Chapitre VI " Sa bonne à tout faire", le narrateur se donne beaucoup de mal, pour être au petit soin avec sa mère. J'ai beaucoup aimé ce chapitre bourré d'humour et d'ironie. "Bientôt, je monte triomphalement deux petits-déjeuners. J'entre dans la chambre, non à la manière quelconque d'un fils ordinaire mais en singeant les façons du serveur de Glasgow. Il fut le seul garçon d'hôtel que ma mère eût jamais connu, le seul serviteur masculin qui se fût jamais approché d'elle." Le passage concernant les carottes râpées est d'un comique allez voir p 123.
C'est aussi très intéressant voir que ses livres s'emboîtent comme des poupées russes. Ce " Portrait de Margaret Ogilvy par son fils" fait écho à d'autres ouvrages que James Matthew Barrie a écrit pour brouiller encore plus la vérité. Elle se nomme Jess, personnage central, l'héroïne dans un autre de ses romans " A Window in Thrums" p160.
J'ai adoré le chapitre concernant RLS (grand écrivain écossai Stevenson ), il me donne furieusement envie de découvrir et de lire " Le maître de Ballantrae". Là aussi jeux complice entre la mère et le fils à propos de ce roman. Stevenson est le grand frère d'écriture de James M. Barrie.

" Elle le replaça d'un geste rageur là où mon Stevenson avait perdu une dent (comme aurait dit l'écrivain à qui il ressemble le plus). Puis, en bonne mère qu'elle était, elle prit un des livres de son fils et le lut, l'air très décidée."

Ce livre me fait penser à un film de Bergman, pour son austérité et ses chuchotements religieux écossais. Il faut souligner que le dépouillement du presbytérianisme tient sa place chez Margaret Ogilvy, femme pieuse.
" Elle ressort la bible qui reposait toujours près d'elle.""Elle n'était qu'une enfant lorsque sa mère mourut et, très tôt, elle prit l'habitude de dire ses prières seule, sans âme qui vive pour l'entendre." Je ne l'ai jamais entendue prier, mais je sais très bien comment elle priait et, quand la porte était fermée, aux yeux de Dieu, pas un jour ne séparait la femme usée jusqu'à la trame de la petite fille.
Le décor est essentiellement la maison le "home" l'ambiance est "cosy" cela donne cet ambiance feutrée et silencieuse. Le narrateur et sa mère se tiennent le plus souvent dans la maison. Cette femme est confinée chez elle. Elle sort peu et regarder par la fenêtre c'est voir, observer le monde du dehors.
Il pourrait y avoir un " s" à portrait car il est double, et à double sens c'est celui de la mère de l'auteur James M.Barrie mais aussi de lui de l'écrivain. Ce roman est un faux roman il peut être perçu comme une autobiographie mais cela n'en ai pas une, un récit alors et non je ne le pense pas, un hommage à la littérature écossaise non plus, mais il y a certainement un peu de tout cela me semble t-il.
James M.Barrie brouille les cartes où est la vérité ? Il fait de sa mère un personnage fictif et imaginaire à la fois. Il met une distance avec la réalité, les souvenirs vrais ou pas. Le goût du secret que je partage amplement étant moi-même une personne très secrète, c'est je pense sûrement l'une des raisons pour laquelle j'ai eu un réel coup de cœur pour cet ouvrage. "En bien des façons, ma mère était aussi secrète que moi- mais alors que ses manières étaient gracieuses les miennes étaient rugueuses .... et ma sœur était la plus réservée de nous tous."
La structure de cet ouvrage est assez subtile, par exemple nous lecteur si nous faisons attention dès le début, l'auteur nous annonce la fin d'un proche.
Margaret Olgilvy

* "  Margaret Ogilvy est la fille d'un maçon religieux et fanatique et a été éduqué dans l'une des sectes les plus puritaines de l'Église protestante, connue sous le nom de Auld Lich, les Vieilles Lumières. Sa fonction au sein de la secte consistait à s'occuper de très jeunes enfants orphelins de mère"
* " Margaret Ogilvy est un petit memoir , un requiem poignant en hommage à sa mère, mais aussi une sorte d'exorcisme et d'apologie de possession spirituelle. "
" C'est un livre psychotique. Est-ce en tribut ému ? Une biographie qui, par osmose, devient une autobiographie ?  Une enuête sur un passé imaginaire ?" " Bien sûr,  Margaret Ogilvy en dit plus long sur Barrie que sur sa mère."
(source Les jardins de Kensington de Rodrigo Fresan traduit par Isabelle Gugon)

Avec ce livre " Portrait de Margaret Ogilvy par son fils", j'ai ressenti un chagrin pesant mais non dénué d'humour, un humour particulier que je n'avais jamais rencontré auparavant.
L'écriture est d'une grande finesse subtile, elle est simple en apparence seulement. La palette de sentiments est développées, tristesse et joie sont mêlées.Car derrière les mots se cachent une petite musique secrète et complexe.

" Portrait de Margaret Ogilvy par son fils " est une œuvre essentielle qui a sa place dans la littérature, en tout cas pour moi oui, aucun doute. Coup de foudre pour ce texte qui touche l'intime. Ce roman est bouleversant, troublant une grande émotion est venue me rendre visite durant ma lecture. C'est vraiment un ouvrage qui m'a saisie à la gorge, c'est un livre que l'on a envie de lire et relire c'est un livre qui marquera ma vie de lectrice.  Et, je pense au livre d'Amos Oz : histoire d'amour et de ténèbres (ce livre se rapproche du livre de J.M Barrie car il est questions de la famille entre autre).

5 commentaires:

Wictoria a dit…

un portrait qu'il me reste à faire...

Wictoria a dit…

j'ai eu d'autres références, mais cette lecture m'a fait songé à bien des choses, bien des moments, ce livre touche l'intime, et forcément, le nôtre avant tout.

Malice a dit…

@ Wictoria : Oui et d'ailleurs j'ai eu beaucoup de mal a écrire mon billet, c'est un livre très à part des livres que l'on peut avoir l'habitude de lire. C'est rare de lire un livre où se dégage une émotion forte et comment la transcrire. Oui je comprends pas facile, cela demande un effort pas évident ;-)

Holly Golightly a dit…

Merci, ma petite Alice ! Merci d'avoir fait une place à ce livre dans ton univers de lectrice. Et merci de ton amitié fidèle.
Oui, il est difficile de parler de ce livre, c'est pourquoi je vais mettre une préface (celle que tu as lue) en accès privé sur mon site.
Je te répondrai en privé sur un certain nombre de points, notamment celui de la religion. Il me reste 8 jours pour finir l'autre livre et je reviens vers toi dès que possible, mais je ne suis pas loin ! :-)

In Cold Blog a dit…

Tu as su me donner envie de découvrir cet auteur et, surtout, ce livre-ci. Je note le tout bien précieusement.