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jeudi 17 décembre 2009

STEFAN ZWEIG : Destruction d'un cœur


© Fernand Khnopff
Traduction Alzir Hella et Olivier Bournac

Recueil de trois nouvelles cruelles et magistrales dans la construction en crescendo, somptueux
La destruction d'un cœur concerne le rapport entre un père et une fille. Un vieil homme, Salommonsohn, ne se résout pas à admettre que sa fille deviennent adulte. Cela le rend malade, sa fille Erna a à peine dix-neuf ans " Sa fille Erna une enfant limpide et pétulante ... Non ce n'était pas possible, il devait s'être trompé. Qu'aurait-elle donc fait là-bas, dans cette chambre étrangère, sinon ?..."
" Erna, sa tendre enfant, si bien élevée, avec ses yeux caressants..."
Toute sa vie il a travaillé dure comme commercial pour accéder à un rang de l'échelle sociale pour être quelqu'un d'honorable. " " Oh ! l'argent, le maudit argent les a gâtées... C'est lui qui me les a aliénées ... Fou que j'étais, c'est moi qui l'ai amassé sordidement ; tout en leur donnant des verges pour me fouetter , je n'ai réussi par là qu'à me rendre moi-même plus pauvre et elles plus mauvaises... Pendant cinquante stupides années je me suis éreinté, je me suis pas accordé un seul jour de liberté et maintenant ...""
Sa fille et sa femme le mènent par le bout du nez pendant que lui trime dur, à elles la belle vie, la folie, la rage s'en part de lui. " Je le sais, je suis un homme fini et aucun professeur de faculté, aucune cure ne peuvent plus m'aider ... À soixante-cinq ans, on ne guérit plus ... Je sais ce qui me ronge et me mine, c'est la mort, et les quelques années qui me restent encore ne seront plus la vie, mais simplement une agonie ... Cependant, quand ai-je donc vécu ?... Vécu, pour moi, pour moi-même ? ... Quelle vie ai-je donc menée, toujours uniquement occupé d'amasser de l'argent, de l'argent, de l'argent ?" La cruauté est là dans cette nouvelle et elle est d'une grande modernité. Encore une fois, dans le style, le rythme des phrases, le style de l'écriture de Zweig je retrouve l'ambiance la musique de Schnitzler.
La deuxième la gouvernante est d'une grande simplicité dans son sujet. Là il est question de l'attachement de deux jeunes filles pour leur gouvernante. " Pauvre Mademoiselle" revient plusieurs fois comme un leitmotiv. Cette nouvelle débute par un secret mystérieux que l'on devine par le trou de la serrure si je peux m'exprimer ainsi !
Grande cruauté de la part de la mère (l'autorité) des jeunes filles de renvoyer la gouvernante (soumise). Cette nouvelle est assez courte, le style est tendu, plus j'avançais dans ma lecture, plus j'avais la gorge nouée à en avoir les larmes aux yeux. Magistral dans le ressenti des sentiments de la part de Zweig.
La dernière le jeu dangereux est d'une terrible cruauté faite à une jeune fille dans les sentiments amoureux, terrible.
C'est une écriture dense serrée de toute beauté, celle de Zweig. Car il dit sait parler de la souffrance des hommes avec les mots qu'il faut et juste splendide.
Plus je lis Zweig, plus j'admire sa plume et je suis séduite. Merci Lou !

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