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samedi 28 novembre 2009

HENRY JAMES : L'autel des morts



Traduit par Diane de Margerie et François-Xavier Jaujard

Sur les conseils de mon amie la rose de décembre ! J'ai lu cette magnifique nouvelle intitulée : L'autel des morts d'Henry James.

Mon amie est comme moi une immense admiratrice de François Truffaut, elle connaît bien mieux que moi son film" la Chambre Verte" (vu il y a très longtemps). Un film de Truffaut, peu connu, il faut bien reconnaître dans la veine de l'intime. Et c'est vraiment grâce à elle, que je dois cette lecture. En allant sur ce site , j'ai pu remarquer qu'en effet Truffaut pour son film la Chambre verte s'est servit entre autre de cette nouvelle d'Henry James dont il était un grand admirateur. Dans la Correspondance (p446/447), Truffaut écrit à son scénariste Jean Gruault et lui donne quelques consignes. Dans un premier temps Truffaut pense intitulé son film " L'autel des morts. Puis, au cour de l'élaboration du scénario , François Truffaut et son scénariste s'inspire d'autres nouvelles d'Henry James dont les Amis des amis et La Bête dans la jungle.
La raison pour laquelle Truffaut fut séduit par ce projet est le suivant " car on ne vit pas seulement avec les vivants, mais aussi avec tous ceux qui ont compté dans notre vie." Comme cela est vrais je partage complètement cette idée.
L'histoire de cette nouvelle, c'est celle de Georges Stransom, cinquante cinq ans, il célèbre comme il se doit la mort de Mary Antrim enterrée dans la banlieue de Londres. Elle a été sa fiancée. Il est hanté par la mort. " Chaque homme possédait ses morts, et chaque homme disposait pour s'acquitter de cette charité des vastes ressources de l'âme." Donc il a pris la décision de leur rendre hommage en érigeant une chapelle un autel à la mémoire de ses amis défunts" Hommage à ceux qu'il appelle "les Autres", recueillement envers les personnes aimées est remplit de mystère (secret). " Il reconnaissait chaque cierge, et jusqu'à la couleur de sa flamme, et même si on les avait interverti, il les eût encore reconnus." Un jour, il rencontre à son autel une jeune femme
dont il tombe amoureux. Son fiancé était Acton Hague, le meilleur ami de Georges Stransom, il est décédé. Une querelle violente a séparée Hague et Stransom. Les cierges allumées, la flamme pour faire renaître les personnes aimées. " Mes morts sont ceux qui moururent en ma possession. Ils sont à moi dans la mort parce qu'ils étaient à moi dans la vie."Le fait que cette femme ait aimé son pire ennemi, entraîne Georges Stranson dans la folie et le doute.
J'ai apprécié cette nouvelle, elle est courte certes, mais sous ses allures toutes simples se dégage une force brûlante et hallucinante, qui donne un autre éclairage sur le texte. L'écriture d'Henry James est magnifique, simple en surface et plus complexe en quel en à l'air et de ce faite je ne suis pas sûr d'avoir tout saisi le sens, sa dimension, toute sa richesse. Avec un regard très personnel je ferais un rapprochement avec Pedro Paramo de Rulfo. L'approche de la mort par Rulfo et James est bien sûr très différente, l'un est d'origine latine, hispanique et l'autre est américain, anglo-saxon. Mais, au final le rapport à la mort me semble t-il est le même les morts sont vivants et les vivants sont morts. Là dans la nouvelle de James, Stransom est emporté par la folie (la mort), et c'est à travers les flammes que sa fiancée revit revient à lui (la vie). Voilà je ne sais ce que vaut mon interprétation mais c'est ainsi que je l'aperçois. C'est amusant car en me penchant sur la préparation de son film " La Chambre Verte" Truffaut questionnera son ami japonais Koichi Yamada, où il est exacte que chez les orientaux le culte des morts est encore autre chose.

© Illustration Fernand Khnopff
Voir ici une excellente analyse de la nouvelle


Un film très personnel de Truffaut, il a découvert la nouvelle de James grâce à la traductrice Diane de Margerie avec la dédicace suivante : " Pour François Truffaut, cet Autel des morts. La nouvelle de James que je préfère. Celles dont James a écrit qu'il ne se souvenait plus de l'époque où il ne l'avait pas " portée" en lui" (source François Truffaut au travail de Carole Le Berre)

Le film de Truffaut la chambre verte n'a pas marché en salle, sujet audacieux voir difficile. La raison me semble t -il est que nous occidentaux, malgré la religion (chrétienne pour la plus part) nous acceptons mal la mort. À savoir l'apprivoiser nous ait difficile, voir faire peur.

5 commentaires:

Holly Golightly a dit…

Ma chère amie, ma petite Alice au sourire d'enfant, je suis très heureuse de lire ce beau billet consacré à deux œuvres très importantes pour moi. J'ose même dire que, maintenant que tu as lu cette nouvelle, et grâce à la connaissance du film de Truffaut, tu es encore plus proche de moi et moi de toi.

Restling a dit…

Je ne connais pas ce film de Truffaut dont mon mari est un grand admirateur. Du coup, je note la nouvelle et le film !

Béné a dit…

j'adore ton blog, décidément j'y trouve vraiment des petits bijoux qui font partie de lectures! Henry James est génial. Par contre, je devrais visionner le Truffaut.

Malice a dit…

@Holly G : Mignonne, délicieuse Holly, oui je sais combien la Chambre verte est un film de Truffaut qui te va droit au cœur. Mais comme je le souligne dans mon billet (modeste) je l'ai vu il y a très longtemps et très jeune donc souvenirs très diffus. Mais se replonger dans l'univers de Truffaut et la Correspondance et un tel délice ;-)
@ Hambreellie : Merci d'Henry James il faut d'abord et livre avant la Tour d'écrou sont livre le plus célèbre me semble t-il !
@ Restling : Si tu connais l'œuvre d'Henry James ce livre est de ce que j'ai lu de lui jusqu'à présent assez à part !
@ Béné : Un grand merci ! Henry James oui c'est pas mal en effet, je dirai c'est brûlant !

Anonyme a dit…

J'ai 58 ans. J'ai vu ce film à sa sortie, en 78. Je viens de le revoir hier (magie du DVD). Je me rends compte que j'avais complètement oublié ce film. Je dis bien : oublié, pas refoulé. L'oubli existe, en effet (et le film lui-même en porte témoignage, quand Nathalie Baye reprend point pour point le récit élaboré par Truffaut de leur première rencontre, qui est totalement inexact). Je suis d'autant plus étonné que je pense ne plus l'oublier, désormais. La raison de cette "différence" ? J'ai connu quelques morts, entre 78 et aujourd'hui. En 78, j'étais jeune et insouciant, tourné vers l'avenir, plein de projets, que pouvait bien me faire un film sur la mort. Aujourd'hui ... Comme dit mon beau-frère : avant 50 ans, on ne pense jamais à la mort, après, on y pense tous les jours.