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samedi 22 août 2009

PIERRE DRIEU LA ROCHELLE : Le feu follet


Ce roman est loin d'être d'une gaieté folle. C'est un grand livre désespéré, il fut publié en 1931. Le film de Louis Malle avec Maurice Ronet a renforcé me semble t-il la popularité de ce livre de 1963, il me semble !

"Figurez-vous que je suis un homme ; eh bien, je n'ai jamais pu avoir d'argent , ni de femmes. Pourtant, je suis très actif et très viril. Mais voilà , je ne peux pas avancer la main, je ne peux pas toucher les choses. D'ailleurs, quand je touche les choses, je ne sens rien."
Alain Leroy, qui achève une cure de désintoxication dans la région parisienne dans une maison santé où l'on soigne surtout des neurasthéniques . Les grands thèmes de ce court roman sont l'amour des femmes séduire le plus possible, le désir, trouver le goût de vivre Il est séparé de sa femme, Dorothy, qui est à New York. Il déambule dans Paris, pour faire passer le temps. Il fréquenter des soirées mondaines, revoir des amis du temps où il se droguait. Il se sent seul, l'ennui, le désespoir ...
Plus de goût à la vie, le dégoût, peur de vieillir l'envie dans finir est présent tout au long du roman. Il ne veut pas devenir adulte, être un homme. Mais, je ne pense pas que cela soit une raison suffisante pour mettre fin à sa vie. Je pense et j'en suis convaincue qu'une personne qui se suicide c'est pour des raisons obscures et inexplicable me semble t-il ! Son ami Dubourg rangé, marié des enfants passionné par la vie, passion pour l'Egypte. Essaye de le retenir, il lui montre la beauté de la vie, le soleil . " Donc à quoi bon se demander si c'est la drogue qui avait fait la philosophie ou si c'était la philosophe qui avait appelé la drogue ? N'y a-t-il pas éternellement des hommes qui refusent la vie ? Est-ce faiblesse ou force ? peut-être y avait-il beaucoup de vie dans ce refus d'Alain à la vie ? C'était pour lui une façon de nier et de condamner non pas la vie elle-même, mais ses aspects qu'il haïssait."
"- Drôle de vie que nos vies suspendu aux femmes, murmura-t-il."
 Alain Leroy c'est Jacques Rigaut l'ami de Drieu la Rochelle, dandy Dada. Jacque Rigaut était un grand ami de Mireille Havet entre autre, tous les deux d'immenses toxicomane. Jacques Rigaut s'est suicidé en novembre 1929. Écriture du livre de Drieu est classique d'une grande profondeur. Lui aussi il se suicide en dans la nuit du 15 mars 1945
Le film de Louis Malle 1963

Alain Leroy s'est le charismatique Maurice Ronet. Il est de tous les plans, à la fois dandy, charmeur. Il ressemblait, possédait le même charme que Drieu La Rochelle. Il vit son rôle, il est crédible. La distribution est excellente, l'image est superbe. Louis Malle dit que son film est presque un documentaire sur le suicide. Il est certain aussi bien dans le livre (grande fidélité au livre d'ailleurs dans le film) le suicide tient sa place majeur, il est au centre du film, il en est obsessionnel. À la différence du livre, Alain Leroy est ici alcoolique et non pas un toxicomane comme dans le livre. Il est en cure de désintoxication, son médecin est affirmatif. Il est guérit il n'a plus besoin de rester dans cette pension Versaillaise . Cela n'empêche pas, qu'Alain se sent affreusement seul, la solitude le habite. L'ennui, il tourne en rond. Il prend une grande décision, irrévocable, dans quarante-huit heures, il mettra fin à ses jours. Donc le spectateur connaît comme se terminera le film aucune issu possible pour Alain. La date du 23 juillet c'est la fin, c'est fini pour lui, le jour choisi, c'est la date du destin.
Dans le film souvent passe la jeunesse, les enfants, des adolescents, des jeunes gens, elle fait partie de la vie.
J'aime beaucoup l'adaptation qu'a fait Louis Malle les dialogues sont forts, les phrases claquent, elles sonnent juste, quelques extraits ici :Alain est prisonnier de démons d'angoisses ou "une angoisse" perpétuelle". "Je vous laisse à votre pire ennemi, à vous même" Passage concernant la vie : " Je n'ai pas très envie de rentrer dans la vie ... Paris me fait peur. "" Difficile d'être un homme", "l'horreur de la médiocrité" " Ne veut pas vieillir""La vie, elle ne va pas assez vite en moi. Alors je l'accélère, je la redresse."Quand il va à Paris Alain Leroy retrouve ses connaissances à l'époque où il était avec Dorothy.
J'ai beaucoup le passage avec Dubourg, tous les opposes. Dubourg veut absolument retenir son ami Alain, "Alain : Si tu es mon ami, tu m'ames comme je suis, pas autrement." il a très peur pour lui. C'est à mon avis une séquence clé du film et dans le livre un passage fort important. Dubourg : " Oui, j'ai vieilli ! Je n'ai plus d'espoir, mais j'ai une certitude ... Je suis sorti de ma jeunesse pour entrer dans une autre vie." " Tu es lâche, et faibles et paresseux, tu refuses les certitudes parce qu'elles te font peur... Tu fais l'apologie de l'ombre parce que le soleil te blesse les yeux ..."
Quand il est chez les Lavaud, il retrouve ses amis d'autrefois, Solange son ancien flirt interprété par Alexandra Stewart, froideur et protectrice d'Alain, elle représente la vie pour lui. Elle se fait du souci pour lui. Dans le film plus que dans le livre l'argent tient une place capitale.

Lien à propos du film c'est la musique de Satie (Gymnopédies) musique de l'époque du roman les années 20 et non pas du film qui est située dans les années soixante, la guerre d'Algérie, ponctue , souligne à merveille le film, la marche, elle évoque bien la déambulation d'Alain dans ParisLe livre et le film montre admirablement, il me semble l'être humain dans sa complexité, ses doutes, ses angoisse, ses failles, ses peurs, sa fragilité aussi présente. Ce film est un merveilleux documentaire sur Paris, la Rive Gauche : le Luxembourg, la rue Bucci, l'Odéon, Saint Germain des Prés, le Flore.
Billet très modeste, il y a tant à dire sur ce film qui est un chef d'œuvre indiscutable en ce qui me concerne. Louis fait partie de mes réalisateur préféré, sa mise en scène dans ce film est d'une grande force et magistrale. Je trouve mais cela est très subjectif tout de fois le film plus fort, que le livre (mais c'est un ressenti qui ne tient qu'à moi).
Citations du film sont tirées de l'Avant Scène du film. Jacques Rigaut (le blog de Jean Luc Bitton)

2 commentaires:

Nanne a dit…

Lire Pierre Drieu La Rochelle est un pari risqué encore de nos jours, Alice ... Sa réputation le poursuit jusqu'à maintenant ! J'ai lu "Gilles", qui est une biographie romancée de cet auteur et je me souviens de son style d'écriture qui m'avait marquée à l'époque. Je l'avais trouvé un peu languissant, lent, parfois pesant, mais captivant. C'est un auteur qui a été oublié en raison de son engagement pendant la 2ème GM dans la collaboration littéraire ... Pour Louis Malle, c'est pour moi aussi un des réalisateurs majeurs de son époque. Je me souviens de son "Lacombe Lucien" qui est presque un documentaire sur la milice !

Malice a dit…

@ Nanne : Un pari risqué je ne sais pas trop, il se trouve que j'avais très envie depuis longtemps de lire ce livre en rapport au film. Ce film est une référence très chère à mon père et à mon frère donc ! Gilles est dans ma Pal et je compte le lire aussi, c'est une vieille édition qui a appartenu à mon Papa. Auteur oublié je ne crois pas vraiment mais bon.
Louis Malle fait parti de mon top 3 des réalisateurs français. Lacombe Lucien je me souviens pas de l'avoir vu mais à voir sans aucun doute !