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mercredi 17 octobre 2007

ANNE WIAZEMSKY : Jeune fille



Ce livre est un hommage à Bresson - et au cinéma. En tant que cinéphile ce livre m' a comblé.


Ce livre est pour moi un roman il écrit quarante ans après. Les souvenirs sont à la fois exacts et flous, c'est son interprétation qui fait de ce livre "Jeune fille" un roman mais à la limite du récit. Les sentiments qui se dégagent de ce livre sont une certaine nostalgie d'une époque, d'une ambiance de tournage, certain passages sont drôles. Anne Wiazemsky nous rapporte ses souvenirs de ce Tournage très particulier. Car ce fut le 1er et c'est le seul film marquant qui reste dans la filmographie d'Anne. Car par la suite, elle rencontre Godard sur le tournage et elle deviendra son épouse. Par la suite, elle jouera dans des films de Godard dans sa période Mao et dans des films "underground"voir sa biographie.

Il est amusant de souligner, Anne Wiazemsky dédicace ce livre à Antoine Gallimard (petit fils de Gaston le fondateur de Gallimard). Quand elle avait dix-ans c'était son ami, elle aimait sa compagnie.
"Restait Antoine, celui avec qui j'étais le plus complice à cette époque. Comme moi, il venait d'avoir dix-huit ans et une même question nous taraudait : qu'allions-nous faire de nos vies ?"


Elle rencontre Bresson dans un premier temps celui qu'elle nomme il grâce à son amie plus âgée qu'elle Florence Delay. Et elle fut la fameuse , la Grande Jeanne d'ARC de Bresson. (film marquant dans l'histoire du cinéma et dans l'œuvre de Bresson).
Le 1er film de Robert Bresson est les Anges du Péché 1943 (un film culte, sublime avec un scénario de Jean Giraudoux). Anne quand elle le rencontre printemps 65, elle est élève en classe de première à St-Marie de Passy. Depuis, deux ans elle a perdu son père, et François Mauriac son grand père a une énorme tendresse pour sa petite fille. Une énorme complicité naitra entre eux et il acceptera que sa petite fille adorée joue dans un film il en ai même flatté.
Anne est une jeune fille mineur quand elle rencontre Bresson. Et le fait de jouer dans ce film qui sera déterminant dans sa vie futur, après le tournage de ce film elle sera une autre personne plus confirmé puisque durant le tournage elle rencontrera l'amour et deviendra femme.

Une fois que la collaboration est effectuée, à partir des préparations du film elle l'appellera Robert. "Ce n'était plus il mais Robert"
Anne sera choisi par Bresson pour être Marie dans son film "Au hasard Balthazar".
Robert Bresson veut qu'Anne soit Son actrice, il est très possessif avec elle, il la séduit parfois, la tyrannise mais parfois il ressemble à un chevalier. Il était réputé pour être exigeant et insupportable avec ses comédiens. Cela se rend dans le portrait qu'en fait Anne, personnage à la fois séducteur et odieux , à la fois, extrêmement désagréable et tyrannique, joueur avec ses chats siamois.
Ghislain Cloquet, le chef opérateur qui s'occupe de l'image du film est le complice d'Anne. Il prendra souvent sa défense. "Ghislain Cloquet m'aida à me relever. J'avais les genoux écorchés, l'épouse du chef machiniste accourait avec un désinfectant tandis que Robert Bresson mettait en place la séquence suivante. Ghislain Cloquet était furieux et ne cherchait pas à amoindrir la férocité de ses propos. - Ce qui vient d'avoir lieu est indigne ! Vous avez tout de suite tout donné et c'était parfait dès la première prise. Il vous a fait recommencer par pur sadisme, pour vous punir de Dieu sait quoi ! Il en faisait une de plus et je lui cassais la gueule."
J'aime beaucoup cette complicité qu'il y a entre eux. Elle aime aussi être sur le tournage faire partie de l'équipe tout simplement. " Mais j'étais avec mes chers techniciens, tous très occupés" Mon père était chef opérateur comme Ghislain Cloquet , enfant et adolescente j'ai eu de nombreuses occasions d'aller sur des tournages (pas forcément sur des grands films). "Maintenant je connaissais par cœur les mots de leur vocabulaire et je savais que je me les répéterais plus tard : clap, travelling, mandarine, rails, insert, pano, arcs, perche, sons seuls." Et, moi se passage m'a fait sourire car moi aussi je connais ce vocabulaire.
Donc ce livre me rappel des souvenirs, des ambiances de tournage comme le décrit Anne. J'ai remarqué que le chef opérateur tient un rôle bienveillant envers les actrices. Il faut dire qu'ils les mettent en valeur, les séduisent avec la lumière pour que tout leur éclat transperce l'écran. D'ailleurs de nombreuses actrice se sont mariées avec des chef opérateurs.
Les passages drôles surtout sont ceux avec l'âne Balthazar que Bresson a choisit pour sa photogénie. Mais sur tout quand il fallut le faire braire. " Diriger Balthazar, s'en faire obéir, s'était immédiatement avéré une tâche très compliquée qui avait mis les nerfs de toute l'équipe à rude épreuve. Comment le faire braire au bon moment et à la bonne place ?""Que faire mais que faire ? se lamentait Robert Bresson tandis que les heures gâchées s'accumulaient"Parlez-lui" avait suggéré avec ironie Ghislain Cloquet. Et pendant plus d'une heure, devant une équipe entière au bord du fou rire nerveux, Robert Bresson avait sermonné et supplié l'âne. "il ne m'écoute pas" avait il conclu découragé." et plus loin Robert Bresson, debout contre la caméra, enrageait : "il ne me regarde pas où il faut ! " Comme à chaque fois , il était sincèrement indigné par l'indiscipline de son interprète et nous prenait tous à témoins."Il n'écoute pas ce que je lui dis !"J'aime beaucoup ce passage je le trouve très drôle car c'est bien connu c'est pas facile de tourner avec des animaux voir la scène d'une Nuit Américaine de François Truffaut. Durant une séquence avec un chat on voit Truffaut entrain de s'énerver. Mais là, sur le tournage de Balthazar, Anne montre bien comment Bresson tyrannique à l'intention de diriger cet âne comme un vrais acteur, le contraste est absolument bien rendu.
Anne Wiazemsky dans ce livre évoque du beau monde comme on dit. Tout d'abord Antoine Gallimard qui sera le futur éditeur d'Anne.Nous aurions été très surpris alors, si on nous avait annoncé que nous retrouverions trente ans après, que j'écrirais des livres et qu'il serait mon éditeur." François Mauriac le grand père et elle évoque aussi son oncle Claude Mauriac (qui a lu le scénario "Au hasard Balthaza"r) célèbre critique au Figaro Littéraire dans les années 60.
Pierre Klossowski, écrivain et frère du grand peintre Baltus. Mag Bodard est la productrice du film (mais aussi de Jacques Demy) son mari Pierre Lazzaref (Cinq Colonnes et directeur de France Soir).
" Mag Bodard et Pierre Lazareff nous attendaient devant la table dressée en leur honneur sous la tonnelle. Mag Bodard était une petite femme d'une quarantaine d'année, très élégante, avec des airs de chatte ou de renarde."Godard aussi comme je l'ai dis en début, quand il vient sur le tournage d' Au hasard Balthazar. Il est alors déjà le grand cinéaste de la Nouvelle Vague. "Ghislain Cloquet auprès de qui je me plaignais s'étonnait de mon "absence de curiosité". Selon lui, Jean-Luc Godard était l'un des cinéastes les plus importants de sa génération et l'approcher était un privilège." "Selon lui, il (Godard) était tombé amoureux d'une photo de moi parue dans le Figaro et rencontrer Robert Bresson n'avait été rien d'autre qu'un prétexte pour m'approcher. Mais ceci est une autre histoire..."Je ne trouve pas qu'Anne Wiazemski, soit un excellent écrivain et avec un talent remarquable d'écriture. Mais cela n'empêche pas, que j'ai pris un très bon plaisir à la lire. Elle a une vie riche en rencontres. Et elle nous transmet, partage ses rencontres.

4 commentaires:

sylire a dit…

Tu as raison, c'est très intéressant de lire les différents compte rendus. Nous ne sommes pas des crtitiques professionnels et nos billets sont spontanés et personnels.
Toi par exemple tu parles de l'aspect technique du tournage, que je n'ai pas relevé.

Clarabel a dit…

Alice, as-tu une connaissance de ce cinéma pour en parler aussi bien ??? !
Moi non. Je n'ai jamais vu un film de Bresson, et à vrai dire ça ne m'attire pas non plus.
J'ai bien aimé ce livre, parce que c'était Anne Wiazemsky qui l'avait écrit et j'apprécie infiniment cet écrivain, pas pour ses talents de plume, je pense comme toi qu'elle n'est pas un auteur "remarquable" au sens strict du terme.
Mais sa plume séduit, elle touche et ses histoires savent m'embarquer à chaque fois !
Bref, ce fut un brillant compte rendu, Alice ! Bravo !!!

béatrix a dit…

c'est un magnifique article Malice que je lis et relis..j'adore cet auteur et je n'ai pas encolu son livre mais je vais le faire très vite.

Lily a dit…

Très très chouette billet Alice !! J'ai adoré :))
En fait je n'ai lu de Anne Wiazemski que Elisabeth et Hymnes à l'amour. J'ai beaucoup aimé ce dernier. Je ne sais pas si elle est un écrivain "remarquable" en effet, mais tout de même, elle a ce talent de recréer des atmosphères, de rendre vivants et touchants ses personnages (personnages réels). J'avais bien aimé ce qu'elle disait de son grand-père, leur complicité, l'attention bienveillante et aimante de François Mauriac (on le découvre sous un nouveau jour). Rien que pour ça, pour moi, Anne Wiazmeski est un bel écrivain.
Ton billet est doublement intéressant, ta vision personnelle de ce livre (que je n'ai pas encore lu), lecture croisée avec tes souvenirs d'enfance et d'adolescence. De toute évidence ce livre ne pouvait que te parler...
Bonne journée Alice :))