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mercredi 12 janvier 2011

CLAUDE LANZMANN : Lièvre de Patagonie



© Tres de Mayo de Goya
Claude Lanzmann est un merveilleux conteur son écriture est très cinématographiques, normal cela dit pour un homme d'images. Ces mémoires sont à la fois chargées du flot de l'Histoire, elles sont époustouflantes car d'une richesse pas croyable . Je ne pense qu'une lecture de cet autobiographie de suffit pas. Car sa construction bouscule avec subtilité la chronologie pas respecté. La Vie de Claude Lanzmann est tellement incroyable avec un souffle romanesque. Il est fou de la vie, comme cet animal qu'il aime, le lièvre. C'est une référence au " lièvre qui parvenait à s'enfuir des camps de concentration en passant sous les barbelés". Il évoque ses parents et ses grands parents leurs origines juives. À Clermont-Ferrand, au lycée Blaise Pascal, il rentre dans la résistance, il est membre des Jeunesses Communistes. Il a comme compagne Hélène. " Hélène était pleinement consciente du risque encouru, elle était aussi inventive, audacieuse, d'un grand sang-froid."Son père est aussi résistant aux MUR (Mouvement unis de la Résistance) Après guerre il fait khagne à Louis Le grand, il fait la connaissance de Jean Cau. Rencontre Simone de Beauvoir le Castor, liaison avec elle, il avait 27 ans et elle 44 ans. J'aime beaucoup comment Claude Lanzmann dresse, nous présente Simone de Beauvoir, il la présente comme une personne extrêmement chaleureuse souriante plein de générosité et d'intelligence. Je trouve que la photo ci- contre reflète bien cette sensation que Simone de Beauvoir était une femme d'exception. Il a participé à la revue les Temps Modernes crée par Sartre et le Castor qu'il dirige actuellement, depuis 1986.
Sartre a connu une aventure amoureuse avec Evelyne Rey, la sœur de Claude comédienne. Très beau portrait de cette sœur malheureuse en amour et sa fin un véritable chagrin pour son frère. En 1947, sur les conseils de son autre ami Michel Tournier, il part étudier la philosophie à l'Université de Tübingen en Allemagne : il veut voir « les Allemands en civil ». À son retour en France, il entre dans le groupe de presse de Pierre Lazareff comme rédacteur. Il passera les vingt années suivantes dans ce groupe, contribuant par des dizaines d'articles au magazine Elle, créé et dirigé par Hélène Lazaref. En 1951, ayant proposé à France Soir un reportage sur la vie en Allemagne de l'Est. Il évoque bien sûr la grande aventure extraordinaire de sa vie c'est la réalisation de Shoah. Je n'ai pas vu ce film ni aucun autres et je pense que cela me fait défaut pour bien saisir ses propos sur Israël entre autre. " Mais enfin, monsieur, quelle est votre patrie ? Est ce la France ? Est ce Israël ?" Avec vivacité et sans prendre le temps d'aucune réflexion, je répondis, et cela éclaire peut-être le mystère dont je viens de parler : "Madame, ma patrie, c'est mon film." Comme quoi "Shoah" est un film qui a une importance viscérale pour Claude Lanzmann tout comme "Pourquoi Israël". Les récits de voyage sont de petites merveilles, un séjour en Corée et une idylle improbable avec une infirmière dans un pays totalement verrouillé, est une rencontre improbable comme irréelle. Il évoque des moments de sa vie en tant que journaliste assez cocasse concernant la liaison entre Yves Montand et Marilyn Monroe. Sa première femme est l'actrice Judith Magre, grâce à elle il est un mordu de théâtre. " Chaque représentation de la même pièce est différente d'un soir à l'autre, différence dont j'étais quasiment seul, avec les acteurs, à prendre conscience, mais à laquelle j'étais devenu tellement sensible que le plus infinitésimal écart dans un mouvement du corps, dans la hauteur d'un timbre prenait pour moi une importance démesurée, me changeant, tout à la fois à mon insu et au comble de la lucidité, en guetteur implacable et émerveillé. C'est l'addiction même. J'aimais acteurs et actrices, l'univers du théâtre qui m'était chaque jour offert."

La mort, elle est présente dés l'ouverture de son autobiographie , puisque le premier chapitre commence ainsi : "La guillotine - plus généralement la peine capitale et les différents modes d'administration de la mort - aura été la grande affaire de ma vie." Beaucoup d'humour dans cette autobiographie, pour ce voyageur infatigable qui a eut cent vies. Ce livre nous éclaire sur le monde et son Histoire c'est tout simplement passionnant.

Lire en complément un entretien ici, et aussi voir la page que Fabula a consacré à ce livre.

2 commentaires:

CARMADOU a dit…

Parfois son coté fanfaron est un peu pénible,mais c'est vrai que c'est un grand livre plein de vie.
Le problème est qu'il donne une envie irrésistible de lire des livres qui ne sont plus édités.
En même temps, cela motive à aller farfouiller chez des bouquinistes et quand vous les trouver, vous découvrez qu'il a raison, ils sont formidables ces livres!

Notamment l'oiseau n'a plus d'aile, les lettres de Peter Schwievert et "diplomate et franc tireur" de Fitzroy Mac Lean

Malice a dit…

@ Carmadou : Oui, je comprends le côté fanfaron qui moi ne m'a pas été pénible ; -) Par contre non, moi il ne m'a pas donné envie de lire les livre dont il parle mais bon. Pour moi, c'est un livre que je reprendrais un jour car comme je le dis dans mon billet c'est d'une tel richesse que je n'ai pour ma part pas fait le tour. Mais je n'en doute pas un seul instant que les livres dont il parle soient formidables :-)