"Il
fouilla les environs de la capitale, et découvrit une bicoque à
vendre, en haut de Fontenay-aux-Roses, dans un endroit écarté, sans
voisins, près du fort : son rêve était exaucé ; dans ce pays peu
ravagé par les Parisiens, il était certain d'être à l'abri ; la
difficulté des communication mal assurées par un ridicule chemin de
fer, situé au bout de la ville, et par de petits tramways, partant
et marchant à leur guise, le rassurait."
Après
une vie agitée, des
Esseintes,
se
retire dans un pavillon, à Fontenay-aux-Roses, dans lequel il réunit
les ouvrages les plus précieux à ses yeux, les objets les plus
rares, pour se consacrer à l'oisiveté et à l'étude.
Il
voue une haine à la société,à la bourgeoisie il décide de vivre
à l'écart du monde. Il instaure un monde qu'il contrôle. "Tel
un ermite, il était mûr pour l'isolement, harassé de la vie,
n'attendant plus rien d'elle ; tel qu'un moine aussi, il était
accablé d'une lassitude immense, d'un besoin de recueillement, d'un
désir de ne plus avoir rien de commun avec les profanes qui étaient
pour lui , les utilitaires et les imbéciles."
Il
ne se passe pas grand chose dans ce roman très symboliste. Dans
le premier chapitre, il décrit l'intérieur de sa maison, le
raffinement du choix des meubles, des tissus des matières. Il décrit
un univers chatoyant et coloré. Il fait incruster dans la
carapace de l'animal des pierres précieuses, mais celui-ci meurt
sous le poids des joyaux. Il compare des femmes à des
locomotives. Il
apprécie, s'intéresse à la langue latine, aux mots précieux, il
aime les vieux livres."
Les vieilles éditions, choyées par des Esseintes, cessaient - et,
en un sauf formidable siècles, les livres s'étageaient maintenant
sur les rayons, supprimant la transition des âges, arrivant
directement à la langue française du présent siècle." Il
admire les tableaux de Gustave
Moreau plus
particulièrement sa Salomé
"Un
trône se dressait, pareil au maître-autel d'une cathédrale, sous
d'innombrables voûtes jaillissant de colonnes trapues ainsi que des
piliers romans, émaillées de briques polychromes, serties de
mosaïques, incrustées de lapis et de sardoines, dans un palais
semblable à une basilique d'une architecture tout à la fois
musulmane et byzantine.
Au centre du tabernacle surmontant l'autel précédé de marches en forme de demi-vasques, le Tétrarque Hérode était assis, coiffé d'une tiare, les jambes rapprochées, les mains sur les genoux.
La figure était jaune, parcheminée, annelée de rides, décimée par l'âge ; sa longue barbe flottait comme un nuage blanc sur les étoiles en pierreries qui constellaient la robe d'orfroi plaquée sur sa poitrine.
Autour de cette statue, immobile, figée dans une pose hiératique de dieu Hindou, des parfums brûlaient, dégorgeant des nuées de vapeurs que trouaient, de même que des yeux phosphores de bêtes, les feux des pierres enchâssées dans les parois du trône ; puis la vapeur montait, se déroulait sous les arcades où la fumée bleue se mêlait à la poudre d'or des grands rayons de jour, tombés des dômes.
Au centre du tabernacle surmontant l'autel précédé de marches en forme de demi-vasques, le Tétrarque Hérode était assis, coiffé d'une tiare, les jambes rapprochées, les mains sur les genoux.
La figure était jaune, parcheminée, annelée de rides, décimée par l'âge ; sa longue barbe flottait comme un nuage blanc sur les étoiles en pierreries qui constellaient la robe d'orfroi plaquée sur sa poitrine.
Autour de cette statue, immobile, figée dans une pose hiératique de dieu Hindou, des parfums brûlaient, dégorgeant des nuées de vapeurs que trouaient, de même que des yeux phosphores de bêtes, les feux des pierres enchâssées dans les parois du trône ; puis la vapeur montait, se déroulait sous les arcades où la fumée bleue se mêlait à la poudre d'or des grands rayons de jour, tombés des dômes.
Dans
l'odeur perverse des parfums, dans l'atmosphère surchauffée de
cette église, Salomé, le bras gauche étendu, en un geste de
commandement, le bras droit replié, tenant, à la hauteur du visage,
un grand lotus, s'avance lentement sur les pointes, aux accords d'une
guitare dont une femme accroupie pince les cordes."
Odilon Redon
: l'araignée qui pleure
|
Comment j'ai découvert Huysmans, je ne sais plus trop ! En tout cas il y a quelques années je me suis intéressée à la littérature fin de siècle.
Le
style de Huysmans est assez précieux : il est constitué de longues
phrases parsemées de mots rares et érudits ; de même que les
références culturelles.
Il
y a dans ce texte de Huysmans, un côté désagréable, pas aimable,
et en même temps fascinant, car il a une capacité à
accumuler jusqu’à la nausée, les livres, les essences, les
parfums, les noms de fleurs … Fascination pour la vie d'un
homme qui se veut hors norme, le rejet du réel et de vouloir
maîtriser la vie. À rebours possède tous les ingrédients pour être un très grand livre que l'on nomme un chef d'œuvre !
| La Veillée de Saint Agnès de Millais |
"Il se rappelait certains spécimens qu'il avait vus, dans les expositions internationales, et il songeait qu'il les reverrait peut-être à Londres : des tableaux de Millais , "la Veillée de saint Agnès" d'un vert argenté si lunaire"
"enfin il avait longuement aussi songé devant cette bouteille aux moines même qui la vendaient , aux bénédictins de l'abbaye de Fécamp qui appartenant à cette congrégation de Saint Maur, célèbre par ses travaux d'histoire, militaient sous la règle de saint Benoît"

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