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mercredi 4 août 2010

IRÈNE NÉMIROVSKY : DAVID GOLDER

Durant les années folles, David Golder est un riche homme d'affaire redoutable juif polonais . Il se sent usé par la vie. "C'était un homme âgé de plus de soixante ans, énorme, les membres gras et mous, les yeux couleur d'eau, vifs et pâles ; d'épais cheveux blancs entouraient le visage ravagé, dur, comme pétri par une rude et lourde main."

 Son associé Marcus a besoin d'argent, Golder ne veut pas lui en donner, c'est chacun pour soi. Il se suicide. 
"Hier Marcus en face de lui qui criait, qui vivait, et maintenant ... On ne l'appelait même plus par son nom."David Golder part chez lui à Biarritz, en train de nuit. Il arrive épuisée sa fille Joyce lui demande de l'argent pour s'acheter une voiture, c'est une jeune fille frivole et superficiel. Sa femme Victoria mène un grand train de vie, elle aussi n'est qu'intéressée par son argent. Elle en a besoin pour entretenir ses amants. David Golder n'arrive pas à suivre, il étouffe à se rendre malade, une crise d'angine de poitrine. Alors qu'il a besoin d'être ménagé et du repos.
" Et, au même moment, le grand corps bascula d'une manière étrange et effrayant ; il leva les deux bras en l'air laboura le vide, puis s'écroula avec ce bruit sourd et profond, comme un gémissement, qui semble monter des racines vivantes d'un arbre abattu, jusqu'à son cœur."
Un passage poignant, voir magistral aussi bien dans le livre que dans le film c'est quand Gloria furieuse car son mari ne lui donne rien comme argent, elle le harcèle. Une haine s'installe entre eux. Il est question bien évidement des affaires mais aussi de la mort de David Golder. Ce passage évoque les origines de l'un et de l'autre juive bien sûr : " Mais rappelle-toi Nicolas Lévy, Porjès, tant d'autres qui remuaient des fortunes immenses, et quand ils étaient morts, qu'est-ce qui restait à leurs veuves ? Un découvert en banques. Et bien, moi, je ne veux pas que ça m'arrive, tu entends bien ? Arrange-toi. Pour commencer, mets cette maison à mon nom.".... " Brute ! ...Brute! Chien ! ... Tu n'as pas changé !... Va !...Tu es bien resté le même !... Le petit Juif,qui vendait des chiffons et de la ferraille, à New York, avec ton sac sur le dos. Tu te rappelles ? Tu te rappelles ? - Et, toi, tu te rappelles Kichinief, et la boutique de ton père, l'usurier, dans la rue Juive ? ... Tu ne t'appelais pas Gloria dans ce temps là ? Hein ... Havké ! ...Havké ! ..."..." Ça, ma ville, ça vaut un million ! ... Et émeraudes ? Tes colliers. Tes bracelets ? Tes bagues ? ...Tout ce que tu as, tout ce que je ne t'ai pas assuré une fortune ! ... Regarde-toi donc, couverte de bijoux, crevant d'argent que tu m'as extorqué, volé ! ... Toi, Havké ! ... Mais quand je t'ai prise, tu étais une pauvre, une misérable fille rappelle-toi, rappelle-toi !" La mère Gloria est jalouse de la jeunesse de sa fille Joyce, cette rivalité mère fille était remarquablement traité dans le Bal.

La force de ce roman ne se trouve pas dans son contenu la déchéance, la solitude d'un homme, le pouvoir de l'argent, mais plutôt pour son écriture. Elle est époustouflante, elle sonne juste comme il faut. Roman cruel et brulant de vérité !
C'est une écriture très visuelle cela aide pour une adaptation au cinéma entre parenthèse. Son écriture ma vraiment encore une fois éblouie en tant que lectrice.


Voir le billet très complet In Cold Blog

6 commentaires:

Wictoria a dit…

ton billet est également très enrichi et des plus intéressant, Incold blog m'avait donnée envie, j'ai failli l'acheter mais...le départ approchant j'ai voulu rester raisonnable, il me reste la fréquentation des bibliothèques à commencer à Nouméa mais d'abord s'installer en priorité :) à très bientôt ! grosses bises

Céline a dit…

Tout comme Wictoria, le billet de In cold blog m'avait alléchée ; mais je crois que le tien va me faire basculer !

Malice a dit…

@ Wictoria : Merci pour ton commentaire chaleureux ;-) L'écriture est superbe ! Tu as raison d'avoir été raisonnable tu le trouveras je pense facilement en plus. Et of course la priorité s'installer bien évidement cela coule de source !
@ Merci Céline !!!!

Cécile Qd9 a dit…

jamais entendu parler du film. Le livre attend chez moi et participera sûrement à un challenge mensuel.

Titine a dit…

J'ai lu plusieurs livres de Irène Nemirovsky mais pas encore celui-là. Mais ça viendra car j'ai adoré ce que j'ai lu d'elle, l'écriture est très belle et les histoires souvent amères.

Malice a dit…

@ Cécile : Oui, l'on ne peut pas dire que le film soit malheureusement resté dans les annales du 7ème art ;-)
Dommage c'est un très beau film et très fidèle et très respectueux de la plume d'Irène Némirovsky.
@ Titine : Ah ! Oui c'est une sacrée plume. J'aime beaucoup aussi.