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mercredi 11 octobre 2017

ANNE ET CLAIRE BEREST : Gabriële



Un gros coup de coeur passionnant ! 
Prix grands destins du Parisien Week-end

Elles dressent un portrait de leur arrière grand mère au destin hors norme. Ce récit s’étale sur une courte période, de 1908 ( la rencontre entre Gabriële et Francis) à 1919, naissance de leur grand-père Vicente. L'histoire de Gabriële et Francis se déroule entre Paris, New York, Berlin, Zürich, Barcelone, Étival et Saint-Tropez.  Gabriële guide les précurseurs de l’art abstrait, des futuristes, des Dada, toujours à la pointe des avancées artistiques.
 Elle est avant son mariage une femme indépendante, compositrice. Elle ne rentre pas au Conservatoire de Paris car les femmes n'y ont pas accès. Mais, elle est admis à Schola Cantorum. 
Edgar Varése
Ensuite elle part à Berlin où elle rencontre Varése.
"Edgar est plus jeune que Gabriële, il n'a que 23 ans. Elle en a 25. Le jeune homme voit en elle un repère une balise dans le flot bouillonnant de sa création . Varèse est un artiste encore malmené par ses propres fulgurances."Elle retrouvera Varése à New York et grâce à lui elle découvre le jazz.
En septembre 1908, Gabriële Buffet est une femme indépendante et musicienne. Elle n'a aucune envie de se marier et d'avoir des enfants. Elle rencontre Francis Picabia, jeune peintre à succès et à la réputation sulfureuse, un amoureux pas que des belles femmes mais aussi des voitures. Il a aimé faire les fêtes, de brûler la vie par les deux bouts. "- Il faut que vous compreniez que la peinture est devenue pour moi un travail absurde ! lui dit-il. De quoi me payer suffisamment d'alcool la nuit, pour oublier que je dois peindre le jour. Tout cela me fait horreur. Si vous rentrez à Berlin aujourd'hui, je vais m'arrêter de peindre. Ce sera votre faute. J'ai besoin de vous. Mes pensées me disent où je me trouve ; mais elles ne m'indiquent pas où je vais . Vous ne pouvez pas partir. Vous êtes la seule personne qui puisse m'aider."
Ils se marient en 1909 à Versaille. Et le lendemain de leur mariage, ils partent à Saint Tropez, puis en Espagne. Francis Picabia comme Cocteau va se donner à l'opium.


Francis Picabia - Gabriële - Apollinaire


Caoutchouc


  Elle a été la maîtresse de Marcel Duchamp et l'amie de Guillaume Apollinaire.

Elle devient « la femme au cerveau érotique » qui met tous les hommes à genoux. 
Caoutchouc est une peinture musical.

Marcel Duchamp
"Avec Caoutchouc , fruit de la pensée musicienne de Gabriële, Francis Picabia peint l'une des premières "peintures abstraites de l'histoire de l'art". Sans le savoir, et surtout sans jamais le revendiquer, Gabriële s'affirme comme un "personnage de premier plan du mouvement des arts" et exerce sur Francis Picabia "une profonde influence libératrice."
La rencontre entre Marcel Duchamp et de Francis Picabia. 
Le nu descendant l'escalier
" Ils partagent le goût des icônes que l'on brise, de l'art de l'ironie et de l'ironie de l'art, des blagues en toutes circonstances et de la mort de Dieu. Certes, ils ont dix ans d'écart et tout les sépare. L'un débarque d'une famille douce et aimante de notables de province, l'autre descend de l'aristocratie fortunée et asphyxiée, qui méprise sa propre fortune. Le jeune Duchamp est secret, délicat, et empreint d'une modestie feutrée, Picabia est bruyant, impudique flambeur et flamboyant. "


Marcel Duchamp :  1911
jeune homme triste dans un train


Picabia : 1912 Figure triste


" Marcel et Francis, nourris l'un de l'autre, sont en pleine fureur créative. Leurs préoccupations artistiques sont déchaînées, radicales, électrisantes" Francis Picabia est un artiste de génie. Il est maniaco-dépressif. Il collectionne les femmes, il a une relation avec Isora Duncan. Quand ils vont à New York c'est sans leurs enfants car ils les empêchent, cela  nuit à la créativité du peintre. Picabia avait besoin d’un renouveau dans son œuvre, elle est prête à briser les carcans : insuffler, faire réfléchir, théoriser. Gabriel  prend en main la carrière de son mari, notamment à New York car elle parle très bien anglais et allemand. Il se trouve qu'elle est très à l'aise dans la   communicante. Gabriële et Francis fréquentent le tout-Paris et le tout-New York aussi.
Mabel Dodge
Alfred Stiegliz
A New York, ils rencontre Mabel Dodge.  " Mabel est une riche héritière, fille de Charles Ganson, un banquier prospère de Buffalo. Mariée à  21 ans, joyeusement veuve à l'âge de 23 ans , elle entame, durant son deuil, une liaison avec le plus célèbre gynécologue de Buffalo" Elle va monter un salon sur le modèle de Gertrude Stein. Elle accueille les Picabia. C'est chez Mabel qu'il rencontre Alfred Stiegliz un galeriste new-yorkais qui s'intéresse aussi à la photographie. "Stieglitz et Picabia ont tout pour se plaire. Encore une fois, Gabriële facilite les choses, car Alfred a vécu à Berlin pendant ses études, et les conversations peuvent ainsi passer d'une langue à une autre. Les sujets de discussion tournent naturellement autour de l'opposition entre peinture et photographie. "
Les Picabias se rendaient aussi chez les Arensberg, où Gabriële retrouve Varése, ils font la connaissance d' Arthur Cravan. Ce dernier donne des conférences avec Marcel Duchamp qui font scandales. En 1917, à New York pour le salon des indépendants, après avoir bien bu avec la complicité de Duchamp et Picadia il s'est mis tout nu.




De gauche à droite: Beatrice Wood , Joseph Stella (à la guitare), Edgard Varèse, Arthur Craven ( aupremier plan), Mina Loy, Elmer Ernst Southard (debout), Albert Gleizes, Juliette Roche, Louise Arensberg, Walter Arensberg, Marcel Duchamp , Francis Picabia (jouant aux échecs), John Covert (debout) Gabrielle Buffet Picabia, Man Ray (debout), Herni-Pierre Roché, la baronne Elsa von Freytag-Loringhoven .
Durant le printemps 1916, Gabriële part seule voir ses enfants en Suisse. Et sur le bateau qui la ramène en Amérique à New York, elle fait la connaissance d'Elsa Schiaparelli. "Arrivéees à New York, les deux femmes n'ont plus envie de se quitter."   
Gabriële a de l'affection pour Arthur Cravan.
Arthur Cravan
" Elle s'inquiéte pour lui. Sans argent, il erre dans la ville, dormant chez les uns, chez les autres. Quand le temps est doux , il lui arrive de dormir à l'entrée d'une station de méto qu'il a rebaptisé sa "villa" - parfois il dort à la belle étoile, dans Central Park. Gabriële lui donne de l'argent pour le sortir de l'embarras et lui propose de l'accueillir chez eux. Il lui répond avec une gentillesse désarmante qu'il préfère son jardin de Central Park : " Les écureuils sont devenus mes amis, ils couchent dans mes poches."
"Gabriële est une traversée de tous les courants artistiques du moment : futurisme, dadaïsme, cubisme, surréalisme…
Un portrait de femme, mais d'artiste hors norme. Gabriële. C’est une femme libre, intelligente, anticonformiste qui passera plus de temps à aider son mari qu’à s’occuper de ses quatre enfants. Son absence d’instinct maternel explique en grande partie pourquoi elle a laissé aucune trace dans l'histoire familiale d'Anne et Clair. Aussi,  elle a été injustement effacé par l'histoire de l'art. De sa musique, il ne reste rien"Pourtant, il ne nous reste rien aucune oeuvre, aucune partition, pas même le titre d'un musical. Or , il est certain que Gabriële Buffé a composé durant ses dix années d'étude."  

Ce livre écrit à quatre mains est une véritable réussite à mon goût. J’ai apprécié qu’en fin de certains chapitres, on assiste à leurs  propres interrogations  au fur et à mesure de leurs recherches.  il permet de découvrir des artistes méconnus de nos jours me semble t-il , tout d'abord la peinture de Picabia et celle de Marcel Duchamp. Les soeurs Berest ont su évoquer la mémoire de leur arrière grand-mère,  une femme exceptionnelle, majestueusement et avec pudeur. Aussi elles ont fait revivre toute une époque, et elles nous plongent  dans le bouillonnement artistique du début du XXe siècle. 

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