Pages

mercredi 27 août 2014

Dominique Bona : Deux Sœurs

Yvonne et Christine Lerolle au piano Renoir il fait partie de la collection Walter Guillaume
Ce tableau l'on peut l'admirer au musée de l'Orangerie
Yvonne et Christine Rouart - Les muses de l'impressionnisme

" Es-ce que vous voudriez me faire l'amitié de vernir dîner chez moi Mardi prochain avec quelques amis ?. Il y aura Degas, Renoir, Debussy, et quelques autres." Lettre d'Henry Lerolle à Pierre Louÿs
Henry Lerolle par Renoir

Dominique Bona dresse le portrait tumultueux de ces deux sœurs Yvonne et Christine. C'est les filles du peintre et collectionneur Henry Lerolle.
 En 1897, Renoir  peind Yvonne et Christine Lerolle, au piano  derrière elles, en un clin d'oeil ironique, il reproduit deux tableaux de Degas. 

" Grand, mince, le visage allongé, la barbe en pointe, il affiche l'allure d'un grand bourgeois. Mais c'est un authentique artiste. S'il vit loin de la bohème, il n'en est pas moins tourmenté par le démon de la peinture. Il doute souvent de son talent. Quand Renoir vient peindre le portrait de ses filles, il est en proie à une grave crise intérieure et s'interroge sur son art, au point qu'un jour il cessera de peindre."
Les belles Yvonne et Christine ont grandi au milieu d'artistes de génie. Renoir, Degas, mais aussi Debussy, Ernest Chausson, ou encore Claudel, Gide et Mallarmé étaient des familiers, toujours enclins à peindre ces deux jeunes filles modèles, à les photographier, à jouer du piano avec elles. La vie est douce au 20, avenue Duquesne. 
Edgar Degas 1886 Autoportrait
Henry Lerolle est très ami avec Claude Debussy. Tous les deux, ils entendent à merveille. Chez les Lerolle, il y a un piano noir un Pleyel. Debussy joue sur ce piano avec Yvonne et Christine. 
" Le langage de Debussy va droit au cœur de Lerolle. Il en comprend jusqu'aux silences. Il en aime la subtilité, la sensualité, et sans doute aussi le mystère, lui qui pouvait dire à propos d'un tableau : "il se mêle à notre vie avec toute son âme". La musique en fait elle aussi partie avec sa dimension spirituelle."
Le poète Pierre Louÿs est un ami de Debussy, tous les deux ils fréquentent le salon des Heredia, rue Balzac, mais aussi celui de Mallarmé. Ils se retrouvent dans une ambiance bonne enfant chez les Lerolle au 20 avenue Duquesne. 

C'est Degas, le peintre préféré de leur père, qui a l'idée de  marier  Christine et Yvonne à Eugène et Louis Rouart, les fils de son ami, le collectionneur Henri Rouart. 
Eugène épouse Yvonne Lerolle en décembre 1898. Louis épouse Christine Lerolle en février 1901. En mai 1900, Ernest, un peintre qui fut l'unique élève de Degas, épouse Julie Manet, Si le mariage de Julie et d'Ernest fut heureux, ceux des soeurs Lerolle tournèrent à la catastrophe. 
L'Homme au chien -
Eugène Rouart
par son frère Ernest Rouart (1874-1942).
Là, mon dieu !!! Yvonne et Christine qui ont connu une enfance protégée, heureuse, elles se retrouvent mariées et ma foi malheureuse. Yvonne a quitté Paris pour la province, loin de sa tendre sœur, son mari est un grand ami d'André Gide. Il a des penchants pour les jeunes garçons. "Comment assumer le couple et la liberté sexuelle ? le plaisir et la famille ? Il semble moins doué que Gide pour résoudre des désirs contradictoires."  Eugène devient un notable local, un sénateur, il s'occupe très rarement de sa femme qui dépérit. Christine, elle  reste à Paris, mais Louis  a un tempérament volcanique, un homme à femmes qui la trompe très souvent. 


Tout les oppose, à commencer par l'affaire Dreyfus : côté Lerolle, on est dreyfusard, et côté Rouart, antidreyfusard, comme le sont Degas, Renoir, Forain, Maurice Denis, Debussy. Ce qui n'empêche pas Lerolle de continuer à les voir : chez lui. 
"l'art est plus fort que la politique".
Ce monde, Dominique Bona le fait revivre dans cette biographie foisonnante, à travers l'aventure de deux sœurs au destin brisé. Je rapprocherai "Deux sœurs" de Dominique Bona au "Le Portrait" de Pierre Assouline. Le point de départ de ces deux romans est un tableau qui raconte une histoire. Je trouve ma fois le procédé assez séduisant. 

Un très beau tableau d'Odilon Redon décrit par Dominique Bona. Il a attiré mon attention. 
Marie Escudier  par Odilon Redon
Marie Escudier se marie avec Arthur Fontaine. " Le plus frappant à cet égard est le grand pastel (72,4 x 57,2 cm) qu' Odilon Redon a peint dans sa maison de vacances, à Saint-Georges de Didonne près de Royan,  où Marie se plaît beaucoup et passe de long séjours. Elle brode de profil assise, dans une robe jaune. Il y a du jaune dans sa broderie-sûrement un modèle de chemin de table dessiné par Maurice Denis (ils son exposés en 1903 et 1907 à la Société nationale des beaux-arts)-,mais aussi dans le fond derrière elle et dans les fleurs qui se penchent vers elle, s'inclinant d'un vase, aussi gracieuses et fragiles que la brodeuse."

Aucun commentaire: