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lundi 14 novembre 2011

La Coupole & Entrée des fantômes de JJ. Schuhl


" Lieu mythique crée en 1927 dans un ancien dépôt de bois de charbon. La Coupole et ses trente-trois piliers est vite devenue la plus grande brasserie parisienne. Elle participa à créer la légende du quartier Montparnasse ; en effet, tout ce que la rive gauche compta d'artiste s'est à cette époque retrouvé dans cet espace majestueux à l'atmosphère élégante. Jean-Noël Picq se souvient des soirées passées à boire, et à parler surtout ... ou plutôt à écouter un Jean Eustache inépuisable. Il se souvient aussi de leur première rencontre : "À l'époque où j'ai rencontré Eustache, nous allions jamais les uns chez les autres, mais dans les cafés c'était en 1966. J'étais à la Coupole avec Schuhl, et je lui ai demandé qui était ce type aux yeux bleus qui ne disait pas un mot, il m'a répondu une chose aussi vague que : "c'est Jean Eustache ... un jeune cinéaste."

Evane Hanska dans Mes années Eustache et repris dans le dictionnaire Eustache sous la direction d'Antoine de Baecque

La Coupole est un lieu surperbe où l'on peut déguster d'excellent plateau de fruits de mer très frais et délicieux.

"Entrée des fantôme" vient de sortir en poche, Un très grand livre comme l'était Ingrid Caven (Goncourt de l'année 2000). Livre lu a sa sortie en janvier 2010. Une petite pépite d'une grande rareté dans la littérature française contemporaine. 

Le personnage romanesque s'est lui Jean Jacques Schuhl. C'est un ouvrage collage, comme il le définit lui même, dans la ligné des surréalistes, un livre miroir, un hommage aux disparus, à la littérature, au cinéma en un mot à l'art accompagné d'une plume très élégante. Une première partie intitulé Manequin, là il y a un début de roman futuriste à la David Lynch, un voyage mental, une jeune mannequin nommé Marge file en limousine vers une mystérieuse soirée. Marge est le sosie de Kate Moss, l'Alice de Lewis Carroll . Le stylo magique de la première partie sert à écrire la deuxième partie, il y a un lien évident entre les deux parties mais l'on s'en aperçoit qu'après avoir terminé le livre. Jean-Jacques Schuhl a une passion, une admiration pour le journaliste, il évoque l'interview qu'il avait faite avec Jim Jarmusch pour le journal Libération "j'étais photographié avec lui sur le pont de Bir-Hakeim désert, comme des fugitifs, c'est la nuit, juste quelques lueurs scintillantes au loin vers l'ouest, les armatures en ferraille du pont, on a l'air de deux créatures de science-fiction, lui avec sa silhouette toujours aux aguets." La définition du fantôme selon lui c'est le vide tout comme la figure du mannequin. " Un homme sans ombre est un homme sans âme." C'est une écriture très élégante, ciselé un travail d'orfèvre. C'est un livre qui n'est pas du tout mais absolument pas politiquement correcte, un livre osé concernant les malheurs du monde " Je montre bien souvent de l'indifférence aux malheurs des autres et j'éprouve, je l'avoue, un certain plaisirs esthétique à la vue, devant la télé, des grandes catastrophes : typhons, incendies, tremblements de terre, éruptions volcaniques et même, je le confesse, attentats et crashes". Et là note d'humour" Plutôt tordu, le mec !" 
 d' auto dérision du burlesque aussi et un ton dandy futuriste tout en ne l'étant pas réellement. Comme il n'est pas comédien mais un écrivain comédien c'est comme cela que je le définirai, devenir autre. Un livre qui se joue entre la réalité et la fiction, il nous décrit un monde entre deux. C'est lui Jean-Jacques Schulh l'oiseau de nuit, le personnage de ce livre. 



D'ailleurs il le dit bien "Je suis si romanesque": Entrée des fantômes, comme pour Ingrid Caven c'était elle le personnage du livre, un prétexte d'évoquer la femme admirée et aimée. Ce qui me plaît dans le personnage Jean Jacques Schuhl c'est l'être et le paraître. Puis aussi les nombreuses références à Lewis Carroll : Alice, le côté labyrinthe, référence à Shakespeare : Richard III, et bien d'autres encore ... Les fantômes qui hante ce court roman sont à la fois des fantômes de papier de bibliothèque et de véritable fantôme qui ont existé. Cette sortie en poche est aussi un signe d'hommage à un cinéaste disparu depuis peu Raoul Ruiz : " Je dînais seul un soir d'hiver dans un banal restaurant chinois presque désert lorsque le cinéaste Raoul Ruiz, que je connais depuis longtemps mais que je croise très rarement, est venu à ma table et a prononcé ces mots : " Je te propose de jouer le rôle du chirurgien dans Les Mains d'Orlac !" et il évoque d 'une manière élégante et très touchante son grand ami le réalisateur Jean Eustache. " Jean sa blondeur cheveux de blé le bleu de France Douce France un p'tit clocher dans le lointain Fleur Bleue Jean de France ... l'accent chantant de Narbonne ponctué par des "t'sais" ... "


C'est un court récit autobiographique magistral en ce qui concerne sa construction en forme de labyrinthe et d'une grande richesse, nombreuses sont les réflexions autour de la littérature elles tombent parfaitement et sonnent juste. Jean Jacques Schuhl rend le lecteur intelligent, c'est un livre où le lecteur est actif, il a sa place pour lire entre les ligne, pour réfléchir, pour déposer sa propre réflexion sur ses fantômes.

1 commentaire:

Lili a dit…

Je note ce bouquin qui a l'air vraiment chouette!

Par ailleurs,je t'ai tagué sur le portrait chinois qui tourne en ce moment sur les blogs ! Si tu veux aller voir sur le mien ^^

A bientôt